CINQUIÈME FAMILLE
ÉPÉIRIFORMES. E. ss.
La famille des épéiriformes correspond à la grande division des aranéides orbitelles, que Walckenaer avait établie dès l’année 1805. Les araignées qui S'y rapportent ne sont que faiblement caractérisées ; néanmoins elles ont un aspect particulier qui les fait reconnaitre facilement; de plus, elles se font remarquer par l'art qu’elles déploient dans la construction de leur toile, qui est toujours suspendue entre de grands fils aériens, et formée de cercles de soie, maintenus par des fils droits, rayonnant d'un point central vers les bords.
Comme la grande majorité des araignées, les épéires ont toujours huit veux, égaux, brillants, et dans lesquels on reconnaît sans peine un iris et une pupille; mais la séparation de ces yeux en trois groupes est plus marquée que dans aucun autre type, et si l’on examine le front, qui est très-large, on voit sur son milieu quatre yeux rapprochés, et deux de chaque côté placés sur un angle et souvent élevés sur des tubercules. Le corselet est caractéristique en ce que la face antérieure est large, carrée et déprimée, de sorte que les yeux sont placés sur un plan horizontal, et que la partie postérieure est ar-
234 HISTOIRE NATURELLE DES ns, 5
rondie et marquée d'une profonde fossule :; l'abdomen est singulièrement renflé, mais rarement globuleux: il est anguleux, et a en dessus la forme d’un triangle dont les angles antérieurs sont plus ou moins aigus. Son tégument, plus épais que dans les autres familles, se couvre souvent de tubercules qui par fois se durcissent et constituent de véritables épines ; les pattes sont de médiocre longueur et presque toujours fortes et robustes.
C'est dans ce groupe naturel, qui a été étudié plus que tout autre au point de vue anatomique, que les centres nerveux présentent le degré de centralisation le plus grand; le cœur se prolonge en arrière comme chez le scorpion, et forme une aorte abdominale. Les ovaires de la femelle sont égaux: les oviductes ne sont que rarement accompagnés d’une poche copulatrice, et leur ouverture
porte dans toutes les espèces un appendice en forme da-
Fig. 103. grafe, que l’on appelle épygine. Ces araignées ne vivent qu'une année et ne font qu'une ponte, gr soit au printemps, alors les jeunes éclosent au bout d’un mois, soit en automne, alors la mère meurt et les jeunes éclosent au mois de mai, mais n’atteignent toute leur grandeur et leurs belles couleurs qu'au mois de septembre, où ils apparaissent par milliers à la ville et à la campagne. Les unes vivent au milieu de leur toile, et sont fréquemment enlevées avec elle par les vents (fils de la vierge) ; les autres filent à proximité de leurs filets une coque de soie, comme les clubiones. Sous le rapport de la taille, de la vivacité des couleurs et de l’élégance-des dessins du dos, les épéires sont les mieux dotées de toûtes les araignées.
Le nombre considérable des espèces de ce grand genre a forcé les entomologistes modernes de le subdiviser.
ÉPÉIRIFORMES. 235
Pour aider à la distinction des espèces, je les répartirai en quatre tribus de la manière suivante :
Yeux peu inégaux, équidistants, très-rapprochés, —
forme de théridion ne robe PE à r se. ES MR NUCTOBIENS. Yeux égaux, équidistants, éloignés, — corps et pattes
Se hs nn Net CU dt he TÉTRAGNATHIENS.
Yeux égaux, en trois groupes éloignés, — pattes ro-
ER M me @ ne à ee eur a! à ÉPÉIRIENS.
Yeux égaux, les latéraux éloignés l’un de l’autre, — pattes très-courtes. . . . . . . . . . . un ét ÉRÉSIENS.
4re TriBu. NUCTOBIENS ou THÉRIDIO-ÉPÉIRES. E. S.
Veux, huit, un peu inéqaux, sur deux lignes comme ceux des théridions, également rapprochés entre eux, — abdomen tout à fait globuleux et lisse, — pattes fines. les premières longues, — organe copulateur simple, enveloppé par le dernier article des pattes-mächoires, — aranéides nocturnes, — un seul genre.
46° GENRE. NUCTOBIE, uclobia. Eug. Simon.
(vuxrèc, de nuit; los, vie.)
Synonymie : Meta, Zilla, Gea, Koch, — Epeira, Walckenaer.
Yeux, inégaux, au nombre de huit, sur deux lignes courbées en sens inverse et placés sur le rebord du front; tous également rapprochés et éloignés seulement de la largeur d'un œil; le carré que forment les intermédiaires est presque régulier, les latéraux se touchent presque.
Lèvre, aussi longue que large, presque carrée.
Pattes-mâchoires : à coxopodites allongés, non inclinés, droits, plus aigus extérieurement; quatrième et dernier articles ayant la même simplicité que chez les théridions; le dernier cache entièrement un organe massif et globuleux.
Sexes, très-différents de forme et de couleur, à peu près semblables pour la taille.
Corselet, grand, déprimé, plus étroit en avant qu'en arrière.
Abdomen, de grosseur médiocre, tout à fait arrondi et lisse.
Pattes, fines, grèles, celles de la première paire souvent fort longues.
Couleur, beaucoup plus foncée, plus uniforme et plus terne que celle des épéires.
Taille, dépassant rarement 12 millimètres.
maté “hobée à) à
NUCTOBIE. 281
Patrie, aranéides filant dans les lieux sombres et obscurs une toile orbiculaire; le fil qui fait communiquer la retraite de l’araignée au centre de la toile est toujours isolé, et forme un segment vide, où les orbes et les rayons sont interrompus.
1° Sous-genre Meta, Koch (uñri, sagesse, prévoyance). — Fig. 105. Yeux intermédiaires antérieurs plus petits et plus rapprochés que les postérieurs. — Aranéides filant des cocons serrés 2 ba 2
et pédiculés.
M. brune, M. fusea (1), Walckenaer, Europe.
M. maculée de blanc, M. albomaculata, Lucas, Algérie.
?° sous-genre ZA, Koch (£tAtov, coton). — Yeux intermé- Fig. 106. diaires antérieurs plus gros et aussi écartés que les supé-
rieurs. — Aranéides filant des cocons épais, grossiers et éos cotonneux.
Z. callophyle, Z. callophyla, Walckenaer, France.
Z. grisätre, Z. atrica, Koch, Allemagne, Belgique. Z. acalyphe, Z. acalypha, Walckenaer, Europe.
Z. diodie, Z. diodia, Walckenaer, Europe.
Z.. inclinée, Z. inclinata, Walckenaer, Europe.
Z.. à tachesblanches, Z. albimaculata, Koch, Allemagne.
Z. des genèts, Z. genistæ, Allemagne.
Z. antriade, Z. antriada, Walckenaer, France.
Les nuctobies, dont quelques espèces sont très-communes en France, sont des épéires théridiformes ou plutôt linyphiformes, dont l'abdomen globuleux et arrondi fait exception à la forme anguleuse qui caractérise l'abdomen des épéiriformes. Leurs pattes sont d’une excessive finesse, et la première surtout est fort longue. Leurs couleurs sombres et leurs yeux brillants annoncent
(1) Iest utile de reconnaitre les nombreuses affinités qui existent entre la meta fusca et les linyphia tigrina, muraria, thoracica, ete.; mais c’est une grave erreur de confondre toutes ces araignées, qui n’appartiennent même pas à la même famille.
qu’elles doivent vivre dans les lieux cachés et obscurs: aussi, contrairement à ce qui a lieu chez les vraies épéires qui habitent les jardins, celles-ci se retirent à l’intérieur des cavernes et même des maisons ; M. Vinson les a, pour cette raison, appelées épéires nocturnes.
Je pense que M. Koch s’est approché de la classification la plus naturelle en montrant les caractères nets et tranchés qui éloignent les épéires théridiformes des autres espèces de la même famille; mais je crois aussi qu'il a été trop loin en associant les meta aux théridions, surtout en les éloignant des zilla qu'il laissait parmi les épéires (1). Les rapports intimes qu'ont entre elles les epeira fusca et callophyla ne me semblent pas difficiles à saisir ; leurs mœurs, comme nous le verrons, justifient encore leur rapprochement ; la contexture de leur cocon est seule différente, ce qui ne doit point avoir la valeur d'un caractère générique. |
Quatre espèces sont des plus communes dans nos environs.
(1) Je crois que c’est aussi à tort que M. Koch a voulu joindre aux théridions une espèce fort voisine de la callophyle et qu’il décrit sous le nom d’eucharia-atrica. La nuctobia atrica, que Walckenaer ne parait pas avoir connue, ne se trouve pas communément en France, mais elle se rencontre fréquemment en Allemagne et en Belgique. Le corselet de cette espèce est en effet plus court que celui des autres, son abdomen porte la même figure que dans la callophyle, seulement les parties latérales du losange sont rousses, et le milieu de la figure porte une large bande d'argent. La toile qu’elle construit, soit à l’extérieur des maisons, soit sur les arbres verts, les pins en particulier, est d’une régularité parfaite; le segment qui la coupe est toujours bien visible. Les mœurs de cette araignée la placent, comme on le voit, dans le genre qui nous occupe. (Pour une description détaillée et une bonne figure, voir Koch, Arachniden, t. 8.)
