SEPTIÈME FAMILLE
LYCOSIFORMES. E.s.
Cette famille, sans être la plus nombreuse en espèces, est, sans nul doute, celle qui occupe la plus grande place dans la nature, à cause de l'étonnante multiplicité de chacune de ses espèces dans toutes les localités et sous tous les climats : c'est aussi celle qui se caractérise le plus facilement, et qui se distingue le mieux des sept autres familles.
Les yeux, qui sont toujours au nombre de huit, sont de deux sortes, comme ceux des attes : les uns, généralement au nombre de deux, plus gros et plus brillants, sont placés au milieu du front ; les autres, plus petits et plus ternes, sont rangés en avant ou sur les côtés ; la bouche est dans tous les genres courte et très-large ; l'abdomen est grêle, mais le corselet est énorme et bombé en avant; la longueur et la force des appendices sont très-variables, presque toujours ils sont disposés pour la course ou pour le saut ; les filières, au nombre de six, et inégales, sont courtes et peu visibles (hersélie exceptée). La glande à venin est au contraire bien développée, surtout dans les grandes espèces ({farentules).
Les habitudes, aussi bien que la conformation, se mo-
difient chez les lycosiformes et les éloignent des autres aranéides. — Elles ne construisent pas cette toile qui caractérise cet ordre d’une manière si tranchée : ce sont les araignées vagabondes de Walckenaer, ce sont celles qui font le moins usage de leurs fils, et qui ne s'en servent qu'au moment de la ponte, pour envelopper leurs œufs.
Cette famille renferme des animaux dont les mœurs et l'aspect général du corps semblent différer beaucoup au premier abord : aussi, est-il facile d'y établir trois tribus qui, bien qu'étroitement unies par des caractères essentiels, présentent cependant des différences assez tranchées pour qu'on soit tenté, avant un examen attentif, d'en former trois familles distinctes.
Yeux très-inégaux, Corps assez élancé, pattes longues,
étaléess valoir 44 Dos boite . HERSÉLIENS.
Yeux inégaux, corps court et ramassé, membres robustes CLCOUDES LS RSR ASS RL ET LYCOSIENS.
Yeux peu inégaux, corps étroit et allongé, membres fins, lonos ‘ot divergentes 5e ide Pyalass «+ - DOLOMÉDIENS.
HERSÉLIE, 343
1 TriBu. HERSÉLIENS.
Membres fins et très-allongés, — démarche lente et latérale, — les plus gros yeux sur les lignes antérieure et intermédiaire.
Un seul genre.
66° GENRE. HERSÉLIE, Herselia, Savigny.
(Ëso, action d’enlacer.)
Yeux, huit, peu inégaux; les quatre intermédiaires et antérieurs, formant un carré parfait, placé Fig. 162.
sur une élévation frontale que porte , © le corselet; les latéraux antérieurs fort oi petits; les latéraux supérieurs très- ° pe ;
reculés et plus gros.
Lèvre, courte très-large, à angles arrondis.
Mäâchoires, convergentes, très-inclinées sur la lèvre, se touchant en avant d'elle ; elles sont petites, oblongues, et rétrécies à leur sommet.
Corselet, grand, élevé et pyramidal en avant; déprimé et arrondi en arrière.
Abdomen, ovale ou presque arrondi.
Filières, les plus longues que l’on connaisse, ressemblant à de petites pattes.
Pattes, fines, très-inégales et d’un allongement extrême, de la longueur suivante : 1, 2, 4, 3; le tarse est souvent subdivisé en trois articles.
Couleur, gris obscur, quelquefois des lignes transverses ; corps très-velu.
Taille, dépassant 1 centimètre et demi.
Patrie : ce genre est propre à l'Afrique.
Habitudes : araignées se tenant sous les pierres, marchant de côte,
ESPÈCES
H. caudée, H. caudata, Savigny, Égypte.
H. indienne, H. indica, Lucas, Inde.
H. d'Edwards, H. Edwardii, Lucas, Algérie.
H. d'Oran, H. oraniensis, Lucas, Algérie.
Le genre hersélie ne doit point nous arrêter longtemps, car il a été établi par M. Savigny, sur un animal du nord de l'Afrique encore peu connu, et dont les mœurs et la manière de vivre sont presque ignorées ; cette araignée est de grande taille ; son corps est velu, elle a l'aspect d'une tégénaire.
