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TRENTE-SEPTIÈME GENRE

LES XIPHIAS,

La mâchoire supérieure prolongée en forme de lame ow d'épée, et d’une longueur au moins égale au tiers de la longueur totale de l'animal.

CARACTÈRES

La prolongation du museau, plate, sillonnée par-dessus et par-dessous, et tranchante sur ses bords,

La prolongation du museau, convexe par-dessus, non sillonnée,

| et émoussée sur ses bords.

ESPÈCES

& Le XIPHIAS ESPADON.

Lz XIPHIAS ÉPÉE.

LE XIPHIAS ESPADON *.

Xiphias Gladius, Linn., Bl., Lacep., Cuv.

Voici un de ces géants de la mer, de ces émules de plusieurs cétacées dont ils ont reçu le nom, de ces dominateurs de l'Océan qui réunissent une grande force à des dimensions très-

1 Sward fisk, en Suède. — Sword fish, en Angleterre. — Pesce spado, Emperador, eu Italie. — Glaive espadon, Daubenton, Enc. méth. — Id, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. —Epius, Arist., 1. 2, ce. 45, 13;et1l 8,c. 19. — Id. Athen., 1.7, p.514. — Id. Ælian., 1. 9, c. 40, p. 548; et L. 14, c. 25. — Id. Oppian., 1. 1, p.8;et 1. 2, p. 48. — Xiphias, seu gladius, Plin.. 1.9, c. 13; et 1. 52, c. 2et 11. — Wotton, 1.8, c. 189, fol. 167, b.— Empereur, Rondelet, part. 4, 1.8, c. 14. — Zifius, par plus. anciens auteurs. — Xiphias, id est gladius piscis, Gesner, p. 4049. — Xiphias, seu gladius, Jonston, L. 4, tit. 4, c. 2, a,5, tab. 4, fig. 2.—Xiphias piscis, Latinis gladius, Willugbby, p. 461. — 1d. Rai, p. 52.—Gladius, vel æiphias, Schonev., p.55. — Gladius, Cuba, DER e. 39, fol. 80, a. —Salv., fol. 126 , ad iconem., et 127. — Gladius, Aldrov., L 5, ©. 21, p. 552. — Xiphias, Klein, Miss. pise. 4,p. 17, n. 1,2, 4, tab. 1, fig. 2, et tab. 2, fig. 1. — Empereur, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat.—Schelhamer,

Anat. xiphii piscis., Hamb. 4707. — Berthol. cent. 2, cap. 16. ;

étendues. Au premier aspect, le xiphias espadon nous rappelle les grands acipensères, ou plutôt les énormes squales et même le terrible requin. Il est l'analogue de ces derniers ; il tient parmi les osseux une place semblable à celle que les squales occupent parmi les cartilagineux ; il a recu comme eux une grande taille, des muscles vigoureux, un corps agile, une arme redoutable, un courage intrépide, tous les attributs de la puissance; et cependant tels sont les résultats de la différence de ses armes à celles du requin et des autres squales, qu’abusant bien moins de son pouvoir, il ne porte pas sans cesse autour de lui, comme ces derniers, le carnage et la dévastation. Lorsqu'il mesure ses forces contre les grands habitants des eaux, ce sont plutôt des ennemis dangereux pour lui qu’il repousse, que des victimes qu’i poursuit. Il se contente souvent pour sa nourriture, d'algues et d’autres plantes marines; et bien loin d’attaquer et de chercher à dévorer les animaux de son espèce, il se plaît avec eux ; il aime surtout à suivre sa femelle, lors même qu'il n’obéit pas à ce besoin passager, mais impérieux, que ne peut vaincre la plus horrible férocité. 11 paraît donc avoir et des habitudes douces et des affections vives. On peut lui supposer une assez grande sensibilité, et si l’on doit comparer le requin au tigre, le xiphias peut être considéré comme l’analogue du lion.

Mais es effets de son organisation ne sont pas seuls remarquables; sa forme est aussi très-digne d’attention. Sa tête surtout frappe par sa conformation singulière. Les deux os de la mâchoire supérieure se prolongent en avant, se réunissent et s'étendent de manière que leur longueur égale à peu près le tiers de la longueur totale de l’animal. Dans cette prolongation, leur matière s'organise de manière à présenter un grand nombre de petits cylindres, ou plutôt de petits tubes longitudinaux ; ils forment une lame étroite et plate, qui s’amincit et se rétrécit de plus en plus jusqu’à son extrémité, et dont les bords sont tranchants comme ceux d'un espadon ou d'un sabre antique. Trois sik lons longitudinaux règnent sur la surface supérieure de cette longue lame, au bout de faquelle parvient celui du milieu ; et l’on aperçoit un sillon semblable sur la face inférieure de cette même prolongation. Une extension de l’os

frontal triangulaire, pointue et très-allongée, concourt à la formation de la face supérieure de la lame, en s'étendant entre les deux os maxillaires, au moins jusque vers le tiers de la longueur de cette arme; et sur la face inférieure de cette lame osseuse, on voit une extension analogue et également triangulaire des os palatins s’avancer entre les deux os maxillaires, mais moins loin que l’extension pointue de l’os frontal. Ce sabre à deux tranchants est d’ailleurs revêtu d’une peau légèrement chagrinée.

