V. F. CHÆTOGASTRIDÆ
cardiaque. Les réseaux de l’estomac et de la portion renflée de l’intestin communiquent avec le tronc dorsal directement et, au moins pour le dernier, avec le tronc ventral. Le liquide qui remplit le système des vaisseaux clos est incolore. Il existe des corpuscules cavitaires, mais on ne paraît pas les avoir étudiés d’une manière spéciale.
Les organes segmentaires sont assez simples et ne se voient pas dans tous les anneaux, M. Vejdovsky les a particulièrement bien fait connaître chez le Chætogaster diaphanus , Gruith. et en a suivi le développement. A leur état parfait ils se composent d’une partie profonde glandulaire, formée de cellules rassemblées en un acinus globuleux, retenu au dissépiment antérieur par un ligament, de là part un tube vecteur fin, longuement replié sur lui-même, car après s’être approché de l’orifice externe il remonte jusqu’au glomérule glandulaire pour venir enfin déboucher dans une ampoule contractile dont l’autre orifice s’ouvre à l’extérieur ; pendant tout ce trajet le canal vecteur est entouré d’une masse granuleuse, qui forme au tube, en double sur lui-même, une sorte de gaine, celui-ci n’est pas régulièrement calibré et présente de distance en distance des dilatations ampullaires.
Les organes de la reproduction sont assez imparfaitement connus par suite de la rareté des individus sexués, cependant Udekem, dès '1853, en a donné la disposition fondamentale, depuis cette époque M. Lankester (1869) et Vejdovsky (1884) ont complété sur plusieurs points les recherches de cet auteur. On trouverait une ceinture à la hauteur de l’estomac, il n’est pas facile de la reconnaître à raison de la transparence des tissus ; elle est formée de cellules nucléées plus ou moins polyédriques par compression réciproque. Les testicules sont réduits à des amas de cellules mères accumulées, en masse non limitée, en arrière du premier dissépiment. Les spermatozoïdes tombent dans la cavité viscérale et sont recueillies par les entonnoirs du canal déférent, qui traverse le second dissépiment. Après s’être replié en S, ce canal se dilate en une ampoule, sorte de réservoir séminal, qui débouche à l’extérieur par un court canal dans lequel on observe deux soies copulatrices, d’une forme particulière, renflées un peu en crosse à leur partie profonde , aiguës à leur extrémité libre. Les poches copulatrices sont situées près des glandes testiculaires dans le voisinage du premier dissépiment, elles sont en sacs simples, ovoïdes ou sphériques, avec un canal excréteur peu étendu.
L’appareil femelle, réduit à l’ovaire, est placé en arrière du second dissépiment dans l’anneau où se trouve le canal déférent. Les œufs tombent dans la cavité de cet anneau, et s’y accumulent en quantité plus ou moins considérable ; arrivés à leur entier développement ils sont volumineux, jusqu’à 0mm,5 de diamètre, entourés d’un vitel— lus tantôt incolore, tantôt d’un rouge cinabre intense. Udekem croit
LOJIBMCIISIENS.
qu’on peut trouver là une différence spécifique, ce qui demanderait de nouvelles recherches, les observations étant encore peu nombreuses. On ignore le point par lequel l’œuf fait issue hors du corps ; après la ponte, il est entouré d’une capsule fort bien figurée par Udekem, elle adhère par un pédicule aux corps submergés.
Mais le mode le plus habituel de reproduction est la reproduction par bourgeonnement, étudiée avec grand soin sur YEnchytræus diaphanus, Gruith., par M. Semper (1876), il est très rare de trouver un de ces animaux sans qu’il ait à sa partie postérieure un ou deux bourgeons.
Les Chætogaster se rencontrent dans les eaux douces, courantes ou dormantes, soit errant librement sur les corps submergés, soit sur différents Mollusques gastéropodes et môme dans la profondeur des organes de ceux-ci. C’est là qu’on devra les chercher, chose souvent assez difficile par suite de leur petitesse et de leur transparence, cependant quelques espèces, d’un blanc de lait, se distinguent à l’œil nu sur un fond noir. L’animal se meut en partie à la manière des Sangsues, se fixant au moyen de sa portion antérieure et de sa bouche très dilatable, qui agissent comme une ventouse, il s’aide en même temps de ses soies locomotrices étalées en éventail. D’autres fois la progression se fait au moyen des faisceaux somatiques seuls, la portion antérieure étant relevée, ce qu’a figuré M. Lankester (1).
C’est O. F. Millier qui, le premier, a étudié scientifiquement une espèce de ce groupe, il la rangeait dans le genre Nais. En 1827 Baër, remarquant les caractères spéciaux de ces vers, proposa d’en former sous le nom de Chætogaster un genre spécial, qui fut adopté par le plus grand nombre des zoologistes. Dans ces dernières années, M. Tauber fit connaître, un nouveau type fort curieux par la présence de quatre faisceaux de soies sur chaque anneau au lieu de deux, il le nomma Amphichæta ; ces animaux ne diffèrent pas, sauf ce caractère, des Chætogaster proprement dits.
La question d’affinité est moins certaine en ce qui concerne le genre Parthenope , O. Schm. ou mieux Ctenodrilus, Clap., que j’ai proposé autrefois de placer auprès de ces mêmes Chætogaster, ce point sera discuté plus loin en examinant les caractères de ce groupe encore imparfaitement connu, mais peut-être moins mal placé ici que partout ailleurs.
Reste à savoir quel rang il convient d’attribuer à cet ensemble dans la série des Lumbricini. Udekem, dans son Essai de classification générale de ses Annélides sétigères abranches regarde les Chætogaster comme un simple genre de sa Famille des Naïcidées. Cependant, comme on l’a vu plus haut, soit par leur apparence extérieure,
(1) Lankester, 1870; pl. LXVIII, fig. 3a.