‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 434 sur 535 · à LE SALMONE RENE · texte numérisé non relu

à LE SALMONE RENE

Lu SALMONE RILLE,

du dos ; huit à celle de l'anus; neuf à chaque ventrale ; l'ouverture de la bouche trés-grande ; la mächoire inférieure plus avaucée que la supérieure; la couleur générale d'un gris marbré; des ta-

LE SALMONE GADOÏDE.

des taches rouges sur la nageoire adipeuse.

Dix rayons à la première nageoire du dos; huit à 14 nageoire de l'anus; neuf à chaque ventrale ; la caudale échancree ; les deux mâchoires égalementavancées; deux rangées de dents fines et pointues à chaque mâchoire; une rangée longitudinale de dents aiguës au milieu du palais; des points rouges le long dela ligne latérale.

LE SALMONE CUMBER- LAND.

ches rouzes et brunes sur le dos; :

LE SALMONE SAUMON .

Salmon Salar, Linn., Bl., Lac., Cuv .?,

Toutle monde croirait le saumon bien connu, et cepenGant combien peu de personnes, même très-instruites, savent que, parmi les différentes espèces d'animaux , il en est peu qui méritent plus que ce poisson l'observation du naturaliste, l'examen du physicien, les soins de l’'économe!

La nature des climats qu'il préfère, la diversité des eaux dans lesquelles il se plaît, la vitesse de ses mouvements, la rapidité de sa natation, la facilité avec laquelle il franchit les obstacles, la longueur immense des espaces qu’il parcourt, la régularité de ses grands voyages, la manière dont il fraie , les précautions qu'il pa: raît prendre pour la sûreté des êtres qui lui devrontle jour, les travaux qu’il exécute, les combats que le force à livrer une sorte de tendresse maternelle, son instinct pour échapper au danger , les ruses par lesquelles il déconcerte souvent les pêcheurs les plus habiles, les dimensions qu’il présente, le bon goût de sa chair , l'usage que l’on peut faire de sa dépouille, tout, dans les habitudes et les propriétés du saumon, doit être l'objet d’une attention particulière.

Ce poisson se plait dans presque toutes les

4 Saumoneau, avant deux ans d'âge.— Tacon, avant trois ans d'âge.— Salm, Lachs, Sælmling, lorsqu'il n'a qu'un an; HWeisslach, lorsqu'il est gras ; Graulach, lorsqu'il est maigre; Aupferlachs, dans le temps du frai; /fracklachs, après le temps du frai; Rothlachs, Kalbfleischlachs, lorsqu'il a été pris dans la mer, dans quelques contrées d'Allemagne. — Lassis, Rencki, lorsqu'il est gros, en Livonie. — Læhse, Kolla, en Estonie. — Agui balik, en Tatarie. — Jarga, chez les Calmouques. — ZLohs, en Finlande, — Seelax, Haflax, Blanklax, Grænnacke, en Suède. — Haplax, en Danemark. — Hakelar, Læking, quand il est encore jeune, en Norvège. — Kapisalirksoak, Reblericksorsoak, dans le Groenland, — Salmon, en Angleterre. — Schmelt, Smont, lorsqu'il a un an ; Mort, à trois ans; Forklail, à quatre aus; Halffisch, à cinq ans ; Kipper, après le temps du frai, en Écosse. -— Faun. Suecic. 545. — Salmone saumon. Daubens ton et Haüy, Enc. méth.— Jd. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Bloch, pl. 20 et 98. — Artedi, gen. 11, syn. 22, spec. 48. — Salmo. Plin., 1. 9, c. 18. — /d. Auson. Mosella, v. 97.— Id. Salvian. fol. 100, a. b. — Id. Gesner, p. 821, 825, et (germ.), 481 b, 482 a. — /d. Jonston, 1.2,t.1,C.1, p.106, tab. 25, £g. 1; Thaumat., p. 427.— /d. Charlet., p. 150.— /d. Willughby, p. 189, etc., tab. 41, fs. 2. — Id. Raï, p. 65. — Salmo nobilis. Schon., p.64. — Salmo vulgaris. Aldrov., 1. 4, c. 1, p. 485. — Müll. Prodr. Zool. Danic., p. 48, n. 403. — Gronov. Mus. 2, p. 12, 0.165; Zooph., n. 569. — Klein, Miss. pisc. 5, p. 17, D. 2; lab. 5, fig. 2.— Brit. Zool.5, p- 259, n.1.— Saumon. Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat. — Saumon et tacon. Rondelet, part. 2, Poissons de riviér.

Bu , £ 4 Du sous-genre SAUMON , dans le grand genre du même nom. Famille des Malacoptérygiens abdominaux salmones

Civ. D.

DES POISSONS

mers, dans celles qui se rapprochent le plus du pôle, et dans celles quisont le plus voisines de l’équateur. On le trouve sur les côtes occidentales de l’Europe ; dans la Grande-Bretagne ; auprès de tous les rivages de la Baltique, particulièrement dans le golfe de Riga; au Spitzherg ; au Groenland ; dans le nord de l'Amérique; dans l'Amérique méridionale ; dans la Nouvelle-Hollande, au fond de la Manche de Tatarie ; au Kamtschatka, etc. Il préfère partout le voisisage des grands fleuves et des rivières, dont les eaux douces et rapides lui servent d’habitation pendant une très-grande partie de l’année. Il n’est point étranger aux lacs immenses ou aux mers intérieures qui ne paraissent avoir aucune communication avec l'Océan. On le compte parmi les poissons de la Caspienne; et cependant on assure qu’on ne l’a point vu dans la Méditerranée. Aristote ne l’a pas connu. Pline ne parle que des individus de cette espèce que l’on avait pris dans les Gaules ; et le savant professeur Pictet conjecture qu’on ne l’a jamais observé dans le lac de Genève, parce qu'il n'entre pas dans la Méditerranée, ou du moins parce qu'il y est très-rare'.

Il tient le milieu entre les poissons marins et ceux des rivières. S’il croît dans la mer, il naît dans l’eau douce ; si pendant l'hiver, il se réfugie dans l'Océan, il passe la belle saison dans les fleuves. Il en recherche les eaux les plus pures; il ne supporte qu'avec peine ce qui peut en troubler la limpidité ; et c’est presque toujours dans ces eaux claires qui coulent sur un fond de gravier, que l’on rencontre les troupes les plusnombreuses des saumonsles plus beaux.

Il parcourt avec facilité toute la longueur des plus grands fleuves. Il parvient jusqu’en Bohême par l’Elbe, en Suisse parle Rhin, et auprès des hautes Coräilières de l'Amérique méridionale par l'immense Maragnon, dont le cours est de mille lieues. On a même écrit qu'il n’était ni effrayé ni rebuté par une grande étendue de trajet souterrain ; et on a prétendu qu'on avait retrouvé, dans la mer Caspienne, des saumons du golfe Persique, qu’on avait reconnus aux anneaux d'or ou d’argent que de riches habitants des rives de ce golfe s'étaient plu à leur faire attacher.

Dans jes contrées tempérées, les saumons quittent la mer vers le commencement du prin-

* Lettre du professeur Pictet, J. de Genéve, mars 1788. ui.

temps; et dans les régions moins éloignées du cercle polaire, ilsentrent dans lesfleuves lorsque les glaces commencent à fondre sur les côtes de l'Océan. Ils partent avec le flux , surtout iorsque les flots de la mer sont poussés contre le courant des rivières par un vent assez fort que l’on nomme, dans plusieurs pays, vent du saumon. Ils préfèrent se jeter dans celles qu'ils trouvent le plus débarrassées de glaçons, ou dans lesquelles ils sont entraînés par la marée la plushaute etla plusfavorisée par le vent. Si {es chaleurs de l’été deviennnent trop fortes, ils se réfugient dans les endroits les plus profonds, où ils peuvent jouir, à une grande distance de la surface de la rivière de la fraîcheur qu'is recherchent; et c’est par une suite de ce besoin de la fraîcheur, qu'ils aiment les eaux douces dont les bords sont ombragés par des arbres touffus.