La mâchoire inférieure est pointue par devant; et sa longueur égalant le tiers de la longueur de la lame tubulée, c’est-à-dire le neuvième de la longueur totale de l'animal, il n’est pas surprenant que l’ouverture de la bouche soit grande; ses deux bords sont garnis d’un nombre considérable de petits tubercules trèsdurs, ou plutôt de petites dents tournées vers le gosier, auprès duquel sont quelques os hérissés de pointes. La jangue est forte et libre dans ses mouvements. Les yeux sont saillants, et l’iris est verdâtre.

L’espadon a d’ailleurs le corps et la queue très-allongés. L’orifice des branchiesest grand, et son opercule composé de deux pièces; sept ou huitrayons soutiennent la membrane branchiale. Les nageoires sont en forme de faux, excepté celle de la queue, qui est en croissant ‘ Une membrane adipeuse placée au-dessous d’une peau mince, couvre tout le poisson.

La ligne latérale est pointillée de noir : cette même coulear règne sur le dos de l’animal dont la partie inférieure est blanche. Les nageoires pectorales sont jaunâtres; celle du dos est brune ; et toutes les autres présentent un gris cendré.

L’espadon habite dans un grand nombre de mers. On le trouve dans l'Océan d'Europe, dans la Méditerranée, et jusque dans les mers australes. On le rencontre aussi entre l'Afrique et l'Amérique : mais, dans ces derniers parages, sa nageoire du dos parait être constamment plus grande et tachetée ; et c’est aux espadons, qui, par les dimensions et les couleurs de leur nageoire dorsale, composent une variété plus ou moins durable, que l’on doit, ce me semble, rapporter le nom brasilien de Guebucu ?,

* A la nageoire du dos 42 rayons, à chacune des pectorales 17, à celle de l'anus 18, à celle de la queue 26. ? Voyez Marcgrave, Brasil., L. 4, c. 45, p. 171.

Les xiphias espadons ont des muscles trèspuissants : leur intérieur renferme de plus une grande vessie natatoire; ils nagent avec vitesse; ils peuvent atteindre avec facilité de très-grands habitants de la mer. Parvenus quel quefois à la longueur de plus de sept mètres, frappant leurs ennemis avec un glaive pointu et tranchant de plus de deux mètres, ils mettent en fuite, ou combattent avec avantage les jeunes et les petits cétacées, dont les téguments sont aisément traversés par leur arme osseuse, qu’ils poussent avec violence, qu’ils précipitent avec rapidité, et dont ils accroissent la puissance de toute celle de leur masse et de leur vitesse. On a écrit que dans les mers dont les côtes sont peuplées d'énormes crocodiles, ils savaient se placer avec agilité au-dessous de ces animaux cuirassés, et leur percer le ventre avec adresse à l'endroit où les écailles sont le moins épaisses et le moins fortement attachées. On pourrait même, à la rigueur, croire, avec Pline, que lorsque leur ardeur est exaltée, que leur instinct est troublé, ou qu'ils sont le jouet de vagues furieuses qui les roulent et les lancent, ils se jettent avec tant de force contre les bords des embarcations que leur arme se brise, et que la pointe de leur glaive pénètre dans l’épaisseur du bord, et y demeure attachée, comme on y a vu quelquefois également implantés des fragments del’arme dentelée du squale scie, ou de la dure défense du narval.

Malgré cette vitesse, cette vigueur, cette adresse, cette agilité, ces armes, ce pouvoir, l’espadon se contente souvent, ainsi que nous venons de le dire, d’une nourriture purement végétale. Il n’a pas de grandes dents incisives ni laniaires, et les rapports de l’abondance et de la nature de ses sucs digestifs avec la longueur et la forme de son canal intestinal, sont tels, qu’il préfère fréquemment aux poissons qu'il pourrait saisir, des algues et d’autres plantes ma: rines : aussi sa chair est-elle assez communément bonne à manger, et même très-agréable au goût ; aussi, lorsque la présence d’un ennemi dangereux ne le contraint pas à faire usage de sa puissance, a-t-il des habitudes assez douces. On ne le rencontre presque jamais seul : lorsqu'il voyage, c’est quelquefois avec un compagnon, et presque toujours avec une compagne ; et cette association par paires prouve d’autant plus que les espadons sont susceptibles d'affection les uns pour les autres, qu’onne doit

