I. DES ORGANES EXTÉRIEURS
Le corps des araignées se compose de deux parties principales : l’une, appelée corselet ou céphalo-thorax, dont le tégument est résistant et supporte les yeux, les pattes et les appendices de la bouche ; l’autre, nommée abdomen, dont la peau molle et sans divisions est percée d’ouvertures communiquant avec les organes intérieurs.
CÉPHALO-THORAX. — Sa paroi supérieure est formée d'une plaque coriacée, qu'on a nommé bouclier ; elle est large à sa partie moyenne et se rétrécit en avant, où elle se recourbe pour former un rebord frontal, sur lequel sont placés les yeux ; en arrière elle est déprimée et échancrée au-dessus de l'insertion de l'abdomen (Fig. 1).
Sa surface présente des sillons partant d’un point central, et s'étendant jusqu'aux bords latéraux où ils aboutissent à la naissance de chaque patte.
Toute la région ventrale et inférieure du thorax est occupée par un sternum, formé de deux pièces également coriaces, polygonales et très-inégales de grandeur. La pièce antérieure sur laquelle viennent s’articuler les pattes-mâchoires, était anciennement considérée comme une lévre inférieure ; elle est très-petite, variable dans sa forme suivant les genres, et constitue le plancher de la cavité buccale (Fig. 3).
La pièce postérieure ou plastron est grande, a une Fig. 1. forme arrondie ou ovoïde, sa partie antérieure est généralement excavée, postérieurement elle se termine en pointe, ses bords latéraux présentent des échancrures dans lesquelles les pattes viennent s’in- | dei sérer. Ge plastron, Face ventrale. Face feet. qui parait unique, est formé par la fusion des quatre arceaux inférieurs des zoonites du thorax, si distincts dans le scorpion. Ce céphalo-thorax des aranéides est le plus souvent recouvert de poils; dans quelques genres il en est entièrement dépourvu,
Appendices céphaliques. — On en distingue de trois sortes : les yeux, les antennes et la languette.
4° Yeux. — Les yeux sont généralement au nombre
rig.2. de huit, quelques genres seulement en ont
\, Six: ils sont toujours simples, jamais com-
E« posés comme ceux des insectes ; identiques
NI \} entre eux, et à peu près immobiles. Ils sont
Th ê re groupés sur une éminence antérieure du cé-
ronète. phalo-thorax ; mais leur disposition varie sui-
vant les genres. On verra par la suite que cette disposi-
ANATOMIE ET PFHYSIOLOGIE. 9
tion est en rapport avec les habitudes et le genre de vie de l’araignée.
2° Antennes-pinces ou chélicères. — Les insectes sont Fig. 3 (1). pourvus d'organes appelés an- lennes, qui servent au sens du tact et probablement aussi au sens de l’ouie. Chez les araignées, on ne trouve rien de pareil ; aussi les anatomistes en étaient-ils venus à déclarer que ces organes n’existent pas chez ces animaux; cela est une erreur : les araignées en sont pourvues aussi bien que les insectes, seulement ces organes devant servir à des usages différents, ont été modifiés dans leur structure, et se présentent sous une forme toute particulière : ce sont deux appendices courts, ramassés, placés en avant ou au-dessous du bouclier céphalothoracique, et terminés à leur extrémité par un crochet. La première de ces deux pièces est presque toujours cylindrique ou en cône tronqué, aplanie à sa face interne, et offrant le plus souvent, à l'extrémité de son côté interne, une rainure, dont les bords sont garnis de dents acérées, et dans la cavité de laquelle le crochet ou onglet s’insère en se reployant. Ge crochet est mobile, arqué, très-dur, pointu, et a, près de son extrémité, un petit trou qui livre passage au venin avec lequel l’araignée donne la mort aux autres insectes pour s'en nourrir.
