‹ Histoire naturelle des annelés marins et d'eau douceChapitre 245 sur 290 · XVIII. Genre PELAGONEMERTES · texte numérisé non relu

XVIII. Genre PELAGONEMERTES

Moselev, 1873, p. 173.

Ce genre étant unique dans la famille, les caractères donnés pour celle-ci, suffisent pour le déterminer.

11 a été fondé pour un animal recueilli au sud de l’Australie, pendant l’expédition du « Challenger », le P. Rollestoni, Mosel., long de 40mm, large de 20mm, épais de omm. Bien qu’on ait pu distinguer les ovaires, on est en droit de se demander, si c’est un être arrivé à son parfait développement ou s’il doit subir des métamorphoses ultérieures.

Dans l’état où nous le connaissons, il diffère assez de tous les autres Térétulariens pour mériter de former une famille à part, jusqu’à ce que des études plus complètes nous éclairent sur ses rapports réels. M. Hubrecht le place dans les Enopla (HorLOXEMERTi.\'i,de cet auteur), cependant M. Moseley dit expressément que la trompe est inerme.

Il est possible que le Pterosoma plana, Lesson, figuré dans le Voyage de la Coquille, soit la même espèce ou quelqu'animal du même genre. Cette supposition faite par Moseley, si elle se vérifiait, obligerait de changer le nom générique proposé par ce dernier auteur.

ORDRE

PLANARIENS (PLANARIÆA)

ou

TURBELLARIÉS(,)

Fasciola, Muller, 1774.

Planaria, Muller, 1776, Lamarck, etc.

Planariæ, Blainville, 1828.

Turbellaria Rhabdocœla (pars) et Dendrocœla, Ehrenberg, 1831. Anevormes Aporocephales et Rhabdocœles, Blanchard, 1817-1849. Turbellariæa Dendrocœla et Rhabdocœla (pars), Diesing, 1850.

Aprocta et Proctucha Arynchia, Schultze, 1831.

Turbellariæa Dendrocœla et Rhabdocœla Arhynchocœla, Diesing, 1862.

Plathelminthes à corps polymorphe couvert de cils vibratiles, rarement allongé, généralement foliacé , aplati ; d’ordinaire pas de ventouses proprement dites, sauf dans certains cas et alors peu apparentes ; habituellement pas de fossettes céphaliques ciliées. Des ganglions sans collier périœsophagien, avec des cordons latéro-postérieurs libres. Tube digestif n’ayant qu’un seul orifice (2), sans mâchoires, ni trompe sus-œsophagienne. Sexes réunis sur un même individu.

Les Planariens sont toujours des animaux de petite taille atteignant rarement quelques centimètres de longueur, souvent microscopiques. Très contractiles et polymorphes, ils affectent dans leur état normal la forme devers plus ou moins allongés, tantôt subcylindriques aplatis à la face ventrale, tantôt déprimés, foliacés ; bien qu’on puisse citerdenombreuses exceptions, la première forme appartient plutôt auxRhabdocœliens, la se-

(1) Moins les Trématodes.

(2) Les Microstoma, Œrst., font peut-être exception.

PLANARIENS.

conde aux Dendrocœliens. Chez les Convoluta , QErst., les bords latéraux se rabattent en cornet d’oublic vers la face ventrale. On ne trouve jamais d’articulations distinctes, car les Dinophilus, O. Schm., chez lesquelles elles existent, au moins comme sillons superficiels à la surface de la peau, ne peuvent être regardés avec certitude comme des Planariens et seraient suivant l’opinion de M. von Graff, des Rotateurs ou des Annélides.

La paroi somatique est composée des couches musculaires revêtues extérieurement des couches cutanées, tapissées intérieurement d’un tissu parenchymateux, qui joue le rôle de péritoine.

Il est assez difficile de constater la structure en cellules des couches cutanées, on n’y reconnaît qu’une matrice paraissant homogène, revêtue par une cuticule continue. C’est celle-ci qui supporte les cils vibratiles, couvrant toute la surface extérieure du corps, lesquels, comme chez les Tcrctulariens, donnent à ces animaux leur aspect particulier. On rencontre très fréquemment dans les couches profondes de la peau des bâtonnets et des nematocystes (1), les premiers, dont l’usage physiologique ne peut être regardé comme encore parfaitement élucidé, sont d’ordinaire rassemblés en plus ou moins grand nombre dans des cellules spéciales bien limitées. M. von Graff regarde comme des appareils vénénifiques annexes du tégument, deux glandes placées vers les parties antéro-latérales du corps chez le Convoluta convoluta, Abildg. Enfin il convient de citer ici les appareils d’adhérence qui, sous forme de petites saillies molles, susceptibles de se mouler sur les corps, se trouvent en nombre parfois considérable à l’extrémité caudale chez certains Planariens, les Monocelis, Ehr., par exemple, et les ventouses dont il sera question à propos de certains Dendrocœla.