pas supposer qu’ils sont réunis pour atteindre la méme proieouéviterlemême ennemi, ainsi qu’on peut le croire de l'assemblage désordonné d’un très-grandnombre d'animaux. Un sentimentdifférentde la faim ou de la crainte peutseul, en produisantunesortede choix, fairenaître et conserver cet arrangement deux à deux ; et deplus leur sensibilité doit être considérée comme assez vive, puisque la femelle ne donne pas le jour à des petits tout formés, que par conséquent il n°y a pas d’accouplement dans cette espèce, que cette même femelle ne va déposer ses œufs vers les rivages de l'Océan que lors de la fin du printemps ou au commencement de l’été, et que cependant le mâle suit fidèlement sa compagne dans toutes les saisons de l’année.

La saveur aëréable et la qualité très-nourrissante de la chair de l’espadon font que dans plusieurs contrées on le pêche avec soin. Souvent la recherche qu’on fait de cet animal est d’autant plus infructueuse, qu'avec son long sabre il déchire et met en mille pièces les filets par le moyen desquels on a voulu le saisir. Mais d’autres fois, et dans certains temps de l'année, des insectes aquatiques s’attachent à sa peau audessous de ses nageoires pectorales, ou dans d’autres endroits d’où il ne peut les faire tomber, malgré tous ses efforts; et quoiqu'il se frotte contre les algues, le sable ou les rochers, ils se cramponnent avec obstination , et le font souffrir si vivement, qu’agité, furieux, en délire comme le lion et les autres grands animaux terrestres sur lesquels se précipite la mouche du désert, il va au-devant du plus grand des dangers, se jette au milieu des filets, s’élance sur le rivage, ou s'élève au-dessus de la surface de l’eau, et retombe jusque dans les barques des pêcheurs.

LE XIPHIAS ÉPÉE.

Xiphias Ensis, Lacep.

La description de cette espèce n’a encore été publiée par aucun naturaliste. Nous n'avons vu de ce poisson que la partie antérieure de la tête : mais comme c’est dans cette portion du corps que sont placés les caractères distinctifs des xiphias, nous avons pu rapporter l’épée à ce genre; et comme d’ailleurs cette même partie antérieure ne nous a pas seulement présenté les formes particulières à la famille dont nous nous

occupons, mais nous a montré de plusdes traits remarquables et très-différents de ceux de l’espadon, nous avons dû séparer de cette dernière espèce l'animal auquel avait appartenu cette portion, et nous avons donné le nom d’ Épée à ce xiphias encore inconnu.

Voici les grandes différences qui distinguent l'épée de l’espadon, et qui suffiraient seules pour empécher de les réunir, quand bien même le corps et la queue de l’épée seraient entièrement semblables à la queue et au corps de l’espadon.

Dans ce dernier animal, la prolongation est plate : elle est convexe dans l'épée.

L’arme de l’espadon est aiguë sur ses bords comme un sabre à deux tranchants : celle de l'épée est très-arrondie le long de ses-côtés, et par conséquent n’est point propre à tailler ou couper.

La lame de l’espadon est très-mince : la défense de l’épée est presque aussi épaisse, ou, ce qui est ici la même chose, presque aussi haute que large.

On voit trois sillons longitudinaux sur la face supérieure du sabre de l’espadon, et un sillon également longitudinal sur la face inférieure de ce même sabre; on n’apercoit de sillon sur aueune des surfaces de la prolongation osseuse de l'épée.

Une extension de l'os frontal, pointue et triangulaire, s’avance au milieu des os maxillaires supérieurs de l’espadon ,» jusqu’au delà de sa mâchoire inférieure : une extension analogue n’est presque pas sensible dans l’épée.

Une seconde extension pointue et triangulaire, appartenant aux os intermaxiliaires, se prolonge dans l’espadon sur la face inférieure de l'arme, mais ne va pas jusqu'au-dessus du bout de la mâchoire inférieure : dans l’épée elle dépasse de beaucoup cette dernière extrémité.

La peau qui couvre la lame de l’espadon est légèrement chagrinée : celle qui revêt la dé: fense de l'épée présente des grains bien plus gros ; et sou les os maxillaires, à l’endroit qui répond à la mâchoire inférieure, les tubercules de cette peau se changent, pour ainsi dire, er petites dents recourbées vers le gosier.

Voilà donc sept différences qui ne permettent pas de rapporter à la même espèce l'espadon et l'épée. Il peut d’ailleurs résulter de cette diversité dans la forme des armes, une variété assez

grande dans les habitudes, une espèce ayant un glaive qui tranche et coupe, et l’autre espèce une épée qui perce et déchire.

Au reste, la portion de la tête d’un xiphias épée, qui nous a montré la conformation que nous venons d'exposer, fait partie de la collection du Muséum d'histoire naturelle.

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