En considérant ces organes, il semble impossible de
(1) Bouche de la tégenaire vue en dessous, — chélicères, — pattesmächoires, — lèvre ou pièce antérieure du sternum.
les assimiler aux antennes des insectes ; ils paraissent même offrir plus de ressemblance avec les mandibules de ces animaux. Aussi Savigny, qui avait su distinguer la différence qui les éloigne des mandibules, n'avait pas reconnu non plus, dans les chélicères, des pièces anatomiquement comparables aux antennes, et avait été conduit à les considérer comme des organes exclusivement propres aux aranéides ; 1l les désignait sous le nom de forcipules. |
Mais la question a été tout à fait résolue par M. Émile Blanchard, qui a démontré que les nerfs qui se rendent à ces organes, sont exactement les mêmes que ceux des antennes des insectes, et qu'ils partent comme eux du ganglion supérieur ou cérébroïde, tandis que ceux qui se rendent aux mandibules proviennent du ganglion inférieur ou thoracique.
3° Pièce buccale ou languette. — La languette, qui est la seule pièce buccale proprement dite, est placée sur la ligne médiane, au-dessus de la lèvre et au-dessous des chélicères.
Cette pièce, que Latreille a distinguée sous le nom de camérostôme, est en continuité de tissu avec les téguments membraneux de la région antérieure du céphalothorax. Elle peut être considérée comme représentant à la fois les deux mandibules et les deux mâchoires des insectes, qui, devenant inutiles chez les araignées, seraient réduites à l’état de vestige et soudées ensemble. En effet, chez quelques jeunes aranéides, la languette porte à sa surface des sillons qui sont comme les traces de la soudure qui unit les mâchoires et les mandibules : de plus, ellereçoit comme celles-ci, ses nerfs du ganglion inférieur thoracique ou sous-æsophagien.
Appendices thoraciques. — Le thorax porte cinq paires d’appendices, dont les uns servent à la manducation, les autres à la locomotion; les premiers sont désignés sous le nom de pattes-mâchoires, et les seconds sous celui de paltes-ambulatoires ou locomotrices : ils offrent néanmoins la même conformation.
1° Paltes-mâchoires. — La proie étant saisie et tuée par les chélicères, l’araignée, pour en pomper les liquides intérieurs, a besoin de déchirer préalablement l'enveloppe solide qui la recouvre. Les organes affectés à cet usage sont , comme chez Patte-mächoire. Patte-ambulatoire. les crabes, les écrevisses, etc., empruntés au système appendiculaire thoracique. En effet, si l’on examine une araignée, on voit en avant de la tête deux petits appendices mobiles, s'appuyant chacun sur une pièce élargie, très-avancée sous la bouche et articulée sur les côtés de la petite pièce sternale antérieure que l'on appelle communément la lèvre. Si l’on étudie ces organes, on reconnait bientôt qu'ils sont formés, comme les pattes locomotrices, de plusieurs articles dont une pièce basilaire ou hanche, un trochanter, une cuisse, une jambe et un tarse, avec cette différence cependant que leur développement est moindre, que la pièce basilaire s'étale en forme de mâchoire et est garnie de poils raides au côté interne, et que le tarse nest formé que de deux articles, à peu près d'égale longueur.
Les anciens anatomistes considér aient cette pièce basilaire comme l’analogue des mâchoires des insectes, et la portion libre comme l’analogue des palpes ; mais, comme je viens de le démontrer, ces appendices sont de véritables pattes modifiées et aflectées à un usage spécial.
Une particularité remarquable, que je ne ferai qu'indiquer ici, c’est que, tandis que chez la femelle le tarse porte seulement deux petits crochets simples et rétractiles, celui du mâle est renflé, renferme un crochet qui offre un développement fort considérable, et se trouve converti en un organe qui joue un rôle important dans l'acte de la reproduction.
2° Paltes-ambulatoires. — On en compte quatre paires, et ce nombre est caractéristique chez toutes les arachnides. — On distingue dans ces organes une première pièce basilaire ou hanche insérée sur le thorax, à sa suite une seconde très-petite appelée trochanter, une troisième beaucoup plus longue que lon nomme cuisse, ensuite une quatrième formant un angle aigu avec la précédente, et qui a reçu le nom de jambe, enfin le Larse composé de trois articles (Fig. 4).
