‹ Histoire naturelle des annelés marins et d'eau douce (volume 2)Chapitre 188 sur 424 · Diopatre française. D. gallica · texte numérisé non relu

Diopatre française. D. gallica

Caput distinctum. Oculi magni. Antennæ anticæ, parvæ, subulatæ; mediæ médiocres, subulatæ, in basi longâ cylindricâ; posticæ longissimæ, in basi longâ cylindricâ. Annulus buccalis brevis. Tentacula gracilia, subulata. Maxillæsuperæ robustæ; inferæ9-10 dentatæ. Denticula2 denticulata, 2 edentula. Labrum late incisum. Pedes cirro supero crasso, conico; infero multo minori, mamillâ setigerâ in cirrum productâ. Branchiæ oblique verticillatæ. Hab. le bassin d’Arcachon. C. M.

(1) Je suis très-porté à penser que toutes les Diopatres ont des soies à crochet, mais comme elles ne se montrent qu’à une certaine distance en arrière, et que, pour plusieurs espèces, nous n’avons que des anneaux tout à fait antérieurs, je n’ai pu en constater l’existence.

(2) PI. 6 bis, fig. 1-3. J’ai essayé de reproduire les couleurs que cette belle Annélide conservait encore après plusieurs années de séjour dans l’alcool.

EUMClEï'iS.

Cetle espèce remarquable, découverte par M. Lespès, doit être une des plus magnifiques Annélides de nos côtes. Malheureusement le naturaliste à qui j’en dois la communication n’a pu se procurer que quelques centimètrês de la région antérieure. Or, à en juger par les autres espèces du même groupe, elle doit être fort grande. Parmi les échantillons incomplets que je possède, il en est qui ont près d'un centimètre de large, ce qui suppose une longueur d'au moins 23-30 centimètres.

La tête (1) est distincte, mais recouverte un peu en arrière par un repli cutané, et comme soudée en dessous par l’anneau buccal prolongé en avant. Les yeux sont grands et recouverts d’une peau transparente qui semble indiquer une organisation plus complète que celle qu’on rencontre d’ordinaire chez les Annélides. Les antennes antérieures sont tout à fait terminales et se dirigent en bas. Elles sont très-petites, lisses et coniques. Les antennes moyennes placées sur le côté sont beaucoup plus grandes etsubulées. En outre, elles sont portées sur une base d’un diamètre plus fort, longue, cylindrique et annelée. Les antennes postérieures, plus développées encore, présentent une disposition toute semblable. C’est à côté et en arrière de l’antenne impaire, appartenant à cette rangée, que sont placés les yeux.

L’anneau buccal est à peu près aussi long que l’anneau suivant. Il porte sur son bord antérieur et de chaque côté un tentacule bien plus grêle et beaucoup moins long que les antennes. La bouche présente en avant une sorte de lèvre formée par deux bourrelets transversaux, très-épais, sur lesquels on remarque en outre une sorte de mamelon irrégulier. La lèvre postérieure est aussi épaisse et charnue. Les mâchoires supérieures sont robustes ; les inférieures comptent 8-10 dents assez fines, presque égales et de niveau. De chaque côté on-trouve 2 denticules : l’un supérieur, petit et à bord lisse, l’autre inférieur, grand et à bord denticulé.

Le corps est légèrement aplati en dessus et en dessous, comme dans les grandes Eunices. Je ne puis rien présumer, quant au nombre des anneaux.

Les pieds (2) portent un cirrhe supérieur médiocrement allongé, gros et conique. Le cirrhe inférieur est beaucoup plus petit. Dans les pieds portant des branchies, il vient se placer un peu en avant plutôt qu’en dessous de la rame. Le mamelon sétigère est bien marqué, mais il est remarquable, surtout, en ce que son

(1) PL 6 bis, fig. 1

(2) PI. 6 bis, fig. 2.

A. ERRANTES PROPREMENT DITES

extrémité s'allonge et constitue une sorte de troisième cirrhe, moins long que le cirrlic supérieur, mais bien plus long que l’inférieur. Les soies forment trois faisceaux, placés l’un au-dessus, l’autre en arrière, et le troisième en avant de cette espèce de cirrhe supplémentaire. Les deux premiers sont composés de soies simples, légèrement infléchies et aplaties à leur extrémité, de manière à figurer un fer de lance très-allongé etàbords trèsfinement denticulés (1). Le troisième faisceau se compose de soies très-courtes, à extrémité plus large et très-aiguë (2) .Toutes ces soies, d’un brun doré, sont d’ailleurs remarquables par leur force et leur texture fibreuse, qui rappelle un peu celle des soies d’Echiure (3).

Au-dessous de chaque pied on trouve une sorte de bourrelet qui se prolonge sur la face ventrale, avec laquelle il se confond insensiblement vers le tiers de la largeur.

Les branchies se composent d’un gros tronc conique et allongé, sur lequel sont implantés des filaments très-nombreux, disposés en verticilles obliques de haut en bas et de dedans en dehors. L’ensemble de ces filaments forme une sorte de houppe allongée qui, chez l’animal vivant, doit être remarquablement belle.

La Diopatrc française vit dans le sable très-vaseux du bassin d’Arcachon. Elle habite un tube de vase faiblement agglomérée par le mucus qu’elle exsude. Ce tube, qui fait une très-faible saillie au-dessus de la surface du sol, s’enfonce, paraît-il, trèsbas. M. Lespès m’écrit qu’il en a poursuivi jusqu’à un mètre de profondeur, sans pouvoir atteindre l’Annélide qui se retire avec une rapidité extrême. Il n’a pu se procurer les fragments que j’ai décrits, qu'en surprenant l’animal d’un coup de bêche et enlevant ainsi ce qu'il pouvait.

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