NUCTOBIE. 239
ESPÈCES PRINCIPALES
Nuctobie callophyle.— N.inclinée. — N. brune. —N.acalyphe.
La nuctobie callophyle est le type du genre; c’est elle qui, après l’épéire diadème, est la plus commune de toutes les araignées à toile orbiculaire; sa taille est assez petite, sa couleur est terne, son abdomen présente une figure grise, en losange découpé sur les bords, et plus foncée que les parties latérales.
Elle recherche les lieux abrités, l’intérieur des maisons peu visitées, les caves, les écuries, les combles, etc. Là elle choisit les angles assez larges, les interstices des poutres de plafond, l'encadrement des vitres même, pour y construire une toile qui n’est pastrès-grande, mais trèsrégulière, dont les fils sont lâches et tellement fins qu'ils sont peu visibles, excepté quandils sont chargés de poussière. Au sommet de cette toile elle construit un tube d'une médiocre longueur, qui aboutit dans un enfoncement du mur ou de la fenêtre, et dans lequel elle se tient constamment immobile, prète à se jeter sur les mouches ou les tipules qui, en se posant sur la vitre, se prennent dans les fils : elle descend de son tube avec une excessive vitesse, et fait tourner sa proie avec autant de rapidité que les vraies épéires. Lorsque la callophyle est génée par l’exiguïté de la place ou par un corps quelconque pour le déploiement de ses filets réguliers, elle sait, en variant son industrie, leur donner la forme et l'étendue du local dont elle dispose. Elle se fait remarquer, entre toutes les nuctobies, par l'habitude singulière qu’elle a, plus que toutes les autres, de laisser au milieu de sa toile un large segment vide, c'est-à-dire un espace où les cercles con-
centriques et les rayons sont interrompus. Il est fort inté-
ressant de la voir construire une pareille toile : pendant
qu'elle attache ses fils orbiculaires, arrivée à un certain
Fig. 107,
Toile de la Nuctobie callophyle.
rayon, au lieu de continuer son chemin comme les épéires, elle retourne en arrière jusqu’à ce qu’elle rencontre le rayon opposé, et ainsi de suite. Ce segment vide est coupé en deux par un fil, qui fait communiquer le centre de la toile avec le tube de l'araignée, et qui lui permet de monter et de descendre facilement.
Cette espèce fait deux pontes, l’une au printemps, l’autre au mois de septembre: ses œufs ne sont pas trèsgros, mais fort nombreux et d’une couleur gris violet ou noire. Après les avoir entourés d'un cocon fait d'une
Ex Su
NUCTOBIE, 41
bourre épaisse, jaune et grossière, elle les place dans un endroit obscur et caché, comme le dessous des boiseries, les cavités des murs, etc. Ce cocon adhère tellement au corps sur lequel il est placé, qu'il est difficile de le détacher sans écraser les œufs.
On trouve assez communément, l'hiver, la nuctobie callophyle, enveloppée dans une coque grise, à côté de son COCON.
Elle à plusieurs ennemis : dans son ordre, la clubione soyeuse et la calliéthérée psyle dévorent ses œufs; un trombidion, parmi les acariens, se fixe sur le corps de ses jeunes et suce leur sang.
La nuctobie inclinée est jaune, plus ou moins verdâtre ou rougeâtre; son corselet est brillant et glabre, et son abdomen d’une teinte plus mate porte une petite ligne noire, fine et ramifiée. Cette espèce est très-commune sous les taillis épais, sur les végétaux, à l’intérieur même des hangars et des caves; à Spa, on la trouve par milliers sur les coteaux boisés; quoique petite, elle est courageuse, elle emmaillotte de ses fils les mouches les plus vigoureuses. Elle construit une toile orbiculaire assez grande, jamais verticale ni horizontale, mais dans un plan oblique, ce qui lui a valu le nom d’inclinée.
Au mois de septembre, on trouve le mâle en compagnie de sa femelle sous les feuilles ou les écorces.
Elle supporte les plus rigoureux hivers.
La nuctobie brune est une grosse espèce dont la couleur est brune, assez terne, relevée cependant par des figures claires peu marquées et assez confuses, dont le corps est couvert de poils soyeux et dont les pattes sont fines et annelées de brun et de blanc. Walckenaer. qui l’a trouvée
en grand nombre à Laon, a décrit ses mœurs comme il suit :
« Cette espèce habite les lieux obscurs et l’intérieur des « habitations. Elle suspend à la voûte des caves, et d’autres « lieux humides, son cocon qui à 5 centimètres environ « de long, en comptant le pédicule qui le termine; ce « pédicule a 2 centimètres et est de la grosseur d'une « corde mince; le cocon, qui a la forme d'un œuf à petit « bout très-pointu, a aussi 2 centimètres de long sur « 1 centimètre et demi de large dans son plus grand « diamètre. Il est d’un blanc éclatant, ainsi que son pé- « dicule. Sa soie est cardée, transparente, et laisse voir « dans son milieu la masse arrondie des œufs, qui est « suspendue dans sa partie inférieure et soutenue par « une bourre peu serrée et un duvet léger au milieu du « cocon, que sa transparence fait ressembler à un cocon « de ver à soie, qu'on a dévidé. Les œufs sont jaunes, « agglutinés entre eux et au nombre d'environ 200. » Le même observateur ajoute : « Quand on touche cette ara- « néide, elle ramasse ses pattes autour de son corps et «ressemble alors à une boule; le mâle et la femelle « habitent avec sécurité l’un près de l’autre, et quand on « voit l'un, on est presque toujours certain de trouver « l'autre dans son voisinage. » Walckenaer l’a rencontrée quelquefois errante hors de sa toile, sur les murs ou les plafonds des caves.
La plus petite espèce de nuctobie est l'acalyphe; cette araignée doit être signalée à cause de sa grande vulgarité dans les lieux boisés et ombragés, sous les bosquets en particulier. ;
Sa couleur blanchâtre est plus ou moins rose ou verdâtre, suivant les variétés et les sexes ; la moitié postérieure de l'abdomen porte sur la ligne médiane une figure
NUCTOBIE. 243
noire formée par trois rangées de points très-rapprochés (1).
(1) Appartiennent probablement à cette division, deux aranéides et deux genres singuliers que M. Koch décrit d’après deux individus mal conservés du Muséum de Berlin. La première, qu’il appelle galera, a un corselet tronqué en avant, arrondi en arrière, assez élevé, à peu près comme celui de la callophyle, — les pattes-mächoires sont d’une gracilité surprenante et aussi longues que la deuxième paire de pattes; l’avantdernier article en est épais et garni de piquants, l’article terminal est court et ne couvre que le quart de l'organe copulateur, qui est petit, épais, très-bosselé et anguleux ; — les yeux ont là même disposition que chez les nuctobies, les deux postérieurs du carré sont plus petits et plus rapprochés que les antérieurs, les latéraux se touchent presque; — le plastron est velouté, brillant et cordiforme; — l’abdomen est ovalaire, un peu déprimé sur les côtés et orné de belles bandes roses transversales; — la paire de pattes antérieures excessivement longue, les trois autres diminuant graduellement de longueur. La femelle n’est pas connue. La provenance du mâle est ignorée; M. Koch suppose qu'il est originaire d’Égypte. (Koch, Die Arachniden, t. X.) — La seconde, ou la gea spinipes, a le thorax très-grand, presque hémisphérique, arrondi dans ses contours et voüté en dessus, quoique creusé d’une fossule médiane, les yeux du devant tout près du bord antérieur, placés sur deux petites éminences; ceux de derrière, rejetés sur le sommet du front, sont plus gros et plus écartés ; les latéraux, élevés sur un mamelon commun, ne forment qu’une ligne transverse avec les intermédiaires antérieurs. Article basilaire des pattes-mâchoires mince, court, cylindrique et incliné; les quatre pattes antérieures plus fortes et plus longues que les quatre postérieures, la troisième est la plus courte. L’abdomen parait d’une petitesse remarquable, mais il est complétement séché, de sorte qu’on ne peut juger de sa forme. Le corps de cette aranéide est d’un brun olivâätre uniforme. — Elle a été trouvée dans une caisse provenant de Puloloz, aux Indes Orientales.
HISTOIRE NATURELLE DES anArTCR Es.
= pe
de Trieu. TÉTRAGNATHIENS.
Yeux éqaux, petits et écartés, sur deux lignes également distuntes, — corps très-étroit et fort long, — pattes d'une finesse et d’une longueur excessives, — mandibules horizontales, pattes-mâchoires à coropodites droits et étroits, à digital non recouvert et multiarticulé. — Aranéides vivant an bord des eaux.
Cette tribu renferme les genres tétragnathe, — ulobore, — argyrode et zosis.