L'extrème longueur de ses filières, qui ressemblent à des pattes, pourrait faire supposer qu'elle est bonne fileuse ; mais M. Lucas, qui seul l’a observée vivante en Algérie, nous apprend qu’elle est lapidicole, c'est-à-dire qu’elle se plait sous les pierres, et qu'on la trouve sur leur surface inférieure , les pattes étendues dans toute leur longueur et attendant sa proie, qu'elle a coutume de saisir en marchant de côté. M. Lucas dit de plus qu'on la rencontre quelquefois errant lentement dans les champs et sur les murs des habitations, qu’elle tend des fils, mais ne fabrique point de toile. L’inégalité de ses yeux, ainsi que l'élévation pyramidale de son corselet, la classent dans la famille des lycosiformes : c'est néanmoins en tête de cette famille qu’il faut la placer ; elle semble être un passage entre les araignées grandes fileuses et les lycoses.
Les quelques espèces qui composent ce genre ont, depuis qu’elles sont découvertes, attiré l'attention et la curiosité des entomologistes, à cause de leur rareté et des particularités intéressantes de leur organisation.
TROCHOSIE. 345
2° TriBu. LYCOSIENS.
Veux sur trois lignes bien séparées, — membres peu allongés et assez robustes, — araignées courant avec rapidité, traînant leur cocon attaché à leurs filières et portant leurs petits sur leur dos.
Cette tribu renferme les genres : érochosie, lycose, lycosine.
67° GENRE. TROCHOSIE, Trochosa, Koch.
(reozès, course en rond.)
Synonymie : Lycosa, Walckenaer.
Yeux, sur trois lignes, l’antérieure près du rebord mandibulaire, formée de quatre yeux; la seconde sur Fig. 163. le haut du front, formée de deux yeux rap- G o prochés et petits ; lasupérieure sur le dessus oo a A r r 0000 de la tête, formée de deux yeux plus écartés et un peu plus gros que les six antérieurs.
Bouche, lèvre et mâchoires, semblables à celles des lycoses (voir p. 349), dernier article des pattes-mâchoires du mâle moins renflé et plus effilé, à peine plus large que celui de la femelle.
Corselet, grand, en cœur, peu bombé et de niveau avec l’abdomen, élargi en avant un peu comme celui des érèses.
Pattes, courtes et renflées, peu inégales, dans l’ordre 4,1, 3, 2, ou k, 1, 2,3.
Couleur, brun verdâtre, un duvet jaune ou blanc pur couvre certaines parties du corps.
Taille, de 3 à 20 millimètres.
Patrie : Europe et Afrique.
Habitudes : araignées vivant dans les bois, sous les grosses
pierres, y épiant les insectes, traînant un cocon globuleux attaché à leurs filières.
1: sous-genre. Arcrosa, Koch (&pxrn, peau d'ours). — Yeux supérieurs presque égaux avec ceux de la seconde ligne, — couleur claire, de petites taches irrégulières.
A. singorienne (1), A. singoriensis, Walckenaer, Grèce.
A. revèche, A. vulluosa, Koch, Grèce.
A. helléuique, A. hellenica, Koch, Grèce.
A. allodrome, A. allodroma, Walckenaer, Europe.
A. courageuse, A. animosa, Abbot, Géorgie.
A. ligurienne, A. liguriensis, e Walckenaer, Grèce.
A. grise, À. cinerea, Fabricius, Europe.
A. adroite, A. perila, Walckeuaer, Grèce.
A. pictée, A. picla, Kock, Europe.
A. incolore, À. incolor, - Bose, Caroline.
A. malfaisante, A. infesta, Abbot, Géorgie.
A. du volcan, A. vulcani, Vinson, ile de la Réunion.
2e sous-genre. Trocuoss, Koch. — Yeux supérieurs sensiblement plus
gros que ceux de la seconde ligne, — couleur brune, des raies jaunes en long.
agretyca {trabalis), Walckenaer, Europe,
T. agrétyque, à
T. ruricole, T. ruricola, Latreille, Europe.
T. ombraticole, T. umbralicola, Koch, Grèce.
T. rusée, T. vafra, Koch, Amérique.
La lycosa allodroma et la lycosa agretyca de Walckenaer sont, dans la classification de Koch, le type de deux genres particuliers que j'ai fondus en un seul. Les quelques différences qui séparent ces araignées n'ont servi à former deux sous-genres.