Quelques remarques sont nécessaires à propos de chacune de ces pièces. Les hanches, appelées aussi coxopodites, ne sont pas seulement destinées à supporter les pattes, elles servent aussi à fermer de chaque côté la cage thoracique, en comblant l'espace qui sépare le sternum des bords du bouclier : aussi sont-elles fortes, serrées les unes contre les autres et immobiles. Le trochanter est toujours très-court, soudé à sa jonction avec la hanche, très-mobile au contraire à sa jonction avec la cuisse qui a des mouvements très-étendus. La jambe est remarquablement courte, mais, pour suppléer à ce défaut, le premier
article du tarse est soudé et en continuité avec elle. Gette particularité avait fait penser à quelques entomologistes que le tarse n'était composé que de deux articles : c'était une erreur, le tarse a trois articles ; ‘seulement, le prenier est réuni avec la jambe, et les deux derniers seulement sont mobiles. De ces deux articles, le dernier seul s'appuie sur le sol, et se termine par deux ou trois griffes ou onglets, cachées au milieu de poils raides et épais.
Les différents articles des pattes sont réunis par une portion membraneuse et élastique des téguments, qui permet des mouvements, dont l'étendue et la direction dépendent des échancrures ou des éminences placées à chaque extrémité des articles.
Pendant le repos, le corps appuie sur le sol, les deux paires de pattes antérieures sont dirigées en avant, la troisième est transversale, et la dernière est rejetée en arrière.
Dans la marche, le corps est soulevé et progresse sans oscillations, les trois premières paires de pattes prennent la même direction en avant; la quatrième, au contraire, reste toujours en arrière. Les mouvements de ces appendices locomoteurs s'exécutent avec une rapidité et une précision surprenantes.
ABDOMEN. — Il est attaché au corselet par un pédicule cylindrique, court et cartilagineux, dont l'insertion varie selon les genres et les familles. La peau qui l’enveloppe est molle, sans annulations et homogène, quoique plus dure sur le dos, où elle est recouverte dans quelques genres exotiques d’une sorte de bouclier dur et corné.
Il est généralement ovale, plus ou moins allongé, plus ou moins arrondi, plus gros à sa partie antérieure qu'à
sa partie postérieure. Dans quelques genres cependant, il est tout à fait globuleux ; dans d’autres, il est triangulaire ; dans d’autres enfin, c’est la partie postérieure qui est la plus large et la plus grosse.
Le dos des aranéides est orné le plus souvent de couleurs variées, formées soit par un dépôt de pigment dans l'épaisseur de la peau, soit par les poils et le duvet diversement colorés qui recouvrent leur épiderme. Ges couleurs paraissent être en rapport avec les lieux qu'elles habitent : ainsi, les espèces qui établissent leur toile dans les endroits obscurs, les grottes, les caves, etc. ({égénaires, ségestries, drasses), ont des teintes foncées et uniformes ; celles qui se cachent sous l'écorce des arbres (mygales, clubiones) sont brunes, plus ou moins rougeâtres ou verdâtres ; celles qui courent à terre (lycoses, philodrômes, dolomèdes) ont la couleur du sable, des feuilles sèches ou du terrain sur lequel elles vivent; celles qui chassent au printemps sur les gazons (sparasses) sont vert émeraude ; celles qui vivent dans le calice des fleurs ({homises) sont ornées de couleurs rouges, jaunes ou violettes ; celles qui recherchent les vergers et les jardins (épéires, théridions, attes) se parent de teintes semblables à celles des végétaux qui les entourent, etc., etc. On comprend quel était le but de la nature en établissant ces rapports, quand on sait que toutes les araignées sont chasseuses, et qu’elles ont besoin de se dérober à la vue pour surprendre les insectes dont elles font leur nourriture.