Is redescendentdansla mer vers la fin de l’automne, pour remonter de nouveau dans les fleuves à l’approche du printemps. Plusieurs de ces poissons restent cependant, pendant l'hiver dans lesrivières qu’ils ont parcourues. Plusieurs circonstances peuvent les y déterminer; et ils y sont forcés quelquefois par les glaces qui se forment à l'embouchure, avant qu'ils ne soient arrivés pour la franchir.

Ils s'éloignent de la mer en troupes nombreuses, et présentent souvent, dans l'arrangement de celles qu’ils forment, autant de régularité que les époques de leurs grands voyages. Le plus gros de ces poissons, qui est ordinairement une femelle, s'avance le premier; à sa suite viennentles autres femelles deux à deux, etchacune à la distance de trois à six pieds de celle quila précède; les mâles les plus grands paraissent ensuite, observent le même ordre que les femelles , et sont suivis des plus jeunes. On peut croire que cette disposition est réglée par l'inégalité de la hardiesse de ces différents individus, ou de la force qu'ils peuvent opposer à l'action de l’eau.

S'ils donnent contre un filet, ils le déchirent, ou cherchent à s'échapper par-dessous ou par les côtés de cet obstacle; et dès qu’un de ces poissonsatrouvé une issue, les autres le suivent, et leur premier ordre se rétablit.

Losqu'ils nagent, il se tennent au milieu du fleuve et près de la surface de l'eau ; et comme ils sont souvent très-nombreux, qu'ils agitent l'eau violemment, et qu'ils font beaucoup de

bruit, on les entend de loin, comme le murmure sourd d’un orage lointain. Lorsque la tempête menace, que le soleil lance des rayons très-arlents, et que l'atmosphère est très-échauffée, ils remontent les fleuves sans s'éloigner du fond de la rivière. Des tonneaux, des bois, et principalement des planches luisantes, flottant sur l’eau, les corps rouges, les couleurs très-vives, des bruits inconnus, peuvent les effrayer au point de les détourner de leur direction, de les arrêter même dans leur voyage, et quelquefois de les obliger à retourner vers la mer.

Si la température de la rivière, la nature de la lumière du soleil, la vitesse et les qualités de l’eau leur conviennent, ils voyagent lentement ; ils jouent à la surface du fleuve; ils s'écartentde leur route; ils reviennent plusieurs fois sur l’espace qu'ils ont déjà parcouru. Mais s’ils veulent se dérober à quelque sensation incommode, éviter un danger, échapper à un piége, ils s’élancent avec tant de rapidité, que l’œil a dela peine à les suivre. On peut d’ailleurs démontrer que ceux de ces poissons qui n’emploient que trois mois à remonter jusque vers les sources d'un fleuve tel que le Maragnon, dont le cours est de mille lieues , et dont le courant est remarquable par sa vitesse, sont obligés de déployer, pendant près de la moitié de chaque jour, une force de natation telle qu’elle leur ferait parcourir, dans un lac tranquille, dix ou douze lieues par heure, et l’on a éprouvé de plus, que lorsqu'ils ne sont pas contraints à exécuter des mouvements aussi prolongés, ils franchissent par seconde une étendue de vingt-quatre pieds ou environ !.

On ne sera pas surpris de cette célérité, si l’on rappelle ce que nous avons dit de la natation des poissons dans notre premier Discours sur ces animaux. Les saumons ont dans leur queue une rame très-puissante. Les muscles de cette partie de leur corps jouissent même d’une si grande énergie, que des cataractes élevées ne sont pas pour ces poissons un obstacle insurmontable. [lss’appuient contrede grosses pierres, rapprochent de leur bouche l'extrémité de leur queue, en serrent le bout avec les dents; en font par là une sorte de ressort fortement tendu , lui donnentavec promptitude sa première position, débandent avec vivacité l'arc qu'elle forme, frappeut avec violence contre l’eau , S'élancent à

‘ Vorez Le Discours sur la nature des poissons.

une hauteur de plus de douze ou quinze pieds, et franchissent la cataracte !. Ils retombent quelquefois sans avoir pu s'élancer au delà des roches, ou l'emporter sur la chute de l’eau : mais ilsrecommencent bientôt leurs manœuvres, ne cessent de redoubler d'efforts qu'après des tentatives très-multipliées ; et c'est surtout lorsque le plus gros de leur troupe, eelui que l’on a nommé leur conducteur, a sauté avec succès, qu'ils s’élancent avec une nouvelle ardeur.

Après toutes ces fatigues, ils ont souvent besoin de se reposer. Ils se placent alors sur quelque corps solide. Ils cherchent la position laplus favorable au délassement de leur queue, celui de leurs organes qui a le plus agi; et pour être toujours prêts à continuer leur route, ou pour recevoir plus facilement les émanations :odorantes qui peuvent les avertir du voisinage des objets qu'ils désirent ou qu'ils craignent, ils tiennent la tête dirigée contre le courant.

Indépendamment de leur queue longue , agile et vigoureuse, ils ont, pour attaquer ou pour se défendre, des dents nombreuses et trèspointues qui garnissent les deux mâchoires, et le palais, sur chacun des côtés duquel elles forment une ou deux rangées.

On trouve aussi, des deux côtés du gosier, un os hérissé de dents aiguës et recourbées. Six ou huit dents semblables à ces dernières sont pla: cées sur la langue; et, parmi celles que montrent les mâchoires , il y en a de petites qui sont mobiles. Les écailles qui recouvrent le corps et la queue sont d'une grandeur moyenne : la tête ni les opercules n’en présentent pas de semblables. Au côté extérieur de chaque ventrale paraît un appendice triangulaire, aplati, allongé, pointu, garni de petites écailles, couché le long du corps, et dirigé en arrière. Au reste, cet appendice n’est pas particulier au saumon : nous n'avons guère vu de salmone quin’en eût un semblable ou analogue.

La ligne latérale est droite; le foie rouge, gros et huileux ; l'estomac allongé; le canal intestipal garni, auprès du pylore, de soixante-dix appendices où cæcums réunis par une membrane; la vessie natatoire simple, et située trèsprès de l’épine du dos ; cette épine composée de trente-six vertèbres, et fortifiée de chaque côté par trente-trois côtes ?.

4 Consultez particuhèrement le Voyage de Twiss en Ir-

lande. ; 3 On trouve souvent dans ce canal intestinal, un tænig

DES POISSONS

Le front, la nuque, les joues et le dos sont noirs; les côtés bleuâtres ou verdâtres dans leur partie supérieure, et argentés dans l’inférieure; la gorge et le ventre d’un rouge jaune; les membranes branchiales jaunâtres ; les pectorales jaunes à leur base, et bleuâtres à leur extrémité ; les ventrales et l’anale d'un jaune doré. La première nageoire du dos est grise et tachetée ; l’adipeuse noire ; et la caudale bleue.

Quelquefois on voit sur la tête, les côtés et le dos, des taches noires et irrégulières, plus grandes et plus clair-semées sur la femelle.

Les mâles, que l’on dit beaucoup moins nombreux que les femelles, offrent d’ailleurs, dans quelques rivières , et particulièrement dans celle de Spal en Écosse, plus de nuances rouges, moins d'épaisseur dans le corps, et plus de grosseur dans la tête.

