SUR LA PECHE
sa nommbrense famille; depuis les poissons que l'on ne peut consommer que très-près des parages où ls ont élé pris, jusqu'à ceux que des précaul:ons bien entendues, et des préparatifs soignés, conservent pendant plusieurs années, et permettent de transporter au centre des plus grands continents; depuis les salmones, dont les arêtes sont abandonnées, dans les pays disgraciés, au chien lidele ou à la vache nourricière, jusqu'à ces gastérostées qui, répandus par myriades dans les sillons, s’y décomposent en engrais fertile ; et enfin, depuis la raie, dont la peau préparée donne cette garniture agréable et utile, connue sous le nom de beau galuchat, jusqu'aux acipensères et à tant d’autres poissons dont les membranes, séparées avec attention de toute matière étrangère , se convertissent en cette colle qui, dans certaines circonstances, peut remplacer les lames de verre, et que les arts réclament du commerce dans tous les temps et dans tous les lieux !
Mais quelque prodigieux que doive paraître le nombre des poissons que l’homme eulève aux fleuves et aux mers, des millions de millions de ces animaux échappent à sa vue, à ses instruments, à sa constance. Plusieurs de ces derniers périssent victimes des habitants des eaux, dont la force l'emporte sur la leur ; ils sont dévorés, engloutis, anéanlis, pour ainsi dire, ou plutôt décomposés de manière qu’il ne reste aucune trace de leur existence. Plusieurs autres cependant succombent isolément à Ja maladie, à la vieillesse, à des accidents particuliers ou meurent par froupes, empoisonnés , étouffés, ou écrasés par les suites d’un grend bouleverse ment. Il arrive quelquefois, dans ces dernières circonstances, qu'avant de subir une altération très-marquée , leurs cadavres sont saisis par des dépôts terreux qui les enveloppent, les recouvrent, se durcissent, et, préservant leur corps de tout contact avec les éléments destructeurs, en font en quelque sorte des momies naturelles, et les conservent pendant des siècles. Les parties solides des poissons, et notamment les squeleltes de poissons osseux, sont plus facilement préservés de toute décomposition par ces couches futélaires; et d’ailleurs ils ont pu résister à la corruption pendant un temps bien plus long que les autres parties de ces animaux, avant le moment où ils ont été incrustés, pour ainsi dire, dans une substance conservalrice. Ces squelettes reposent au milieu de
: ces sédiments épais, comme autant de (émoins
des révolutions éprouvées par le fond des ri vières ou des mers. Les couches qui les renferment sont comme autant de tables sur lesquelles la nature a écrit une partie de l’histoire du globe. Des hasards heureux qui donnent la facilité de pénétrer jasque dans l'intérieur de la croûte de la terre, ou la main du temps, qui l’entr'ouvre et en écarte les différentes portions, font découvrir de ces tables précieuses. On connaît, par exemple, celles que l’on a trouvées au mont Bolca près de Vérone, non loin du lac de Constance, et dans plusieurs autres endroits de l’ancien et du nouveau continent. Mais en vain aurait-on sous les yeux ces inscriptions si importantes , si l’on ignorait la langue dans laquelle elles sont écrites, si l’on ne connaissait pas le sens des signes dont elles sont composées.
Ces signes sont les formes des différentes parties qui peuvent entrer dans la charpente des poissons. C'est, en effet, par la comparaison de ces formes avec celles du squelette des poissons encore vivants dans l'eau douce ou dans l’eau salée, et répandus sur une grande portion de la surface de la terre, ou relégués dans des climats déterminés, que l’on pourra voir, sur ces tables antiques, si l'espèce dont on examinera ia dépouille subsiste encore ou doit être présumée éteinte; si elle a varié dans ses attribuls, ou maintenu ses propriétés ; si elle a été exposée à des changements lents, ou brusquement attaquée par une catastrophe soudaine; si les feux des volcans ont joint leur violence à Ia puissance des inondations ; si la température du globe a changé dans l'endroit où les individus dont on observera les os ou les cartilages, ont été enterrés sous des {as pesants, ou de quelles contrées lointaines ces individus conservés pendant tant d'années ont élé entraînés par un bouleversement général, jusqu'aux lieux où ils ont été abandonnés par les courants et recouverts par des monceaux de substances ramollies.
