‹ Histoire naturelle des araignées (aranéides)Chapitre 30 sur 211 · L. peinte, L. picla, Nicolet, Chili · texte numérisé non relu

L. peinte, L. picla, Nicolet, Chili

Le genre linyphie est, après le genre théridion, le plus répandu et le plus nombreux en espèces de la famille; il est le type de la tribu des linyphiens dont il réalise normalement tous les caractères. On peut dire d’une manière générale, que les linyphies sont des araignées, dont les mâchoires sont droites, divergentes et carrées; dont les veux, disposés en trois paires sont un peu inégaux ; dont les pattes sont d'une excessive finesse; dont la couleur est claire ou élégamment tachée. Elles vivent à la campagne, soit au milieu des champs, soit dans les forêts sur les arbustes peu élevés. Leur démarche est vive, précipitée, saccadée, brusque ; elles construisent une toile, ressemblant dans certaines parties à une toile de théridion, et dans d’autres à une toile de tégénaire.

La partie supérieure et inférieure de cette toile est formée d’une quantité de fils très-fins, secs, brillants et déliés qui se croisent dans tous les sens, et prennent attache sur les feuilles ou sur les corps environnants; tous ces fils ne sont que des càbles ou des cordes de suspension qui soutiennent la toile proprement dite. Celle-ci est grande et s'étend sur une large surface, elle est d'un tissu blanc, tellement léger et transparent, qu'on ne distingue pas les fils qui la forment, et que celles des petites espèces ne sont visibles que lorsque la rosée les à blanchies. Cette nappe légère est souvent horizontale et unie, mais présente parfois des élévations causées par les feuilles sur lesquelles elle s'appuie dans divers points, car elle se moule exactement sur le corps qui la reçoit ; l'araignée

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se tient toujours sous cette toile, sur le dos et au milieu; car elle ne se construit ni tube, comme les tégénaires, ni labyrinthe, comme les agélènes. Lorsque le temps est à l'orage, ou que l’on touche tant soit peu à la toile, l'araignée est dans une agitation extrême, et, sans la quitter, elle court avec vélocité d’un bout à l’autre de sa surface inférieure.

Ce caractère vif et brusque, cette rapidité de mouvements, justifient le rapprochement des linyphies et des agélènes. Ces araignées sont courageuses, elles s’élancent d’un seul bond sur leurs proies, quelles qu'en soient la force et la taille, et les dévorent sur place, sans employer les précautions si caractéristiques des mœurs des théridions. Les linyphies sont encore plus féroces entre elles qu'envers les autres insectes ; il arrive souvent que lorsque le mâle se retire de la toile de la femelle après la fécondation, celle-ci le poursuit, et si elle parvient à le saisir, elle le suce comme une proie ordinaire.

ESPÈCES PRINCIPALES

Linyphie montagnarde. — L. triangulaire. — L. renversée. — L. domestique. — L. crypticole. — L. des arbustes. — L. brodée.

Plusieurs espèces de linyphies se rencontrent communément en France, et particulièrement dans les environs de Paris ; je vais décrire quelques-unes d’entre elles.

La linyphie montagnarde est la plus commune de toutes; sa couleur est brun rouge : le corselet est plus foncé, l'abdomen présente sur son milieu une large tache brune découpée et échancrée sur ses bords; les pattes sont longues, de couleur uniforme, sans anne-

lures ; les yeux postérieurs du carré sont plus gros que dans aucune autre espèce. C’est elle qui paraît la première au printemps, mais elle est encore plus commune en automne. Sa toile est très-grande ; lorsque la rosée est tombée sur les fils irréguliers et très-fins de la partie supérieure de cette toile, et que le soleil commence à paraître, rien n'est plus joli que de voir toutes ces gouttelettes d’eau, brillant comme autant de diamants, et donnant aux fils un aspect argenté.

Lorsque la linyphie montagnarde a pondu ses œufs, ses mœurs changent alors tout à fait : de vive et d'agile, elle devient lourde et lente; d'arboricole et de champêtre, elle devient terrestre et lapidicole. Lors de la ponte, en effet, elle abandonne sa toile, se retire non loin sous une grosse pierre : là elle pond des œufs jaunâtres, non agglomérés, qu’elle entoure d’une bourre épaisse de fils blancs et brillants, qui forment un cocon gros, sphérique, aplati, qu'elle garde assidûment.