Le système musculaire en outre des deux couches fondamentales, l’externe annulaire, l’interne longitudinale, offre, comme chez les Hirudinées, des faisceaux dorso-ventraux, qui, notamment dans les espèces déprimées, sont nombreux et jouent un rôle important pour maintenir la forme de ces animaux.

Les mouvements consistent dans la reptation et la natation. Le premier mode de locomotion, de beaucoup le plus habituel,

(1) PI. XXIX, fig. 17 à “20.

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

s’effectue, au moins pour les grandes espèces, comme le Leptoplana tremellaris , Midi., au moyen de la face ventrale formant une sole d’adhérence comme chez les Mollusques Gastéropodes, parfois aussi distincte que chez ceux-ci ( Geoplana , Stimps., Bipalium , Stimps.), et jouissant de mouvements analogues, les cils vibratiles doivent sans doute, surtout chez les petites espèces, venir en aide ou même parfois suppléer entièrement aux contractions musculaires, car il est habituel de voir ces vers glisser en quelque sorte à la surface des corps immergés sans que, même h l’aide d’instruments grossissants, il soit possible de reconnaître des changements de forme indiquant un mouvement ondulatoire quelconque. La natation au sein du liquide ne paraît jamais être un mode de locomotion normal et ne s’observe guère, si ce n’est lorsque l’animal, quittant un point élevé, tombe en quelque sorte au fond, il s’agite alors par des ondulations antéro-postérieures, plus ou moins multipliées sans qu’il semble lui être possible de se diriger réellement. Il n’en est pas de même dans le cas de natation ;'i la surface, qu’on pourrait appeler par flottage, et dans lequel le ver renversé sur le dos, la face ventrale adhérant en quelque sorte à l’air, se meut soit par des ondulations de ses bords latéraux, soit par le simple mouvement des cils vibratiles, ce mode de locomotion se voit très fréquemment sur les espèces retenues en captivité, surtout lorsque l’eau des aquariums s’altère.

L’appareil nerveux se compose essentiellement de deux ganglions latéraux, situés vers la partie antérieure du corps, plus ou moins écartés, mais en général peu distants l’un de l’autre, unis par une commissure transversale simple et passant au-dessus du tube digestif, si celui-ci, placé en avant, se trouve en rapport avec cet appareil, ce qui n’a pas toujours lieu. De ces ganglions partent d’un côté desnerfs antérieurs, se rendant aux organes des sens spéciaux, qui peuvent exister, d’autre part, deux longs cordons postérieurs latéraux, sans renflements ganglionaires, émettant de distance en distance des branches grêles et ne paraissant jamais s’unir d’un côté h l’autre. Les Acûela, d’après M. Graff, n’offriraient plus trace de ce système, mais M. Delage (1886) l’a trouvé chez un Convoluta. C’est en somme un appareil d’une grande simplicité, qui se rapporte d’une manière directe au type Anévorme.

PLANARIENS.

Bien que bon nombre d'espèces paraissent fort mal douées au point de vue des organes sensoriels, cependant, si on considère l'ensemble du groupe on trouve les sens élevés représentés par des appareils souvent rudimentaires, mais qui ne peuvent laisser de doute sur leur rûle physiologique.