On distingue encore sur cet abdomen huit petits points enfoncés, disposés par paires et sur deux lignes, mais qui ne sont pas toujours visibles. Ces trous, suivant la remarque de Dugès, correspondent à de petits tubercules qui, à l’intérieur du corps, donnent attache à des muscles,
La face ventrale (Fig. 1) est le plus souvent plane : sa partie antérieure, qu'on appelle épigastre, et qui est séparée de la postérieure par un sillon, porte une ou deux paires de plaques larges et dépourvues de poils, qui recouvrent les ouvertures des organes respiratoires situés dans cette portion de l'abdomen: ces plaques ont été
«appelées opercules branchiaux ; entre elles et au milieu de l’espace qui les sépare, se voit une ouverture arrondie, qui est l’orifice des organes de la génération.
Sa partie postérieure présente l'ouverture anale placée au milieu d'un petit chaperon, et entourée d'appendices destinés à donner passage à la soie, et que pour cette raison on a appelés filières.
Ces filières sont de petits mamelons articulés, au nombre de quatre ou de six, et disposés par paires ou en couronne autour du chaperon anal. Ils paraissent tronqués à leur extrémité, et, si l’on soumet leur portion terminale à un grossissement, on reconnait que C'est une membrane molle et percée, comme un crible, d'une infinité de petits trous. Ainsi le fil de l’araignée, dont nous admirons souvent la finesse, est formé par la réunion de centaines de ces filaments invisibles, simples d'abord, et accolés ensemble après leur sortie de l'organe.
Avant de terminer ce qui a rapport aux téguments, je dois faire remarquer, que si les araignées ne subissent pas de métamorphoses comme les insectes, de même que ces derniers le font à l’état de larve, elles renouvellent plusieurs fois l’année et à des époques fixes l'enveloppe épidermique qui les recouvre. C'est cette opération que l'on appelle la mue.
Il. DES ORGANES INTÉRIEURS ET DE LEURS FONCTIONS.
SYSTÈME MUSCULAIRE. — Les muscles des aranéides ont une couleur blanche un peu jaunâtre, ils sont formés d'une multitude de fibres parallèles, ayant des stries transversales très-prononcées, comme chez tous les animaux articulés en général. .
Ces muscles prennent attache sur les pièces du système tégumentaire, et font mouvoir les diverses parties du corps par la contraction de leurs fibres. |
Ceux qui mettent en mouvement les hanches, les antennes-pinces, etc., sont attachés au corselet, et partent tous en rayonnant d’un centre marqué par une fossule ou creux, qui se trouve au milieu.
Les articles des pattes se meuvent les uns sur les autres à l’aide de petits muscles d’une ténuité extrême, logés dans chaque article, où ils sont généralement au nombre de deux, dont l’un, appelé extenseur, sert à élever l'article, l’autre, appelé fléchisseur, sert à l’abaisser. Tous ces muscles agissent avec une rapidité excessive, et font exécuter aux pattes les mouvements les plus variés et les plus étendus. Ceux qui font mouvoir le crochet des antennes-pinces, sont très-puissants: ils remplissent la tige qui est assez large, et s'insèrent sur ses parois et sur l'apodème du crochet, c’est-à-dire sur le prolongement cartilagineux, que celui-ci envoie dans le corps de la tige. L'’abdomen étant presque mou, les muscles ne peu-
vent trouver sur ses téguments, des points d'attache aussi solides que sur les parois de la cage thoracique; et cependant l’aranéide fait mouvoir son abdomen avec une extrême facilité en haut, en bas, et dans le sens latéral: on remarque sous la peau du ventre deux ligaments qui prennent attache antérieurement sur une lame membraneuse, située au-dessous des opercules branchiaux, et postérieurement autour du cercle qui entoure l'anus et les filières ; la moitié supérieure de ces ligaments est cartilagineuse, la moitié postérieure, au contraire, est composée de fibres musculaires contractiles. g
Du même point partent deux paires de muscles : l’une va s'insérer sur la membrane située dans le pédicule de l'abdomen, l’autre paire aboutit autour des organes respiratoires.