Dans toutes les eaux, leur mâchoire supérieure non-seulement est plus avancée que celle d’en bas, mais encore, lorsqu'ils sont parvenus à leur troisième année, elle devient plus longue et se recourbe vers l'inférieure ; son allongement et sa courbure augmentent à mesure qu’ils grandissent; elle a bientôt la forme d’un erochet émousséquientre dans un enfoncement de la mâchoire d’en bas; et cette conformation, qui leur a fait donner le nom de Bécard, où Becquet, les avait fait regarder, par quelques naturalistes, comme d’une espèce différente de celle que nous décrivons.

Leur laite est entièrement formée, et le temps du frai commence à une époque plus où moins avancée de chaque printemps ou de chaque été,

suivant qu'ils habitent dans des eaux plus ou |

moins éloignées dela zone glaciale. Les femelles cherchent alors un endroit commode pour leur ponte. Quelquefois elles aiment mieux déposer leurs œufs dans de petits ruisseaux que dansles grandes rivières auxquelles ils se réunissent !; et elles paraissent chercher le plus souvent à déposer leurs œufs dans un courant peu rapide, et sur du sable ou du gravier.

On a écrit que, dans plusieurs rivières de la Grande-Bretagne, la femelle ne se contentait pas de choisir le lieu le plus favorable à la ponte; qu’elle travaillait à la rendre plus commode encore; qu’elle creusait dans l'endroit préféré un

dont la longueur est de près de trois pieds, et dont la tête est dans un des appendices.

4 Notes manuscrites et trés-intéressantes communiquées par M. Pénières.

trou allongé , et de quinze où dix-huit pouces de profondeur, quelle s'y déchargeait de ses œufs, et qu'avec sa queue elle les recouvrait ensuite de sable. Peut-être peut-on douter de cette dernière précaution; mais les autres opérations ont lieu dans presque tous les endroits où lessaumons ont été bien observés. Le docteur Grant nous apprend, dans les Mémoires de Stockholm, que, lorsque les femelles travaillent à donner les | dimensions nécessaires à la fosse qu'elles préparent, elles s’agitent à droite et à gauche, au point d'user leurs nageoires inférieures, et en laissant ordinairement leur tête immobile. On en a vu se frotter si vivement contre le terrain, qu'elles en &étachaient avec violence la terre et les petites pierres, et qu'en répétant les mêmes mouvements de cinq en cinq minutes, ou à peu près, elles parvenaient, au bout de deux heures, à creuser un enfoncement de trois pieds de long, dedeux pieds de profondeur, et de six à huit pouces de rebord.

Lorsque la femelle a terminé ce travail, dont la principale cause est sans doutele besoin qu’elle a de frotter son ventre contre des corps durs, pour se débarrasser d’un poids qui la fatigue et la fait souffrir , et lorsque les œufs sont tombés dans le fond de la cavité qu’elle a creusée, et que l’on nomme /rauère dans quelques-uns de nosdépartements,lemâle vientlesféconderen les arrosant de sa liqueur vivifiante. Il peut se faire qu'alors il frotte le dessous de son corps contre le fond de la fosse , pour faire sortir plus facilement la substance liquide que sa laite contient : mais on lui a attribué une opération qui supposerait une sensibilité d'un ordre bien supérieur, et un instinct bien plus reievé; on a prétendu qu’il aidait la femelle à faire la fosse destinée à recevoir les œufs.

Au reste, si nous ne devons pas admettre cette derniere assertion, nous devons croire que le mâle est entrainé à la fécondation des œufs par une affection plus vive, ou d’une nature différente, que celle qui y porte la plupart des autres poissons. Lorsqu'il trouve un autre mâle: auprès des œufs déjà déposés dans la frayère, ou auprès de la femelle pondant encore, il Pattaque avec courage, et le poursuit avec achars nement, ou ne lui cède la place qu'après lavoir disputée avec obstination ‘.

Les saumons ne fréquentent ordinairement ka

À 4 Notes ruanuscrites de M. Pénieres.

frayère que pendant la nuit. Néanmoins, lorsque des brovillards épais sont répandus dans l'atmosphère, ils profitent de l'obscurité que donnent ces brouillards pour se rendre dans leur fosse, et ils y accourent aussi comme pressés par de nouveaux besoins, lorsqu'ils sont exposés à l’influence d’un vent très-chaud ".

Il arrive quelquefois cependant que les œufs pondus par les femelles, et la liqueur séminale des mâles, se mêlent uniquement par l’effet des courants.

Après le frai, les saumons, devenus mous, maigres et faibles, se laissent entraîner par les eaux, ou vont d'eux-mêmes reprendre dans l’eau salée une force nouvelle. Des taches brunes et de petites excroissances répandues sur leurs écailles sont quelquefois alors la marque de leur épuisement et du malaise qu'ils éprouvent.

Les œufs qu'ils ont pondus ou fécondés, se développent plus ou moins vite, suivant la température du climat, la chaleur de la saison , les qualités de l’eau dans laquelle ils ontété déposés. Le jeune saumon ne conserve ordinairement que pendant un mois ou environ, la bourse qui pend au-dessous de son estomac, et qui renferme la substance nécessaire à sa nourriture pendant les premiers jours de son existence. Il grandit ensuite assez rapidement, et parvient bientôt à la taille de quatre ou cinq pouces. Lorsqu'il a acquis une longueur de huit à dix pouces , il jouit d'assez de force pour quitter le haut des rivières, et pour en suivre le courant qui le conduit vers la mer , mais souvent, avant cette époque, une inondation l’entraîne vers l’embouchure du fleuve.

Les jeunes saumons qui ont atteint une longueur de quinze ou dix-huit pouces, quittent la mer pour remonter dans les rivières : mais ils partent le plus souvent beaucoup plus tard que les gros saumons; ils attendent communément le commencement de l'été.

On les suppose âgés de deux ans, lorsqu'ils pèsent de six à huit livres. M. Pénières assure que, même dans les contrées tempérées, ils ne fraient que vers leur quatrième ou cinquième année ?.

Agés de cinq ou six ans, ils pèsent dix ou douze livres, et parviennent bientôt à un développement très-considérable. Ce développement peut être d'autant plus grand, qu'on pê’he fré-

42 Notes manuscrites de M. Pénières,

quemrent, en Écosse et en Suède, des saumons du poids de quatre-vingts livres, et que les très-grands individus de l'espèce que nous décrivons présentent une longueur de six pieds.

Les saumons vivent d’insectes, de vers, et de jeunes poissons. Ils saisissent leur proie avec beaucoup d’agilité; et, par exemple, on les voit s’élancer, avec la rapidité de l'éclair, sur les moucherons, les papillons , les sauterelles, et les autres insectes que les courants charrient, ou qui voltigent à quelques pouces au-dessus de la surface des eaux.

Mais s'ils sont à craindre pour un grand nombre de petits animaux, ils ont à redouter des ennemis bien puissants et bien nombreux.

Ils sont poursuivis par les grands habitants des mers et de leurs rivages, par les squales, par les phoques, par les marsouins. Les gros oiseaux d’eau les attaquent aussi ; et les pécheurs leur font surtout une guerre cruelle.

Et comment ne seraient-ilspas, en effet, trèsrecherchés par les pêcheurs? ils sont en trèsgrand nombre; leurs dimensions sont trèsgrandes et leur chair, surtout celle des mâles. est, à la vérité, un peu difficile à digérer, mais grasse, nourrissante, et très-agréable au goût. Elle plaît d’ailleurs à l'œil par sa belle couleur rougeâtre. Ses nuances et sa délicatesse ne sont cependant par les mêmes dans toutes les eaux. En Écosse, par exemple, le saumon de la Dée est, dit-on, plus gras que celui des rivières moins septentrionales du même pays; et en Allemagne, on préfère les saumons du Rhin et du Wéser à ceux de l’Elbe, et ceux que l’on prend dans la Warta, la Netze etle Kuddow, à ceux que l’ontrouve dans l’Oder.