Le caractère qui distingue les trochosies des vraies lycoses est l'égalité de la première et de la seconde ligne de leurs veux, et aussi la forme plus élargie et plus bombée de la partie antérieure du céphalo-thorax. Tout le reste de l’organisation et les mœurs rapprochent les tro-
1) Il faut peut-être rapporter à ce groupe toutes les espèces que Walckenaer appelait {arentuloides, c'est-à-dire les Zycosa encarpata, philadelphiana, georgicola de la Géorgie, décrites par Abbot, et la /ycosa maderiana de l'ile Madère, décrite par Walckenaer d'après un individu de la collection de M. Guérin. Dans l'incertitude, nous classerons ces espèces dans le genre /ycose, au sous-genre farentule.
TROCHOSIE. 347
chosies des lycoses du sous-genre tarentule. La coloration a cependant dans le premier sous-genre quelque chose de particulier qui rappelle un peu celle des attes.
Trois espèces habitent la France, deux appartiennent au sous-genre arclosie.
ESPÈCES PRINCIPALES
Trochosie allodrome.— T. peinte. — T. agrétyque.
La lycose allodrome (arctosa allodroma) est une belle araignée dont la taille dépasse un centimètre, dont le corps court et trapu est recouvert d'un épais duvet gris de souris, et porte de plus sur le corselet et l'abdomen des tachettes noires ou blanc pur qui ne sont pas toujours visibles et régulières.
Elle n’a jamais été prise dans les environs de Paris, mais suivant Walckenaer, Hahn, Sundevall, Koch, etc., elle se rencontre assez fréquemment dans le nord de l'Italie, le midi de la France, la Grèce, etc. Suivant ces observateurs, elle recherche le voisinage des eaux et se plait sur les berges sablonneuses, où elle se creuse un trou assez profond et cylindrique qu'elle tapisse à l’intérieur de fils grossiers. Elle se tient là tout le jour, mais aussitôt le soleil caché, elle sort de cette retraite et se promène avec lenteur dans les environs.
Le cocon qu'elle traine à ses filières est gros: ses jeunes qui montent sur le dos de son abdomen après leur naissance, sont d'un vert uniforme. Je crois que c’est à tort que Walckenaer à confondu la lvcose peinte de Hahn avec l’allodrome, :
La trochosie peinte est une petite araignée que son pige, grand corselet et ses couleurs, font ressembler à une atte. Son corselet, aussi long que l’abdomen, est large et d'un brun rougeûtre et luisant ; son abdomen, d’un gris velouté, porte deux bandes de petites tachettes alternativement blanches et noir luisant. Elle habite nos environs, mais ne s’y rencontre que rarement; je l’ai prise dans la forêt de Compiègne. | La lycose agrétyque (trochosa agrelyca) est la seule qui soit très-commune en France; elle se trouve à Paris même et abonde partout. Sa taille atteint presque un centimètre, sa.couleur est fauve rougeâtre, son corselet est bordé d’une large bande plus foncée, son abdomen noirâtre porte une petite ligne jaune sur sa partie antérieure. On la rencontre rarement courant sur les gazons; c’est sous les grosses pierres qu’elle se tient la plus grande partie de la journée. A la fin de juillet, l'abdomen de la femelle devient énorme; elle pond alors plus de cent œufs jaunes, qu’elle entoure d’un cocon; celui-ci, dont le volume est très-gros, est tout à fait sphérique et d'un blanc mat.
68° GENRE. LYCOSE, Zycosa, Walckenaer.
(Adxos, loup.)
Yeux, huit, très-inégaux, sur trois lignes, l’antérieure formée par quatre petits yeux rapprochés, la seconde formée de deux yeux qui sont les À plus gros, la supérieure Ê n formée de deux yeux placés Ex sur la face dorsale.
Lèvre, presque carrée, quoique plus haute que large et un peu échancrée à son extrémité.
Pattes-mâchotires, courtes : coxopodites droits, écartés, plus hauts que larges, aigus à leur sommet interne, tronqués obliquement au côté externe ; le dernier article du mâle est peu renflé et renferme un conjoncteur court, triarticulé, roulé en spirale et entouré de trois petits appendices membraneux (Conjoncleurs acces-
__ soires, Savigny).
Corselet, grand et large en arrière; plus étroit,
élevé et tronqué en avant.
Abdomen, moyen, ovalaire; filières courtes et cachées.
Pattes, fortes et assez allongées, propres à la course, dans l'ordre 4, 1, 2,3.
Couleurs, foncées, noires ou brunes, souvent ornées de lignes et de taches formées par des poils colorés.
Taille, variant de 4 millimètres à 2 centimètres.
Patrie : elles sont répandues sur toute la terre, en Amérique et en Europe surtout.
Habitudes : aranéides chasseuses et vagabondes ; ne construisant ni coque, ni toile, trainant leur cocon attaché à leurs filières, et portant leurs petits sur leur dos lorsqu'ils sont éclos.