La linyphie triangulaire, très-voisine de la précédente, souvent confondue avec elle, a les mêmes couleurs, seulement plus tranchées ; son corselet est comme marginé d'un rebord relevé en gouttière. Elle établit sa toile sur la lisière des bois, sur les arbustes, le houx, l’épine en particulier; mais lorsqu'elle est vieille, elle se retire dans les fossés et mème dans les chaumières, où elle vit à la manière des tégénaires.

Le cocon de la linyphie renversée, qui se distingue des précédentes en ce que ses pattes sont annelées de taches brunes, se compose, suivant Lister, d'une bourre lâche recouvrant les œufs, qui sont d'un jaune rongeâtre et non agglutinés. Suivant le même auteur, cette linyphie fait une double ponte ; il a trouvé, en effet, deux cocons à

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côté l’un de l’autre, dont l'un renfermait les petits éclos, et l’autre les œufs.

Plusieurs autres espèces sont également parisiennes, mais se ressemblent beaucoup; on peut encore citer :

La linyphie domestique qui est petite et a des couleurs assez foncées; elle recherche particulièrement les forêts, et se trouve sur le tronc des arbres, où elle établit une petite toile horizontale. Wider, qui l’a trouvée aussi dans les étables et les armoires abandonnées, lui a donné le nom de domestique, qui conviendrait mieux à la linyphie longidens ; en effet, cette toute petite araignée, qui a des couleurs brunes relevées par des losanges noirs transversaux, se plaît dans les caves, les étables, les granges, etc. ; elle se trouve aussi dans les jardins et les bois.

Après la linyphie montagnarde, la linyphie crypticole est sans contredit la plus commune ; ses couleurs la distinguent facilement de toutes les autres espèces, car elle est jaune, mais parée de traits noirs qui dessinent sur le dos diverses figures élégantes. Ses mœurs sont semblables à celles de toutes les linyphies. Elle vit surtout dans les bois, je l’ai trouvée en grand nombre dans la forêt de Compiègne, sur des buissons de houx près de Pierrefonds ; onla voit courir avec agilité sous sa grande nappe blanche, elle a la singulière habitude de porter son cocon collé sur le dessus de l'abdomen. Suivant Walckenaer, ce cocon est globuleux et composé d’une bourre gris sale.

La linyphie des arbrisseaux doit encore être signalée à cause de sa vulgarité dans le bois de Meudon, dès les premiers jours du printemps ; son corps noir violet porte deux bandes parallèles blanches un peu découpées, et des paties jaune orangé.

Un fait remarquable, c'est la disparité des sexes de

toutes ces araignées : tandis que la femelle est un théri- |

dion par sa forme, le mâle se rapproche d'un tétragnathe par ses longues mandibules divergentes et par son abdomen filiforme. La couleur ne diffère pas moins; il me auffira de dire que le mâle de la frutetorum est entièrement noir.

da toit tint

PACHYGNATHE., 229

ki GENRE. PACHYGNATHE, Pachygnatha. Sundevall. (ray ds, épais ; yv400s, mâchoire.)

Synonymie: Linyphia, Walckenaer.

Yeux, petits, égaux, les latéraux presque contigus, élevés sur des tubercules.

Pattes-mâchoires, à coxopodites convergents, à extrémité peu élargie, à angle interne très-aigu et proéminent; à dernier article effilé, ne couvrant qu'à moitié un organe copulateur épais, massif et fort simple.

Lèvre, subquadrangulaire, à sommet étroit.

Mandibules, épaisses, à base toujours dilatée et diver- pig, 99. gente, portant des crochets longs également divergents, très-aigus.

Corselet, ovale; la partie céphalique grande et bombée est ordinairement creusée d'une Fig. 100.

fossette médiane et longitudinale | qui se prolonge en arrière, sous MATE forme de sillon.

Abdomen, elliptique, un peu déprimé en avant. Pattes, fines, peu velues; pour la longueur 1, 2, 4, 3.

Couleur, noire ou brune avec des lignes, des brisures ou des taches blanches,

Taille, de 3 à 5 millimètres.

Patrie, quatre sont d'Europe ; les autres d'Amérique.

Habitudes, aranéides faisant de petites toiles semblables à celles des linyphies (1).

ESPÈCES

P. de Lister, P. Listerii, Sundevall, Europe. P. de Degeer, P. Degeeri, Sundevall, Europe.

P. maxilleuse, P. maxillosa, Walckenaer, Europe.

(1) Voyez Sundevall, Suinska Spindlarness, dans l'Académie des sciences de Stockholm.

