‹ Histoire naturelle des araignées (aranéides)Chapitre 33 sur 211 · FT · texte numérisé non relu

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ACROSÔME. 293

ginales courtes, — deux epines postérieures trois fois aussi longues que le corps, divergentes, droites et un peu eflilées.

M. à épines bleues, M. cyanospina, Lucas, Guyane. M. armée, M. armata, Saint-Domingue.

Fig. 136.

3° sous-genre. TRicaNtHA, E. S. (tsetc, trois; äxava, épine). — Abdomen aussi large que long, triangulaire, portant trois épines vigoureuses

Dia verticales, à chaque angle de ce bouclier abdo- 7 © minal. S

ES; T. tricorne (1), T. tricornis, Eug. Simon, Brésil.

4° sous-genre. MICRATHENA, Sundevall (utxpèc, petit; Selvo, aiguillonner). — Corps aussi large que long, recouvert d’une carapace formée par des écailles rapprochées et surmontées le plus souvent chacune d'une petite épine.

M. à bouclier, M clipeala, Sundewal, Brésil.

M. écailleuse, M. squammosa (2), Eug. Simon, Brésil.

Il y a déjà longtemps que Hahn a établi aux dépens des gastéracanthes de Latreille, un genre que son tégument

(1) Je place provisoirement dans ce genre, en en formant le sous-genre tricantha, une petite aranéide de ma collection, qui s'éloigne par la disposition de ses épines, des acrosômes proprement dites; son abdomen a la forme d’un triangle, dont la base touche au corselet, et dont les trois angles sont armés chacun d’une épine presque aussi longue que tout le corps; les deux antérieures sont obliques, la postérieure est verticale, — Les quatre yeux du carré sont placés sur une éminence du corselet, ce qui les fait paraitre plus avancés que les latéraux.

(2) L’aranéide à laquelle j’ai donné le nom de #icrathena squammosu n'existe, à ma connaissance, que *dans ma collection : sa longueur est de { millimètre et demi; son corselet est tellement court qu’il a la forme d’un croissant; il s'étale au-dessus des mandibules en manière de gouttière, dont les angles ont l'apparence de pointes rouges et polies. L’abdomen, qui est cinq fois plus long que le corselet, est un ovale plus étroit à la partie postérieure et un peu bombe en dessus; il est protégé par une cuirasse formée d'écailles rangées régulièrement à côté les unes des autres; au microscope, ces écailles ont la forme de petits cristaux. — La figure ci-dessus à ete faite d’après nature, ainsi que celles du /ricanthu.

solide, ses épines et ses mœurs placent à la fin de la famille des épéiriformes. C'est avec le genre gastéracanthe qu'il a le plus d’affinités, mais il s'en distingue nettement, et à première vue, par la configuration toute différente de son bouclier abdominal, qui a la forme d’un triangle dont les bords sont relevés et hérissés d’épines irrégulières divergeant en tous sens, souvent très-aiguës et bifurquées.

Un caractère anatomique peu sensible, il est vrai, se joint à la forme extérieure pour établir la séparation des gastéracanthes et des acrosômes ; c’est que dans les premières, les yeux supérieurs du carré sont les plus gros et les plus distants, tandis que chez les acrosômes, ce sont les antérieurs qui sont les plus volumineux, comme chez les vraies épéires.

ESPÈCES PRINCIPALES

Acrosôme pointue. — À. armigère. — 4. massigère.— À. grêle.

L'acrosôme pointue a un abdomen triangulaire, allongé, isocèle, échancré en avant, pourvu de huit épines ou pointes, six sur le dos et deux sous le ventre. Le corselet est ovalaire et allongé. Elle se trouve à la Guyane, ainsi que les acrosômes à grosses épines el macracanthe qui en sont voisines.

L'acrosôme armigère, qui habite également l'Amérique du Sud, a la même forme et une couleur entièrement jaune ; elle diffère en ce que le dos porte huit épines, et le ventre quatre, dont deux sont assez fortes et les autres rudimentaires.

1, acrosôme massigère a une forme un peu différente de celle des précédentes; dans cette rare et curieuse araï-

ACROSÔME. 29h

gnée, l'abdgmen équilatéral est coupé en tous sens par des lignes droites, et hérissé en dessus d’épines verticales et horizontales; elle a été découverte et rapportée de l'archipel Malais par MM. Quoy et Gaymard.

