‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 525 sur 535 · BARBEAU · texte numérisé non relu

BARBEAU

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SUR LES POISSONS

venable pour les faire passer d’une eau dans une autre, est celui de trois ou quatre ans,

On ve remplira pas entièrement d’eau les tonneaux dans lesquels on les renfermera. Sans cette précaution, les poissons, montant avec rapidité vers la surface de l’eau, blesseraient leur tête contre la partie supérieure du vaisseau dans lequel ils seront placés. Ces tonneaux devront d’ailleurs présenter un assez grand espace. Bloch , qui a écrit des observations trèsutiles sur Part d'élever les animaux dont nous vous occupons, demande qu’un tonneau destiné à transporter des poissons du poids de cent livres, ou à peu près, contienne trois cent vingt litres ou pintes d’eau.

Il est même nécessaire que vers la fin du printemps, ou aë commencement de l'automne, c’est-à-dire lorsque la chaleur est vive au moins pendant plusieurs heures du jour , cette quantité d’eau soit plus grande, et souvent double; et, quelle que soit la température de Pair, il faut qu’il y ait toujours une communication libre entre l'atmosphère et l'intérieur du tonneau, soit pour procurer aux poissons, suivant opinion de quelques physiciens, l'air qui peut leur être néeessaire, soit pour laisser échapper les miasmes malfaisants et les gaz funestes qui, ainsi que nous l'avons déjà dit dans cette histoire, se forment en abondance dans tous les endroits où les habitants des eaux sont réunis en très-grand nombre, même lorsque la chaleur n’est pas trèsforte, et leur donnent la mort souvent dans un espace de temps extrêmement court.

Mais comme ces soupiraux si nécessaires aux poissons que l’on fait voyager, pourraient, s’ils étaient faits sans attention , laisser à l’eau des mouvements trop libres et trop violents qui la feraient jaillir, pousseraient les poissons les uns contre les autres, les froisseraient et les blesseraient mortellement, il sera bon de suivre, à cet égard , les conseils de Bloch , qui recommande de prévenir la trop grande agitation de l'eau par une couronne de paille ou de petites planches minces introduites dans le (onneau, ou en adaptant à orifice au’on laisse ouvert, un tuyau un peu long, terminé en pointe, et percé vers lehaut de plusieurs trous qui établissent une communication suffisante entre l'air extérieur et l’intérieur du vaisseau *.

Toutes les fois que la distance le permettra,

1 Jutroduction à l'histoire naturelle des poissons, par Biocb,

on emploiera aussi des bêtes de somme tranquilles, ou même des porteurs attentifs, plutôt que des voitures exposées à des cahots rudes et à des secousses brusques et fréquentes.

On prendra encore d’autres précautions, suivant les circonstances dans lesquelles on se trouvera , et les espèces dont on voudra porter des individus vivants à un assez grand éloignement de leur premier séjour.

Si l’on veut, par exemple, conserver en vie malgré un long trajet , des truites, des loches, ou d’autres poissons qui périssent facilement , et qui se plaisent au milieu d’une eau courante, on change souvent celle du tonneau dans lequel on les renferme, et on ne cesse de communiquer à celle dans laquelle on les tient plongés, un mouvement doux, mais sensible, qui subsiste lors même que la voiture qui les porte s’arrête, et qui, bien inférieur à une agitation dans gereuse, représente les courants naturels des rivières ou des ruisseaux.

Pour peu que lon craigne les effets de la chaleur, on voyagera la nuit; et l’on évitera avec le plus grand soin, en maniant les poissons, de les presser, de les froisser, de les heurter.

On ne les laissera hors de l’eau que pendant le temps le plus court possible, surtout quand un soleil sans nuages pourrait, en desséchant promplement leurs organes, et particulièrement leurs branchies, les faire périr très-promptement. Cependant, lorsque le temps sera froid, on pourra transporter des anguilles, des carpes, des brêmes, et d’autres poissons qui vivent assez longtemps hors de l’eau, sans employer ni tonneau ni voiture, en les enveloppant dans de la neige, et dans des feuilles grandes, épaisses et fraiches , telles que celles du chou ou de la lai tue. Un moyen presque semblable a réussi sur des brêmes que l’on a portées vivantes à plus de vingt-cinq lieues. On les avait entourées de neige, et on avait mis dans leur bouche un morceau de pain trempé dans de l’eau-de« vie.

C’est avec des précautions analogues que dès le seizième siècle, on a répandu, dans plusieurs contrées de l’Europe, des espèces précieuses de poisson dont on y était privé. C'est en les employant qu’il paraît que Maschal a in— troduit la carpe en Angleterre en 1514 ; que Pierre Oxe l’a donnée au Danemarck en 4550 ; qu’à une époque plus rapprochée on a natura=

lisé l'acipensère strelet en Suède, ainsi qu'en Poméranie, et qu’on a peuplé de cyprins dorés de la Chine les eaux non-seulement de France, mais encore d’Augleterre , de Hollande et d’AI- Jemagne.