Achevons donc d’exposer tout ce qu’il est im portant de savoir sur la conformation des parties solides des poissons; servons ainsi ceux qui se destinent à l'étude si instructive des poissons fossiles ; tâchons de faire pour l'histoire de la nature, ce que font pour l’histoire civile ceux qui enseignent à bien connaitre et la matière, et l’âge, et le sens des diverses médailles #,
1 Voyez le Discours sur la durée des espèces
coup plus simple que la charpente des poissons osseux, a été trop souvent l’objet de notre examen, soit dans le Discours qui est à la tête de cette Histoire, soit dans les articles particuliers de cet ouvrage, pour que nous ne devions pas nous borner aujourd'hui à nous occuper des parties solides des poissons osseux. Nous n’entrerons même pas dans la considération de tous les détails relatifs à ces parties solides et osseuses. Nous éviterons de répéter ce que nous avons déjà dit en plusieurs endroits. Mais pour avoir une idée plus complète de cette charpente, nous l’observerons dans les poissons du second, du troisième et du quatrième ordre de la seconde sous-classe, comme dans ceux qui présentent le plus grand nombre des parties et des formes qui appartiennent aux animaux dont nous écrivons l'histoire.
Et cependant, pour donner plus de précision à notre pensée et à son expression , au lieu de nous contenter d'établir des principes généraux sur la conformation du squelette des jugulaires et des thoracins de la première division des osseux, c’est-à-dire des animaux du secend et du troisième ordre de cette sous-classe, faisons conpaire, dans chacun de ces ordres, la charpente d’une espèce remarquable.
Observons d’abord, parmi les jugulaires, l’Uranoscope rat, et disons ce qui compose son squelette,
Chaque côté de la mâchoire inférieure est formé de trois os; ces deux côtés sont réunis par un cartilage, et garnis d’un seul rang de dents grandes, pointues, et séparées l’une de Vautre.
La mâchoire supérieure est plus arrondie et beaucoup moins avancée que celle de dessous ; les deux côtés de cette mâchoire d’en haut sont hérissés de plusieurs rangs de dents petites, presque égales et crochues.
Un os triangulaire et allongé règne au-dessus et un peu en arrière de chacun des côtés de la mâchoire supérieure,
L'os du palais présente plusieurs rangées de dents crochues et petites. Il se divise en deux branches qui imitent une seconde mâchoire supérieure. Il se réunit aux os auxquels les opercules sont attachés,
A la base de los du palais, on voit deux éminences un peu lenticulaires, garnies de plu-
DISCOURS
Le squelette des poissons cartilagineux, beau- |
deux éminences touchent des os qui soutiennent les arcs des branchies,
Les orbites sont placées sur le sommet de la tête, de chaque côté d’une fossette qui reçoit deux branches horizontales de la mâchoire su périeure.
La partie supérieure de la tête est d’ailleurs d’une seule pièce , dans les individus qui ont atteint un certain degré de développement.
Les arcs des trois branchies extérieures sont composés de deux pièces. Ceux de la droite se réunissent en formant un angle aigu avec ceux de la gauche, dans l’intérieur de la mâchoire inférieure.
Au-dessous du sommet de cet angle aigu, on aperçoit deux lames osseuses, triangulaires, réunies par devant, transparentes dans leur milieu , étroites vers leurs extrémités , inclinées et étendues jusqu’au-dessous des opercules.
Ces lames soutiennent les rayons de la membrane branchiale, qui sont simples, sans articulation , et au nombre de cinq ou de six de chaque côté.
Chaque opercule est de deux pièces. La première montre quatre pointes vers le bas, et la seconde en présente une.
L’opercule bat sur la clavicule,
La clavicule s'étend obliquement, depuis la partie supérieure et postérieure de la seconde pièce de l’opercule, jusqu’au-dessous des os qui soutiennent les arcs osseux des branchies. Elle s’y réunit, sous un angle aigu, avec la clavicule du côté opposé, à peu près au-dessous du bord antérieur de la mâchoire supérieure.
Le bout postérieur de la clavicule se termine par une épine longue, forte, sillonnée, et tournée vers la queue.