Le Brésil est la patrie par excellence des acrosômes, c'est le pays qui nourrit le plus grand nombre d'espèces : entre autres, l'acrosôme grêle, et une douzaine d'espèces voisines, remarquables par leur abdomen relevé et bifurqué en arrière, portant des épines fortes et bifurquées elles-mêmes une ou plusieurs fois. Toutes ces araignées ont à peu près la même coloration jaune avec des points noirs.

Une des espèces que sa forme éloigne le plus des autres est l'acrosôme à épines bleues ; ses épines postérieures sont, comme chez la gastéracanthe curvicaude, plus de quatre fois aussi longues que le corps; mais elles sont divergentes, droites et de couleur bleue.

Cette aranéide est rare dans les collections, elle habite la Guyane.

57° GENRE. ARACHNOURE, Arachnourd Vinson.

(ägtyvn, araignée; odoù, queue.)

Yeux, au nombre de huit : quatre formant un carré, dont les deux postérieurs sont très-rapprochés ; quatre yeux latéraux, dont deux pour chaque côté, sont bien séparés entre eux et distants de ceux du carré intermédiaire, quoique placés comme eux sur deux lignes, les antérieurs correspondent aux postérieurs.

Mächoires, courtes, petites, triangulaires, écartées entre elles, émoussées à leur extrémité.

Lèvre, large et arrondie.

Palpes, longs et recourbés en crochet dans le repos.

Pattes, moyennes ou peu allongées : la deuxième paire est la plus longue, la deuxième et la quatrième presque égales, la troisième paire est la plus courte.

Abdomen, à tégument mou, prolongé en une sorte de queue membraneuse et fort longue, formée de segments transversaux.

Couleur, fauve rosé, très-päle.

Taille, 13 millimètres.

Patrie: île de la Réunion.

Habitudes : aranéide filant une toile horizontale, et se tenant au-dessous, suspendue le dos en bas.

L'unique espèce qui compose ce genre, et qui est d’une grande rareté, a été découverte dernièrement à l'ile de la Réunion par M. le docteur Vinson. Ses yeux et sa bouche sont semblables à ceux des épéiriformes ; mais elle présente cette singulière anomalie, parmi les aranéides, d'avoir un abdomen terminé par un prolongement caudiforme à l'extrémité duquel se trouvent les filières. On prendrait, au premier abord, cette araignée pour un petit scorpion, ce qui lui a valu le nom d'arachnoure scorpionide que lui a donné M. Vinson.

Ses mœurs ne diffèrent en rien de celles des autres épéiriformes.

DOLOPHONE. 297

58° GENRE. DOLOPHONE, Dolophona, Walck.

(doAdw, chasser ; côvos, sang.)

Yeux, au nombre de huit, inégaux, sur quatre lignes; les deux lignes antérieures, longues, très-rapprochées, formées par de petits yeux latéraux, placéssur les angles antérieurs du bandeau; les deux lignes postérieures moins longues, forment un quadrilatère dont le côté antérieur est le plus étroit, les deux yeux de la ligne supérieure sont les plus gros.

Lèvre, triangulaire, bombée, plus haute que large, terminée en pointe obtuse.

Mâchoires , allongées, ovalaires, plus hautes que larges, élargies à leur extrémité où elles sont arrondies à leur côté externe et très-échancrées à leur côté interne.

Corselet, énorme, coniforme, très-bombé à sa partie antérieure ; tronqué et élargi à sa partie postérieure.

Abdomen, excessivement court, quatre fois plus large que long, avant la forme d’un croissant renversé, dont les angles sont très-pointus, et dont le sommet se prolonge en une sorte de queue formée par les filières.

Pattes, robustes, aplaties, allongées ; la première est égale à la quatrième, la troisième est la plus courte.

Couleur, fauve doré, un peu rougeâtre.

Taille, de 3 à 5 millimètres.

Patrie : Nouvelle-Hollande.

Habitudes : araignée courant après sa proie, et formant une toile entre les plantes.

ESPÈCE

D. notacanthe, D. notacantha, Quoy et Gaymara, Nouvelle-Hollande.

Ge sont MM. Quoy et Gaymard qui ont découvert la . curieuse araignée à laquelle ils ont donné le nom d’araignée notacanthe, et qu'ils ont figurée dans l’atlas du

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Voyage de l'Uranie; ils l'ont trouvée dans une petite île de la rade de Sidney, au port Jackson ; elle était au milieu d'une toile irrégulière ; elle fit la morte lorsqu'on s’en saisit. Ne connaissant pas mieux ses mœurs , On ne peut savoir si elle appartient réellement au groupe des épéiriformes épineuses , dans lequel je la place, ou bien à une autre famille.