Mais dans presque toutes les rivières qu'ils fréquentent, et dans toutes les mers où on les trouve, les saumons dédommagent amplement des soins et du temps que l’on emploie pour les prendre.

Aussi a-t-on eu recours, dans la recherche de ces poissons, à presque toutes les manières de pècher.

On les prend avec des filets, des pares, des caisses, de fausses cascades, des nasses, des hamecons, des tridents , des feux , ete.

Les filets sont des érubles, des trémails*, semblables à ceux dont on se sert en Norvège,

4 Voyez à l'article du Gade colin, l'explication du mot trémail; et à celui du Misgurne fossile, celle du mot - hle.

DES POISSONS

que Fon tend le long du rivage de la mer, qui forment des arcs ou des triangles, et dans lesquels on attire les saumons en couvrant les rochers de manière à leur donner la couleur blanche de l'embouchure d’un fleuve qui se précipite dans l'Océan.

La ficelle dont on fait ces filets doit être aussi grosse qu'une plume àécrire. Ils présentent jusqu'à cent brasses de longueur, sur quatre de hauteur ; et leurs mailles ont communément de quatre à cinq pouces de large.

On place les parcs auprès des bouches desrivières, ainsi qu’au-dessus des chutes d’eau. On leur donne une figure telle, que l'entrée de ces enclos est très-large, et que le fond en est assez étroit pour qu'un saumon puisse à peine y passer et qu'on l’y saisisse facilement avec un harpon .

On se sert de ces parcs pour augmenter la rapidité des rivières en resserrant leur cours, pour en rendre le séjour plus agréable aux saumons, qui ne s’engagent que rarement dans les eaux trop lentes; et ce moyen a été particulièrement mis en usage auprès de Dessau, dans la Milde, qui se jette dans l’Elbe.

Derrière ces parcs, auprès des moulins, et dans d’autres endroits où le lit des rivières est rétréci par l’art ou par la nature, on forme des caisses à jour, quiont une gorge comme une louve ?, et dans lesquelles se prennent les saumons qui descendent ou ceux qui montent, suivant la direction que l’on donne à ces caisses. Dans certaines contrées, et particulièrement à Chäteaulin, lieu voisin de Brest, et fameux depuis longtemps par la pêche du saumon, on élève des digues qui déterminent le courant à se jeter dans une caisse composée de grilles, et dont chaque face a quinze ou dix-huit pieds de largeur. Âu milieu de cette caisse on voit, à fleur d’eau, un trou dont le diamètre est d’un pied et demi à deux pieds. Autour de ce trou sont attachées par leur base des lames de fer-blance, allongées, pointues , un peu recourbées, qui forment dans l'intérieur de la caisse un cône lorsque leur éiasticité les rapproche, et un cylindre lorsqu'elles s’écartent les unes des autres. Les saumons, conduits par le courant, éloignent les

* Ces enceintes portent le nom detweir, auprès de Ballyshannon, dans la partie occidentale du nord de l'Irlande, (Voyage de Twiss, déjà cité.)

3 On trouvera, dans l'article du Pétromyzon lamprole, l'esplication du mot louve.

unes des autres les extrémités de ces lames : entrent facilement dans la caisse, ne peuvent pas sortir par un passage que ferment les lames rapprochées, et s'engagent dans un réservoir d’où on les retire parle moyen d'un filet attaché au bout d'une perche. On tend cependant d’autres filets le long des digues, pour arrêter les saumons qui pourraient se dérober au courant , et échapper au piéce.

Dans quelques rivières, comme dans la Stolpe et le Wipper, on construit des écluses dont les pieux sont placés très-près les uns des autres. Les saumons s’élancent par-dessus cet obstacle ; mais il trouvent au delà une rangée de pieux plus élevés que les premiers, et ils ne peuvent ni avancer ni reculer.

On prend aussi les saumons dans des nasses de neuf à douze pieds de longueur, et faites de branches de sapin que l’on réunit avec des ficelles , et que l’on tient assez écartées les unes des autres, pour qu’elles ne donnent pas une ombre qui effraierait ces poissons.

On ne néglige pas non plus de les pêcher à la ligne, dont on garnit les hamecons de poissons très-petits, de vers, d'insectes, et particulièrement de demoiselles.

Pour mieux réussir, on a recours à une gaule très-longue et très-souple, qui se prête à tous les mouvements du saumon. Le pêcheur qui la tient, suit tous les efforts de l'animal qui cherche à s'échapper; et, si ia nature du rivage sv ceppose, il lui abandonne la lisne. Le saumon se débat avec violence et longtemps; il s’élance au-dessus de la surface de l’eau; et après avoir épuisé presque toutes ses forces pour se débarrasser du erochet qu'il a avalé, il vient se reposer près de la rive. Le pêcheur se ressaisit alors de sa ligne, et le tourmente de nouveau pour achever de le lasser, et le tirer facilement à lui ‘.

Lorsqu'on préfère de harponner les saumons, on lance ordinairement le trident à la distance de trente-six à quarante-cinq pieds. Les saumons que le harpon a blessés sans les retenir, quittent l'espèce de bassin ou de canal dans lequel ils ontété attaqués, pour se réfugier dans le canal ou bassin supérieur. Si on les y poursuit, et qu'on les y entoure de filets, ils s’enfoncent sous les roches, ou se collent contre le sable, et immobiles laissent glisser sur eux les

4 Notes manuscrites de M. Pénières.

plombs du bas des filets que traînent les pé- ] cheurs. On les a vus aussi se précipiter dans un | courant rapide, et cachés sous lécume et les bouillons des eaux, souffrir avec constance, et | sans changer de place, la douleur que leur causait une gaule qui frottait avec force, et comprimait leur dos.

La pêche du saumon forme, dans plusieurs contrées, une branche d'industrie et de commerce, dont les produits peuvent servir à la nourriture d’un grand nombre de personnes. À Berghen , par exemple, il n’est pasrare de voir les pêcheurs apporter deux mille saumons dans un jour. Nous lisons dans le Voyage de l'infortuné la Pérouse?, qu'auprès de la baie de Castries, sur la côte orientale de Tatarie, au fond de la manche du même nom, on prit, dans un seul jour du mois de juillet, plus de deux mille saumons. Il est des pays où l’on en pêche plus de deux cent mille par an. En Norvège, on a pris quelquefois plus de trois cents de ces animaux d'un seul coup de filet *. La pèche que l'on fait de ces poissons dans la Tweed, rivière de la Grande-Bretagne, est quelquefois si considérable, qu'on a vu un seul coup de filet en amener sept cents. Et, en 1750, on prit d'un seul coup, dans la Ribble*, trois mille cinq cents saumons déjà parvenus à d'assez grandes dimensions.

Mais quelque nombreux que soient les individus de l'espèce que nous décrivons, plusieurs gouvernements ontétéforcésd'en régler la pêche, pour qu'une avidité imprévoyante ne détruisit pas dans une seule saison l'espérance des années suivantes.

Au reste, les saumons meurent bientôt, nonseulement lorsqu'on lestient hors de l’eau, mais encore lorsqu'on les met dans une huche qui n'est pas placée au milieu d'une rivière. Des pêcheurs prétendent que, pour empêcher ces poissons de perdre leur goût, il faut se presser | de les tuer dès le moment où on les tire de.

l'eau; et qu'après cette précaution , leur chair, | quoique très-grasse , peut se conserver pendant | plusieurs semaines. Mais, lorsqu'après la mort | | de ces animaux, on veut les transporter à de | grandes distances, et par conséquent les gar- | der très-longtemps, on les vide, on les coupe

4 Notes manuscrites de M. Pénieres. |

3 Voyuge de la Pérouse, rédigé par le général Kiiet-btu= reau, t. III, p. 64.

5 Penvoant, Zool. brit., t: FEI, p. 288

4 Richter. Lehitis., p. 417

| saumure;

BISTOIRE NATURELLE

en morceaux , on les saupouare ae sel, on les renferme dans des tonnes, on les couvre de:

où on les fend depuis la tête, que l'on sépare du corps, jusqu'à la nageoire de æ

| queue, on leur ôte l'épine du dos, on les laisse

dans le sel pendant trois ou quatre jours, et en les expose à la fumée pendant quinze jours où trois semaines.