A la base de cette épine, la clavicule s’attache à la partie postérieure du crâne par deux osselets.
On remarque derrière la clavicule deux pièces, l’une placée en bas et presque droite, l’autre située en arrière et courbée.
Ges deux pièces, dont la séparation disparaît avec l’âge de l'individu, forment, avec la clavicule, une sorte de triangle curviligne.
Une lame cartilagineuse, transparente, et dans le haut de laquelle on voit un trou de la grandeur de l'orbite, occupe le milieu de ce triangle dont la pièce courbée soutient la nageoire pec-
sieurs dents courtes et courbées en arrière. Ces | torale,
SUR LA
La base des nageoires jugulaires est placée presque au-dessous des yeux.
Les ailerons de ces nageoires, très-minces et fransparents, se réunissent de manière à repréenter une sorte de nacelle placée obliquement de haut en bas, et d’avant en arrière. Cette nacelle a sa concavité tournée du côté de la tête, et sa proue touche à l’angle formé près du museau par la réunion des arcs osseux des branchies.
Faisons attention à cette position des ailerons : elle est un des caractères les plus distinctifs des ordres de poissons jugulaires.
La poupe de cette même nacelle, à laquelle les nageoires jugulaires sont attachées, offre une épine forte, sillonnée, presque semblable à celle des clavicules, et dont l'extrémité aboutit auprès de l’angle produit par la réunion de ces deux derniers os.
Le derrière de la tête montre une lame mince et tranchante ; et cette lame est découpée de manière à finir par une pointe qui s'attache à l’apophyse supérieure de la première vertèbre.
Cette vertèbre et la seconde sont dénuées de côtes. Les neuf vertèbres suivantes ont chacune une côte double de chaque côté.
Sur les (roisième, quatrième et cinquième ver-tèbres, chaque côte double est placée au-dessus de l’apophyse transverse, el à une distance d’autant plus grande de cette apophyse, qu’elle est plus près de la tête.
Les douzièmes, treizième, quatorzième, quinième et seizième vertèbres n’ont que des apophyses transverses extrêmement petites : mais elles offrent une apophyse inférieure; et quoiqu'elles soient situées au delà de l’anus, chacun de leurs côtés est garni d’une côte simple, plus courte, à la vérité, que les côtes doubles.
La dix-septième vertèbre et les suivantes, jusqu’à la dernière qui est la vingt-cinquième, n’ont ui côles ni apophyses transverses.
Maintenant ayons sous nos yeux le squelette des poissons thoracins.
Voici celui de la Scorpène horrible.
Trois os forment chacun des côtés de la màchoire inférieure, Ces côtés sont réunis par un cartilage, et garnis de dents très-petiles, aiguës et rapprochées.
La mâchoire supérieure, beaucoup moins avancée que celle d’en bas, plus arrondie que celte dernière, est d’ailleurs hérissée de dents semblables à celles de la mâchoire inférieure.
ME
Dans l'angle formé par chacune des deux branches de la mâchoire d’en haut et le côté qui lui correspond, on découvre un petit os len ticulaire, ou à peu près.
Ces deux branches, inclinées en arrière et vers le bas, pénètrent jusqu'à une cavité arrondie, creusée dans l'os frontal, et dont le haut des parois est bizarrement plissé.
Un os allongé et triangulaire est appliqué au dessus el un peu en arrière de chaque côté de la mâchoire supérieure. 11 aboutit au petit os lenticulaire dont nous venons de parler.
L’os du palais se divise en deux branches, qui ressemblent à une seconde mâchoire supérieure, que la première entourerait, Ces branches ne sont cependant garnies d'aucune dent : chacune se réunit à los latéral auquel l’opercule est attaché.
À la base de los du palais paraissent deux éminences osseuses, ovales, presque lenticu— laires, hérissées de dents petites et recourbées en arrière. Ces éminences {ouchent les os qui s'unissent aux arcs des branchies.
L’orbite est placée près du sommet de la tête, auprès de la fossette du milieu , et ses bords relevés diminuent le champ de la vue.
