CINQUANTE-UNIÈME GENRE
LES OLIGOPODES,
Une seule nageoire dorsale; celle nageoire du dos commençant au-dessus de la lète, el s'étendant jusqu'à la nageoire caudale, ou à peu près; un seul rayon à chaque nageoire jugulaire.
CARACTÈRES
La nageoire du dos très élevée; celle de la queue, fourchue.
L'OLIGOPOLE VELIFÈRE.
L'OLIGOPODE VÉLIFÈRE *,
Pteraclis velifera, Gronov., Cuv.; Oligopodus veliferus, Lac. ; Coryphæna velifera, Pall. 4.
La position des nageoires inférieures ne permet.pas de séparer les oligopodes des jugulaires,
‘A la nageoire dorsale du lumpène 65 rayons, à chacune des pectorales 15, à chacune des jugulaires 5, à celle de l'aaus 41, à celle de la queue 18.
3A la membrane branchiale du torsk 5 rayons, à la nageoire du dos 54, à chacune des pectorales 8, à celle de l'anus 21.
* Pallas, Spicil. zool. 8, p. 49, tab, 5, fig. 1. — Coryphéne éventail , Daubenton, Enc. méth. — Id, Bonnaterre , pl. de l'Euc. méth.
4 M. Cuvier place ce genre à la fin de la famille des Scomberoïdes dans l'ordre des Acanthoptérygiens, D.
avec lesquels ils ont d’ailleurs un grand nombre de rapports. Nous avons donc été obligés de les éloigner des coryphènes, qui sont de vrais poissons thoracins , dans le genre desquels on les a placés jusqu’àprésent, et auxquels ils ressemblent en effet beaucoup,mais dont ils diffèrent cependant par plusieurs traits remarquables. On peut les considérer comme formant une des nuances les plus faciles à distinguer, parmi toutes celles qui lient les jugulaires aux thoracins, et particulièrement les blennies aux coryphènes ; mais on n’en est pas moins forcé de les inscrire à la suite des blennies, sur les tables méthodiques par le moyen desquelles on cherche à présenter quelques linéaments de l’ordre naturel des êtres animés.
Parmi ces Oligopodes, que nous avons ainsi nommés pour désigner la petitesse de leurs nageoires thoracines, et qui, par ce caractère seul, se rapprocheraient beaucoup des blennies, on ne connait encore que l’espèce à laquelle nous croyons devoir conserver le nom spécifique de Vélifère .
C’est au grand naturaliste Pallas que l’on en doit la première description. On lui avait apporté de la mer des Indes l'individu sur lequel cette première description a été faite. La forme générale du vélifère est singulière et frappante. Son corps, très-allongé, très-bas et comprimé, est, en quelque sorte, distingué difficileraent au milieu de deux immenses nageoires placées , l'une sur son dos, et l’autre au-dessous de sa partie inférieure, et qui, déployant une trèsgrande surface, méritent d'autant plus le nom d'Éventail ou de Voile, qu’elles s'étendent, la première depuis le front, et la seconde depuis les ouvertures branchiales jusqu'à la nageoire de la queue, et que d’ailleurs elles s'élévent ou s’abaissent de manièrequela ligne que l’on peut tirer du point le plus haut de la nageoire dorsale au point le plus bas de la nageoire de l’anus , surpasse la longueur totale du poisson. Chacune de ces deux surfaces latérales ressemble ainsi à une sorte de losange irrégulier, et curviligne dans la plus grande partie de son contour. Et c’est à cause de ces deux voiles supérieure et inférieure, que l’on a mal à propos comparées à des rames ou à des ailes, que plusieurs naturalistes ont voulu attribuer à l’oligo-
® À la membrane des branchies 7 rayons, à celle du
dos 55, à chacune des pectorales 44, à chacune des jugulaires 4, à celle de l'anus 51, à celle de la queue 22,
pode vélifère la faculté de s’élancer et de se soutenir pendant quelques moments hors de l'eau comme plusieurs pégases, scorpènes , trigles et exocets, auxquels on a donné le nom de Poissons volants. Mais si l’on rappelle les principes que nous avons exposés concernant la natation et le vol des poissons, on verra que les nageoires du dos et de l’anus sont placées de manière à ne pouvoir ajouter très-sensiblement à la vitesse du poisson qui nage, ou à la force
de celui qui vole, qu’autant que l'animal nage- | q ) £
rait sur un de ses côtés comme les pleuronectes, ou volerait renversé sur sa droite ou sur sa gauche ; supposition que l'on ne peut pas admettre dans un osseux conformé comme le vélifère. Les grandes nageoires dorsale et anale de cet oligopode lui servent done principalement, au moins le plus souvent, à tourner avec plus de facilité, à fendre l’eau avec moins d’obstacles, particulierement , en montant ainsi qu’en descendant, à se balancer avec plus d’aisance, et à se servir de quelques courants latéraux avec plus d'avantages ; et,de plus, il peut, en étendant vers le bas sa nageoire de l'anus, et en pliant celle du dos, faire descendre son centre de gravité au-dessous de son centre &e figure , se lester, pour ainsi dire, par cette manœuvre , et accroître sa stabilité. Au reste , le grand déploiement de ces deux nageoires de l’anus et du dos ajoute à la parure que le vélifère peut présenter ; il place en effet, au-dessus et au-dessous de ses côtés, qui sont d’un gris argenté, une surface très-étendue, toute parsemée de taches blanches ou blanchâtres, que la couleur brune du fond fait très-bien ressortir.
La tête est couverte de petites écailles ; la mâchoire inférieure relevée et garnie de deux rangées de dents; on n’en compte qu’un rang à la mâchoire supérieure. Les deux premiers rayons de la nageoire du dos sont très-courts, à trois faces, et osseux. Le premier de la nageoire de l’anus est aussi très-court et osseux ; le second est également osseux, mais il est assez long. On voit de chaque côté du corps et de la queue plusieurs rangées longitudinales d’écailles grandes , minces, légèrement striées, échancrées à leur sommet, et relevées à leur base par une sorte de petite pointe qui se loge dans l'échancrure de l'écaille supérieure. Le corps proprement dit est très-court; l’anus est très-près de la gorge ; et voilà pourquoi la naveoire anale
peut montrer la très-grande longueur que nous venons de remarquer.