Auprès de la baie de Castries dont nous venons de parler , les Tatares tannent la peau de grands saumons, et en forment un habillement très-souple !.

Les grands avantages que procure la pêche du saumon doivent faire désirer d’acclimater cette espèce dans les pays où elle manque. Nous pensons, avec Bloch, qu'il serait possible de la transporter, et de la faire multiplier dans les lacs dont le fond est de sable, et dont l'eau très-pure est sans cesse renouvelée par des rivières ou des ruisseaux. On y transporterait en même temps un gran@ nombre de gGujons, qui aiment les eaux limpides et courantes, et qui y pulluleraient de maniere à fournir aux saumons une nourriture abondante.

Les saumons sont sujets à une maladie particulière dont on ignore la cause, et qui leur fait donner le nom de Ladres dans quelques départements méridionaux de France. Leur chair est alors mollasse, sans consistance; et si on les garde après leur mort pendant quelques jours, elle se détache de l’épine dorsale, et glisse sous la peau, comme dans un sac *.

Il paraît que l’on doit compter dans l’espèce du saumon quelques variétés plus ou moins constantes, et qui doivent dépendre, au moins en tres-grande partie, de la nature des eaux dans lesquelles elles séjournent. Par exemple, on a observé en Écosse, que les saumons de la Cluden ont la tête et le corps plus gros et plus

| courts que ceux de la rivière de Nith. On assure

aussi qu'à l'embouchure de l'Orne’, on voit | des saumons sans tache, et un peu bas allongés que les saumons de site

4 Voyage de la Péronse, t. I, p. 40, 61.

2 Notes manuscrites de M. Noël de Rouen.

442 rayons à la membrane brauchiale du salmone saumon, 414 à chaque pectorale, 10 à chaque ventrale, 24 à la nageoire

de la queue,

DES POISSONS

LE SALMONE ILLANKEN ‘.

Salno lllanken, Lac.; Salmo Salar, var. Illanken, Lino., Gmel. ?.

On connait, sous le nom d'/Ulanken, des salmones que l’on pêche dans le lac de Constance, et au sujet desquels M. Wartmann, médecin de Saint-Gall, a fait de très-bonnes observations. D'habiles naturalistes ont regardé ces poissons comme une variété du saumon ; mais nous pensons avec Bloch , qu'ils forment une espèce particulière.

Ces salmones passent l'hiver dans le lac de Constance, comme les saumons dans la mer.

Ils ne quittent jamais l’eau douce. Ils sont une preuve de ce que nous avons dit sur la facilité avec laquelle on pourrait multiplier les saumons dans les lacs entretenus par des courants limpides. Il ne faut pas croire cependant qu'ils vivent pendant l'hiver dans le lac de Constance, par une préférence particulière pour ce séjour, ou par une convenance extraordinaire de leur pature avec les eaux qui y coulent. Ils y restent, lorsque la mauvaise saison arrive, parce qu'un obstacle insurmontable les y retient. Ils ne peuvent franchir la grande cascade de Schaffhouse, qui barre le Rhin inférieur, et par conséquent la seule route par laquelle ils pouraient aller du lac dans la mer. Ce lac est l'Océan pour eux. Mais s'ils présentent des signes de leur habitation constante au milieu de l'eau douce, ils offrent toujours les traits principaux de leur famille. Ils annoncent par ces caractères leur origine marine; et ils ne la rappellent pas moins par leurs habitudes, puisque, n'éprouvant pas, comme les saumons, le besoin de quitter l'eau salée pendant la belle saison, ils désertent cependant le lac de Constance lorsque le printemps arrive, et n'y reviennent que vers la fin de l'automne. [ls remontent dans les rivières qui se jettent dans le lac. Ils entrent dans le Rhin supérieur.

Ils s'arrêtent pendant quelque temps auprès de son embouchure, parce que, dans cetendroit, il coule avec rapidité sur un fond de cailloux. Ils vont jusqu'à Feldkirch, où ils pénètrent dans la rivière d’//l, qui leur a donné son nom; c'est même dans cette rivière qu'ils aiment à frayer. Les mâles, néanmoins, ne remontent dans son

ananken. — Rheinanken.— Illanken. Bloch.

? Non mentionné par M. Cuvier. D.

lit que lorsque le temps est serein, et que ja June éclaire; de sorte que si le ciel est couverz pendant plusieurs jours, un grand nombre d'œufs ne sont pas fécondés. Ils parviennent quelquefois jusqu’à Coireet à Rheïawald ; mais ils voyagent lentement, parce que si le Rhin est trouble, ils s'appuient contre des pierres , et attendent, presque immobiles, que l'eau ait repris sa transparence. Si au contraire le Rhin est limpide, et qu'il fasse un beau soleil, ils aiment à se jouer sur la surface du fleuve.

Ils pèsent souvent plus de quarante livres, et pondent ou fécondent une très-grande quantité d'œufs. Leur multiplication n’est pas cependant très-considérable : un grand nombre d'œufs servent d'aliment à l’anguille, à la lotte, au brochet, aux oiseaux d’eau; et une trèspetite partie des illankens qui éelosent échappe aux poissons voraces.

Après le frai, leur poids est ordinairement diminué d’un tiers ou de la moitié, lorsqu'ils sontremontéstrès-haut vers les sources du Rhin. Leur chair, au lieu d’être rouge, de bon goût, et facile à digérer , devient blanche et de mauvais goût : aussi ne sont-ils plus, à cette époque, les poissons les plus recherchés du lac de Constanceet du Rhin supérieur. Ils se hâtent alors de retourner dans le lac, et se laissent aller au courant , la tête fréquemment tournée contre ce même courant, qui les entraîne, et les délivre de la fatigue de la natation dans le temps où ils n ont pas encore réparé leurs forces. Ils vivent non-seulement de vers et d'insectes, mais encore de poissons. Ils sont surtout fort avides de salmones très-estimés dans les marchés; et les pêcheurs du lac assurent que, dans certaines années, ils leur causent plus depertes qu'ils ne leur procurent d'avantages.

Malgré leur grandeur et leurs armes, ilssont poursuivis par le brochet, qui, confiant dans ses dents et dans sa légèreté, lors même qu'il leur est très-inférieur en grosseur , les attaque avec audace, les harcèle avec constance, et, à force de hardiesse, d'évolutions et de manœuvres, parvient sous leur ventre qu'il déchire.

Cependant ils trouvent bien plus souvent une perte assurée dans les filets qu'où tend sur leur passage , particulierement dans le Rhin supérieur. Pour qu'ils ne puissent pas échapper au piége a construit de chaque côté du fleuve

une cloison composée de bois entrelacés. On l’assujettit avec des pieux, et on l’étend depuisle rivage jusque vers le milieu du courant le plus rapide. Les deux cloisons transversales ne laissentainsi qu'un intervalleassez étroit. On adapte à cette ouverture un verveux ‘, dans lequel les illankens vont s’enfermer, mais qu’ils déchirent cependant si ce verveux n’est pas très-fort , ou au-dessus duquel ils parviennent souvent à s’élancer.

