CENT QUATRE-VINGT-QUATORZIÈME GENRE
LES SOLÉNOSTOMES ?.
Les mâchoires étroites, très-allongées el en forme de tube; l'ouverture de la bouche à l’extrémilé du museau; deux nageoires dorsales.
CARACTÈRES
Cinq rayons à la première nageoire du dos ; dix-huit à la seconde ; la caudale lancéolé :; le corps et la queue couverts de lames un peu relevées et aiguës dans leurs bords.
ESPÈCE
LE SOLÉNOSTOME PA- RADOXAL.
4 Ichthyolithologie des environs de Vérone, par :e savant Gazola, etc., pl. 5, fig, 4.
2 4 rayons à la membraue branchiale de l'aulostome chi- { nois, 17 à chaque pectorale, 6 à chaque ventrale, {5 àlan& geoire de la queue,
DES POISSONS
LE SOLÉNOSTOME PARADOXE !.
Solenostomus paradoxus, Lac., Cuv. ; Fistularia paradoxa, Linn., Gmel. 2.
Voici encore un de ces êtres bizarres en apparence, sur lesquels nous voyons réunis des traits disparates, ou , ce qui est la même chose, des caractères que nous sommes habitués à ne rencontrer que séparés les uns des autres. Offrant les formes distinctives de plusieurs genres très-peu semblables les uns aux autres , paraissant étroitement liés avec plusieurs, et n'appartenant réellement à aucun , attirés d’un côté par plusieurs familles, mais repoussés de l’autre par ces mêmes tribus , on dirait que la nature les a produits en prenant au hasard dans divers groupes les portions dont ils sont composés.
Qu'on ne s'y méprenne pas cependant, et qu’on admire ici le sceau particulier que cette nature merveilleuse imprime sur tous ses ouvrages, et qui, pour des yeux accoutumés à contempler ses prodiges, ne permet pas de confondre les effets de sa puissance intime et pénétrante avec les résultats de l’action toujours superficielle de l'art le plus perfectionné. Qu'on ne croie pas trouver ici un simple rapprochement de portions hétérogènes. En attachant les uns aux autres ces membres pour ainsi dire dispersés auparavant, en leur imprimant un mouvement commun et durable, en répandant dans leur intérieur le souffle de la vie, la nature en modifie toutes les parties, en pénètre la masse, en adoucit les contrastes qui se repousseraient avec violence ; et sa main remaniant, pour ainsi dire, et le dehors et le dedans de ces organes, place des nuances conciliatrices entre les formes incohérentes, introduit des liens secrets et donne au tout qu'elle fait naître ces proportions dans les ressorts, cette correspondance dans les forces, cet accord dans les attributs, qui constituent la perfection de l’ensemble.
La nature ne cesse donc jamais de maintenir la convenance des rapports, de perpétuer l’ordre, de conserver ses lois. Elle agit d’après son plan admirable, lors même qu'elle paraît s’écarter de ses règles éternelles. Quelle lecon pour
5. Les Solénostomes forment pour M. Cuvier un sousgenre dans le grand genre SYNGNATUE, de l'ordre des Lophobranches. D.
4 Pallas, Spicil. zool. 8, p. 52, tab. 4, fig. 6. — Trompette colénostome. Bonnaterre , pl. de l'Enc. méth.
l’homme ! et qu'ils sont peu fondés les raisonnements de ceux qui ont voulu trouver dans les prétendus caprices de la nature l’excuse de leurs erreurs ou de leurs égarements !
Mais descendons de ces considérations élevées pour suivre notre route.
C’est à Pallas que nous devons la connaissance du solénostome , qui, par sa conformation extraordinaire, nous rappelle plusieurs genres différents de poissons , et notamment ceux des syngnathes , des pégases, des cycloptères, des cobies, des aspidophores, des scorpènes, des lépisacanthes, des péristédions , des loricaires , des fistulaires , et des aulostomes.
Cet abdominal ne parvient guère qu’à la longueur de trois pouces et demi. On l’a pêché dans les eaux d’Amboine. Sa couleur générale est d’un gris blanchâtre, relevé par des raies ou petites bandes sinueuses et brunes. On voit sur la première nageoire du dos et sur celle de la queue, d’autres raies tortueuses et noires. Les lames qui recouvrent le corps et la queue ont leurs bords hérissés de petites épines : elles sont d’ailleurs placées de manière que le corps ressemble à une sorte de prisme à neuf ou dix pans dans sa partie antérieure, et à six faces dans sa partie postérieure. La queue, dont le diamètre est moins grand que celui du corps, présente six ou sept faces.
La tête proprement dite est petite; l'œil grand; le devant de l'orbite garni, de chaque côté, d’un piquant à trois facettes ; le tube formé par le museau, très-long, droit, dirigé vers le bas, comprimé, aigu par le haut, relevé en dessous par une double arête longitudinale, armé dans sa partie supérieure de deux aiguillons coniques ; le bout du museau où est l'ouverture de la bouche, relevé; la lèvre d’en bas moins avancée cependant que la supérieure; la nuque défendue par trois piquants ; l’opercule petit , très-mince et rayonné ; la première dorsale très-haute, et inclinée vers la queue; chaque pectorale trèslarge ; chaque ventrale très-grande ; et l’espace qui sépare une ventrale de l’autre, recouvert d’une membrane lâche, qui les réunit, et forme comme un sac longitudinal *,
1 23 rayons à chaque pectorale du solénostome paradoxal, 7 à chaque ventrale, 12 à la nageoire de l'anus , 44 à Celle de la queue.