‹ Histoire naturelle des balénoptèresChapitre 12 sur 20 · CARACTÈRES ET DESCRIPTION · texte numérisé non relu

CARACTÈRES ET DESCRIPTION

Le Cachalot à la taille des Baleines, mais au lieu de fanons au palais, il a le maxillaire inférieur garni d’une vingtaine de fortes dents coniques, assez espacées. Le mâle a une taille beaucoup plus forte que la femelle, aussi est-il plus redoutable. La femelle ne dépasse guère 30 pieds, le mâle en atteint jusqu’à 60 et même plus.

La taille paraît très variable ; les solitaires ou les vieux mâles deviennent beaucoup plus grands. La gamme qui a péri dans l’Adriatique en 1854 ne se composait que de petits individus, probablement femelles.

Les Cachalots d’Audierne, qui étaient tous femelles, avaient, dit-on, une longueur de 12 à 16 mètres.

Eschricht connaissait cette différence de taille et croyait

‘ Ann. a. Mag. nat. hist. vol. XIX, 1887, p. 229. Proc. GÉoL. Soc. 1887, DT.

devoir attribuer à la femelle seulement la moitié de la longueur du mâle.

Cette différence du mâle rappelle les ruminants qui vivent aussi par bandes, et chez lesquels les mâles ont à défendre le troupeau.

Le capitaine Gray a vu, au mois de mai, une femelle pleine qui n'avait que 29 pieds et qui conténait un fœtus de 10 pieds. C’est done à peu près le tiers de la mère.

Les Cétacés en général se distinguent des autres mammifères par le défaut de symétrie, et ce défaut se fait plus particulièrement sentir chez les Cachalots, comme M. le professeur Pouchet le fait remarquer dans un mémoire qu'il m'a fait l'honneur de composer, à l’occasion de mon cinquantenaire de professorat 1.

Les Cachalots ont une tête énorme avec un museau carré et tronqué, à l'angle antérieur et supérieur duquel sont placés les évents; elle est renflée par suite de l’accumulation du spermaceti. La tête osseuse se distingue par sa forme excavée qui la fait ressembler à un canot.

La mandibule s'éloigne complètement de celle des Baleines ; les deux branches se réunissent sur une grande longueur comme dans les Cétodontes à longue symphyse.

On connaît plusieurs mandibules de Cachalot dont lextrémité antérieure est recourbée; il y en a une au Muséum à Paris ; Beale en cite deux cas; M. J. Murie en cite trois et M. Flower en cite encore un autre. Le D' Fischer 2 a cherché la cause de cette déformation qui se produit assez souvent, et qui commencerait presque après la lactation ; il suppose que

la déformation est due à une ostéite, et il termine son article en

disant qu'il ne comprend pas clairement comment une ostéile seule a pu produire des incurvations aussi considérables, à moins que la maladie ne soit congénitale ou presque congénitale.

1 Poucuer, M. G. De la symé'rie de la face chez les Célodontes, in-4®. Paris, 1886.

2 Note sur une déformation pathologique de la mâchore inférieure du Carhalot. JOURNAL DE L'ANATOMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE, n° 4, PI. XIII.

Ne serait-ce pas plutôt l'effet, non d'un arrêt de développement, mais d’un défaut, d'un obstacle à lépanouissement du bout de la mächoire. Nous avons sous les yeux un maxillaire de fœtus de Baleine franche : cet os a le bout antérieur parfaitement replié sur lui-même, ce bout est comme une feuille de papier qu’on à pliée et qui doit s’étaler ensuite; au moindre obstacle à son redressement, il conserverait la déformation, en apparence pathologique, qu’on remarque à ces mächoires des Cachalots.

C'est un arrêt d'épanouissement et non pas de développement. L'arrêt est dû à une cause externe.

Nous avons publié dans notre ostéographie la figure d’une mandibule recourbée sur un de ses côtés et dont nous citons plusieurs exemples,

Les Cachalots n’ont point d'os lacrymal séparé, d’après les observations de M. Flower; ce qui n’est pas une raison suflisante pour les exclure de la famille des Ziphioïdes. Cet os est probablement uni avec los malaire.

Les dents de Ziphioïdes diffèrent de celles des Delphinides par l'absence d’une couche d’émail. Elles manquent dans tous les Cétacés de cette famille à la mâchoire supérieure. Dans le Cachalot, il en existe toutefois au palais, mais elles ne percent pas les gencives. Elles sont irrégulièrement développées dans la peau du palais et ne correspondent aucunement à des alvéoles. M. Flower a figuré une de ces dents 1.

