ARGYRONÈTE
a soin de remplir d'air. Voici comment elle construit cet édifice : d'abord elle monte à la superficie de l’eau, la tète en bas, ne laisse passer à la surface que l'extrémité de son abdomen, dilate ses filières et replonge avec rapidité. Pendant cette opération, elle produit une petite bulle d'air qui , indépendamment de la couche argentée qui la recouvre, se trouve attachée à son anus. Ensuite elle nage vers la tige de la plante où elle veut fixer son nid, et détache cette petite bulle d'air qui alors adhère à la tige. L’araignée remonte ensuite à la surface, où elle reprend une autre bulle, qu'elle va joindre à la première; elle recommence jusqu'à ce que le ballon d’air ait atteint sa grosseur, qui est à peu près celle d’une noix : elle l'enveloppe ensuite de fils qui forment une toile en réseau , semblable à celle des clubiones; puis elle l’en-toure entièrement d'une couche de mortier à demi liquide et brillant, qui ne paraît être autre chose que de la matière soyeuse en dissolution, qu'elle pétrit avec ses pattes et unit avec beaucoup d'art. La forme de la cloche ou de la cellule, est ovalaire plus ou moins arrondie; l’ouverture est à la partie inférieure, et n’est qu'une fente dont l'araignée dilate les bords élastiques, pour entrer et sortir de sa demeure. De la cellule, rayonnent de nombreux fils qui vont prendre attache sur les divers corps environnants, les pierres de fond, les tiges des plantes aquatiques, etc. Ces fils servent à maintenir la coque au niveau voulu; car la légèreté de l’air la ferait toujours remonter à la surface ; ils sont aussi des piéges tendus aux insectes aquatiques, aux hydrachnées, aux crevettes, etc., dont l’argyronète se nourrit. Tantôt elle attaque et mange sa proie sur place, tantôt elle la paralyse de son venin, et l’entraîne dans sa coque: par-
fois elle se contente de la tuer et de la laisser sur ses fils comme réserve ; mais elle se nourrit aussi bien d'insectes terrestres que d'aquatiques, quand ces derniers manquent: elle s'empare alors des mouches qui sont tombées par hasard dans l’eau, ou elle vient sur le bord des mares chasser les insectes terrestres ; seulement, pour les manger, elle les entraine toujours au fond de l’eau.
Le Père Lignac, en 1748, décrivit le premier les mœurs de cette singulière araignée, qu'il avait prise aux Bordeaux, près du Mans. Il en éleva de vivantes pendant longtemps, et observa parfaitement les moindres détails de leur industrie.
Il remarqua qu'au moment de la reproduction, le corps n'est plus entièrement couvert par l'air, mais seulement en partie: que le mâle établit, entre sa coque et celle de la femelle, un corridor soyeux qui leur permet de communiquer ensemble ; qu'à cette époque, -les mâles sont méchants et se livrent des combats à outrance.
Il a vu aussi ces aranéides pondre des œufs, au nombre de quarante, non agglutinés, globuleux , et de couleur jaune clair; les entourer d’un cocon rond, aplati, de quelques millimètres de diamètre, et formé par une toile fine et mince comme une pellicule d'oignon, mais d'un tissu serré et diflicile à déchirer. Lorsque les jeunes sortent du cocon, ils sont déjà entourés de leur bulle d'air. et vivent comme les individus adultes; mais ils ne con- : struisent de coque que dans un âge plus avancé.
Si l'on place plusieurs argyronètes dans-un même bocal, elles s'entre-détruisent et se dévorent; de sorte qu'au bout de quelques jours on n’en trouve plus qu'une qui à successivement dévoré les autres. Pour passer l'hiver, les argyronètes s’enferment dans leur coque, en calfeutrent l'ouverture et s'y engourdissent.
CLUBIONE. 131
24° GENRE. CEUBIONE, Clubiona, Walckenaer. (xvw, se distinguer; éwvaw, faire violence.) Synonymie : Ciniflo, Cælotes, Blackwall; Anyphæna, Lucia, Cheiracanthum,
Agelena, Koch.
Yeux, presque égaux, sur deux lignes rapprochées sur le devant du corselet, l'antérieure courbée, Fis. 51. la supérieure droite; yeux intermé- = =
Eh à cr ; ES 2 diaires de la ligne supérieure plus écar- & &Ææ% tés que ceux de l’antérieure, et plus {ll
rapprochés des latéraux qu'ils ne le sont entre eux.
Lèvre, allongée, ovalaire, dilatée dans son milieu, terminée en ligne droite ou légèrement arrondie, quelquefois échancrée à son extrémité.
Paites-mâchoires, à coxopodites étroits, allongés, écartés, dilatés vers leur extrémité, jamais creusés au côté interne et n’encla- £° vant pas la lèvre; organe copulateur ren- E fermant un conjoncteur droit, unique et \ simple.
Mandibules, verticales, pouvant être facilement portées en avant.
Corselet, grand et bombé en avant, ovalaire,
Pattes, fortes, de longueur variable.
Filières, six, assez allongées.
Couleurs, le plus souvent claires, fauves ou brunes; abdomen soyeux et velouté.
Taille, peu considérable, 6 à 10 millimètres.
Patrie, les nombreuses espèces sont répandues dans toutes les
parties du monde; l'Europe en possède neuf, dont quatre sont très-communes.
Habitudes, aranéides construisant sous l'écorce des arbres, les feuilles des végétaux ou le dessous des pierres, des
coques ou cellules de soie très-blanches, dont elles sortent pour chasser.
r té
ESPÈCES
C. soyeuse, C. holosericeu, Latreille. Europe. C. amaranthe, C. amarantha, Europe.