P. à trois stries, P. tristriata, Koch, Amér. Nord. P. de Clerck, P. Clerckii, Sundevall, Europe.

P. xanthostome, P. xanthostoma, Koch, Pensylvanie.

Les caractères de ce genre sont empruntés à M. Sundevall, c’est lui qui le premier l’a établi. Quoique faiblement caractérisé, il doit être conservé, car les animaux qu’il renferme ont une physionomie particulière ; comme M. Sundevall en fait la remarque, ce genre est intermédiaire aux linyphies et aux tétragnathes ; cependant ses pattes courtes, quoique fines, le rapprochent un peu des théridions.

ESPÈCE PRINCIPALE

Pachygnathe mazxilleuse.-

L'espèce type est la pachygnathe mazxilleuse; elle se distingue par ses couleurs noires, élégamment tranchées de trois bandes blanches, dont la médiane est découpée et ressemble à une racine chevelue. Elle n’est pas commune, on la trouve cependant en France, dans les bois, où elle habite ordinairement le tronc des arbres, sur lesquels elle construit une toile de peu d'étendue qui res-

semble plus à une toile de théridion qu'à celle d’une liny- -

phie, car la nappe en est très-réduite. Sa démarche est lente; à l'époque de la ponte elle se réfugie sous les pierres, et garde assidûment son cocon.

BOLYPHANTE, 231

45° GENRE. BOLYPHANTE, Bolyphantes, Koch.

(Roaos, filet; vavBels, qui brille.)

Synonymie : Theridio, Walckenaer.

Yeux, sur deux rangs; la rangée de devant inclinée en arriere, celle de derrière inclinée en avant; les quatre yeux du milieu plus gros que les latéraux; les deux antérieurs rappro- Ô el chés l’un de l’autre de la largeur d’un 4 7 œil; les supérieurs plus écartés.

Fig. 101.

Lèvre, moyenne, trianguliforme.

Pattes-mâchoires, à coxopodites étalés et droits; l’article terminal est loin de couvrir l'organe co- Fig. 102. pulateur, il est pourvu en avant d’une £ saillie, et se termine peu à peu par une pointe étroite en forme de lanière. Les organes copulateurs sont grands, raboteux et feuilletés vers le bas, recouverts par une valvule (patellule Koch) mobile, derrière laquelle se trouve un eroc s’élancant en arrière.

Corselet, presque circulaire dans ses contours, voûté en avant et de forme hémisphérique.

Abdomen, long et ovale, pourvu de filières très-courtes.

Pattes, celles de la femelle sont d’une longueur moyenne et n'ont rien de remarquable; celles du mâle sont plus longues, et les premières ont le tarse épais et fusiforme.

Couleur, fond blanc, jaune ou vert, élégamment taché de points roses ou noirs.

Taille, un demi-centimètre.

Patrie, Europe tempérée et méridionale.

Habitudes, araignées terrestres, vivant sur les plantes basses et sous les pierres. .

ESPÈCES

B. à trois lignes, B. trilineala, Kocb, Europe. B. alpestre, B, alpestris, Koch, Italie (nord). B. des chaumes, B. straminea, Koch, Grèce.

B. tachée de jaune, B. flavolunata, Lucas, Algérie.

Le théridion lineatum, de Walckenaer, est le type de ce nouveau genre. On a vu par les caractères que je viens d'exposer et qui sont empruntés à M. Koch (Die arachniden, t. X), qu'il s'éloigne assez des théridions pour en être séparé, et que, de plus, il se rapproche davantage des linyphies, surtout par l'inégalité de ses yeux et la disposition de ses appendices. La forme générale de son corps confirme ses affinités; elle ressemble à celle des linyphies, mais surtout à celle des epeira fusca et callophyla de Walckenaer.

ESPÈCE PRINCIPALE

Bolyphante à trois lignes.

La bolyphante, ou théridion à trois lignes, est la seule espèce qui soit commune en Europe; son corselet est jaune luisant, et porte dans le milieu une fine ligne noire, son abdomen est moucheté de taches rosées et présente trois rangs de points noirs. Ses mœurs .sont très-imparfaitement connues; elle habite le plus souvent le dessous des pierres et des mottes de terre; on la trouve aussi courant et chassant sur les gazons et les mousses. En France elle paraît assez rare ; en. Allemagne et en Belgique, au contraire, M. Koch et moi l'avons rencontrée très-souvent.

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