47° GENRE. ULOBORE, Uloborus. Walckenaer.
(5kn, broussailles; Bosds, qui dévore.)
Yeur, huit, quatre intermédiaires presque égaux, Fig. 108. peu distants formant un carré très-rap- | ©, ©° proché de la base des mandibules; les \oe ©, latéraux plus écartés entre eux que ne le sont ceux du carré.
Lèvre, large, arrondie, semi-circulaire.
Pattes-mâchoires, droites, plus hautes que larges, resserrées à leur base, arrondies et dilatées à leur extrémité.
Corselet, court, arrondi, aplati, rétréci vers la tête.
Abdomen, ovale, cylindrique, allongé; tout le corps est revêtu de petites sinuosités formées par des rainures et des poils. À
Pattes, longues et renflées ; la première la plus longue, la troisième très-courte.
Couleur, pâle, blanchâtre ou jaune très-clair.
Taille, les plus grandes atteignent 1 centimètre.
Patrie, Europe méridionale, Afrique et Amérique du Sud.
Iabitudes, aranéides construisant une toile horizontale, formée de cercles concentriques, soutenus par des fils droits rayonnant d'un centre commun. L'aranéide se tient au milieu, renversée, les pattes étendues; cocon allongé, anguleux.
ULOBORE. 245
ESPÈCES U. de Walckenaer, U. Walckenaerius, Dugès, midi de l'Europe. U. jaune, U. flavescens, Savigny, Égypte.
U. américain, U. americanus, Abbot, Géorgie.
U. filiforme, U. filiformis, Savigny, Égypte. U. blanc, U. canus, Australie.
U. plumipède, U. plumipes, Lucas, Algérie.
U. blanchätre, U. canescens, Colombie.
U. de Bourbon, U. Borbonicus, Vinson, Réunion et Madag. U. jaune doré, U. aureus, Vinson, Ile de la Réunion. U. des vanilliers, U. vanillarum, Vinson, Ile de la Réunion. U. vittatus, U. ater, U. eruginosus, Nicolet, Chili. U. abdominalis, U. albo-abdominalis, Nicolet, Chili.
Le genre ulobore, si singulier par sa conformation, est un des plus intéressants de la famille, en ce qu'il lie les épéires aux linyphies en associant les caractères de ces deux types; cependant, par sa toile et par plusieurs caractères importants, Lulobore se rapproche davantage des tétragnathes. Ce qui caractérise son tégument, ce sont” des inégalités qui ne sont dues pour la plupart qu'à des rangées de poils raides.
ESPÈCE PRINCIPALE
. Ulobore de Walckenaer.
L'espèce type et la plus commune de toutes est l’ulobore de Walckenaer ; sa couleur est blanchâtre, ses pattes sont annelées de taches brunes : elle a été trouvée en Espagne, dans le midi de la France, en Allemagne, aux environs de Nuremberg, etc. Ses habitudes n'ont rien de bien remarquable ; elles ressemblent à celles de toutes les épéires. Voici ce qu'en dit M. Léon Dufour qui l’a observée dans les Pyrénées et le royaume de Valence : «Elle établit sa toile le plus ordinairement entre les tiges « des ajoncs , dans les lieux secs et chauds. Cette toile est
«horizontale et en orbes spirales, comme celle des «épéires, mais d’un tissu plus lâche. L’aranéide se tient «au centre, les pattes étendues et serrées comme les «tétragnathes. Elles emmaillottent en quelques instants « les petits insectes ou coléoptères qui se prennent dans «leurs filets. Leur cocon, ou l’étui de leur cocon, est « étroit, allongé, anguleux sur ses bords, et suspendu «verticalement par un de ses bouts à un roseau; l’autre «extrémité est fourchue. »
Les ulobores sont très-communes à l’île de la Réunion, où une espèce, suivant M. Vinson, tapisse de sa toile ronde la voûte des chambres.
ZOSIS. 247
48° GENRE. ZOSIS, Zosis.
Synonymie : Uloborus, Walckenaer.
Yeux, écartés, sur deux lignes; les deux yeux antérieurs du carré plus rapprochés entre eux que ne le sont les postérieurs, les yeux latéraux plus écartés que ceux du carré.
Lèvre, petite, presque ovalaire.
Mâchoires, étroites, dilatées graduellement, larges et en ligne droite à leur extrémité, arrondies seulement au côté interne.
Corselet, ovalaire, élargi et déprimé à sa partie antérieure.
Abdomen, ovale ou plutôt ovalo-cylindrique, renflé et bombé près le corselet, pointu vers l'anus.
Pattes, allongées, renflées, surtout celles de la seconde paire qui surpassent de beaucoup les autres; la troisième paire est de beaucoup la plus courte.
Couleur, jaune vif, pattes annelées.
Taille, 6 millimètres et demi.
Patrie, archipel des Antilles, Martinique, etc.
Habitudes, on ne sait rien sur les mœurs de l'unique et rare espèce qui compose ce genre.
ESPÈCE
Z. caraibe, Z. caraiba, Antilles,
49° GENRE. TÉTRAGNAMME, Tetragnatha. Latreïlle.
(Tétpa, quatre ; yvàfos, mâchoire.)
Yeux, huit, presque égaux, les quatre intermédiaires formant un quadrilatère très-régulier ; les externes rejetés latéralement, mais assez rapprochés entre eux.
Lèvre, large, arrondie, petite et courte, paraissant formée de plusieurs pièces.
Pattes-mâchoires, à coxopodites très-allongés, étroits, fort divergents, dilatés et anguleux à leur extrémité externe. La cupule du conjoncteur du mâle n’est pas creusée dans un digital, mais formée par deux expansions du dernier article ; le conjoncteur est énorme, la base en est globuleuse et très-lisse, le sommet en est tortillé en tire-bouchon.
Mandibules, très-longues, le plus souvent proéminentes et horizontales surtout dans les mâles.
Corselet, ovalaire, allongé, arrondi et bombé antérieurement.
Abdomen, très-allongé, le plus souvent étroit et cylindrique, quelquefois filiforme ou ovalo-cylindrique.
Pailes, d'une extrème finesse et d'une longueur considérable, surtout celles de la première paire; dans l’ordre suivant 1, 2, 4, 3, la troisième beaucoup plus courte que les autres.
Couleur, jaune ou rougeàtre, quelquefois des reflets métalliques, argentés ou dorés ; pattes sans annelures.
Taille, dépassant parfois 1 centimètre et demi.
Patrie, ce genre est presque entièrement exotique. L'Europe ne nourrit que deux espèces, dont une seule est commune; l'Asie en a trois; l'Afrique, l'Australie et les iles, quatre ; l'Amérique, seize.
TÉTRAGNATHE.
Habitudes, aranéides se tenant les pattes étendues dans le sens de la longueur au centre d’une toile en rayon comme celle des épéires, qu'elles placent entre les jones, toujours au bord de l’eau.
ESPÈCES
T. étendue, T. extensa, Walckenaer, Europe.
T. annamitique, T. annamilica, Diard, Cochinchine. T. prolongée, T. protensa. ile de la Réunion. T. brillante, T. nitens, Savigny, Égypte.
T. pélusienne, T. pelusia, Savigny, Égypte.
T. cylindrique, T. cylindrica, Australie.
T. mandibulée, T. mandibulatu, iles Mariannes. T. allongée, T. eiongata, Walckenaer, Antilles. T. fauve, T. fulva, Abbot, Antilles.
T. frangée, T. fimbriala, Abbot, Antilles.
T. eulicivore, T. culicivora, Abbot, Géorgie. T. sanctifère, T. sanctiferu, Abbot, Géorgie. T. dorée, T. aurata, Abbot, Géorgie.
T. bariolée, T. versicolor, Abbot, Géorgie.
T. verte, T. viridis, Abbot, Géorgie.
T. safranée, T. lutea, Abbot, Géorgie.
T. jaune, T. flava, Abbot, Géorgie.
T. violacée, T. violacea, Abbot, Géorgie.
T. à trapèze, T. trapezoïides, Abbot, Géorgie. T. à chasuble, T. casula, Abbot, Géorgie.
T. argyre, T. argyra, Guadeloupe.
T. zorille, T. zorilla, Bose., Caroline.
T. granulée, T. granuluta, Nouvelle-Guinée.
T. célébésienne, T. celebesiana, iles Célèbes. T. bengalaise, T. bengalensis, Bengale.
T. épéiride, T. epeirides, Europe.
T. lézard, T. lacerta, Abbot, Géorgie.
T. deinagnathe, T. deinagnatha, White, Australie. T. linearis, T. sternulis, Nicolet, Chili.
Le genre tétragnathe, établi par Latreille pour les épéires aux formes grêles et élancées, est assez nombreux en espèces ; mais toutes sont si semblables entre elles, et chacune d'elles présente un nombre si considérable de variétés, que leur étude est difficile et leur détermination douteuse.
Ce qui caractérise cette division, c'est d’avoir les mà-
choires plus grandes, plus larges et plus carrées, une lèvre plus courte, des mandibules plus longues, un abdomen plus allongé et des pattes plus grèles que les autres épéiriformes.