Ils ont la tête moins petite que les saumons. Dès la seconde année de leur âge, leur mâchoire inférieure se termine par une sorte de crochet émoussé. On ne distingue pas aisément les taches noires, allongées et inégales, qui sont distribuées irrégulièrement sur leur corps et sur leur queue. Les pectorales , les ventrales, et la nageoire de l’anus, sont grisâtres; la nageoire adipeuse est variée de noir et de gris, la caudale ordinairement bordée de noir. On trouve auprès du pylore soixante-huit appendices placés sur quatre rangs ?.

LE SALMONE SCHIEFFERMULLER *,

Salimo Schielfermulleri, Bl., Lac., Cuv. *.

ET LE SALMONE ÉRIOX 5.

Salmo Eriox, Linn., Gmel., Lac, 6.

Le premier de ces salmones se trouve dans la Baltique. On le pêche aussi dans plusieurs lacs de l'Autriche, où on le prend dans les environs de mai; ce qui lui a fait donner, dans les conurées voisines de ces lacs, le nom de May forelle. Bloch l’a dédié à M. Schieffermuller de Lintz, qui lui avait envoyé des individus de cette espèce 7.

4 Voyez la description du Ferveux, à l'article du Gade colin.

310 rayons à la membrane branchiale du salmoneillanken, 14 à chaque pectorale, 41 à chaque ventrale, 21 à la nageoire de la queue.

# May ferche, en Bavière. — May forelle, en Autriche, — Silberlachs , en Poméranie. — Saumon argenté. Bouna= terre, pl. de l'Enc. méth. — Bloch, pl. 105.

4 Du genre el du sous-genre SAUMON, dans la famille des Salmones, ordre des Malacoptérygiens abdominaux, Cuv. D.

5 Salmone ériox. Daubenton et Haüy, Enc. méth. — /d. Bonvaterre, pl, de l'Enc. méth. — Faun. Suec. 546.-— Artedi, gen. 12, syn. 25, spec. 50. — Willughby, Ichth., p. 195. — Rai, Pisc., 65.

“M. Cuvier ne cite pas l'espèce du Salmone ériox. D.

742 rayons à la membrane branchiale du salmone schief-

Il pèse de six à huit livres. Sa partie supérieure est brune ; ses joues, sa gorge , ses upercules , ses côtés et son ventre sont argentés ; la ligne latérale est noire; les nageoires sont bleuâtres ; les taches ont la forme de très-petils croissants. On voit un appendice triangulaire à côté de chaque ventrale; les écailles tombent facilement, et argentent la main à laquelle elles s’attachent. Le foie est petit, jaunâtre, et divisé en deux lobes, l’estomac assez long, et la membrane de la vessie natatoire ordinairement très-mince.

L’ériox habite dans l'Océan d'Europe, et remonte, pendant la belle saison, dans les fleuves qui s’y jettent.

LE SALMONE TRUITE".

Salmo Fario, Linu., Bl., Lac., Cuv. 2.

La truite n’est pas seulement un des poissons les plus agréables au goût; elle est encore un des plus beaux. Ses écailles brillent de l'éclat del’argentetde l'or; un jaunedoré mêlé de vert resplendit sur les côtés de la tête et du corps. Les pectorales sont d’un brun mêlé de violet; les ventrales et la caudale dorées; la nageoire adipeuse est couleur d’or avec une bordur brune ; l’anale variée de pourpre, d'or, et de gris de perle; la dorsale parsemée de petites gouttes purpurines ; le dos relevé par des taches

queue. — 12 rayons à la membrane branchiale du salmone ériox, 44 à chaque pectorale.

4 Trotta, Torrentina, en Italie.—Fore, Bachfore, Forell, Teichforelle, Goldforelle, en Allemagne. — Lashens, Norjar, en Livenie. — Dawatschan, en Tatarie. — Araspaja ryba, en Russie. — Forell. Stenbit. Backra, Rofisk, en Suede, — Forel-kra, Elv-hia, Muld-kra, Or-rivie, en Norvège — Trout,en Angleterre. — Salmone truite, Salmone fario. Daubeuton et Haüy, Euc. méth. — Zd. Bounaterre, pi. de l'Enc. méth. — Fario, truite. Bloch, pl. 22. — Artedi, gen. 12, syu. 25, spec. 51.—Tructa. Cub., 1. 5, c. 94, fig. 91, b. — Trutta. Ambrosii, episcupi Mediolaui, Hexæmeron 5, c. 5. — Id. et salar et varèus. Salvian., fol. 96 b, et97 a et b.— Trutla fluviatilis. Bélon. — Id, Rondelet, part. 3, p.169. — Id. et Lrutta fario. Gesner, p. 1002, 4006, 1007, et (germ.), fol. 175, a. Trutla fluviatilis. Aldrov., L. 5, c. 42, p: 589. — Jonston, 1.5, t. 4, c. 1, tab, 26, fig. 1. —Willughby, p. 199, tab. 12,/ig. 4. — Raï, p. 65. — « Trutta fluviatilis yulgaris. » Charlet., p. 155. — Trutta, vel trutta vulgo, forina, et forio. Schon., p. 77. — Kram. Elench., p. 589, n. 5. — Scopoli, ann, 2, p. 40. — Müller, Prodr. Zool. Dan., p. 48, n. 408. — Faun. Suec. 548. — Trutta dentata. Klein, Miss. pisc. 5,p. 49, tab. 5, fig. 5. — Trout. Brit. Zool. 5, p. 250, n. 4. — Truite. Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat.

3 Du sous-genure SAUMON, dans le grand genre du même nom, famille des Salmones, ordre des Malacoptérygiens ab-

trmuller, 48 à chaque pectorale, 19 à la nageoire de la j dominaux. D.

DES POISSONS

noires; et d’autres taches rouges, entourées d’un bleu clair, réfléchissent sur les côtés de l’animal les nuances vives et agréables des rubis et des saphirs. 1

On la trouve dans presque toutes les contrées du globe, et particulièrement dans presque tous les lacs élevés, tels que ceux du Léman, de Joux, de Neufchâtel; et cependant il paraît que le poëte Ausone est le premier auteur qui en ait parlé.

Sa tête est assez grosse; sa mâchoire inférieure un peu plus avancée que la supérieure, et garnie, comme cette dernière, de dents pointues et recourbées. On compte six ou huit dents sur la langue; on en voit trois rangées de chaque côté du palais. La ligne latérale est droite; les écailles sont très-petites; la peau de l’estomac est très-forte ; et il y a soixante vertèbres à l’épine du dos, de chaque côté de laquelle sont disposées trente côtes.

Le savant anatomiste Scarpa a vu, dans l'organe de l’ouïe de la truite, un osselet semblable à celuique Camper avait découvert dans l'oreille du brochet. Cet osselet est le troisième ; il est pyramidal, garni à sa base d’un grand nombre de petits aiguillons, et placé dans la cavité qui sert de communication aux trois canaux demi-cireulaires.

La truite a ordinairement un pied ou quinze pouces de longueur, et pèse alors six à dix onces. On en pêche cependant, dans quelques rivières, du poids de quatre ou six livres‘; Bloch a parlé d’une truite, qui pesait huit livres, et qu'on avait prise en Saxe; et je trouve dans des notes manuscrites qui m'ont été envoyées , il y a plus de douze ans, par l’évèque d’Uzès, qui les avait rédigées avec beaucoup de soin, que l'on avait pêché, dans le Gardon , des truites de dix-huit livres.