Owen fait mention d’une femelle dans laquelle Bennett à trouvé huit dents semblables de chaque côté du maxillaire supérieur 2.

Jäger de Stuttgart a décrit et figuré une de ces dents dans un journal russe, imprimé à Moscou en 1857 3.

D’après Bennett, les dents subissent certaines variations; il a trouvé les nombres suivants : 21-90 ; 93-91 ; 29-99 ; 94-94: 29-93; 94-96; 23-24; 99-24; 19-20.

1 On the Osteologie of the Sperm-whale, p. 520.

2 Owex, Odontographie, Tab. 59, fig. 5-4.

5 Bemerkungen ....(Narval et Cachaïot) Moscou, 1857.

- Les Cachalots, comme tous les Ziphioïdes, ont un petit nombre de vertèbres ; leur formule est : cervicales 7, dorsalesS, lombaires 11, caudales 24, en tout 50.

Les Cachalots ont leur atlas séparé et les six autres cervicales réunies.

La dernière cervicale a le corps à peine plus épais que celui des vertèbres précédentes; dans la Baleine, le corps de cette même vertèbre est notablement plus épais que celui de la sixième et de la septième. L’Hyperoodon présente sous ce rapport les mêmes dispositions que le Cachalot.

Les vertèbres cervicales, à commencer par l’atlas, ont un talon qui passe au-dessous du corps de la vertèbre suivante, et ces talons donnent une grande solidité à cette région.

Ces talons existent également dans plusieurs genres de Cétacés fossiles, comme les Balænula et les Balænotus.

Les vertèbres dorsales, au nombre de huit, ont toutes la face inférieure du corps carénée et leur épaisseur n’a pas plus de la moitié de l'épaisseur des lombaires. Elles portent toutes sur le corps la facette articulaire correspondant à la côte. Les apophyses transverses diminuent en longueur, régulièrement d'avant en arrière.

Les lombaires ont, comme toujours dans les Cétacés, le corps plus développé que celles des autres régions.

Dans les caudales, les zygapophyses sont très éloignées du corps de la vertèbre.

Toutes les vertèbres ont des caractères particuliers qui les distinguent ; les apophyses transverses sont courtes dans toutes les régions et particulièrement élevées dans la région dorsale.

Le sternum de lanimal adulte ne forme qu’un seul os, allongé d'avant en arrière, élargi en avant, rétréei au milieu, et se terminant en arrière par une languette régulièrement arrondie. Il reste un trou en avant sur la ligne médiane. Dans le sternum plus jeune, on voit la réunion presque complète des deux pièces antérieures, qui constituent presque tout le sternum ; puis une pièce en arrière encore séparée de la précédente, et sur la ligne médiane on voit des traces de leur soudure.

Le bassin est représenté par un seul os de chaque côté, comme dans les Delphinides.

M. J.-C. White a fait une communication sur deux débris de Cachalot, un maxillaire inférieur d’un grand individu et une dent fort intéressante 1.

Le professeur Ercolani de Bologne s’est occupé de la structure du pénis de ces Cétacés et croyait devoir admettre plusieurs espèces de Cachalots.

MOEURS

Les Cétacés qui nous occupent sont essentiellement pélagiques et descendent à de grandes profondeurs dans la mer.

Le capitaine Gray assure avoir vu des Cachalots rester deux heures sans venir à la surface et dérouler jusqu’à 700 (fathoms) brasses de corde. Le capitaine Scammon en a vu plonger pendant 50 minutes et même une heure et quart.

Les mouvements de ces animaux sont très brusques et violents et ils nagent avec une rapidité plus grande que toute autre espèce de leur ordre. Lé même capitaine Scammon estime la rapidité de leur course à trois milles à l'heure.

Le Cachalot tient sous plusieurs rapports de l'Hyperoodon ; comme lui, en plongeant on le voit disparaitre seul et en revenant un instant après à la surface, on le voit entouré de plusieurs.

Les Cachalots ont de la voix; on assure avoir entendu des mugissements d'individus blessés à plus de quatre kilomètres de distance.

Les Cachalots, qui sont venus échouer à Audierne sur le sable, ont vécu vingt-quatre heures avant d’expirer et, comme nous FJavons dit plus haut, ils poussaient de véritables mugissements.