ESPÈCE PRINCIPALE
Tétragnathe étendue.
La télragnathe étendue est une des araignées les plus
Fig. 111 RE SK | (TS
singulières par sa forme et par ses allures. Sa première paire de pattes, qui est d'une longueur disproportionnée, ses mandibules, qui, dans le mâle, sont horizontales et aussi longues que le céphalo-thorax, son abdomen grèle, cylindrique, au moins six fois plus long que large, lui donnent une physionomie toute particulière. Walckenaer en distingue plusieurs variétés, suivant la couleur; celles qui sont verdâtres ou jaunâtres sont les plus communes dans les environs de Paris.
La tétragnathe recherche, pour construire sa toile, le bord des étangs, les lieux humides et frais, là où croissent les saules et les roseaux, et où vivent les diptères attirés par l’eau. Cette toile est formée de fils fins brillants et déliés, qui circonscrivent des cercles de plus en plus petits, à mesure qu'ils approchent du milieu ; elle est soutenue par d’autres fils qui, rayonnant du centre, se prolongent au delà des orbes soyeux, et vont prendre attache sur les plantes, les branches ou les roseaux environnants.
TÉTRAGNATHE. 251
La tétragnathe ne construit pas comme les épéires, une demeure en forme de coque à proximité de sa toile, elle se tient toujours au milieu de celle-ci, immobile et les pattes étendues; là elle attend patiemment que les insectes se prennent dans ses filets réguliers. Elle est courageuse, vive, précipitée, brusque dans ses mouvements ; ses armes sont formidables; de sorte qu'elle tue facilement des proies plus grosses qu'elle.
Comme je l’ai dit, les tétragnathes prennent dans leurs filets les insectes qui pondent dans l'eau, les cousins en particulier, au moment où ils prennent leur essor et commencent leur vie aérienne : elles contribuent ainsi à diminuer le nombre de ces êtres importuns.
Cest surtout dans le bois de Boulogne en suivant la petite rivière, et dans le bois de Meudon, aux mois de mai, juin et août, que j'ai pris le plus grand nombre de ces aranéides.
En temps ordinaire, la toile est toujours verticale , mais à l’époque de l’accouplement , la femelle labandonne et en construit une autre semblable, mais horizontale pour y recevoir le mâle.
Vers le milieu de juin, Lister enferma plusieurs femelles dans une boîte vitrée; elles pondirent des œufs très-petits et d’un jaune pâle. Elles avaient enveloppé ces œufs dans une bourre de soie lâche, qui formait un cocon de la grosseur d’un grain de poivre; les fils les plus intérieurs de ce cocon étaient d'un bleu verdâtre , les plus extérieurs étaient un peu plus bruns et présentaient des inégalités produites probablement par les œufs. Le même observateur a trouvé plusieurs fois ce cocon attaché aux joncs et aux feuilles des plantes. Il a été frappé aussi de la férocité de ces aranéides ; ayant
enfermé deux femelles dans une même boîte, la plus forte tua l’autre et la mangea comme elle aurait fait d’une mouche.
M. Vinson, en décrivant la tétragnathe de l’île de la Réunion , signale un fait qui semble accorder à ces araignées une sorte d'intelligence. |
« Sa toile est jetée d’une rive à l’autre, dit:il, comme «un pont dont les plantes verdoyantes, sur les bords , « forment les piliers naturels. C’est, en général sur les «petits ruisseaux, que l’aranéide en choisit l'emplace- «ment ; or, dès que le temps devient sombre, et qu'il «menace de grossir le cours d’eau , l'araignée ramasse « habilement ses fils et monte vers un niveau plus élevé, «établir, au-dessus de la surface du liquide, son pont «de fils et son réseau fragile. Il n’y a pas de nautonnier «si prévoyant, et jamais elle ne se laisse surprendre par « l'orage. »
ARGYRODE. 253
50° GENRE. ARGYRODE, Jyyrodes. E. S.
(&pyupos, argent; odoc, gonflé.)
Synonymie : Linyphies épéirides, Walckenaer-Vinson.
Je pense, avec M. Léon Dufour, qu'il est utile de séparer des linyphies les quelques aranéides que Walckenaer appelait linyphies épéirides, et que M. Vinson vient de décrire avec détail sous les noms de linyphies argyrode et parasite. Les particularités indiquées par ces auteurs, et figurées avec tant de soin par M. Vinson, me semblent avoir une valeur générique incontestable. Je crois, de plus, que ce nouveau genre appartient à la famille des épéiriformes, et est voisin des genres ulobore et nuctobie plus que de tout autre.
Le corselet, qui est petit et étroit, se prolonge en avant, comme celui des micryphantes, en Fig. 442. une pointe qui simule une sorte de rostre, D à l'extrémité duquel sont placés quatre > yeux en carré; de chaque côté de la base se trouvent deux yeux qui se touchent. L’abdomen rappelle celui des épéires du genre singa, c'est-à-dire que sa partie postérieure est fort élevée et a la forme d’un cône. Les pattes sont fines comme celles des tétragnathes. La bouche seule est identique à celle des linyphies, et tout le reste de l’organisation est différent.
Les argyrodes s’éloignent, sous le rapport des mœurs, de toutes les aranéides connues, et nous offrent le seul exemple de parasitisme dans cet ordre nombreux. On ne les rencontre jamais isolées : c’est toujours au milieu des grandes toiles de grosses épéires et de néphiles, qu’elles établissent leur petit réseau: celles-
ci ne paraissent nullement les inquiéter, et elles vivent avec elles en bonne intelligence. Leur nombre est souvent considérable sur une même toile. Les argyrodes se nourrissent des insectes qui se prennent dans les fils de l’épéire, et que celle-ci ne peut apercevoir à cause de leur petitesse. Quelquefois aussi, lorsque la propriétaire légitime est absente, les parasites pénètrent dans son cocon et dévorent ses œufs ou ses jeunes.
Au moment de la ponte, elles enveloppent leurs œufs
Fig. 113. d'un petit cocon jaune ou rouge, bico- TT UE nique, qu'elles suspendent par deux filets No très-légers à un des fils qui constituent la { toile de l’épéire, comme on peut le voir
par le croquis que j'ai dessiné d’après une des belles planches que M. Vinson vient de publier.
Cet auteur en distingue cinq espèces, savoir : Argyrodes parasita, Vinson, — À. zonata, Walck., — A. epeirides, Walck., — À. viridis, Vinson, — 4. inaurata, Vinson.
Toutes sont richement teintées ; le fond de la coloration est rouge vif ou noir profond, élégamment tranché par des bandes nacrées ou argentées.
Les deux dernières, appelées indépendantes par M. Vinson, n'ont pas les mêmes mœurs que les premières et vivent sur les végétaux.
Les argyrodes n’ont encore été trouvées qu'a l'île de la Réunion.
SINGA. 255
5° TriBu. ÉPÉIRIENS.
Yeux sur trois groupes le plus souvent très-éloignés, les intermédiaires formant un carré plus ou moins réqulier, — abdomen anguleux, — pattes courtes et grosses.
Cette tribu renferme les genres : singa, epeira, nephila, argyopa, gasteracantha, acrosoma, arachnoure, dolophone.
51° GENRE. SENGA, Singa. Koch.
(dv marque similitude; y& ou yñ, terre.)
Synonymie : Epeira, Walckenaer.
Yeux, rapprochés entre eux; séparation des groupes peu sensible; les supérieurs du carré très-rap- Fig. 114 prochés et se touchant presque, les an- € térieurs plus gros, très-écartés; aussi Sant éloignés des latéraux antérieurs que des intermédiaires supérieurs.
Lèvre, courte, plus large que haute.
Pattes-mâchoires, à coxopodites courts, arrondis et évidés à leurs côtés externe et interne.
Corselet, petit, rond, déprimé.
Abdomen, élevé, long, cylindrique, étroit en avant, un peu élargi vers la partie postérieure, Set où il se prolonge en un tubercule unique, après lequel l'abdomen est tronqué.
Pattes, courtes, robustes.
Mâle, moitié plus petit que la femelle, à palpes très-compliqués.
Couleur, fond jaune ou blanc, orné de petites figures noires en forme de lignes ou de gros points.
Taille, assez minime, 5 à 7 millimètres.
Patrie, la plupart sont européennes; l'Amérique en nourrit quelques espèces.
Habitudes, aranéides sédentaires; filant des toiles orbiculaires dans les bois et les jardins; se tenant auprès, dans une feuille roulée.