Le toucher général sembla très délicat, à en juger par la sensibilité dont témoignent ces animaux au plus léger contact. On doit sans doute regarder comme se rapportant à un toucher plus spécial les longues soies rigides qui, de distance en distance, se voient parmi les cils vibratiles et sont particulièrement multipliées, plus régulièrement disposées, à la partie antérieure du corps qu’on peut désigner sous le nom de rostre. Celui-ci dans certaines espèces, Alaurina, Busch., et genres constituant la famille des Proboscidæ, devient même un organe plus spécialement tactile et constitue un prolongementen forme de trompe, qui par son aspect, sa structure, est susceptible de fournir d'excellents caractères taxinomiques. Tantôt en effet c’est un simple prolongement non rétractile, Prorhynchus, Schultze, d’autres fois il est muni d’une gaine dans laquelle l'organe peut se retirer au moyen d'un muscle axile et démuselés rétracteurs, soit en nombre limité Acrorhynchus, Graff., Gyrator, Ehr., soit multiples, Hyporhynchus, Gratf. On doit encore rattacher au sens du tact les tentacules, rares chez les Rhabdocœliens, où l’on peut cependant citer les Vorticeros, 0. Schm.,plus fréquents chez les Dendrocœliens et rapprochés de l’extrémité antérieure (1) ou reculés sur le dos (2).

Les organes oculiformes ne sont pas moins répandus, mais toujours fort rudimentaires et consistant en de simples taches pigmentaires accompagnés ou non, car la constatation ne peut en être faite dans tous les cas, de corps réfringents cristalliniens. Ces yeux offrent également d'excellents caractères spécifiques ou parfois génériques, suivant qu’on les rencontre ou au contraire qu'ils font défaut et, dans le premier cas, suivant leur nombre et leur disposition, ainsi on n’en trouve que deux, ou même un seul, chez un grand nombre de Rhabdocœliens (3), d’autres fois, au contraire, ils sont multipliés, affectant des arrangements très variés (4).

(1) PI. XXIX, fig. 7, 9, 11.

(2) PI. XXIX. fig. S.

(3) PI. XXVIII, fig. 2, 4, 5; pl. XXIX, fig. 16, 23.

(4) Pl. XXVIII, fig. 11 ; pl. XXIX, fig. 4”, 13, 14.

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

Il n’est pas rare de rencontrer chez les Planariæa, et même d’une manière constante, dans certains groupes desRhabdocœliens, legenr eConvoluta, OErst., la famille des Monotidæ (1), par exemple, une cellule sphérique de petit diamètre, 0mm,026 chez 1 e Monocelis lineata, Midi., renfermant un corps réfringent de même forme (il mesure dans cette dernière espèce Qmm,oi6 de diamètre) placé très exactement en son milieu, de sorte qu’il existe une zone transparente entre celui-ci et la paroi de la cellule. L’aspect de cet organe rappelle si complètement l’apparence des cellules otolithiques d'un grand nombre d’animaux invertébrés, particulièrement des Mollusques, que tout le monde s'accorde à le désigner du même nom en le considérant comme un appareil auditif. L’étude histologique de cet otoevste montre que l’otolithe proprement dit contenu est en partie calcaire, l’action des réactifs y fait reconnaître une cellule pourvue d’un noyau. Dans certains cas cette sphère centrale se complique par l'adjonction d’une ou deux paires d’élévations verruqueuses apposées sur elle d’une façon le plus souvent symétrique. En général, l’otolithe, plus ou moins central, est immobile, cependant M. Jensen dit qu’il peut se mouvoir chez le Monocelis hamata, Sens., ce qui tendrait à taire admettre que, chez ce ver au moins, la paroi interne de l’otocvste présente, comme dans d'autres invertébrés, des cils vibratiles. La constitution de cet organe, sa situation par rapport au cerveau, fournissent des caractères distinctifs d’autant plus précieux, qu'ils sont d'ordinaire très apparents et d’une constatation facile.

Beaucoup plus rarement que chez les Teretularia, on trouve des fossettes vibratiles (2), lesquelles, quand elles existent, pourraientêtre regardées comme le siège de sensations tactiles spéciales, bien qu’il soit impossible, dans l’état actuel de nos connaissances, d'en déterminer la nature réelle.

L’appareil digestif n’est pas moins important, au point de vue taxinomique, c’est à sa disposition générale, qui avait frappé les premiers observateurs, qu’est encore aujourd’hui emprunté le caractère sur lequel se base la division primordiale en sous-ordres des Planariæa. Il est toujours relativc-

(1) PI. XXVIII, fig. 7; pl. XXVIII, fig. 2.

(2) Pl. XXV, fig. 1 : a.