L'air expiré du Cachalot a une odeur d’une fétidité extraordinaire; cette opinion paraît très répanaue ; il n’est pas rare

1 Proceed. Boston Soc., 1860, p. 222.

de trouver des marins soutenir avec assurance, que le contact de l'air expiré suflit pour soulever la peau aussi facilement et plus rapidement qu’un vésicatoire.

Le capitaine Jouan dit également que leur souffle à une odeur si fétide qu'elle provoque des nausées quand on la sent de près.

Les pêcheurs disent que les Cachalots nagent par bandes qu'on appelle schools où gammes, dans les régions tropicales et subtropicales, et on cite comme une de leurs stations favorites le côté sous le vent des Iles Galapagos.

Ils visitent aussi régulièrement la baie de Bengale, et les schools y sont formées généralement de femelles, accompagnées de leurs jeunes (Calves). Ces derniers ont de vingt à trente pieds, disent les pêcheurs, en confondant les femelles avec les Jeunes.

Ces schools sont formées de quinze, vingt et jusqu’à deux cents individus; ils vont au secours les uns des autres. C’est le motif pour lequel on prend souvent plusieurs individus dans une troupe.

On s'accorde assez généralement sur le rapport des mâles e des femelles dans les schools.

Les mâles qui accompagnent ces schools sont les défenseurs naturels de la bande; aussi, au lieu de fuir à la première attaque, comme les Baleines, les Cachalots se défendent vigoureusement; on cite, dans les annales des baleiniers, plus d’un exemple d'individus qui se sont vengés sur les pirogues et sur les hommes qui les conduisaient. M. Nougaret raconte, dans la Revue des deux mondes, qu'il a vu un solitaire sur la côte Est du Groënland se retourner brusquement après l'attaque, se jeter sur la pirogue, la saisir par le milieu et la broyer sous sa formidable mâchoire.

Les baleiniers disent que ce sont les femelles qui se réunissent et que les vieux mâles vivent généralement isolés. La bande qui à péri au siècle dernier à Audierne était exclusivement formée de femelles, disent les témoins; deux de ces femelles ont mis bas après leur échouement sur la plage. Une

d'elles donna même deux petits, l’autre un seul. Ces jeunes Cachalots avaient une longueur de trois mètres et demi.

Comme les mâles vivent plus souvent isolés, ils semblent aussi échouer plus souvent que les femelles et c’est sans doute Ja raison pour laquelle, à l'inverse des Baleines, les Cachalots mâles viennent plus souvent à la côte que les femelles.

Le capitaine Gray a comparé les sexes des individus capturés en plein Océan, et pour 65 femelles il a compté 96 mâles adultes et dl jeunes.

Les gravures conservées à la Bibliothèque royale de Belgique ne représentent que des mâles. Il y en a sept ou huit. Il n'ya qu’un dessin représentant un Cachalot dont Le sexe est douteux. Sur huit individus échoués sur les côtes d'Écosse, il y avait cinq mâles et on n’a pas tenu compte du sexe des trois autres. (Sir Turner).

On a fait depuis longtemps l'observation que les Cachalots qui échouent dans l’Atlantique septentrionale, sont le plus souventdes solitaires égarés dans le Gulfstream à la recherche de leur pâture. Ces animaux ne trouvent plus que de rares Cépha- Jopodes et vont mourir de misère sur l’une ou l’autre côte.

Les baleiniers rapportent que leur mode d’accouplement est le même que celui des Baleines : les Cachalots s'unissent debout dans l’eau, la tête au-dessus de la surface.

Nous ne savons s’il y a des époques fixes pour leurs amours: on voit leurs breeds at any season of the yaer, dit Jackson, qui a fait plusieurs bonnes observations sur ces Cétacés.

Le capitaine Colnett rapporte que les environs des Iles Galapagos sont, au printemps, le rendez-vous de tous les Cachalots des côtes du Mexique, de celles du Pérou et du golfe de Panama; qu'ils s'y accouplent et qu'on y voit de jeunes Cachalots qui n’ont pas 2 mètres de longueur.

C’est bien petit, 2 mètres, puisque nous avons vu des femelles de la plage d’Audierne mettre bas des jeunes qui avaient déjà 3 mètres au moins.

La päture des Cachalots est celle de tous les ziphioïdes : Eschricht les avait appelés avec raison Theutophages, du genre Theuthis, Calmar.