ESPÈCES
S. antbracine, S. anthracina, Koch, France.
S. conique, S. conica, Walckenaer, France.
S. lucine, S. lucina, Savigny, Égypte.
S. hériée, S. herii, Hahn, Allemagne.
S. à taches blanches, S. albo-maculala, Lucas, Algérie.
S. trituberculée, S. triluberculata, Lucas, Algérie.
S. belle, S. venusla, Abbot, Géorgie (Amér.). S. calice, S. calir, Abbot, Géorgie.
S. évidée, S. alveata, Abbot, Géorgie.
S. à front noir, S. nigrifrons, Koch, Allemagne.
S. brillante, S. nitidula, Koch, Allemagne.
S. sanguine, S. sanguinea, Koch, Allemagne.
S. trifasciée, S. trifasciata, Koch, Allemagne.
S. coniforme, S. turbinata, Abbot, Géorgie (Amér.). S. tubuleuse, -S. tubulosa, Walckenaer, France.
S. de Saint-Benoit, S. Sancti-Benedicti, Vinson, ile Saint-Benoit.
Le genre singa, séparé des épéires par M. Koch, s’en distingue par une forme particulière et caractéristique de l'abdomen qui, au lieu d'être triangulaire et large antérieurement, est au contraire cylindrique et atténué en avant; il s'élève et s’élargit graduellement jusqu'à sa partie postérieure, dont la portion supérieure est un tubercule et dont la portion inférieure est tronquée obliquement. Le corselet, plus petit et plus arrondi que dans les épéires, porte des pattes également plus petites, et des veux dont la disposition rappelle encore celle des théridiformes, c'est-à-dire que le carré formé par les quatre intermédiaires n’est pas nettement séparé des latéraux.
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SINGA.
ESPÈCES PRINCIPALES
Singa tubuleuse. — S. conique.
Deux espèces seulement sont communes en France et doivent nous occuper : ce sont les singas tubuleuse et conique. Chez la singa tubuleuse, le corselet est noir ; l'abdomen, qui est plutôt ovale que conique, quoique plus élevé à la partie postérieure qu'à la partie antérieure, est également noir sur les parties latérales, mais il porte sur le milieu du dos une large bande blanche, qui est elle-même coupée par une ligne noire qui, en se ramifiant, forme un petit réseau; les pattes sont courtes et rougeûtres.
« Cette aranéide, dit Walckenaer, pratique à la partie « supérieure de sa toile un petit tube allongé de soie « blanche et serrée, ouelle se tient en attendant sa proie ; « elle recouvre ce tube avec les feuilles de la plante où « elle s’est fixée; sa toileest verticale et orbiculaire, mais « les cercles sont très-écartés et peu réguliers. Les por- « tions de cercle sont divisées par des rayons qui ne se « correspondent pas toujours. Le cercle formé par la « toile n’est pas entier, mais il est coupé par une ligne « inclinée. Souvent l’aranéide replie une feuille pour y « établir sa demeure. On la trouve sur les rosiers, les « petits arbustes, les graminées et les plantes herbacées « très-hautes, surtout la luzerne. » Walckenaer a aussi trouvé à Villeneuve-Saint-Georges une femelle avec ses œufs. « Elle était logée, dit-il, dans une feuille de rose « qu'elle avait roulée et repliée, comme le font les che- « nilles. Son cocon reposait sur une couche de soie
. « collée contre la fleur ; il contenait 22 œufs ovoïdes d’un
jaune citron et non agglutinés. » Je l'ai prise en grand nombre à Leudeville et en Belgique.
La singa conique est plus commune, surtout dans les bois; sa couleur est blanche ou jaune, avec des taches ou des lignes noires ; les pattes sont courtes et annelées de taches brunes.
J'ai trouvé abondamment cette espèce avec ses nombreuses variétés, dans les bois de Boulogne, de Meudon et de Compiègne. Sa toile, qui est jetée d’un arbre à l’autre et barricade les allées, est orbiculaire, mais elle a peu d’étendue, et les cercles concentriques sont plus fins, plus rapprochés, en nombre plus considérable que dans les autres épéires. La petite araignée se tient presque toujours au milieu, les pattes ramassées et la tête en bas. Elle a la singulière habitude, lorsqu'elle a sucé un insecte, d'en suspendre le cadavre au moyen de fils, à côté dessa toile ou au-dessus. On ne sait quel est le but de cette manœuvre; Lister pensait que c'était par ostentation et pour faire parade de sa chasse, mais cette hypothèse est peu probable.
La singa conique ne construit pas de tube comme la tubuleuse, mais se contente de rouler une feuille pour en faire sa retraite. Le mâle de cette espèce paraît fort rare : je l'ai pris au mois d'avril (1865) dans les environs de Paris; il n'avait point de toile et était immobile sur des fils irréguliers ; quoique adulte, sa taille était moitié plus petite que celle de la femelle; ses couleurs étaient les mêmes, mais son corps était très-étroit et ses pattes fort longues.
ÉPÉIRE. 259
52° GENRE, EPEIRE, Epeira, Walckenaer.
(érelsw, faire un tissu.)
Synonymie : Afea, Miranda, Koch.
Yeux, au nombre de huit, égaux, formant trois groupes nettement séparés et ones l’un de l'autre; les quatre intermédiaires forment un carré dontle côté antérieur est presque toujours le plus large.
Lèvre, courte, aussi large que haute, presque carrée. Pattes-mâchoires, à coxopodites courts, excessivement larges et dilatés, arrondis à leur extrémité; à article terminal bifide dans le mâle, ayant la forme d'un petit capuchon; crochet copulateur énorme, creusé d'une large cupule, dont les bords portent deux membranes valvulaires découpées et épineuses, renfermant un conjoncteur à trois pointes dont lé deux latérales sont droites et aiguës, dont l'intermédiaire est roulée en spirale et canaliculée.
Corselet, assez grand, déprimé et arrondi en arrière.
Abdomen, très-élevé, surtout à sa partie antérieure; vu de profil il s'élève d'abord verticalement, et puis s’abaisse graduellement jusqu'à l'anus, où il se termine en pointe; vu en dessus, il a la forme d’un triangle, dont le sommet est tourné en bas, et dont les angles sont souvent tuberculeux.
Pattes, assez courtes, robustes, dans l'ordre 1, 2, 4, 3.
Mâle, semblable, ou peu différent de la femelle, sauf par ses palpes compliqués et son abdomen plus grêle.
Couleur, jaune avec des taches brunes, rouges, noires ou
blanches.
Taille, grande, 2 centimètres et plus.
Patrie : ce grand genre paraît répandu sur toute la terre.
Habitudes, aranéides sédentaires, construisant de grandes toiles très-régulières, auprès desquelles elles se renferment dans des coques, ou se contentent de rouler ensemble plusieurs feuilles et de s'y retirer.
Fig. 116.
1°" sous-genre. MiraANpA, Koch (miranda, admirable {latin]|).—Les quatre yeux intermédiaires parfaitement égaux, formant un carré très-régulier, les latéraux antérieurs plus gros que les supérieurs, — abdomen déprimé en dessus, circulaire.
M. céropégée, M. porracée, M. adiante, M. de théis (?), M. vivace (?),
M. brodée (?),
M. diadèle (?), M. ouvrière (?), M. mangarève (?), M. cucurbitine, M. guttulée,
M. bivittée,
M. circulée,
M. spire,
M. pegnia,
M. tytère,
M. bordée,
M. de Morel,
M. velue,
M. ornée,
M. brigande,
M. cépine,
M. chasseuse,
M. à trois taches,
2° sous-genre. AtEA, Koch (àtéw, nuire, blesser). — Les deux yeux antérieurs du carré sont plus petits et plus écartés que les supérieurs, les latéraux sont tous °, égaux, — abdomen globuleux ou un peu triangulaire.
A. adroite,
- À. agalène, A. eustale, A. brunûtre, A. bituberculée, A. à ventre noir, A. drypte,
M. ceropegia, Walckenaer, M. porracea, Koch,
M. adianta (picta. Koch), Walckenaer, M. theïs, Wäalckenaer, M. vivida, Abbot,
M. phrygiata, Abbot,
M. diadela, Walckenaer, M. ergaster, Abbot,
A1. mangareva, Walckenaer, M. cucurbitina, Walckenaer, M. guttulala, Abbot,
M. biviltata, Abbot,
M. circutata, Abbot,
M. spira, Abbot,
M. pegnia,. Abbot,
M. tytera, Abbot,
M. limbata, Abbot,
M. Morelii, Vinson,
M. hirsuta, Walckeuaer, M. exornala, Koch,
M. latro, . Walckenaer, M. cepina, Abbot,
M. venatrix, Koch,
M. triquitata, Walckenaer,
solers, Walckenaer, . agalena, Walckenaer, eustala, Abbot, . Subfusea, Koch (schuch.), . biluberculata, Walckenaer,
melanogaster, drypta, =
3° sous-genre. EpeirA, W .—Yeux antérieurs du carré plus gros et plus distants que les supérieurs;
yeux latéraux égaux et se touchant, — abdomen
très-gros, triangulaire en dessus,
Europe.
Brésil.
Europe.
Polynésie.
Géorgie (Amérique).
Géorgie.
Brésil.
Géorgie.
iles Gambier.
France.
Géorgie.
Géorgie.
Géorgie.
Géorgie.
Géorgie.
Géorgie.
Géorgie.
ile de la Réunion. «
Hongrie.
Montevideo.
Brésil.