1 sous-genre. TARENTULA (ville de Tarente). — Première ligne des yeux un peu courbée, éloignée du rebord mandibulaire, les quatre yeux qui la forment sont égaux et très-rapprochés, de sorte qu’elle ne dépasse pas la largeur de la seconde ligne, — pattes épaisses et peu longues, — corps couvert d’un duvet noir, gris bleu, blanc ou rougeàtre.
Araignées habitant les lieux secs et fuyant le voisinage des eaux; se réfugiant souvent sous les pierres et passant l’hiver dans des cavités*souterraines ; cocon tout à fait rond, doux, blanc mat.— Nous en connaissons deux formes.
1® groupe. — Pattes de mème épaisseur et presque égales entre elles, — corselet portant trois bandes claires en long, — abdomen avec des taches foncées transver-
sales.
di re apulienne, T. apuliæ, Aldrovande, Europe méridionale. T> narbonnaïise, T. narbonnensis, Walckenaer, Europe méridionale. T. très-grande, T. prœgrandis, Hahn, Grèce.
T. vieille, T. absoleta, Koch, Asie.
T. voisine, T. aflinis, Lucas, Algérie.
T. à bouche rouge, T. erythrostoma, Koch, Brésil.
T. poliostome, T. poliostoma, Koch, Montevideo.
T. rufimane, T. rufimana, Koch, Montevideo.
T. funeste, T. funesta, Koch, Nouvelle-Hollande. T. carolinoise, T. carolinensis, Walckenaer, Caroline.
T. suspecte, T. suspecta, Abbot, Géorgie, Amérique. T. géorgienne, T. georgiensis, Abbot, Géorgie.
T. ornée, T. ornata, Walckenaer, Brésil.
T. de Perty, T. Pertyi, Perty, Brésil.
T. renard, T. vulpina, Koch, Présil,
T. cotonneuse, T. xylina, Wagner, Algérie,
T. rubigineuse, T. rubiginosa, Koch, Italie.
T. grise, T° grisea, Koch, Grèce, Nauplie.
T. famélique, T. famelica, Koch, Grèce.
T. erratique, 1. erratica, Lucas, Algérie.
T. tarentuline, T. tarentulina, Savigny, France méridionale. T. géorgicole, T. georgicola, Abbot, Géorgie.
T. philadelphienne, T. philadelphiana, Amérique.
T. festonnée, T. encarpala, Abbot, Géorgie.
T. madérienne, T. maderiana, Guérin, ile Madère.
T. ouvrière, T. fabrilis, Clerck, Europe.
T. preneuse, T, caplans, Walekenaer, Europe méridionale. T. pélusienne, T. pelusiana, Savigny, Égypte.
2 groupe. — Membres antérieurs courts, beaucoup plus épais que les postérieurs dans le mâle, — cuisses noires, — tibias souvent globuleux, — corselet et abdomen ornés de larges bandes longitudinales blanches on rougeätres.
T. varace, T. prompte,
T. vorax,
T. velor,
Walckenaer, Europe.
Walckenaer, Europe.
oh us
a tm dt tt,
sagittée, . égorgeuse, champètre, . fuscipède, . accentuée, armillée,
. neigeuse,
Le 3 ir 3 3 1 3
mordante,
. graminicole,
andrénivore,
. mordax (À),
. sagilla, Koch, . trucidaloria, Walckenaer, . campestris, Walckenaer, fuscipes, Koch, . accentuala, Latreille, armillala, Walckenaer, . graminicola. Walckenaer, . gastleinensis, Koch, nivulis, Sundevall, . andrenivora, Walckenaer,
Walckenaer,
Grèce, Algérie.
Europe.
Europe.
Grèce.
Europe.
Europe.
Europe.
Allemagne.
Europe.
Grèce.
Caroline.
2e sous-genre. LermoniA, Koch (Aetwwviàs, habitant des prairies). —
Tête assez large et peu élevée, — rangée antérieure des yeux fortement inclinée, un peu plus large que la seconde ligne, à égale distance de cette dernière et du rebord mandibulaire, les intermédiaires de cette ligne un tiers plus gros que les latéraux, — yeux dorsaux rapprochés de ceux de la seconde ligne, — membres allongés, épais à la base, eflilés à l’extrémité, — couleur le plus souvent terne, obscure, avec des dessins vagues, — pattes annelées de tachettes noires. — Araignées vivant dans les plaines marécageuses, les tourbières, etc.; cocon très-gros, déprimé sur les côtés, gris
bleu assez foncé.
paludicole,