PLANARIEXS.

ment peu compliqué et ne présente jamais d’anus, sauf chez les Micro stoma, OErst., encore le fait ne peut-il être regardé comme absolument établi, tant cette disposition est chez ces êtres inférieurs d’une constatation difficile. Dans certains cas, chez les Proporus, O. Schm., les Convoluta, OErst. (1), et d’une maniéré générale les Rhabdocoela acgela, la simplicité devient extrême, tout l’appareil étant réduit à un orifice buccal, qui conduit les aliments dans la cavité générale du corps remplie d’une masse sarcodique digérante. D'ordinaire, cependant, la cavité digestive est non-seulement distincte, mais encore précédée d'un pharynx remarquable par sa forme et le développement musculaire de ses parois.

Ce pharynx fait suite à la bouche, qui n’est en somme que son orifice externe et dont la position variable est fréquemment employée comme caractère distinctif. Elle peut être tout à fait antérieure, Prorhynchus, Schultze, ou sub-antérieure, Macrostoma hystrix, OErst. (2), ou médiane Dendrocœlum lacteum, Midi., Mesostoma rostratum, Müll. (3) ou enfin placée en arrière Monocelis lineata, Müll. (4). On doit aussi avoir égard à la position réciproque de l’orifice buccal et de l’orifice sexuel, comme on le verra plus loin.

Le pharynx musculeux, auquel le nom d 'œsophage est souvent aussi appliqué, manque rarement; chez les Dendrocœliens il est constant et chez les Rhabdocœliens ne fait défaut que dans quelques groupes tels que les Acoela, cités plus haut, ou des animaux parasites Graffilla , Iher., Anoplodium , Schneid. Sa forme, sa disposition offrent des variations nombreuses, et comme cet organe, très apparent, est en général d'un facile examen, les zoologistes en ont fait grand emploi dans la classification. Tantôt il est simple, d'autres fois invaginé dans une gaine et peut, par le jeu de ses fibres musculaires, faire saillie ou rentrer dans l’intérieur du corps. Souvent il présente une forme régulière campanulée, cylindrique, en tonneau ( pharynx dolioliforme), sphérique, en rosette, ou rappelle parfois fort exactement la ventouse orale de certains Trématodes, enfin il

(1) PI. XXVIII, fig. 7.

(2) PI. XXVIII, fig. 6.

(3) PL XXVIII, fig. S : a.

(4) PI. XXVIII, fig. 1, 3.

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. 627

peut se développer davantage et se replier, ou plutôt se plisser, en offrant un aspect labyrinthiforme, chiffonné.

Cet œsophage constitue généralement toute la portion antérieure du tube digestif, dans quelques cas cependant la complication est plus grande, et chez les Macrorhynchus , Graff., il est précédé d’une trompe musculaire (1), également exsertile.

M. Hallez pense que la forme du pharynx pourrait fournir une base plus solide que la disposition du gastro-intestin pour la classification des Planaires « le type dolioliforme correspondant à peu près aux Rhabdocœles, le type tubuliforme aux Dendrocœles ». Chez ces derniers, le pharynx serait susceptible de se dilater en cloche ou en entonnoir, ce qui n’existerait pas pour les premiers. Ces idées, fort justes si on les applique aux espèces le plus habituellement sous nos yeux, n’ont cependant pu encore être assez généralisées pour qu’on les regarde comme définitivement acquises et réclament de nouvelles recherches.

Le reste du tube digestif auquel on peut donner le nom d 'estomac ou de gastro-intestin est, quant à sa structure, d’une grande simplicité, formé de parois très peu épaisses, avec des glandules unicellulaires tapissant celles-ci ; ces glandules (? hépatiques) ne sont jamais colorées d’une manière aussi accentuée en brun que chez un grand nombre d’animaux inférieurs. La différence la plus importante résulte de la conformation de cet estomac tantôt en sac simple (Rhabdocœliens proprement dits) ou peu lobé (Alloiocœliens), tantôt dendritique, divisé en une multitude de cæcums, diversement ramifiés (Dendrocœliens).

La nourriture des Planaires se compose de matières animales, bien que dans certains cas l’estomac contienne des parcelles de végétaux. Dugès a montré qu’ils peuvent même s’attaquer à des proies d’un volume considérable, telles que certains Naïdiens, il n’est pas rare de rencontrer dans la cavité digestive des Planaires marines des soies d’Annélides. On peut observer aisément la manière dont ces êtres se nourrissent en laissant jeûner, pendant un certain temps des Dendrocœlum lacteum, Müll., ou autres Planaires d’eau douce d’une certaine taille, puis leur offrant une proie quelconque, par exemple des

(1) XXVIII, fig. 8 et 9 : a; pl. XXIX, fig. 23.

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