Brésil.
Europe.
Fig. 118.
France.
France.
Géorgie (Amérique).
Grèce.
Europe.
Allemagne.
Europe.
ÉPÉIRE. 261
1% groupe. Nuctenea, E. S. (”0xtos, nuit; Véw, filer). — Abdomen cirçulaire, aplati, — couleur gris obscur, figures noires assez caractéristiques. — Araignées construisant leur toile la nuit, la détruisant le jour, se retiraut dans les grottes, les caves et y hivernant.
N. orbraticole, N. umbralica, Walckenaer, Europe. N. päle, N. pallida, Koch, Allemagne.
N. spinivulve, N. spinivulva, L. Dufour, Europe méridionale. N. belle, N. pulchra, Koch, Allemagne.
N. isabelle. N. isabella, Vinson, ile de la Réunion. N. nocturne. N. nocturna, Vinson, ile de la Réunion. 2° groupe. Eriophora, E. S. (Ép10V, laine; géow, porter ). — Abdomen ovale,
déprimé en dessus, — corps d’une seule couleur et recouvert de poils laineux blanc sale, abondants, — pattes longues. — Epéires diurnes.
E. bicolore, E. bicolor, Espagne.
E. hérissée, E. hirta, Koch, Cap.
E. épineuse, E. hispida, Koch, Brésil.
E. vulpine, E. vulpina, ILabhn, Naples.
E. rusée, E. callida, Bose, Caroline.
E. vulpécule, E. vulpceula, Abbot, Géorgie.
E. raville, E. ravilla, Koch, Mexico.
E. fuligineuseg, E. fuliginosa, Brésil, E. anale, E. analis, Koch, Brésil.
E. soignée, E. caula, Abbot, Géorgie.
E. tuberculeuse, E. tuberculosa, Vinson, ile de la Réunion.
3° groupe. Neoscona E. S. (Véw, filer ; SY0v0S, roseau).—Abdomen tout à fait globueux et oviforme, de couleur jaune elair avec une figure noire sur la partie postérieure, — mâle moitié plus petit que la femelle. — Araignées vivant sur le bord des eaux, se renfermant dans des coques semblables à celle de l’anyphæne, y passant l'hiver.
- N. apoclyse, N. apoclysa, Walckenaer, Eur., Amér.
N. scalaire, N. scalaris, Fabricius, Europe.
N, frangée, N. patagiata, Koch, Alem., Belgique. N. graduée, N. graduata, : New-York.
N. feuillée, N. frondosa, Abbot, Géorgie.
N. arabesque, N. arabesca, Bose, Caroline.
N. soyeuse, N. sericea, Clerck, Allemagne.
N. nauséeuse, N. nauseosa, Koch, Allemagne,
N. foliée, N. foliata, Walckenaer, Pensylvanie.
4° groupe. Neopora, E. S. (vé&, filer; wep, automne). — Abdomen globuleux faiblement anguleux, jaune rouge, orné de petites taches blanches qui forment sur le dos des figures en mosaïque régulière, — Araignées diurnes vivant dans les jardins,
ne construisant pas de coques, pondant en automne, mourant au commencement de l'hiver; les jeunes ne naissent qu’en été et ne sont adultes qu’en septembre,
N. diadème, N. alsine,
N. de jenisson, - N. quadrille,
N. marbrée, N. de Clerk, N. lacrymeuse, N. cratère,
N. myabore, N. à lunette,
N. magellanique,
N. diadema, N. alsina,
N. jenisonii, N. quadrilla, N. marmorea, N. Clerkii, N. lacrymosa, N. cralera, N. myabora,
N. conspicellata, N. magellanica,
Walckenaer, Walckenaer, Koch, Walckenaer, Walckenaer, Walckenaer, Quoy et Gaymard, Walckenaer, Walckenaer, Abbot,
5° groupe. Epeira. — Abdomen renflé, angu-
leux, tont à fait triangulaire, jaune rouge avec des lignes foncées en travers. — Æpéires diurnes vivant dans les boïs, ne construisant pas de coqnes, pondant au printemps, hivernant, paraissant adultes dès les premiers jours d’avril.
E. anguleuse, E. cornue, E. de Gistl, E. circée, E. bicorne, E. gibbeuse, E. croisée, E. des pins, E. fourcbue, E. épaisse,
E. dromadaire,
E. grosse,
E. angulosa, E. cornuta, E. Gistlii, E. circea,
E. bicornis, E. gibbosa, E. cruciala, E. pinetorum, E. furcala, E. crassa,
E. dromedaria,
E. grossa,
Walckenaer, Walckenaer, Koch, Savigny, Walckenaer, Walckenaer, Walckenaer, Koch, Walckenaer, Quoy et Gaymard,
Europe.
Europe.
Allemagne.
Europe.
Europe.
Port-Jackson.
France.
France, Géorgie.
Amérique méridion.
Fig. 120.
AD
Europe.
Europe.
Allemagne.
Égypte, Algérie.
France.
France.
France.
Allemagne.
France.
Nouvelle-Zélande.
Europe.
Allemagne.
6° groupe. Cyrtophora, E. S. (x0p7T0<, bosse; -2épw, porter). — Parties supérieure et postérieure de l'abdomen couvertes de tabercules irréguliers, — épéires diurnes,
vivant sur les plantes, filant plusieurs cocons.
. citricole, . jaune, . pourprée,
. mexicaine, . oculée,
. trifourchée, . anséripède,
C1 CAES Ca C2 C2 C2 a à 2
. de l’opuntia,
. circonspecte,
. fioconneuse,
. opuntiw, }. citricola, . flava,
. purpured,
. MeTiCARA,
. glomosa,
. oculata, C. trifurcata, C. anseripes,
( C. circonspecta, €
Léon Dufour, Forskaël, Vinson, Vinson, Freycinet, Lucas, Abbot, Walckenaer, Doumere, Quoy et Garmard.
Nouveau-Monde.
Naples.
ile de la Réunion.
ile de la Réunion.
Rio-Janeiro.
Antilles.
Géorgie.
France.
Guyane.
iles Célèbes.
ÉPÉIRE, 263
C. paradoxe, C. paradoxa, Lucas, Algérie, CG. mitrale, C. mitralis (1), Vinson, Madagascar.
Epéires trouvées à la Géoryie américaine par le voyageur Abbot, que les descriptions incomplètes de Walckenuer ne permettent pas de classer avec certitude et què appartiennent probablement aux genres singa, épéire, argyope ou néphile.
E. sacra. E. illustrata, E;: emphana. E. iris. E. anastera. E. portita. E. nephodæ. E. ectypa. E. miniata. E. decolorata. E. trinotata. E. segmentata. E. cingulata. E. fulva. E. subfusca. E. cerasiæ, E. fuliginosa. E. dissimulata. E. guttulata. E. amictoria, E. apotroga. E. triflex. E, bivittata. E. æmula. E. spatulata. E. petarata. E. jaspidata.
Épéires rapportées du Chili par M. Nicolet et encore non décrites. E. flaviventris. E. clymena. E. rectangulata. E. transversalis. E.gasteracanthoïdes. E. cruciata. E. dorsalis. E. quadripunetala E. inflata. E. valdurensis. E. aflinis. E. thalia. E. flavipes. Œ. bicaudata. E. hispida. E. longipes. E, flavifrons. E. immunda. E. næva. E, obliterata. E. erudita. E. quadrimaculata. E. americana.
Ainsi réduit, le beau genre épéire de Walckenaer renferme encore un grand nombre d'espèces, mais si étroitement liées par une forme et des caractères communs, qu'il est impossible, comme le veut M. Koch, de pousser plus loin la subdivision. Toutes ont les yeux disposés en trois groupes et bien séparés, les pattes de médiocre longueur, mais plus robustes, un abdomen élevé en avant et triangulaire en dessus. Chez toutes, la peau a la même coloration, et est seulement ornée de dessins différents. L'Europe est bien partagée comme espèces; les épéires lui fournissent ses plus abondantes et ses plus belles araignées.
(1) Je ne classe qu'avec doute dans cette liste l’epeira mitralis de M. Vinson, qui me parait différer autant des épéires que les gastéracanthes et les acrosomes, dont nous parlerons plus loin. La singularité des expansions cornées de son tégument, et la disposition de ses membres qui se séparent en deux faisceaux comme Ja patte d’un perroquet ou d'un-eameléon, lui donnent une physionomie singulière et unique,
Ce genre se distingue des gastéracanthes et des acrosèmes, parce que sa première paire de pattes est la plus allongée. Le plus ou moins de grosseur et d’éloignement des yeux intermédiaires antérieurs à servi pour caractériser les trois sous-genres miranda, atea et epeira, qui m'ont paru les plus naturels que lon puisse établir dans le grand genre épéire.
ESPÈCES PRINCIPALES
Epéire diadème. — E. scalaire. — E. agalène. — E. quadrille-
—E. apoclyse. —E. marbrée. — E. ombraticole. — E. anguleuse. — E. cucurbitine. — E. de l’opuntia.