L’os de la pommette, un peu triangulaire et trèes-plissé, présente plusieurs crêtes. Son angle le plus aigu aboutit à un petit os placé entre l’orbite et l'os triangulaire et latéral de la mâchoire supérieure.
Ce petit os représente une étoile à cinq ou six rayons relevés en arête,
La partie supérieure et postérieure de la tête est rehaussée par deux crêtes hautes et plissées, placées obliquement, et qui forment trois cavités, l’une postérieure et les autres latérales,
Les arcs des trois branchies extérieures d’un côté se réunissent, dans l’intérieur de la mâchoire d’en bas, avec les arcs analogues de l’autre côté. Deux pièces’ composent chacun de ces arcs.
Au-dessous du sommet de l'angle aigu que forment ces six ares, on voit deux lames osseuses qui se séparent et s'étendent jusqu'aux opercules. Un os hyoide , échancré de chaque côté , est placé au-dessus de l’endroit où ces lames sont jointes ; et un osselet aplati, découpé en losange et presque vertical, est silué au-dessous de ce même endroit.
Ces lames soutiennent les rayons de la membrane des branchies, Ces rayons sont au nom-
bre de cinq ou six ; et leur contexture n'offre pas] W'articulation.
Deux pièces forment chaque opercule. On compte cinq pointes sur la première, et trois sur la seconde.
L’opercule bat sur la clavicule, qui se réunit avec la clavicule opposée , au-dessous des os qui soutiennent les ares des branchies, et à peu près au-dessous du bord antérieur de la mâchoire supérieure.
Un os terminé par une pette épine, une apophyse aplatie et un peu arrondie, et un os aplati et plissé, font communiquer la clavicule avec la partie postérieure et latérale du crâne.
Au-dessous et au delà de la clavicule, on trouve une pièce étroite, et ensuite une autre pièce large, mince, un peu arrondie, qui montre dans son milieu plusieurs parties ovales, vides , ou trèstransparentes et cartilagineuses, et qui sert à maintenir la nagcoire pectorale.
Mais voici le caractère le plus distinctif des thoracins.
La base des nageoires thoracines est placée au-dessous de la partie postérieure du crâne.
Leurs ailerons sont très-minces et trauspa-
rents. La nacelle que forme leur réunion, est placée obliquement du haut en bas et d’avant en arricre,
La proue de la nacelle est bien moins avan cée que dans les poissons jugulaires.
Au lieu de toucher à l'angle formé par la réunion des arcs des branchies, elle aboutit seulement à l'angle que produit la jonction des deux clavicules,
Les apophyses supérieures ae répine du dos sont tres-clevées.
Les cinq premières vertèbres n’ont que des apophyses transverses, à peine sensibles; les autres vertèbres n’en offrent point. Mais dès la sixième vertèbre, les apophyses inférieures vont en s’allongeant jusqu’auprès de la nageoire de l'anus. Aussi des neuf côtes que l’on voit de chaque côté, chacune des quatre dernières estelle attachée à l'extrémité de l’apophyse inférieure qui lui correspond, et qui est double.
Avant de cesser de nous occuper de la charpente des thoracins , indiquons une articulation d’une nature particulière, qui avait échappé à ous ceux qui avaient traité de l’ostéologie, et que nous avions découverte et exposée dans nos cours publics au Muséum d'histoire naturelle , dès l'an 3 de Père française.
DISCOURS
On peut la nommer articulation à chaïnette.
Elle est en effet, composée de deux anneaux osseux et complets, dont l’un joue dans l’autre comme l’anneau d'une chaîne se meut dans l'anneau voisin qui le retient.
Il est aisé à tous ceux qui se sont occupés d’ostéologie , de voir que, par une suite de cette construction, l’anneau qui se remue dans Pau tre a dû se développer d'une manière partieu lière, qui peut jeter un nouveau jour sur la question générale de laccroissement des pièces osseuses,
Cette articulation appartient à des os de quatre pouces ou environ de longueur, que l’on a remarqués depuis longtemps dans plusieurs grandes collections d'histoire naturelle, qui ont un rapport très-vague avec une tête aplatie, un peu arrondie, et terminée par un bec long et courbé, et qui ont souvent reçu le nom d’os de la joue d'un grand poisson.