Le salmone truite aime uneeau claire, froide, qui descende de montagnes élevées, qui s’échappe avec rapidité, et qui coule sur un fond pierreux. Voilà pourquoi les truites sont très-rares dans la Seine, parce que les eaux de ce fleuve sont trop douces pour elles, et trop lentes dans teur cours? ; et voilà pourquoi au contraire, mon célebre confrère, M. Ramond , membre de l’Institut, a rencontré des truites dans des amas d'eau situés à près de six mille pieds au-dessus

4 Notes manuscrites de M. Péuières.

5 Rotes manuscrits de M. Noël de Rouen,

du niveau de la mer, dans ces Pyrénées qu'il connaît si bien, et dont il a fait comme son domaine. Ilnous écrivait de Bagnères, en 1797, que le fond de ces amas d’eau est rarement calcaire ou schisteux , mais le plus souvent de granit ou de porphyre. On n’y voit en général aucun autre végétal que la plante nommée Sparqanium natans, et plus fréquemment des ulves solides, croissantes sur des blocs submergés : mais le fond est presque toujours enduit d’une couchemince dela partieinsoluble de l’Aurmus que les eaux pluviales y entraînent des pentes environnantes.

Les grandes chaleurs peuvent incommoder la truite au point de la faire périr. Aussi la voit-on vers le solstice d’été, lorsque les nuits sont trèscourtes et qu'un soleil ardent rend les eaux presque tièdes, quitter les bassins pour aller habiter au milieu d’un courant, ou chercher près du rivage l’eau fraîche d’un ruisseau ou celle d’une fontaine.

Elle peut d'autant plus aisément choisir entre ces divers asiles, qu’elle nage contre la direction des eaux les plus rapides avec une vitesse qui étonne l’observateur, et qu’elle s’élance audessus de digues ou de cascades de plus de six pieds de haut.

Elle ne doit cependant changer de demeure qu'avec précaution. M. Penières assure que si pendant l'été lès eaux sont très-chaudes, et qu'après y avoir péché une truite, on la porte dans un réservoir très-frais , elle meurt bientôt, saisie par le froid soudain qu'elle éprouve ?.

Au reste, une habitation plus extraordinaire que celles que nous venons d'indiquer paraît pouvoir convenir aux truites, même pendant plusieurs mois, aussi bien et peut-être mieux qu'à d’autres espèces de poissons. M. Duchesne, professeur d'histoire naturelle à Versailles, et dont on connaît le zèle louable et les bons ou vrages , m'a communiqué le fait suivant, qu’il tenait du célèbre médecin Lemonnier, mon ancien collègue au Muséum d'histoire naturelle.

Environ à dix-huit cents pieds au-dessous du pie du Canigou dans les Pyrénées, on voit un petit sommet dont la forme est semblable à celle d’un ancien cratere de volcan. Ce cratère se remplit de neige pendant l'hiver. Après la fonte de la neige, le fond de cette sorte d’entonnoir de-

1 Voyez, à ce sujet, le Disrours sur la nature des poissons, 2 Notes mauuscrites déjà citées

vient un petit lac, quise vide par l’évaporation, au point qu'il est à sec à l’équinoxe d'automne. On y pêche d'excellentes truites pendant tout l'été. Celles qui restent dans la vase, à mesure que le lac se dessèche , périssent bientôt, ou sont dévorées par des chouettes. Cependant, l’année suivante , on retrouve dans les nouvelles eaux du cratère un grand nombre de truites trop grandes pour être âgées de moins d'un an, quoique aucun ruisseau ni aucune source d’eau vive ne communiquent avec le lac.

Ce fait, dont M. Duchesne a bien voulu me faire part, prouve que le cratère est placé auprès de cavités souterraines pleines d’eau, dans lesquelles les truites peuvent se retirer lorsque le lac se déssèche, et qui, par des conduits plus ou moins nombreux, exhalent dans l'atmosphère des gaz dangereux pour la santé et même pour la vie des poissons ; et dès lorsil se trouve presque entièrement conforme à d’autres faits déjà connus depuis longtemps.

La truite se nourrit de petits poissons trèsjeunes, de petits animaux à coquille, de vers, d'insectes, et particulièrement d’éphémères et de friganes, qu’elle saisit avec adresse lorsqu'elles voltigent auprès de la surface de l'eau.

Il paraît que le temps du frai de la truite varie suivant le pays et peut-être suivant d’autres eirconstances. Un habile naturaliste, M. Decandolle, de Genève, nous a écrit que les truites du lac Léman et celles du lac de Neufchâtel remontaient dans le printemps, pour fraver dans les rivièreset même dans les ruisseaux ‘. Dans les contrées sur lesquelles Bloch a eu des observations, ces poissons fraient dans l'automne; et dans le département de la Corrèze, selon M. Pénières ?, les truites quittent également, au commencement ou vers le milieu de l'automne, les grandes rivières, pour aller frayer dans les petits ruisseaux. Elles montent quelquefois jusque dans des rigoles qui ne sont entretenues que par les eaux pluviales. Elles cherchent un gravier couvert par un léger courant, s’agitent , se frottent, pressent leur ventre contre le gravier ou le sable, et y déposent des œufs que le mâle arrose plusieurs fois dans le jour de sa liqueur fécondante.

Bloch a trouvé, dans les ovaires d’une truite, des rangées d'œufs gros comme des pois, et

{ Notes manuscrites données par M. Decandolle. 2 Notes manuscrites déjà citées.

dont la couleur orange s’est conservée pendant longtemps même dans de l'alcool.

D'après cette grosseur des œufs des truites, il n’est pas surprenant qu’elles contiennent moins d'œufs que plusieurs autres poissons d’eau douce; et cependant elles multiplient beaucoup, paree que la plupart des poissons voraces vivent loin des eaux froides, qu'elles préfèrent.

Mais si elles craignent peu la dent meurtrière de ces poissons dévastateurs , elles ne trouvent pas d’abri contre la poursuite des pêcheurs.

On les prend ordinairement avec la truble !, à la ligne, à la louve, ou à la nasse 2.

Si l'on emploie la truble ou le truble, il faut le lever très-vite lorsque la truite y est entrée, pour ne pas lui donner le temps de s’élancer et de s'échapper.

La ligne doit être forte, afin que le poisson ne puisse pas la casser par ses mouvements variés, multipliés et rapides.

La manière de garnir l'hameçon n’est pas 17 même dans différents pays. On y attache de k chair tirée de la queue ou des pattes d’une écrevisse ; de petites boules, composées d’une partie de camphre, de deux parties de graisse de héron , de quatre parties de bois de saule pourri, et d’un peu de miel ; des vers de terre ; des sangsues coupées par morceaux; des insectes artificiels faits avee des étoffes très-fines de différentes couleurs, des membranes, de la cire, des poils , de la laine, du erin , de la soie, du fil, des plumes de coq ou de coucou. On change la couleur de ces fils, de ces plumes, de ces soies , de ces poils, non -seulement suivant la saison et pour imiter les insectes qu’elle amène, mais encore suivant les heures du jour *; et on les agite de manière à leur imprimer des mouvements semblables à ceux des insectes les plus recherchés par les truites.

Dans l'Arnon, auprès de Geneve, on pique ces poissons avee un trident, lorsqu'ils remontent contre une chute d'eau produite par une digue *.