Mais il est un procédé par le moyen duquel on parvient à son but avec bien plus de sürcté, de facilité et d'économie, quoique beaucoup plus lentement.

Il consiste à transporter le poisson , non pas développé et parvenu à une taille plus ou moins grande, mais encore dans l’état d'embryon, et renfermé dans son œuf. Pour réussir plus aisément, on prend les herbes ou les pierres sur lesquelles les femelles ont déposé leurs œufs, et les mâles leur laite, et on les porte dans un vase plein d’eau, jusqu’au lac, à l'étang, à la rivière, ou au bassin que l’on désire de peupler. On apprend facilement à distinguer les œufs fécondés d’avec ceux qui n’ont pas été arrosés de la liqueur prolifique du mâle, et que l’on doit rejeter : les premiers paraissent toujours plus jaunes, plus clairs, plus diapbanes,. On remarque celte différence dès le premier jour de leur fécondation, si l’on se sert d’une loupe ; et dès le troisième ou le quatrième jour on n’a plus besoin de cet instrument, pour voir que ceux qui n’ont pas été fécondés par le mâle, deviennent à chaque instant plus troubles, plus opaques, plus ternes : ils perdent tout leur éclat, s’altèrent, se décomposent ; et dans cet état de demi-putréfaction, ils ont été comparés à de petits grains de grêle qui commencent à se fondre!

Pour pouvoir employer ce transport des œufs fécondés, d’une eau dans une autre, il faudra s'attacher à connaître dans chaque pays le véritable temps de la ponte de chaque espèce, et du passage des mâles au-dessus des œufs ; et comme dans presque toutes les espèces de poissons on compte trois ou quatre époques du frai, ïes jeunes individus pondant leurs œufs plus tard que les femelles plus avancées en âge, et celles ci plus tard que d'autres femelles plus âgées encore, que ces époques sont ordinairement séparées par un intervalle de neuf ou dix jours, et que d’ailleurs il s'écoule toujours au moins près de neuf jours entre l’instant de la fécondation et celui où le fœtus brise sa coque et vient à la lumière, on

1 Bloch, Introduction à l'histoire naturelle des poissons,

EFFETS DE L'ART

pourra chaque avnée, pendant un mois ou environ, chercher avec succès des œufs fécondés de l'espèce qu'on voudra introduire dans une eau qui ne l’aura pas encore nourrie.

Si le trajet est long, on change souvent l’eau du vase dans lequel les œufs sont transportés.

Cette précaution a paru nécessaire même dans

les premiers jours de la ponte, où l'embryon contenu dans l’œuf ne peut être supposé respirer en aucune manière, puisque, dans ces pres miers jours, non-seulement le petit animal ed reufermé dans ses enveloppes et dans la membrane qui entoure l'œuf, mais encore montre, au microscope, le cours de son sang dirigé de manière à circuler sans passer par des branchies qui ne sont ni développées ni visibles. Elle ne sert done, dans ce premier Lemps , qu’à préserver les œufs et les embryons de l'action des gaz ou miasmes qui se produiraient dans une eau que l’on ne renouvellerait pas, et qui, pénétrant au travers de la membrane de l’œuf, agiraient d’une manière funeste sur les nerfs ou d'autres organes encore extrêmement délicats des jeunes poissons. La nécessité de ce changement d’eau est done une nouvelle preuve de ce que nous avons dit dans ce Discours, et dans celui que nous avons publié sur la nature des poissons, au sujet du besoin que l’on à, pour conserver ces animaux en vie, d'entretenir une communication très-libre entre l'atmosphère et le fluide dans lequel ils sont plongés.

On favorise le développement de l'œuf et la sortie du fœtus, en les plaçant après le transport dans un endroit éclairé par le soleil. On les hâte même par celte attention; et Bloch nous apprend dans l’Introduction que nous avons déjà citée, qu'ayant fait quatre paquets d'herbes chargé d'œufs de la même espèce, ayant exposé le pre mier au soleil du midi, le second au soleil le+ vant, le troisième au couchant, et ayant fait mettre le quatrième à labri du soleil , les œufs du premier paquet furent ouverts par le fœtus deux jours avant ceux du quatrième, et les œufs du second et du troisième un jour plus tôt que ceux du quatrième paquet, que la chaleur du soleil n’avait pas pénétrés.

Cependant les eaux dans lesquelles vivent le: poissons peuvent être salées ou douces , troubles ou limpides, chaudes ou froides, tranquilles ou agilées par des courants plus ou moins rapides. Elles doivent toujours présenter ces qualités combinées quatre à quatre, la même eau

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