Nous avons trouvé que £es 05 n'étaient que de grands ailerons, propres à soutenir les pre— miers rayons, les rayons aiguillonnés de la nageoire de l’anus dans plusieurs thoracins, et notamment dans quelques chétodons, dans quelques acanthinions et dans quelques acanthures.
La portion inférieure de l’aileron, qui montre une articulation à chaînette, est grande, trèscomprimée, arrondie par le bas, par le devant et par le haut, Cette portion un peu sphéroïdale se termine, dans le haut de son côté postérieur, par une apophyse deux fois plus longue que le sphéroïde aplati, très-déliée, très-étroite, con— vexe par devant, un peu aplatie par derrière, comprimée à son extrémité, et qui s'élève presque verticalement.
Le sphéroïde aplati et irrégulier présente des sillons et des arêtes qui convergent vers la partie la plus basse; et c’est dans cette partie la plus basse, située presque au-dessous de la lon< gue apophyse, que l’on découvre deux véritables anneaux.
Chacun de ces anneaux retient un des deux premiers rayons aiguillonnés de la nageoire de l'anus, dont la base percée forme elle-même un autre anneau engagé dans l'un de ceux du sphéroide aplati.
Cependant, que nous reste-t-il à dire au sujet du squelette des poissons ? ®
Dans plusieurs de ces animaux , comme dan:
l'Anarhique loup, qui est apode, et dans l'E. soce brochet, qui est abdominal le devant du
SUR LA
crâne n’est qu’un espace vide par lequel passent les nerfs olfactifs ?.
Dans d’autres poissons, tels que les raies et
les squales, ces mêmes nerfs sortent de l’inté-|
rieur du crâne par deux trous éloignés l’un de l’autre.
Les fosses nasales des raies, des squales, des trigles et de plusieurs autres poissons, sont osseuses; celles de beaucoup d’autres en partie osseuses et en partie membraneuses,
Le bord inférieur de l'orbite, au lieu d’être composé d’une seule pièce, est formé, dans quelques poissons, pat plusieurs osselets articulés les uns avec les autres, ou suspendus par des ligaments.
Le tubercule placé au-dessous du trou occipital, et par lequel l’occiput s’altache à la colonne vertébrale dans le plus grand nombre de poissons, s'articule avec cette colonne par le moyen de carlilages , et par des surfaces telles, que le mouvement de la tête sur l’épine dorsale est extrêmement borné dans tous les sens.
Chaque vertèbre de poisson présente, du côté de la tête et du côté de la queue, une cavité conique, qui se réunit avec celle de la vertèbre voisine.
Il résulte de cette forme, et de cette position, que la colonne dorsale renferme une suite de cavités dont la figure ressemble à celle de deux cônes opposés par leur base.
Ces cavités communiquent les unes avec les autres par un très-petit trou placé au sommet de chaque cône, au moins dans un grand nombre d'espèces. Leur série forme alors ce tuyau aliernativement large et resserré, dont nous avons parlé dans le premier Discours de cette Histoire.
Les apophyses épineuses, supérieures et inférieures, sont très-longues dans les poissons trèscomprimés, comme les Chélodons, les Zées, les Pleuronectes.
La dernière vertèbre de la queue est le plus souvent triangulaire, très-comprimée, et s’attache à la caudale par des facettes articulaires, dont le nombre correspond à celui des rayons de cette nageoire,
La cavité abdominale est communément terminée par l’apophyse inférieure de la première
4 Tout le monde sait combien notre savant collègue et excellent ami M. Cuvier a répandu de lumières nouvelles sur "les organes intérieurs des poissons, et particulièrement sur lès parties solides de ces animaux. Que l'on consulte ses Lecons d'anatomie comparée,
LA
vertèbre de la queue. Cette apophyse est souvent remarquable par ses formes, presque toujours très-grande, et quelquefois terminée par un aiguillon qui paraît en dehors.
Dans les abdominaux, les ailerons des nageoires ventrales, que l’on a nommés os du bas= sin, ne s’articulent avec aucune portion dela charpente osseuse de la tête, ni des clavicules, ni de l’épine du dos.