L’épéire diadème (neopora) est une grosse araignée dont la couleur est jaune, plus ou moins rougeûtre ou noirâtre, et dont l'abdomen est orné de petites taches blanches disposées en croix, ce qui lui a valu le nom de porte-croix ou de croix de Saint-Denis que les jardiniers lui donnent souvent. Elle est extrêmement commune en France, à Paris même, où au mois de septembre elle apparaît par milliers avec tout son développement.
La toile qu’elle construit est grande, elle est composée de cercles s’écartant de plus en plus et régulièrement d’un centre, d’où partent des rayons nombreux qui, en s’éloignant, croisent perpendiculairement ces cercles.
Elle est de plus soutenue au milieu de l'air, et dans une position verticale, par de grands fils disposés généralement en triangle, et attachés à des objets placés souvent à des distances considérables. |
Trois ordres de fils entrent dans sa composition : les grands fils suspenseurs, destinés à soutenir l'édifice, les rayons qui doivent maintenir les cercles, et enfin ces cercles eux-mêmes qui forment la trame de la toile.
AE et mie tn
ÉPÉIRE. 265
Comment l’épéire diadème s'y prend-elle pour con-
Toile de l’épéire.
struire cette toile dont l’admirable régularité, et surtout la manière dont elle est suspendue, étonnent tous ceux qui l'examinent ?
Plusieurs auteurs ont cherché à l'expliquer : les uns ont dit que l’araignée projetait son fil comme une flèche, d'autre ont prétendu qu'elle s'élevait dans l'air en volant comme les mouches; suivant d’autres encore, après avoir fixé son fil, elle le dévidait et l’entrainait avec elle jusqu'au point où elle voujait l’attacher ; mais aucune de ces explications ne repose sur l'observation, et toutes doivent être considérées comme de simples hypothèses. On peut cependant, par une expérience très-simple et qui n'a toujours réussi, voir de la manière la plus nette comment cette épéire s'y prend pour amarrer ces grands fils.
Si l'on choisit une épéire jeune encore, parce qu'elle est moins craintive, qu'on la prenne le soir, moment
qu'elle préfère pour filer, et qu’on la place dans des conditions favorables pour l'exécution de son travail, c’està-dire en plein air et sur un point d'appui environné à une certaine distance d'objets élevés, on la voit construire sa toile, sans s'inquiéter de la présence de l'observateur qui peut suivre facilement toutes les manœuvres qu’elle exécute.
Après être restée quelque temps immobile pour se remettre de la frayeur que lui a occasionnée son déplacement, ou pour bien s'assurer qu’elle n’a plus rien à craindre, elle se met à l'œuvre; elle explore d’abord la surface de l’objet sur lequel on l’a placée, va, vient, et enfin s’arrête sur un endroit qui lui paraît convenable pour établir la base de son édifice; c'est ordinairement un point en saillie. Là elle fixe un petit peloton de soie; pendant ce travail souvent elle se laisse glisser le long de son fil, puis remonte, peut-être pour aider le dévidement ; cependant, ce peloton fixé, elle reste tranquille, et si on l'examine dans cet instant avec une grande attention, on voit sortir de ses filières un fil extrêmement fin; ce fil s’allonge et, soulevé par l'air, prend bientôt une position horizontale en se dirigeant du côté opposé au vent; il est tellement délié qu'on le perd facilement de vue : cependent il s’allonge toujours et progressivement , jusqu’à ce qu'enfin son extrémité libre atteigne un des objets environnants et y prenne adhérence; l'épéire avertie le tend immédiatement, puis s’élance dessus et franchit hardiment l’espace, pour aller reconnaitre le point sur lequel il s’est amarré.
Quelquelois pendant que l'observateur est occupé à retrouver le fil qu'il a perdu de vue, il est tout surpris de voir l'araignée quitter l'endroit sur lequel elle est, et venir
ÉPÉIRE. 267
droit sur lui; c’est ce qui arrive lorsque le fil, dérangé de sa direction, est allé à son insu s'attacher sur ses vêtements (1). Une fois que ce premier fil qui doit servir d’attache aux autres est tendu de la manière que je viens de décrire, l’épéire s'occupe à trouver un troisième point d'appui pour y amarrer le second de ses fils suspenseurs. On comprend que l’espace dont elle dispose et que la position des .objets qui l’environnent doivent influer sur la direction et la longueur de ce fil, aussi elle ne le tend pas toujours de la même manière ; il arrive souvent qu’elle revient sur son premier fil, et qu'après en avoir fixé un sur lui à moitié de sa longueur, elle se laisse glisser pour aller en attacher un autre perpendiculairement audessous ; d’autres fois, en revenant sur cefil, elle en dévide un autre dont elle empèche l’adhérence, et qu’elle va fixer à quelques décimètres plus bas que le premier; je l'ai vue plusieurs fois tendre un fil parallèle à son premier, l'appliquer intimement contre, puis revenir au milieu de ce double fil, appuyer ses filières sur le nouveau tendu, et se jeter à terre en le tirant avec assez de force pour que, sans se briser, il abandonne le premier dans son milieu et forme avec lui un triangle, etc., etc. Pour donner au contour intérieur de ce triangle la forme d’un polygone, l’épéire a soin de couper ses angles par de petits fils obliques, ce qui complète le cadre qui doit limiter la toile
(1) En marchant, cette araignée laisse presque toujours sortir de ses filières un fil qui se dévide à mesure qu’elle avance, et qu’elle colle de distance en distance en appuyant son abdomen contre l’objet sur lequel elle est. Ce fil, dont elle se sert pour se maintenir et pour remonter lorsqu'elle a glissé, se détache souvent par brins qui, soulevés par le vent, vont se fixer sur les arbustes environnants. Pour l’épéire, c’est autant de cordes tendues dont elle profite pour passer d’un endroit à un autre, et aussi pour suspendre sa toile.
formée elle-même, comme nous allons le voir, par des rayons et des cercles soyeux. Si le moyen que l'épéire emploie pour tendre ses grands fils a pu échapper à la plupart des observateurs, la manière dont elle construit ses rayons, et surtout ses cercles concentriques, est connue depuis bien longtemps, et a été fort bien observée et décrite par l’entomologiste suédois de Geer.
Placée sur le point le plus élevé de son cadre polygonal, elle y colle un fil et se laisse tomber en ligne droite sur le point le plus bas, de manière à en diviser l'intérieur par un diamètre parfaitement vertical; d'un seul coup d'œil elle en a mesuré la longueur, se rend à la moitié, et là fixe un petit flocon de soie blanche sur lequel doivent s'appuyer tous les rayons; c'est de ce point qu’elle part : après avoir déposé une gouttelette de soie sur le flocon, elle monte verticalement sur le rayon déjà construit, en dévidant un fil qui lui est parallèle; arrivée sur la corde horizontale qui forme le cadre, sans lâcher le fil qu’elle tient à ses filières, elle s’écarte de celui sur lequel elle est montée, et va le fixer en le tendant à la distance convenable, ce qui forme un nouveau rayon sur lequel elle redescend au centre pour remonter et en même temps en tendre un troisième ; elle fait de la même manière tout le tour de sa toile jusqu'à ce qu'elle rencontre le premier rayon qu'elle a tendu.
Seulement il lui arrive souvent de ne pas suivre un ordre régulier et de tendre alternativement un rayon supérieur et un rayon inférieur.
Pour la construction des cercles soyeux, c’est encore le petit flocon central qui est le point de départ de notre fileuse: après y avoir collé un fil, elle tourne autour de lui et passe de rayon en rayon, appliquant ses filières
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sur chacun d'eux, et ÿ attachant ce fil avec ses pattes postérieures ; elle s’écarte ainsi de plus en plus du centre en décrivant des cercles, jusqu’à ce qu’elle ait atteint le cadre extérieur, de manière à former une spirale trèsrégulière; arrivée au point le plus éloigné, elle recommence à filer une seconde spirale, mais cette fois en allant de l’extérieur au centre, et en passant entre les mailles de la spirale déjà construite, jusqu'à ce qu'elle ait rencontré le petit flocon central sur lequel elle doit se reposer, et passer la plus grande partie de son existence, immobile et aux aguets.
Pour la confection complète de cette trame si compliquée, l’épéire diadème ne reste pas plus d’une heure, aussi la reconstruit-elle immédiatement lorsqu'elle a été détruite par un accident quelconque. Il est bon de noter à ce propos l'habitude singulière qu’elle a, lorsque sa toile a été brisée, d’en rassembler aussitôt tous les fils épars, d'en former un peloton et de l’avaler, s'aidant de ses pattes pour l’introduire entre ses mandibules.
L’épéire diadème ne construit pas de coque à côté de sa toile, comme beaucoup d'autres espèces du même genre; mais se contente de rapprocher et de maintenir ensemble plusieurs feuilles, de manière à former une retraite et un abri.
Elle se tient là, la tête dirigée du côté de sa toile, avec laquelle sa demeure communique par un fil particulier plus fort que les autres, et qui va directement au flocon central.
