RACK
entre eux les scytodes et les pholques , que la découverte faite en Algérie par M. Lucas d’un pholque à six yeux. Depuis plus de vingt ans, Dugès avait fait mention d’un animal de. cette espèce, pris par lui aux environs de Montpellier ; mais Walckenaer, ne reconnaissant pas les véritables affinités des pholques, nia cette découverte, ou plutôt il prétendit que le pholcus sex-oculatus de Dugès n’était qu'un très-jeune individu du pholcus phalangoïdes. Mais l'observation de M. Lucas prouve la vérité de ce qu'avançait Dugès, et montre de la façon la plus claire, que ce n'est pas le nombre des organes, mais leur homogénéité et leur disposition qui déterminent le rapprochement ou la séparation des types. En effet, dans le petit pholque à quatre points de M. Lucas, ou le rack de M. Walckenaer (nom que les Arabes donnent au pholque), les deux groupes de trois yeux latéraux existent, mais les deux yeux intermédiaires manquent ; tout le reste de l’organisation est celle d’un pholque.
ESPÈCE
Rack sénoculé ou à quatre points.
Le rack à quatre points est une araignée dont la taille ne dépasse pas deux millimètres, dont les pattes sont d'une excessive finesse, et dont les téguments sont pour ainsi dire incolores, tellement ils sont délicats et transparents. M. Lucas dit de ses mœurs : «Cette curieuse «espèce, dont je n’ai rencontré qu'un seul individu, « habite les maisons à Constantine, où je l'ai prise à la « fin de juin, dans ma chambre. Ce pholcus (car M. Lucas « n'admettait pas le genre rack) avait tendu dans l’en- «coignure de la muraille quelques fils de soie jetés çà «et là, sur lesquels il se tenait en observation. »
4° GENRE. PHOLQUE, Pholcus, Walckenaer.
(Dodxos, louche; Vuoc, œil, et shxw, trainer.)
Yeux, huit, presque égaux, une paire antérieure, médiane, dont les deux yeux sont rapprochés, mais ne se touchent pas; sur le haut du front sont deux paquets latéraux de trois yeux chacun, se touchant et se confondant.
Lèvre, grande, étroite à sa base, dilatée dans son milieu, arrondie à son extrémité.
Mâchoires, allongées, étroites, creusées et amincies à leur extrémité, inclinées sur la lèvre, et se touchant en avant.
Mandibules, allongées, à crochets faibles.
Corselet, petit, déprimé, circulaire.
Abdomen, allongé, tronqué à la partie postérieure.
Pattes, très-longues, minces, filiformes, dans l’ordre 1, 2, 4, 3.
Couleur, blanche, plus ou moins grise ou jaunâtre.
Taille, 4 à 6 millimètres.
Patrie, trois espèces sont européennes, une est du nord de ” frique, deux de l'Amérique:
Habitudes, araignées tendant des fils irréguliers, en forme de réseau, dont elles sortent rarement; elles agglomèrent leurs œufs, mais ne les enveloppent pas d’un cocon de soie.
Fig. 21.
ESPÈCES
P. phalangioïdes, P. phalangioides, Walckenaer, France. AIR Co var., P. nemastoides, Koch, France.
SR TE: var., P. impressus, Koch, France.
NE Le RS var., P. opilionoides, Koch, France. P. ruisselaire, P. rivularius. L Italie.
P. barbare, P. barbarus, Lucas, Algérie.
P. à queue, P; caudatus, Dufour, Espagne.
P. américain, P. americanus, Nicolet, Chili.
P. globuleux, P. globulosus, Nicolet, Chili.
P. de Bourbon, P. Borbonicus. Vinson, Je de la Réunion. P. allongé, P. elongatus, Vinson, Ile de la Réunion.
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Aucune division n'est mieux circonscrite que celle-ci : au milieu d’un grand nombre de genres dont les limites sont incertaines et arbitraires, c'est peut être le petit groupe d'espèces qui présente les caractères les plus nets et les plus tranchés; ce qui les distingue surtout, c’est la longueur et la gracilité de leurs appendices, qui égalent cinq à huit fois la longueur totale du tronc, et qui donnent aux pholques l'aspect des faucheurs, nom sous lequel certaines personnes les désignent. Quoique le nom de la famille soit resté aux scytodes, parce que la longueur des membres des pholques est une véritable anomalie, et qu’on ne pourrait pas appliquer aux scytodes le nom de pholciformes, ils sont les représentants les plus parfaits de la famille, et nous offrent pour la bouche, et surtout pour les yeux, la disposition complète, typique, et la plus normale que l’on connaisse. Les pholques sont des araignées à peu près sédentaires, qui se tiennent au milieu des fils qu’elles ont tendus, et portent dans leurs mandibules leurs œufs qui ne sont point protégés par une enveloppe extérieure.
Ce genre renferme une des araignées les plus communes de Paris, le pholque phalangide, dont nous allons décrire les mœurs.
ESPÈCE PRINCIPALE
Pholque phalangide.