Ils sont, ou séparés l’un de l’autre, et main tenus par des ligaments ; ou soudés, et quelquefois épineux par devant, comme dans quelques Silures; où réunis en une seule pièce échancrée par derrière, comme dans les Loricaires ; ou larges, triangulaires , et écartés par leur extrémité postérieure qui soutient la ventrale, comme dans l’Ésoce brochet; ou très-petits el rapprochés, comme dans la Clupée hareng ; ou, allongés et contigus par derrière , comme dans” le Cyprin carpe.
Craignons cependant de fatiguer l’attention de ceux qui cultivent l’histoire naturelle, et poursuivons notre roule vers le but auquel nous tendons depuis si longtemps, et que maintenant nous sommes près d’atteindre.
En cherchant, dans le premier Discours de cet ouvrage ! , à réunir dans un seul tableau les traits généraux qui appartiennent à tous les poissons , nous avons été obligés de laisser quelques-uns de ces traits faiblement prononcés : tâchons de leur donner plus de force et de vivacité. J
On peut se souvenir que nous avons exposé dans ce Discours quelques conjectures sur la respiration des poissons. Nous y avons dit qu’il n'était pas invraisemblable de supposer que les branchies des poissons décomposent l’eau, comme les poumons des mammifères et des oiseaux décomposent l'air.
Nons avons ajouté que, lors de cette décomposition , l'oxygène, l'un des deux éléments de l'eau , se combinait avec le sang des poissons, pour entretenir les qualités et la cireulation de ce fluide, et que l’autre élément, le gaz inflammable ou Aydrogène, s’échappait dans l’eau et ensuite dans l'atmosphère, ou, dans certaines circonstances, parvenait par l'œsophage et l’es— tomac jusqu’à la vessie nafatoire, la gonflait, et, augmentant la légèreté spécifique de l’animal, facilitait sa natation. Nous avons parlé, à
Discours sur la nature des poissons.
l'appui de cette opinion, du gaz inflammable que nous avions trouvé dans la vessie natatoire de quelques Tanches.
Une conséquence de cette conjecture est que les poissons doivent vivre dans l’eau qui contient le moins d’air atmosphérique répandu endre ses molécules.
M. Buniva, président du conseil supérieur de santé à Turin , vient de publier un mémoire dans lequel il rapporte des expériences qui prouvent la vérité de cette conséquence.
Ce savant physicien annonce que des Cyprins tanches, et par conséquent des individus de l'espèce de poisson dont la vessie natatoire nous a présenté de l'hydrogène, ont élé mis dans une eau que l’on avait fait bouillir pendant une demi-heure, et qui s'était refroidie sans contact avec l’air atmosphérique, et qu’ils y ont vécu aussi bien que dans de l’eau du PÔ bien aérée.
Cette faculté qu'ont les branchies de décomposer l’eau, rend plus probable la vertu que nous avons attribuée à plusieurs autres organes intérieurs des poissons, et par le moyen de laquelle ces animaux peuvent altérer ce fluide , le décomposer, se l'assimiler, et s’en nourrir.
Ces derniers faits sont d’ailleurs prouvés par l'expérience. On sait que l’on peut faire vivre pendant longtemps des individus de plusieurs espèces de poissons, en les tenant dans des vases dont on renouvelle l’eau avant que des exhalaisons malfaisantes l’aient corrompue, et cependant sans leur donner aucun autre aliment.
A la vérité, M. Buniva nous apprend dans son mémoire que ces animalcules si difliciles à voir, même avec une loupe, que l’on nomme infusoires , et qui pullulent dans presque toutes les eaux, servent à la nourriture des poissons. Mais les faits suivants, dont nous devons la connaissance à cet habile naturaliste, ne prouvent-ils pas l’action directe et immédiate de l'eau sur les organes digestifs, et sur la nutrition ces espèces dont nous achevons d'écrire l'histoire ?
Une dissolution de certaines substances sa— lines dans l’eau qui renferme des poissons , altère et détruit les couleurs brillantes de ces animaux.
Etde plus, une quantité de soufre, mise dans
quarante-huit fois son poids d’une eau assez |
DISCOURS
imprégnée de gaz funestes pour faire périr des poissons, conserve leur vie en neutralisant ces gaz.
