‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 453 sur 535 · CENT QUATRE-VINGT-NEUVIÈME GENRE · texte numérisé non relu

CENT QUATRE-VINGT-NEUVIÈME GENRE

LES LÉPISOSTÉES.

L'ouverture de la bouche grande ; les mâchoires garnies de dents nombreusts, fortes et pointues ; point de barbillons ni de nageoïre adipeuse ; le corps et la queue très-allongés ; une seule nageoire du dos ; cette nageoire plus éloignée de la tèle que Les ventrales ; le corps el la queue revêlus d’écailles très-grandes , placées les unes au-dessus des autres, très-épaisses , très-dures , el de nature osseuse.

CARACTÈRES

Neuf rayons à L1 uageoire du dos:

neuf rayons à cell- de l'anus ; le premier rayou de Chaque nag'oire el le uernier ds la Car dae irès-foris et deuteié-; la mächoire superiesre plus avancée que ce le d'en bas;ies deux mâchoï. es très-

0e longues très-étroites, et grues LE LÉPISOSTÉE GAVIAL.\ d'un granu nombre de dents forles el poilues disposées sur nn ou plusieurs rangs, el pa nn lesquels s'élevent pus eurs autres dents plus lougues, : rochues, et séparées les unex de; autres; la lougnenur de la iête égae, ou à peu pres, a celle du Corps.

Onze rayons à la nageoïre du dos; neuf rayous à celle de l'anus ; le

ESPECES

prenner rayon de chaque uageoire, Lrès lort et denteie: la mächoire superieure plis avancer que celle d'en bas ; les deux mâchoires longues, étroites et déprimées ; le tout du museau plu: large que le reste des imàchoires; la lougueur de la tete égile, on à peu près, à la moitié de ia longueur du corps.

ue rayons à la dorsale; huit {

LE LÉPISOSTÉE SPATULE

a ceile de l'anus; les veux ràchoires ézalem nt avancées ; les dents très-petites et serrées ; la langue et Le palais lisses.

L& LÉPISOSTEE ROBOLO.

47 rayons à la membrane branchiale de la sphyrène spet, V4 à chaque pectorale, 6 a chaque ventra e, 20 à la nageoire de 2 queue, — 8 ou 9 rayons à la membraue des brauchies de ka aphyrene aiguille.

LE LÉPISOSTÉE GAVIAL !

Lepisosteus, osseus, Cuv.; Lepisosteus Gavial, Lac. Esox osseus, Linn., Ginel. ?,

LE LEPISOSTEE SPATULE,

Lepisosteus Spatula, Lac., Cuv. 5.

ET LE LÉPISOSTÉE ROBOLO #.

Lepisosteus Robolo, Lac. ; Esox chilensis, Molina. 5,

De tous les poissons osseux, les lépisostées sont ceux qui ont recu les armes défensives les plus sûres. Les écailles épaisses, dures et osseuses, dont toute leur surface est revêtue, forment une cuirasse impénétrable à la dent de presque tous les habitants des eaux, comme l’enveloppe des ostracions, les boucliers des acipensères , la carapace des tortues, et la couverture des caymans, dont nous avons conservé le nom à l'espèce de lépisostée la plus anciennement connue. À l'abri sous leur tégument privilégié, plus confiants dans leurs forces, plus hardis dans leurs attaques que les ésoces, les synodes et les sphyrènes, avec lesquels ils ont de très-grands rapports ; ravageant avec plus de sécurité le séjour qu'ils préfèrent, exerçant sur leurs victimes une tyrannie moins contestée, satisfaisant avec plus de facilité leurs appétits violents, ils sont bientôt devenus plus voraces et porteraient dans les eaux qu'ils habitent une dévastation à laquelle très-peu de poissons pourraient se dérober, si ces mêmes écailles défensives qui, par leur épaisseur et leur dureté, ajoutent à leur audace, ne diminuaient pas, par leur grandeur et leur inflexibilité, la rapidité de leurs mouvements, la facilité de leurs évolutions, l'impétuosité de leurs élans, et ne laissaient pas ainsi à

{ Trompette de mer. — Aguja , en Espagne. — Knochen hecht, par les Allemands. — Schild-snork. par les Hollanduis. — Ch efis, à la Havane. — Green carfish, p:r les Anglais des Indes o cid. — /kan tsiakalang bili, dans les ludes or.— Balgeesche geeh. par les Hollandais des grandes ludes — Esoce cayman. Daubenton et Hañy, Enc. méth.— 1d. Bonuaterre, pl. de F'Enc. in th. — « Esox maxilà supe- « rire longioie, caudà quadraià. » Artrdi, zen. 44, syn. 27. « ACUS Maxima, Squamosa, viridis. » Catesby Carol. 2, t. 50, « Acus marina squamo-a. » Lister, App. Wiluzhby, p. 22.— Rai. p. 109. — Bloch, pl. 590. — Mus. Ad. Fri. 2, p. 101, — « Acus seu belone americana , squamis durissimis Cata- « phracta. » Poisson armé dv la rivière de Sasnt-Lawren. Plumier, manuscrits déjà cités de la Biblioth. royale

2 Du genre LEPISOSTEE, Lac., Cuv., dans la famille des Clupes, ordre des Ma acoptéryg ens sbdominaux, Cuv. D,

“ Seconde espèce du genre LEPISOSTEE ue M. Cuvier, D.

4 Molina. Hist. natur, Chil., p. 196, — ÆEsoce robolo. Bonuaterre, pl. de l'Enc. méth.

5 M. Cuvier ne fait pas mention de cette espéce. D.

DES POISSONS

leur proie quelque ressource dans l'adresse, l’agilité et la fuite précipitée. Mais cette même voracité les livre souvent entre les mains des ennemis qui les poursuivent : elle les force à mordre sans précaution à l'hamecon préparé pour leur perte; et cet effet de leur tendance naturelle à soutenir leur existence leur est d'autant plus funeste par son excès, qu'ils sont très-recherchés à cause de la bonté de leur chair.