Toute leur pâture consiste'en Cuttle fish, dit Atwood 1, et on sait que les Cuttle fish des marins sont des Calmars.

Tous les baleiniers s'accordent du reste à dire que l'estomac des Cachalots renferme toujours de nombreux restes de Céphalopodes. Hunter, Baussard, Eschricht et d’autres ont fait les mêmes observations sur des individus qu'ils ont eu l’occasion observer.

Les Cachalots de la gamme qui a péri en 1853 dans l’Adriatique, avaient encore tous des becs de Céphalopodes dans leur estomac.

L'ambre gris, autrefois très estimé comme article de parfumerie, est le résidu de la digestion des Cachalots; son odeur musquée provient du Poulpe dont ils font leur pâture.

On a souvent trouvé dans l’ambre gris des becs de Céphalopodes et des cristallins, ce qui explique parfaitement leur origine. Ainsi un Cachalot capturé, en 1715, sur les côtes de Sardaigne, renfermait de ambre gris dans lequel se trouvaient des becs de Sepia.

On tirait l’ambre gris des Molluques, de Madagascar, des Maldives, des Antilles et même de Chine. Les Japonais le connaissent sous le nom d’excrément de Baleine.

Albert le Grand et avant lui Marco Polo connaissaient parfaitement son origine, que l’on avait attribuée tantôt à des oiseaux, tantôt à des Phoques ou à des Crocodiles, et on avait même été jusqu’à supposer qu'il provenait d’une fontaine bitumineuse sous-marine.

Les Cachalots produisent encore une autre substance sur l’origine de laquelle on a été également dans le doute; nous voulons parler du blanc de Baleine.

Le blanc de Baleine ou Spermaceti est la Cétine des chimistes ; c’est un palmitate de cétyle, c’est-à-dire une combinaison de l'acide palmitique avec l’éthal (alcool céthylique).

Cette substance grasse est surtout formée sous la peau du front et du rostre de ces animaux; nous avons déjà dit, que les

1 ATwoOOD, Proc. Boston Soc., VII, 1860, p. 226.

Hyperoodons en produisent également, et, comme leur huile est plus estimée, les Hyperoodons ont été l’objet d’une chasse spéciale depuis quelques années.

On sait qu'après avoir ouvert le front du Cachalot, on puise à seaux le spermacéti à l’état fluide, disent MM. Pouchet et Beauregard, et ils supposent, après l'examen de pièces envoyées des Açores, sous le nom de Racines de la boîte, que le spermaceti est le produit d’une sécrétion particulière non glandulaire, qu’on pourrait rapprocher de la cire des abeilles !.

PÉCHE

Il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d'œil sur l'époque et les lieux où cette pêche a pris naissance; quoiqu’on désigne sous le même nom les pêcheurs qui s'occupent de la Baleine et du Cachalot, il y a cependant de très grandes différences dans ces deux industries.

On s’est livré pendant longtemps à la pêche de la Baleine avant de songer à la pêche du Cachalot. On pratiquait la première industrie dans les régions septentrionales, où lon ne voit que bien rarement un Cachalot.

On raconte que, en 1712, un baleinier de Nantucket, Christopher Hussey, poussé au large par un vent violent, se trouva devant une school de Cachalots, en captura heureusement un, et, si l'animal m'avait pas de fanons, il avait des couches de graisse qui lui donnaient une valeur commerciale non moins grande que la Baleine; aussi on apprécia bien vite l'importance de cette nouvelle graisse qui se fige à la température ordinaire et dont on était loin de soupçonner la nature; on crut d’abord que c'était le sperme de ces animaux et les droguistes lui donnèrent le nom de spermaceti. De là les baleiniers anglais ont fait le nom de spermwhale.

C’est l’origine, parait-il, de cette pêche sur les côtes des États-

? Poucet et BEAurEGaRD, Sur la boîle à spermaceli. COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. Aoùûl, 1884.

Unis d'Amérique. On exploita d’abord l'Atlantique et, en 1787, la Nantucket Colony of Whalingmen from England, envoya le premier baleinier dans la mer Pacifique.

Peu de temps après, en 1789, les baleiniers du cap God se rendirent pour la première fois dans la mer des Indes pour y faire cette chasse. On prétend qu’un gentleman du cap Cod, à son retour des Indes, avait vu de nombreux achalots dans la mer des Indes, et son récit avait déterminé quelques industriels à se constituer en société.