Lorsqu'un insecte se prend dans ses filets, l’araignée descend au moyen de ce simple fil avec une telle rapidité qu'on pourrait croire qu'elle se laisse glisser. Arrivée sur sa toile, elle attaque la mouche ; si elle est petite, elle
l’entraine sans difficulté dans sa retraite: si elle offre une trop vive résistance, elle colle des fils nombreux sur son corps, tout en la faisant tourner au moven de ses pattes antérieures avec une adresse telle que beaucoup de personnes s'amusent à jeter de grosses mouches dans cette toile pour se donner ce petit spectacle, que l’on compare souvent au mouvement que fait un tourne-broche : cette manœuvre à pour but d'arrêter la fuite trop rapide des mouches, ou de rendre inoflensives les proies les plus vigoureuses.
C’est au mois de septembre que les épéires diadèmes atteignent tout leur développement ; c'est aussi à cette époque, qu'elles sont ornées de leurs plus belles couleurs et qu’elles construisent ces vastes toiles qui pullulent partout.
Elles pondent leurs œufs pendant le mois d'octobre; mais ce n’est pas à côté de leur toile, qu’elles abandonnent alors, qu'elles vont déposer leur cocon: elles choisissent pour cela les endroits les plus retirés, le dessdus des pierres ou des toits, les trous des murs abrités, etc.
Ces œufs sont gros, ronds, jaunâtres et en nombre considérable, ce qui explique la vulgarité de cette espèce; le cocon qui les enveloppe est fait d’une bourre de soie serrée, épaisse et d'une couleur jaune doré.
Là, les œufs passent l'hiver et éclosent à la fin du printemps : les petits ne se dispersent pas tout de suite, mais restent environ un mois en société; chacun d'eux tend de petits filets de manière que le tout forme un gros flocon fourmillant- d'araignées : celles-ci ne ressemblent pas à l'épéire adulte, mais ont une couleur jaune uniforme avec une tache noire au-dessus de l'anus. Dès qu'on
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touche au flocon, il s'agite, grossit, s'écarte, et les jeunes qui le composent se dispersent.
Vers le mois de juin, lorsque ces jeunes sont assez forts, ils se séparent et cherchent chacun de leur côté un endroit propice à la construction de leur toile; c’est alors
que l’on voit apparaître de tous côtés, au travers des allées, sur les plantes, en un mot partout, ces innombrables toiles, tellement délicates que le vent venant à les détacher, les enlève souvent à des hauteurs considérables, entraînant quelquefois l’araignée, qui voyage ainsi dans les airs. Ges fils, blanchis par la rosée du matin, retombent en longs flocons que l’on désigne sous le nom de fils de la Vierge.
Les mâles, après l'accouplement, dépérissent et meurent ; quant aux femelles, la plupart ne pouvant supporter le froid, subissent le même sort après la construction de leur cocon : quelques-unes seulement survivent en s’enveloppant d’une coque de soie blanche sans ouver ns et d'un tissu très-serré (1).
L'épéire agalène est fort commune au printemps, dans les environs de Paris, surtout dans les clairières des bois ; au mois de mai elle fabrique un cocon jaune : cette pe-
(1) Depuis longtemps, les naturalistes qui ont fait des expériences sur la soie de l’araignée, et qui ont cherché les avantages que l’industrie pouvait tirer de son emploi, ont reconnu la supériorité de celle de l’épéire diadème sur celle des autres espèces européennes, et surtout la quantité plus considérable que cette araignée peut fournir. Le fil de la toile a une couleur argentée, il est plus lisse, plus cassant et aussi beaucoup plus fin que celui du cocon, dont l'épaisseur n’est cependant pas le dixième de celle d’un cheveu. Ge cocon, étant plongé dans l’eau bouillante saturée de gomme et de savon, se dévide facilement et donne une soie plucheuse, d’un jaune doré. Quant au fil de la toile, la meilleure manière de l’obtenir est, après avoir maintenu l'épéire, de le prendre directement de ses
filières, de l’appliquer sur un dévidoir et de dévider en tournant lentement.
tite espèce a un abdomen énorme et à peu près rond, elle est fauve avec de petites taches blanches.
L'épéire scalaire (neoscona) ,une des plus belles du genre, est très-grosse, elle est jaune citron ou blanche avec un parallélogramme noir à la partie postérieure de l'abdomen; ses pattes sont rouges à la base, annelées à l'extrémité; elle se cache dans les feuilles qu'elle rapproche et roule en cornet, mais ne construit pas de coque. Elle vit dans les bois et les jardins, mais plus particulièrement sur le bord des étangs et des mares; sa toile est plus légère et plus lâche que celle de l'épéire diadème. En Belgique elle est, avec l’épéire quadrille, la plus commune de toute la famille des épéiriformes.
L'épéire quadräle (neopora) est une grosse et belle espèce, dont l'abdomen est globuleux, jaune très-clair, avec de petites taches blanches qui forment un carré; elle n’est pas commune en France, je ne l'ai trouvée qu’une fois dans la forêt de Compiègne; en Belgique, au contraire, elle paraît fort abondante. Suivant Walckenaer, elle se renferme auprès d'une toile verticale, dans une coque blanche en forme de dôme qui ressemble à celle du theridio nervosum. Elle pond en automne. |
L'épéire apoclyse est, après l'épéire diadème, la plus commune et la plus intéressante des espèces européennes. Un peu plus petite que la diadème, elle a des teintes aussi vives : son abdomen ,de couleur blanche ou jaune ,est également taché de brun ou de noir foncé. Elle recherche le bord des eaux tranquilles pour y établir sa coque et sa toile. Walckenaer l'a décrite avec grand soin ; aussi c’est à lui que nous empruntons la passage suivant : « Cette «espèce, qui est une des plus répandues, est aussi une « des plus industrieuses. Elle se fait un nid de soie très-
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« serrée, comme la quadrille, mais qui n'a qu'une petite « ouverture que l’aranéide ferme avec ses pattes quand «on veut la prendre. Elle enveloppe ses œufs dans un « double cocon avec un art admirable. A l'approche de « l'hiver, elle attache à l'entour de son nid des grains et « des détritus de végétaux. Après l'avoir fortifié, elle le « ferme entièrement, etn'en sort qu'au printemps sui- « vant, très-maigre et très-affaiblie par un aussi long « jeûne. Le mâle diffère beaucoup de là femelle ; il coha- « bite en toute süreté avec elle, car elle n’a rien de la « férocité de l’épéire diadème. Sa toile est verticale, mais « irrégulièrement orbiculaire, c'est-à-dire que les portions « de cercles ne se correspondent pas toujours. Son cocon « est aplati, et formé d’abord d'une enveloppe blanche, « puis d’une bourre jaune épaisse. puis des œufs qui sont « nombreux. »
L’épéire ombraticole (nuctenea) est très--commune; son abdomen est déprimé, et porte une large figure brune dont les bords sont découpés. Elle doit son nom aux lieux ombragés et obscurs où elle établit sa toile. Elle ne se tient que la nuit au centre de.cette toile, qui n’est pas très-régulière, mais fort grande.
L’épéire cucurbiline (miranda) est une petite araignée qui, quoique commune, l’est moins cependant que les espèces précédentes; elle se reconnaît facilement à sa belle couleur jaune ou verdâtre uniforme, aux petits points noirs très-visibles sur le dos de l'abdomen, à la tache’ rouge qui se remarque au-dessus de l'anus lorsqu'elle a atteint tout son développement.
Elle se trouve, surtout au printemps, dans les jardins, les vergers et les bois, sur les buissons et les taillis peu élevés; là, elle construit avec beaucoup d'art une très-
petite toile orbiculaire, toujours placée horizontalement, souvent sur une grande feuille; l'aranéide se tient au centre, en dessous et sur le ventre comme les linyphies : c’est vers la fin du mois de juin qu'elle pond quarantecinq à cinquante œufs, gros, gris satinés, couverts d’une poussière jaune ; elle les colle et les agglutine ensemble ; puis elle les entoure d’un cocon de soie fine, blanche et transparente qu'elle garnit extérieurement d’une épaisse bourre de soie fauve et grossière. Suivant de Geer, elle est d’une tendresse extrême pour ce cocon, elle le place près de sa toile, entre des feuilles qu’elle a soin de maintenir rapprochées pour le protéger, elle se tient auprès, et le garde assidûment jusqu'à la dispersion des jeunes, qui a lieu au mois de septembre.
L’épéire anguleuse, et quelques espèces qui s’en rapprochent, sont remarquables par les deux tubercules que porte l’abdomen à sa partie antérieure. Ces petites espèces ne sont pas très-communes à Paris.
D’autres portent ces tubercules sur la partie postérieure de l'abdomen. L’épéire de l'opuntia (cyrtophora) du midi de l'Europe et de l’île de France, est la plus remarquable sous ce rapport. Gette espèce, suivant MM. L. Dufour et Vinson, suspend au-dessus de sa toile ronde plusieurs cocons très-gros, dont le tissu est solide et verdâtre.