Le pholque phalangide se reconnait à l'énorme longueur de ses pattes, qui ne sont pas en proportion avec la petitesse du COrPS : sa couleur est blanchâtre, néanmoins le dessus de l'abdomen présente une petite bande grise plus foncée. C’est une des araignées les plus com-
munes de France; c'est une de celles qui se trouvent dans les habitations; on la rencontre, en eflet, rarement en plein air; elle recherche pour établir sa toile les endroits abrités, particulierement les angles des murs, les plafonds, les corniches des chambres peu visitées; là elle attache des fils très-gluants, d'un point à un autre, pendant dans le milieu comme des cordes fixées aux deux bouts, mais non tendues; ces fils sont nombreux, ils se croisent dans tous les sens, sont de longueur différente, et disposés sur plusieurs plans : ils ressemblent beaucoup à ceux que tendent les scytodes et les théridions. L'araignée se tient au milieu, les pattes ramassées; aussitôt qu'un insecte se prend dans sa toile, ou qu’on touche à ses fils, elle se secoue très-fort, soit pour exprimer sa crainte, soit pour effrayer l'ennemi par ses mouvements singuliers et violents. Le pholque emploie pour attaquer sa proie le même artifice que les épéires et les théridions, c’est-à-dire qu'il garrotte de fils sa victime avant de la sucer, pour la rendre inoffensive ; mais il s’y prend d’unetout autre manière : aussitôt qu'une mouche est arrêtée dans ses filets, le pholque s’avance lentement, se place au-dessus d'elle, puis se soutenant au moyen de ses six grandes pattes antérieures, il met en mouvement ses pattes postérieures avec une rapidité, une adresse et une régularité singulières; elles vont constamment toucher les filières, puis la mouche, et ainsi de suite, de sorte qu'au bout de quelques minutes, celle-ci sans tourner, sans exécuter aucun mouvement, se trouve enveloppée de fils nombreux, comme d’un maillot ; lorsqu'elle a achevé cette manœuvre, Faraignée fait monter la mouche jusqu’à sa bouche, au moyen de sa troisième paire de pattes, l'applique sous son corps et la suce pendant plusieurs
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heures, après quoi elle la lâche, la détache de sa toile et la laisse tomber à terre, de sorte que ses fils ne sont jamais souillés par les cadavres de ses victimes.
Cette espèce est presque sédentaire et quitte rarement sa toile ; cependant dans les habitations, on rencontre de temps en temps le mâle errant. Les soins que la femelle prend de ses œufs sont très-remarquables, et l’assiduité qu’elle met à les garder pendant plusieurs mois est vraiment étonnante. Cette araignée est la seule qui ne construise pas de cocon, c'est-à-dire Fig. 22.
d’enveloppe de soie autour de ses œufs; elle les agglutine seulement ensemble, de manière à en former une masse à peu près ronde, grosse comme un pois, de couleur brune, et à surface parfaitement lisse. Ces œufs, qui sont assez peu nombreux et gros, n'étant pas protégés par un cocon, auraient inévitablement péri.
ou auraient été écrasés, si l’aranéide $s : ; n'en avait pris un soin tout particulier. Aussi dès que sa ponte est terminée, la femelle saisit Fig. 93.
avec précaution ce paquet d'œufs dans ses mandibules, le colle sur son plastron, et le maintient dans cette position pendant tout le temps que les jeunes mettent à se développer et à éclore, ne sortant pas de sa toile, ne faisant aucun mouvement, négligeant même de prendre de la nourriture.
Les jeunes n'étant pas retenus par
un cocon, sont libres au moment de leur sortie de l'œuf, mais avant de se séparer, ils restent encore quelque temps agglomérés ensemble suspendus aux mandibules de leur mère; toutes leurs petites pattes blanches qui sont relevées, donnent à cette masse vivante un aspect villeux, que j'ai essayé de représenter sur la figure 23.
Le mâle est beaucoup plus petit, la forme de son abdomen est plus allongée, son palpe est fort compliqué; il n’est pas rare de le trouver à côté de la femelle, lorsque celle-ci a pondu et garde sa progéniture. Elle ne lui fait point de mal, cependant il n’ose s'approcher d'elle, et semble la redouter beaucoup.
ARTÈME. 59
5° GENRE. ARTEÈME, Arlema, Walckenaer.
(Aptnuz, ce qui pend.)
Yeux, huit, égaux, ne se touchant pas, sur deux lignes de quatre yeux chacune, l’'antérieure courbée en arrière, la postérieure droite, autrement dit deux yeux médians et trois latéraux comme dans les pholques, seulement tous sont disjoints.
Lèvre, grande, aussi large que haute à sa base, étroite et pointue à son extrémité.
Mâchoires, allongées, à base très-dilatée, à sommet effilé, entourant la lèvre, se touchant en avant.
Palpes, extraordinairement renflés.
Mandibules, longues, écartées, à tige denticulée, à crochet petit.
. Corselet, élargi, arrondi et déprimé en arrière, prolongé en avant en un bandeau très-long qui simule une sorte de museau ou de trompe.
Abdomen, globuleux.
Pattes, très-allongées, fines, la première paire est cinq fois aussi longue que le corps; elles sont dans cet ordre: 41,4, 2, 3.
Couleur, jaune clair uniforme.
Taille, 1 centimètre environ.
Patrie, une espèce se trouve au Brésil, l’autre à l'Ile Maurice.
Habitudes, inconnues (aranéides vivant dans les maisons).
A. mauricienne, À. mauriciana, lle Maurice.
A. atlante. A. atianta, Brésil.
Ge genre est un des plus singuliers de la classe des
aranéides. Quoique différant beaucoup des pholques par la position de ses yeux, qui sont toujours désunis, il doit en être rapproché à cause de sa forme générale, de son aspect et de la longueur considérable de ses pattes. Les mandibules articulées à l'extrémité d'un prolongement du corselet, donnent à sa tête une sorte de ressemblance avec la trompe des rhyncophores parmi les coléoptères. Les mœurs de l'unique espèce sont inconnues; elle vit à l’île Maurice, et, chose curieuse que M. Vinson fait remarquer, l’île de la Réunion, distante seulement d’une trentaine de lieues , en est dépourvue.
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