ÉRÈSE. 299

4° TriBu. ÉRÉSIENS.

Yeux : quatre au milieu normaux, les latéraux plus écartés entre eux, — corps très-gros, — corselel bombé, — membres remarquablement courts et épais.

Un seul genre: Zrèse.

59° GENRE. ÉRESE, Eresa, Walckenaer.

{èpetsw, attacher, appliquer.)

Synonymie : Erythrophora, Koch (£gv0pds, rouge; #Èpw, porter).

Yeux, huit, presque égaux, quatre au milieu Fig. 138. rapprochés formant un carré, deux © 9 NS : Oo] de chaque côté écartés entre eux. 2 © 6 @ [e)]

Lèvre, allongée, en triangle renversé dont le sommet touche au plastron.

Pattes-mâchoires, a coxopodites longs, droits, à angles arrondis, conjoncteur en spirale, presque découvert comme

chez les épéires.

Mandibules, courtes, verticales, bombées.

Corselet, grand, large et bombé en avant.

Abdomen, ovalaire, presque rond, déprimé en dessus.

Pattes, remarquablement larges et courtes, la quatrième et la première presque égales.

Couleur, rouge ou noir-profond.

Taille, de 1 à 3 centimètres.

Patrie: ce genre étranger au nouveau monde, habite surtout Îe bassin de la Méditerranée.

Habitudes: araignées presque sédentaires. filant sur les plantes

basses de larges réseaux, dont les mailles sont lâches mais non régulières,

1e: sous-genre. EREsa, Walckenaer. — Yeux du carre égaux et equidistants, — couleur noire ou brun fonce. ;

E. de Walckenaer, E.Walck.(ctenisoïdes), Brullé, Grèce.

E. de Guérin, E. Guerinii, Lucas, Algérie.

E. enfumée, E. fumosa, Koch, Afrique.

E. impériale, E. imperialis, L. Dufour, Espagne.

E. à cheveux rouges, Æ. ruficapilla, Koch, Europe méridionale, E. acanthophile, E. acanthophila, L. Dufour, Espagne.

E. ouvrière, E. molitor, Koch, Égypte.

E. arrosée, E. adspersa, Koch, Europe méridionale. E. à front brun, E. fuscifrons, Koch, Égypte.

E. effacée, E. lilurata, Koch, Égypte.

E. de Dufour, E. Dufouri, Walckenaer, Europe méridionale.

2° sous-genre. EnytaroPnora, Koch (épubpès, rouge; #pw, porter). — Yeux supérieurs du carré un peu plus gros et plus écartés que les antérieurs, plus rapprochés de ces derniers qu'ils ne le sont entre eux. — Couleur rouge écarlate.

E. cinabre, E. cinaberina, . Walckenaer, Europe méridionale. E. pharaon, E. pharaonis, Walckenaer, Égypte.

E. 4-taches ("), E. 4 guttata, Rossi, Hahn, Italie.

E. punique (*), E. punicea, Koch, Grèce.

E. illustre (*}, E. illustris, Koch, Europe méridionale. E. annulée (*), E. annulata, Koch, région du Danube. E. fastueuse (*) (1), E, fastuosa, Koch, Sénégal.

Les érèses se rapprochent des épéires, non-seulement

Pb par la conformation, l'égalité et la disposition de leurs yeux, mais encore par la forme de leurs appendices locomoteurs et de la partie antérieure de leur corps; c’est surtout au corselet des gastéracanthes qu’il faut comparer celui des érèses; leur front est en effet également élevé et velouté, et porte dans son milieu quatre petits yeux, enfoncés dans le tégument et cachés par les poils. Le seul caractère qui, selon moi, soit rigoureusement propre à la tribu qui nous occupe est l'écartement des veux latéraux, qui forment comme

(1) Le dorceus fastuosus de Koch est une érèse dont les yeux intermédiaires sont presque sur une seule ligne et dont les filières sont longues et visibles,

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un grand carré, au milieu duquel se trouve un plus petit composé des intermédiaires.

Il est impossible de méconnaître que les érèses ressemblent beaucoup aux attes, et par leur forme et par leurs habitudes ; mais il n’est pas difficile de voir que cesanalogies reposent plus sur des formes extérieures que sur des caractères anatomiques.