La première campagne de 1791 fut fort heureuse. On cite Joseph Russel et fils et Corn. Howland, qui revinrent du Pacifique (1791) avec un chargement complet.

On ne connait pas de véritable station du Cachalot dans les mers d'Europe; on ne connaît que des échouements ; les seules stations connues, où les pêcheurs se rendent encore, ce sont les régions équatoriales du Pacifique, de l'Atlantique et de Ja mer des Indes. On cite particulièrement les Iles Galapagos dans l'océan Pacifique, les Açores dans l'océan Atlantique, le golfe de Bengale dans la mer des Indes.

Le commandant Maury ne figure cependant pas ces régions d’une manière particulière sur sa carte et, dans ses lettres publiées en 1850, il fait remarquer qu’on harponne également le Cachalot sur les côtes du Japon.

On fait également cette pêche sur les côtes méridionales et orientales de la Nouvelle-Hollande.

La carte du savant commandant américain représente cet animal sur toute la largeur de l'océan Pacifique, des deux côtés de l'équateur. On voit seulement sur cette carte une tache blanche à l'Est et une autre à l'Ouest des Iles Sandwich.

Ces animaux sont-ils régulièrement cantonnés ou visitent-1ls les divers océans, sans tenir compte des lieux ou des saisons?

Nous avons plusieurs preuves que ces animaux parcourent de grands espaces en mer : on a cité des individus, harponnés dans l'Atlantique, qui portaient encore des harpons lancés dans le Pacifique, et le commandant Maury fait mention d'une ecapture d'individus sur les côtes du Chili qui portaient encore le

harpon japonais dans leurs chairs. Un autre Cachalot qui s'était enfui avec un harpon lancé sur les côtes du Pérou, à été pris au large sur la côte orientale des États-Unis d'Amérique, Ces Cétacés parcourent ainsi toute l'étendue du Pacifique et se rendent même du Pacifique dans l ne

Maury indique leur présence jusqu’au 60° degré de Dis sud au devant du cap Horn.

Sur les côtes d'Europe on n’a vu que des animaux égarés, tantôt seuls, tantôt réunis en schools, mais il n’y à pas une seule côte à l'Est comme à l'Ouest de l'Atlantique où l’on n’en ait vu échouer. Et ce n’est pas seulement le plein océan qu'ils hantent, ils fréquentent également les mers intérieures, la Méditerranée comme la Baltique. Jusqu'à présent on n’en a pas vu pénétrer dans la mer Noire pas plus que les Baleines et les Balénoptères.

M. Mengaret raconte, dans la Revue des deux mondes, que, au mois de septembre 1865, un Cachalot apparut dans le cerele polaire, entre l’île Jan-Meyen et la côte orientale du Groenland. La vigie signala le souffle du Cachalot et aussitôt on lança quatre pirogues à sa poursuite.

Cette pêche a lieu principalement dans locéan Pacifique, mais il existe encore quelques baleiniers qui viennent tous les ans poursuivre le Cachalot dans l'Atlantique. Le Muséum de Paris a reçu récemment un squelette et il attend les parties molles d’un animal qui ont été préparées pour ses collections, par le professeur Pouchet; après avoir été chercher des squelettes de Balénoptères sur les côtes de Finmark, le successeur de Cuvier a voulu remplacer les ossements de la cour des galeries d'anatomie comparée par un squelette complet,

Le rapport de la Commission américaine, qui a fait le relevé des produits de la pêche introduits aux États-Unis d'Amérique, depuis le 4e janvier 1804 jusqu’au 31 décembre 1876, estime, d’après la quantité de spermaceti apportée aux États-Unis, qu'il y a eu, pendant cette période, 225,521 Cachalots capturés. Il

1 Revue des deux mondes, 1. LXXXIII, p. 707. 1869

compte, d’après Scammon, que chaque Cachalot fournit 25 barils de spermaceti.

Comme on le pense bien, partout le nombre des Cachalots a considérablement diminué et il n’y a plus que fort peu de baleiniers qui se livrent encore à cette industrie.

On citait comme places principales : les environs des Açores, d'août à novembre; les îles Bahama au nord, le golfe de Mexico, entre 28° et 32% N. et 48° et 57° W., de mars à mai: les Iles du Cap Vert, en hiver, près Fernando Po, entre Sainte-Hélène et la côte d'Afrique et la côte Sud-Amérique 1.