Mais on en fait une pêche bien plus considérable à l'endroit ou le Rhône sort du lac Leman, dans lequel se jette cette rivière d’Arnon. Nous

4 Voyez la description de la truble, à l'article du Misgurné fossile.

2 La description de la louve et celle de la nasse sont das l'article du Petromyzon lamproie.

5 Notes manuscrites de M, Pénieres.

4 Kotes manuscrites de M. Decandoile.

DES POISSONS

lisons dans une lettre que le savant professeur Pictet, membre associé de l’Institut, adressa en 4788, aux auteurs du Journal de Genève, qu'à cette époque le Rhône était barré, à sa sortie du lac, par un clayonnage en bois disposé en zigzag. Les angles de ce grillage, alternativement saillants du côté du lac et du côté du Rhône, présentaient de partet d’autre des espèces d’avenues triangulaires, dont chacune se terminait par une nasse ou Cage construite en fil de laiton, et arrangée de manière que les poissons qui y entraient ne pouvaient pas en sortir. Celles de ces nasses qui répondaient aux angles saillants du côté du lac, se nommaient nasses de remonte; et les autres, nusses de descente. On laissait ordinairement tous les passages libres dès la fin de juin, afin de donner aux truites la liberté d'aller frayer dans ce fleuve ; on les refermait vers le milieu d'octobre : ce qui divisait le temps de la pêche en deux saisons: celle du printemps, qui durait depuis la fin de janvier jusqu'en juin, et celle de l'automne, qui commencait en octobre, et qui finissait avec le mois de janvier. Dans lune et dans l’autre de ces saisons , on prenait des truites à la remonte et à la descente, mais dans des proportions bien différentes. Sur quatre cent quatre-vingt-neuf truites on en pêchait trente-six à Ha descente du printemps, trente-quatre à la descente de l’automne , seize à la remonte du printemps , quatre cent trois à la remonte de l'automne. Il est aisé de voir que cette différence provenait de la liberté qu’avaient les truites de descendre dans le Rhône, depuis la fin de juin jusqu'au mois d'octobre.

Pour attirer un plus grand nombre de truites dans les nasses ou dans les louves , on y place un linge imbibé d'huile de lin, dans laquelle on a mêlé du cas{oreum et du camphre fondus.

On marine la truite comme le saumon, et on la sale comme le hareng. Mais c'est surtout lorsqu'elle est fraîche que son goût est trèsagréable. Sa chair est tendre, partieulièrement pendant l'hiver; les personnes même dont l’estomac est faible, la digerent facilement. Pendant longtemps, ce salmone a été nommé, dans plusieurs pays, le roi des poissons d’eau douce ; et dans quelques parties de l’Allemagne les princes s’en élaient réservé la pêche.

Comme on ne voit guère la truite séjourner satuwrellement que dans les lacs élevés et dans les rivières ouruisseaux des montagnes, elle est

très-chère dans un grand nombre d'endroits :

elle mérite par conséquent à beaucoup d'égards l'attention de l'économe , et voici les principaux des soins qu'elle exige.

Pour former un bon étang à truites, il faut une vallée ombragée, une eau claire et froide, un fond desable ou decailloux placé sur de la glaise ou sur une autre terre qui retienne les eaux , une source abondante, ou un ruisseau qui, coulant sous des arbres touffus, et n'étant pas trèséloigné de son origine, amène, même en été, un? eau limpide et froide ; des bords assez élevés, pour que les truites ne puissent pas s'élaneer pardessus ; degrands végétaux plantés assez près de ces bords, pour que leur ombre entretienne la fraicheur de l’eau; des racines d’arbres, ou de grosses pierres, entre lesquelles les œufs puissent être déposés ; des fossés ou des digues, pour prévenir les inondations des ravins où des rivières bourbeuses ; une profondeur de neuf pieds ou environ , sans laquelle les truites ne trouveraient pas un abri contre les effets de l'orage, monteraient à la surface de l’eau lorsqu'il menacerait, y présenteraient souvent un grand nombre de points blanchâtres ou livides, et périraient bientôt; une quantité tres-considérable de loches ou de goujons, et d’autres petits cyprins dont les truites aiment à se nourrir , ou une très-grande abondance de morceaux de foie hachés, d’entrailles d'animaux, de gâteaux secs, faits de sang de bœufet d'orge mondé ; des bandes garnies d’une grille assez fine pour arrêter l'alevin, une attention soutenue pour éloigner les poissons voraces, les grenouilles, les oiseaux pêcheurs, les loutres, et pour casser pendant Fhiver la glace qui peut se former sur la surfae de l’eau ‘.

Lorsque, pour peupler cet étang, on est oblig d’y transporter des truites d’un endroit un peu éloigné, il faut ne placer dans chaque vase qu'un petit nombre de ces salmones, renouveler l'eau dans laquelle on les a mis, et f'agiter souvent.

Différentes eaux peuvent cependant être as sez claires, assez froides et assez rapides pour que les truites y vivent, et avoir néanmoins des propriétés particulières qui influent sur ces sal: monés au point de modifier leurs qualités, leurs couleurs, leurs formes et leurs habitudes, et de

4 Voyez le Discours intitulé : Des effets de l'ar4 de l'homme sur la nature des poissons.

produire des variétés très-distinctes et plus ou moins constantes.

M. Decandolle assure que les truites prises dans le Rhône diffèrent de celles que l’on pêche dans le lac de Genève, par la grandeur de deux taches noirâtres placées sur les joues ‘. Suivant le même naturaliste, celles de l’Arve sont plus minces et plus allongées.

On en voit, dit M. Pénières, d’effilées, et d’autres très-courtes. Le ruisseau appelé le Queyrou, près de Pénières, dans le département du Cantal, en nourrit d’arrondies, avec le dos voûté; dans celui de Narbois , les truites sont courtes, arrondies, et d’une nuance presque jaune ; dans un autre ruisseau nommé Enlan, elles sont allongées, grises et légèrement tachetées.

M. Noël de Rouen nous a écrit : « Les truites « de Palluel ont une grande réputation dans le « département dela Seine-Inférieure : ce sont les « plus délicates que nous possédions dans nos « eaux douces. On m'a assuré à Cany qu'elles «ne remontaient pas au-dessus du pont de ce « gros bourg, qui n’est éloigné de la mer que « d’une lieue. Après les truites de Palluel vien- « nent celles de la rivière de Robec, qui se perd « dans la Seine à Rouen. On connaît dans nos « différentesrivières sept ou huit variétés detrui- «tes, qui diffèrent entre elles par la couleur, « les taches, ete. »

Dans les eaux de Lethnot, comté de Forfar, en Écosse, les pêcheurs distinguent deux variétés de la truite : la première est jaune, et beaucoup plus large ou haute que la truite ordinaire ; la seconde a la tête beaucoup plus petite, et les côtés tachetés d’une manière aussi élégante que brillante.

On pêche aussi dans quelqueslacs, ruisseaux ourivières d'Écosse, d’autres variétés de latruite, auxquelles on a donné les noms de Truite de mousse, Truite de petile rivière, Truile noire, Truite blanche, et Truite rouge.

Bloch en a fait connaître une, qu'il a désignée par la dénomination de Truite brune *.

Cette variété a la tête et le ventre plus gros que la truite commune ; le dos arrondi; la partie supérieure des côtés et la tête, d’un brun-noir avec des taches violettes; la partie inférieure de ces mêmes côtés, jaunâtre, avec des taches rouges entourées de blanc et renfermées dans un se-

4 Notes manuscrites déjà citées, 2Bloch, pl. 22. — Salmo fario, sylvaticus, B. Linnée, éd. de Gmelin.

cond cercle brunâtre; les nageoires du ventre, de l'anus et de la queue, mélangées de jaune, la chair très-délicate, et rouge lorsqu'elle est cuite, de même que celle du saumon et du salmone truite-saumonée. Cette variété habite plusieurs des rivières qui se jettent dans la Balti que, Gu dans la mer qui baigne les côtes de Norvège ‘.

LE SALMONE BERGFORELLE ?.

Salmo punctalus, Cuv.; Salmo alpinus, BI., Lac.:.

Ce salmone a de petites écailles sur letrone, un appendice étroit à côté de chaque ventrale. la ligne latérale droite, la première dorsale jaune avec des taches noires, les autres nageoires rougeâtres, le dos verdâtre, le ventre blanc, la chair rouge, de bon goût et facile à digérer.

On le trouve dans les eaux de très-hautes montagnes, particulièrement de celles de Laponie, du pays de Galles, et du voisinage de Saint- Gall *.

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