Le gavial particulièrement a la chair grasse et très-agréable au goût. On le trouve dans les laes et dans les rivières des deux Indes, où il parvient à trois pieds de longueur. La dentelure remarquable qu'on voit aux premiers rayons de toutes ses nageoires et au dernier de sa caudale, provient de deux séries d’écailles osseuses , allongées et pointues , placées en recouvrement le long et au-dessus de ce premier rayon, qui d’ailleurs est articulé. La forme générale de sa tête; le très-grand allongement de ses mâchoires ; leur peu de largeur ; le sillon longitudinal creusé de chaque côté de la mâchoire d’en haut; les pièces osseuses, inégales, irrégulières, ciselées ou rayonnées , articulées fortement les unes avec les autres, et enveloppant la tête proprement dite, ou composant les opercules; la quantité, la distribution, l'inégalité et la figure des dents ; la position des deux oritices de chaque narine, que l’on découvre à l’extrémité du museau; la situation des yeux, très-près de l'angle de la bouche : tous ces traits lui donnent beaucoup de ressemblance avec le crocodile du Gange, auquel nous avons dans le temps conservé le nom de Gavial; et nous avons mieux aimé le désigner par cette dénomination de Gavial, quele distinguer, avec plusieurs naturalistes, par le nom de Cayman, ou Crocodile d'Amérique, auquel il ressemble beaucoup moins.

Les écailles osseuses dont ce lépisostée est revêtu lui donnent un nouveau rapport avec le gavial ou les crocodiles considérés en général. Ces écailles, arrangées de manière à former des séries obliques, sont taillées en losange, striées, relevées dans leur centre, et paraissent composées de quatre pièces triangulaires; celles qui s'étendent en rangée longitudinale, depuis lannque jusqu'à la dorsale, sont échancrées, et représentent un cœur. La ligne latérale est courbée vers le bas; l'anus deux fois plus voisin de la caudale que de la tête ; la dorsale semblable, par sa forme presque ovale et par ses dimensions, à la nageoire de l'anus , qui règne directement au-

dessous: la caudale obliquement arrondie; la partie supérieure de la base de cette caudale couverte obliquement d'écailles osseuses, qui doivent gèner un peu les mouvements de cette rame; L couleur générale verte ; celle des nageoires rougeâtre, sans taches, ou avec des taches foncées : et le ventre rougeâtre ou d’un violet très-clair.

Aucun naturaliste n’a encore publié de description du lépisostée spatule. Le Muséum d’histoire naturelle renferme depuis longtemps un bel individu de cette espèce. La forme de son museau nous à suggéré son nom spécifique, de même que nous avons voulu désigner les écailles osseuses des lépisostées par le nom générique que nous leur avons donné *.

La tête du spatule, comprimée et aplatie, est couverte de pièces osseuses, grandes, rayonnées et chargées d’aspérités. Le dessus de la mâchoire supérieure offre de chaque côté quatre ou cinq lames également osseuses, et comme ciselées ou rudes. Un grand nombre de pièces petites, mais osseuses et articulées ensemble, couvrent, au delà des yeux, les parties latérales de la tête proprement dite. L’opercule , de même nature que ces lames, est rayonné, et composé de trois pièces. Chaque narine a deux orifices. Le palais est hérissé de petites dents. Les deux mâchoires sont garnies de deux rangées de dents courtes, inégales, crochues, et serrées. Indépendamment de ces deux rangs, la mâchoire d'en haut est armée de deux séries de dents Joneues , sillonnées , aiguës, éloignées les unes des antres, et distribuées irrégulièrement. La mâchoire inférieure ne montre qu’une série de ces dents allongées : cette rangée répond à l’intervalle longitudinal qui sépare les deux séries d'en haut; et les grandes dents qui forment ces deux rangées supérieures , ainsi que la rangée d'en bas, sont recues chacune dans une cavité particulière de la mâchoire opposée.

On doit remarquer qu'au-devant des orifices des narines deux de ces dents longues et sillonnées de la mâchoire d’en bas traversent la mâchoire supérieure lorsque la bouche est fermée et montrent leurs pointes acérées au-dessus de la surface de cette mâchoire d'en haut, comme pous l'avons fait observer dans le crocodile, en écrivant, en 1788, l'histoire de cet énorme animal.

La mâchoire supérieure, étant plus étroite que

! Lepis, en grec, signifie écaille.

celle d'en bas, rend plus sensible l'élargissement qui donne au bout du museau la forme d'une spatule. L'œil est tres-près de l’angle de la bouche. à

Les écailles osseuses forment, depuis la nuque jusqu'à la dorsale, cinquante rangées obliques ou environ : ces écailles sont en losange, rayonnées et dentelées ; celles qui recouvrent l’arête longitudinale du dos montrent une échancrure qui produit deux pointes. La ligne latérale est droite; la dorsale placée au-dessus de l’anale; et les ventrales sont à une distance presque égale de cette anale et des pectorales.

La mer qui arrose le Chili nourrit le robolo. Ce lépisostée a l'œil grand ; l’opercule couvert d’écailles semblables à celles du dos, et composé de deux pièces ; les nageoires courtes. La ligne latérale bleue; les écailles anguleuses, osseuses, mais faiblement attachées, dorées par-dessus, argentées par-dessous ; une longueur de près d’un mètre, la chair blanche, lamelleuse, un peu transparente , et très-agréable au goût '.

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