Nous avons vu aussi dans le premier Discours ou dans plusieurs articles particuliers de cette Histoire, que les poissons supportaient, san mourir, le froid des contrées polaires, qu’ik s’y engourdissaient sous la glace, qu'ils y passaient l'hiver dans une torpeur profonde, el qu'au retour du printemps, ils étaient rappelés à la vie par la douce influence de la chaleur du soleil, après que la fonte des glaces avait ouvert leur prison. Quelque violent que soit le froid , ils peuvent résister à ses effets, pourvu qu'il ne se fasse sentir que par degrés, qu’il ne s’accroisse que lentement, et qu’il n’arrive que par des nuances très-nombreuses à toute son intensité,
Mais M. Buniva nous dit dans son imporlant mémoire, qu'un refroidissement subit et vio= lent, tel que celui qu’on opère par un mélang de glace et de muriate calcaire, donne la mort aux poissons qui en éprouvent l'attaque forte et soudaine.
C'est une grande preuve des suites funestes que tout changement brusque doit avoir dans les corps organisés. En effet, la chaleur naturelle des poissons, bien loin de s’élever à plus de trente degrés, comme celle de l’homme, des mammifères , et des oiseaux, n’est que de deux ou trois degrés au-dessus de celui de la congélation. Lorsqu'un poisson est exposé subitement à un refroidissement très-grand , la température de ses organes intérieurs parcourt, pour arriver à un froid extrême, une échelle bien plus courte que celle qu'est forcée de parcourir la température d’un mammifère où d’un oiseau placé dans les mêmes circonstances; et cependant il ne peut résister aux modifications qu'il ressent, il succombe sous Paction précipitée qu’il éprouve, il est détruit, pour ainsi dire, en même temps qu’attaqué.
Quand l’homme écoutera-t-il done les leçon que la nature lui donne de tous côtés? quand ses passions lui permettront-elles de voir qu’en tout les commotions rapides renversent, brisent anéanlissent, et que les mouvements ordonnés les accélérations graduées, les changements ame nés par de longues séries de variations insen sibles, sont les seules qui produisent, dévelop: pent, perfectionnent et fécondent?
Nous avons eu sous les yeux de grands exeme
Le,
SUR LA
ples de cette importante vérité dans tout le cours de cet ouvrage.
Soit que nous ayons examiné les propriétés dont jouissent les différentes espèces de poissons, et que, pour mieux les connaître, nous ayons comparé ces qualités aux attributs des oiseaux; soit qu'abandonnant le présent, et nous élançant dans l'avenir et dans le passé ?,
nous ayons porté un œil curieux sur les modifications que ces espèces ont subies, et sur celles qu'elles subiront encore, nous avons toujours vu la nature nuancer son action ainsi que ses ouvrages, user de la durée comme du premier instrument de sa puissance , ne pas laisser plus d'intervalle entre les actes successifs de sa force créatrice qu'entre les admirables produits de eelte force souveraine, graduer les temps comme les choses, et appliquer ainsi à toutes les manifestations de son pouvoir, comme à tous les
1 Discours sur la nature des poissons, et troisième Vue de
b nature, 2 Discours sur la durée des espèces; ctcelui qui est intitulé !
Ges effets de Ehomme sur La nature des poissons.
modes de la matière, le signe éclatant de son essence merveilleuse,
Mais il est temps de terminer ce Discours Peut-être est-ce le dernier que j’adresse aux amis des sciences naturelles. Trente ans, j'ai travaillé pour leurs progrès. Le coup affreux qui m'a frappé lorsque la mort m'a enlevé une épouse accomplie, a marqué près de moi la fin de ma carrière. Tant que je serai condamné à supporter un malheur sans espoir, je m'’efforcerai de consacrer quelque monument à la science. Mais le fardeau de la vie pèsera trop sur ma tête infortunee, pour ne pas amener bientôt la fin de ma douleur. Des naturalistes plus favorisés que moi peindront d’une manière digne de la nature les immenses tableaux et les grandes catastrophes dont je n'ai pu donner qu'une faible idée. Qu'ils daignent se souvenir que ma voix aura prédit leurs succès immortels,
let qu’ils chérissent ma mémoire.
Paris,le 5 mars 1803