‹ Histoire naturelle des annelés marins et d'eau douce (volume 2)Chapitre 149 sur 424 · Eunice de Rousseau. E. Roussœi · texte numérisé non relu

Eunice de Rousseau. E. Roussœi

Eunice gigantca, Cuvier, Règn. an., t. III, p. 200.

Valenciennes, Coll, du Mus.

Caput pro magnitudine parvum, alte subtus quadrilobatura. Àntennæ longæ, læves. Annulus buccalis vix biannulatus, infra plicatus. Tentacula longa. Maxillæ superæ læves, inferæ 4 dentalæ. Denticula denticulata. La> brum latum, antice incisum. Corpus supra planiusculum, pluries 100 annulis compositum. Pedes crassi, cirro supero longo, infero brevissimo, in basi productâ, compressa afïïxo. Branchiæ 20-25 pectinatæ.

Hab. l'Océan Atlantique, la Martinique, St-Jean-de-Luz. C. M.

Cette belle espèce doit être essentiellement pélasgique. Des échantillons ont été rapportés de la Martinique par MM. Plée et Neumann de Moncati. J’en ai trouvé des tronçons jetés par les vagues sur les rochers de la rade de St-Jean-de-Luz, J’ai représenté l’un de ceux qui avaient conservé la tête et qui était encore vivant lorsque je le découvris. Mais cette Annélide présente des dimensions bien plus grandes. Quelques-uns des tronçons que j’ai recueillis avaient environ 2 centimètres de large. Un des individus, malheureusement fort incomplet, que possède le Muséum, a plus de 3 centimètres de large. Un autre, également incomplet, a environ 1 mètre 40 centimètres de long. Ces dimensions exceptionnelles qui lui sont communes avec l’espèce suivante, originaire de la mer des Indes, a fait confondre les deux espèces. C’est ce qui ressort aisément du texte de Cuvier et de Savigny. Mais tous deux ont rapporté ces grandes Annélides à la N. aphroditois de Pallas, laquelle est originaire des mers de l’Inde, circonstance qui tranche la question. Blainville avait reconnu cette confusion et réservé l’épithète de gigantea à l’espèce actuelle.

(2) PI. 10, fig. 1.

A. ERRANTES PROPREMENT DITES

Peu d'Ànnélides égalent celle-ci par la beauté de leurs teintes. La couleur générale est d’un brun marron très-chaud et velouté avec des reflets d’or et d’azur d’une richesse incroyable. Le quatrième anneau seul est d’un blanc terne piqueté de violet. Les antennes, de plus en plus foncées vers leur extrémité qui est presque noire, présentent quatre anneaux clairs. Les tentacules, d’un blanc jaunâtre dans toute leur étendue, sont, au contraire, annelés de brun sur deux points et à leur extrémité. Les cirrhes, assez longs pour dépasser les branchies, sont violacés à leur base et ont l’extrémité d’un jaune d’or. Les branchies d’un rouge vif, sans cesse en mouvement et se tordant en S ou en hélice, font ressortir cet ensemble, dont la peinture la plus parfaite aurait peine à donner une idée exacte. Mais l’alcool détruit toute cette parure. Le fragment que j’ai déposé dans les collections du Muséum est d’un blanc grisâtre uniforme, comme tous ceux qu’on a rapportés de la Martinique. A peine retrouve-t-on sur les tentacules seulement quelques traces d’anneaux colorés.

Cette espèce a la tête petite pour sa taille. Cette tête est profondément quadrflobée en dessous, tandis qu’elle paraît entière en dessus (1). Les antennes sont longues, presque égales et presque cylindriques.

L’anneau buccal est très-long. La lèvre inférieure est plissée longitudinalement. Le faux anneau postérieur qui porte les tentacules est peu marqué sur la ligne médiane et presque entièrement effacé sur les côtés. Les tentacules sont aussi longs que les antennes. Les mâchoires supérieures sont peu fortes, très-courbées en arc de cercle. Les inférieures, très-robustes, portent 4 grosses dents. Les denticulcs, largement évasés et à bords entiers, sont finement denticulés sur le bord. Le labre est large et médiocrement échancré.

Le corps, arrondi en avant, s'aplatit sur le dos après les premiers anneaux, comme dans les grandes espèces de cette famille. Un des individus donnés par M. Neumann et déposé dans la galerie du Muséum, a près de 33 centimètres de long, plus d’un centimètre de large et compte plus de 220 anneaux, bien qu’à en juger par les branchies, ce morceau ne représente pas la moitié de l’animal. Nous venons de voir d’ailleurs que ces dimensions peuvent être dépassées de beaucoup.

Les pieds (2) sont proéminents. Le cirrhe supérieur est gros

(1) PI. 10, fig. 1.

(2) PI. 10, fig. 2.

EUNICIENS.

et long; l’inférieur très-petit, conique, est implanté sur une large base aplatie pouvant aider à la natation et dépassant de beaucoup le mamelon sétigère. Les branchies, confondues à leur base avec le cirrhe, se montrent au 10e anneau seulement et sont d’abord à peine visibles, mais grandissent rapidement. On y compte 19-23 lanières. Dans le mouvement de systole, elles se recourbent au lieu de revenir simplement sur ellesmêmes (1).

Les soies simples sont élargies et légèrement tordues à leur extrémité. Les soies composées (2) ont la tête forte et terminée en pointe mousse. L’appendice présente sur un de ses bords une petite dent. La plupart des pieds montrent 1-2 soies en peigne (3). Enfin les acicules, au nombre de deux, accompagnent le faisceau supérieur et sont gros et très-foncés.

Ce m’est un vrai plaisir de consigner dans cet ouvrage le nom de M. L. Rousseau, aide-naturaliste au Muséum. Le zèle désintéressé avec lequel il s’est toujours occupé des collections relevant de son service, la part qu’il a prise à leur développement, à leur mise en ordre, à leur classification, sont bien connus de tous les savants qui ont eu à les étudier. La collection des Annélides en particulier lui doit beaucoup. Enfin, j’ai trouvé chezM. Rousseau le dévouement le plus empressé à m’aider dans mes études. Voilà pourquoi j’ai été heureux d’attacher son nom à une des plus belles espèces que j'aie eu à nommer.

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