Les érèses sont des araignées moitié errantes, moitié sédentaires, qui forment des toiles étendues et à mailles lâches, mais qui au lieu d’être régulières, comme celles des épéires, s’étalent dans toutes les directions.

.Ge genre renferme de grandes et belles espèces, aux couleurs élégantes et variées; mais elles sont rares partout, et les cinq érèses que nourrit l'Europe n’ont encore été trouvées que par un petit nombre d'observateurs, et dans les parties les plus méridionales de ce continent.

ESPÈCES PRINCIPALES

Érèse cinabre. — E. acanthophile. — E. Walckenaer.

E. de Guérin.

Une seule espèce, l'érése cinabre, se rencontre, mais accidentellement, aux environs de Paris, pendant les années chaudes ; elle est plus commune dans le midi, et particulièrement en Hongrie et dans les Pyrénées. La taille de cette araignée est moyenne, son corselet, ainsi que ses pattes, sont d'un noir profond, son abdomen est rouge orangé, et porte quatre gros points noirs entourés chacun d'un petit cercle blanc. Sa démarche est peu vive, et la brièveté de ses membres, ainsi que la grosseur de son corps, contribue à là rendre lourde et lente; mais en même temps la vigueur de ses pattes lui permet

d'exécuier de petits sauts et de s'avancer par bonds avec assez de rapidité, lorsqu'elle est poursuivie. Elle se trouve dans les lieux tranquilles et ombragés, riches en végétation, et où abondent toute sorte de diptères et d'insectes dont, elle se nourrit. Elle habite sur les arbustes peu élevés. Lorsqu'elle sort de la retraite qu'elle s’est choisie, elle marche lentement, explore soigneusement le dessus et le dessous des feuilles, la surface des tiges et des fleurs, en palpant la superficie des objets avec ses deux pattes antérieures qu'elle à l'habitude de relever comme les attes, et en laissant sur son passage de longs fils qui, retiennent les insectes ailés, et qui enveloppent souvent l'arbuste tout entier. On rencontre quelquefois l’érèse sur les gazons, surtout lorsque l'herbe est élevée; sa belle couleur rouge, qui tranche sur le fond vert, la fait facilement apercevoir. Quand elle a saisi sa proie, elle l’entraine en reculant ou en marchant de côté, ce qui lui donne l’aspect d'une thomise. Suivant Hahn, qui l’a trouvée un des premiers en Allemagne, elle fabrique sous les pierres un sac de soie très-épais, d'un blanc argenté, où elle se renferme pour pondre et passer l'hiver; car quoique recherchant la chaleur, elle vit plusieurs années.

Parmi les espèces espagnoles, la plus remarquable est l'érèse acanthophile ; son abdomen est d’un noir tellement profond qu'il semble recouvert de velours, 1l est coupé par deux larges bandes blanc pur, longitudinales , qui elles-mêmes sont revêtues de petits points noirs disposés par paires. Selon M. Léon Dufour, qui l'a découverte, l’érèse acanthophile établit constamment son domicile sur les plantes et les arbustes très-épineux, tels que le genista scorpius, l'asparagus horridus, l'uleæ Eu-

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ropæus; cette aranéide tend entre les branches, d'un arbrisseau à l'autre, des fils qui forment un réseau trèsirrégulier, lié par d’autres fils à un fourreau long de quelques centimètres, tissu d’une étoffe serrée et enclavé dans l’aisselle des rameaux, au milieu des épines : c’est dans ce fourreau qu'elle se tient en embuscade. Elle attaque et tue tous les insectes, même les plus forts, qui se trouvent engagés dans ses fils, les mouches, les hyménoptères, les coléoptères et même les sauterelles.

Ce genre renferme quelques espèces dont la taille est très-grande; telle est l'érèse de Walckenaer, qui a plusieurs centimètres de long, et dont les pattes sont trèscourtes et le corps excessivement renflé et énorme.

M. Brullé l'a découverte en Turquie et en Grèce, où elle vit sous les grosses pierres.

On peut encore citer l'érêse de Guérin, décrite par M. Lucas dans son exploration scientifique de l'Algérie. Cette grande et belle espèce, d’un brun noir uniforme, mesure plus de trois centimètres de longueur. Dans le sud de l'Algérie, elle habite l’intérieur des maisons, et est réputée venimeuse chez les indigènes.

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