C'est à l’aide de ce simple mécanisme que l’araignée fait mouvoir son abdomen : les derniers muscles dont nous avons parlé, ont pour usage d'ouvrir ou de fermer les opercules branchiaux, de tirer en avant ou en arrière les organes sexuels.
Les filières sont mues par des muscles particuliers assez semblables à ceux des pattes.
APPAREIL ALIMENTAIRE ET SES ANNEXES. — Si l’on ouvre le corps de l’aranéide en dessus, et qu’on écarte avec soin les nombreux muscles qui remplissent le céphalothorax, on aperçoit la poche stomacale, et on est frappé du volume énorme et de la complica-
Fig. 5.
Appareil digestif et ses annexes.
tion de l'appareil alimentaire, surtout dans sa portion antérieure ou thoracique.
La bouche, que Tréviranus croyait être une fente transversale de la languette, est, suivant Dugès, une petite ouverture très-difficile à voir, placée au milieu de téguments mous et membraneux. Gette bouche est lorifice d’un entonnoir ou pharynx, dont les parois sont solides et se renouvellent à chaque mue; vient ensuite un æsophage très-court et cylindrique, qui débouche dans une vaste cavité dont la forme et l'aspect sont des plus singuliers, et nullement comparables à ce qui se voit chez le plus grand nombre des animaux. Cet estomac est divisé dans son milieu, de sorte qu'il a la forme d’un anneau maintenu ouvert par un gros muscle qui passe dans son milieu; de chaque côté de cet organe rayonnent autant de tubes cylindriques qu'il y a d’appendices ; ce sont des diverticulum ou des cœcum stomacaux, tubulaires, au nombre de dix, qui, arrivés à la hanche de chaque patte, se retournent en dessous, et aboutissent tous dans un réservoir ou poche placée sous l'estomac annulaire: c’est un second estomac, séparé du supérieur par une lame chitineuse et solide, sur laquelle vient s'insérer le muscle dont nous avons parlé plus haut, et qui, après avoir traversé l’anneau, prend attache sur le bouclier; en se contractant, ce muscle élève la lame cornée, comprime l’estomac annulaire, et force les aliments à passer dans l'estomac inférieur. De cette poche, le liquide alimentaire chemine dans un tube ou intestin, qui se rétrécit singulièrement au niveau du pédicule, pour s’élargir un peu, mais faiblement, à l’intérieur de l'abdomen. Considéré en dessus, cet intestin paraît droit, et semble avoir la longueur de l'abdomen; mais si on l’examine de profil,
on reconnait qu'il est replié sur lui-même, de haut en bas : près de son extrémité postérieure se voit une vaste poche arrondie, placée dessous : c'est le rectum, dans lequel s’amassent les aliments digérés. Le tissu de l’estomac est d’une délicatesse extrême, examiné sous le plus fort grossissement, il ne présente aucun vestige de glandes, ni d'organes sécréteurs d'un liquide digestif; mais on remarque que l’espace compris entre chaque cæcum est rempli par une masse blanchâtre, soutenue et enveloppée dans une membrane très-délicate; si on isole ces corps avec soin, on reconnaît qu'ils sont formés de tubes d'une longueur considérable, et d’une finesse capillaire, qui après s'être repliés sur eux-mêmes, vont s'ouvrir dans l'estomac; ils forment des paquets glandulaires, remplis d'un liquide qui est acide, car il rougit le papier tournesol, et qui paraît avoir toutes les propriétés au suc gastrique.
Quant à l'intestin, il est entièrement entouré par le foie composé d’une masse considérable d’utricules qui remplissent l'abdomen. Ces utricules, destinées à sécréter la bile, communiquent avec des tubes qui, après s’être anastomosés pour former quatre troncs principaux, vont s'ouvrir dans l'intestin. Si on écarte ces utricules, on distingue au milieu d'eux des canaux plus ou moins nombreux, allant s'ouvrir dans le rectum : il ne parait pas douteux que ce ne soit un appareil urinaire, distinct de l'appareil hépatique.
Tout le monde sait que les spaces sont carnassières, et ne se nourrissent que d'insectes vivants ; mais elles ne mangent pas leur proie complétement, comme les insectes carnassiers et les vertébrés insectivores : elles se contentent de déchirer l'enveloppe de leur victime et d’en
humer les liquides intérieurs à l’aide de leur bouche membraneuse. Ces aliments, quoique liquides, ont besoin pour être absorbés d'être soumis à l’acte de la digestion, et de subir dans l'estomac une élaboration, une désagrégation, ce travail est opéré par un liquide acide appelé suc gastrique, qui chez les araignées est sécrété, comme nous l'avons dit, en dehors du tube alimentaire par des glandes particulières.
La complication que nous avons observée dans la structure de l'estomac, paraît destinée à ralentir la marche du liquide nourricier, et en même temps à augmenter l'étendue des surfaces absorbantes.
Les matières cheminent avec une grande rapidité dans l'intestin, où elles se mêlent avec la bile, dont l’action complète la digestion. Arrivées dans la poche rectale, les fécès s’y amassent et se mélangent à un liquide blanc de lait assez épais, chargé d'acide urique, et qui est l’urine; cette matière est, comme chez les oiseaux et les reptiles, rejetée avec les excréments.
APPAREIL RESPIRATOIRE, — Tandis que chez les insectes, la respiration s'effectue au moyen de trachées qui se répandent par tout le corps, et que les organes respiratoires se trouvent ainsi divisés et dispersés; chez les aranéides, cette fonction est remplie par des organes groupés et localisés dans des poches toutes spéciales placées sous l'abdomen, et: communiquant avec l'extérieur au moven d'ouvertures ou stigmates.
Ces stigmates sont, comme nous l'avons déjà dit, placés en dessous et à la partie antérieure de l'abdomen, généralement au nombre de deux, dans quelques genres de quatre; ce sont de petites fentes bordées, comme chez les insectes, d’un rebord membraneux ou péri-
LS
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. 21 thrème, et, de plus, garnies de cils rangés régulièrement sur leur pourtour. Leur bord interne donne attache à des muscles très-multipliés, qui ouvrent ou ferment leur ouverture à des degrés différents, selon les besoins de la respiration. Les sacs contenant l'appareil respiratoire sont placés en dessous : ils sont globuleux, aplatis, for més d’une membrane d'un blanc argenté.
En ouvrant un de ces sacs, on voit que la tunique n’est pas appliquée sur l'organe même, qui se trouve ainsi logé dans une chambre relativement spacieuse; celui-ci ne forme pas une masse simple, il est composé de lamelles, généralement au nombre de cinquante à soixante, couchées les unes sur les autres, comme les feuillets d’un livre.
Les anciens naturalistes, ne tenant compte que de la forme de ces organes, les avaient d'abord considérés comme analogues aux poumons, et leur en avaient donné le nom; d’autres les avaient comparés aux branchies des poissons et des crustacés : cependant des recherches nouvelles firent voir que ces organes n'ont aucun rapport de structure avec les poumons, et qu’ils ne ressemblent aux branchies que par leur forme.
En effet, si on examine avec attention un de ces feuillets, qui se détachent facilement, on voit qu'il ne forme pas une lame simple, mais que c'est un sac aplati, renfermant une cavité ouverte à sa partie inférieure et communiquant avec l'air extérieur; que les parois de ce sac sont composées de deux mémbranes dont l'interne est solide, encroûtée de chitine et tombe à chaque mue, tandis que l’autre est molle et perméable, et enfin qu'entre les deux membranes est un réseau très-fin et solide, analogue au fil spiral des traehées des insectes.