Il paraît que l’on capturait encore tous les ans vers 1860, environ 150 Cachalots dans les eaux des Açores ? tandis qu’aujourd'hui, d’après ce que m'écrit M. Franc. Aff. Chaves, de Ponta delgada, S. Miguel, ce nombre ne dépasse pas cinq ou six.

I n’y a plus guère que les Américains qui se livrent encore à cette industrie.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

Il est reconnu que c’est un animal des régions tropicales, que l’on trouve surtout dans le Pacifique, mais qui est répandu depuis l’Équateur, au Nord jusqu’au Groënland, au Sud jusqu’à la Nouvelle-Zélande. Les squelettes reçus d'Australie au Musée du Collège royal des chirurgiens de Londres, et si bien étudiés par le professeur Flower, ne laissent guère de doutes sur l'identité spécifique de ces animaux : on a capturé des Cachalots dans toutes les mers et on a pu comparer à Londres des squelettes de l'Australie avec des squelettes du nord de l'Atlantique, sans qu’on ait trouvé entre eux la moindre différence.

Du reste, déjà à l’époque où Cuvier s’occupait des Cétacés, le grand naturaliste ne voyait pas de différences entre les

© ANDERSON, Nachrichten von Island, 1746, p. 221. ? Dnourr, Éléments de la faune Açoréenne, p.112 (1861).

individus provenant des mers les plus éloignées les unes des autres.

Il est généralement admis, dit Lesson, que les grands Cétacés les plus connus sont répandus dans toutes les mers du globe, et que la Baleine et le Cachalot des mers du Nord sont identiques dans le Grand Océan, soit dans la partie qui baigne les côtes Nord-Ouest de l'Amérique, soit dans les mers du Cap Horn ou du Sud de la Nouvelle-Hollande.

Les Baleines, ajoutait-il, se trouvent, comme les Cachalots, aussi bien sous le soleil de l'Équateur qu'entre les glaces du cercle polaire.

La science a enregistré beaucoup de faits nouveaux depuis le jour où Lesson a écrit ces lignes, et ce savant ne s’exprimerait plus aujourd’hui de la même manière. Ce que Lesson dit du Cachalot est exact, mais ce qu’il dit de la Baleine ne l'est pas.

Sur sa carte intéressante de la répartition du Cachalot dans les divers océans 1, le commandant Maury figure aussi la distribution géographique de la Baleine, ou plutôt des Baleines. Des deux côtes de l'Équateur, on voit, dans le Pacifique surtout, jusqu’au 30° degré au Sud et au Nord, le domaine du Cachalot; puis au Nord et au Sud on voit le domaine de la Baleine; le premier habite les régions chaudes, la Baleine les régions tempérées; Maury n’a pas tenu compte de la Baleine franche, ni dans les eaux du Spitzberg, ni dans la mer de Bafin.

Le savant commandant représente, sous une couleur spéciale, pourpre, les endroits, également au Nord et au Sud de l'Équateur, où l'on a trouvé des Baleines et des Cachalots, nageant dans les mêmes eaux.

Le docteur R. M Cormick, à propos des explorations à faire dans l'hémisphère antarctique, en parlant des richesses que possède la région du pôle sud, parle d'une quantité de Baleines de la plus grande espèce et de la plus grande valeur, particulièrement, dit-il, de espèce appelée Spermaceti. Il est à désirer

ct

1 À chart schowing the favorite resort of the Spcerm and Right Wlhale.

que l’exploration anglaise au pôle sud ait lieu, pour savoir s’il existe, au milieu des glaces de ces régions, à côté des Cachalots passagers, une espèce de Baleine représentant la Baleine franche du pôle antarctique.

Il est donc définitivement acquis que le Cétacé theutophage qui nous occupe, vit principalement au milieu de l'Atlantique et du grand océan Pacifique et qu'il ne trouve, au Nord comme au Sud, d’autres limites que les glaces polaires.

On l’a reconnu dans les parages du Spitzhberg, auprès du cap Nord et des côtes de Finmarck; dans les mers du Groënland comme dans le détroit de Davis, dans la plus grande partie de lOcéan Atlantique septentrional jusqu’à l'ile Jan- Meyen (Nougaret), sur les côtes des Iles Britanniques, à l’embouchure de l’Elbe (1720), auprès de Terre-Neuve, aux environs de Bayonne; non loin du cap de Bonne-Espérance; près du canal de Mozambique, de Madagascar et de PIle de France; dans les eaux qui baignent les rivages occidentaux de la Nouvelle-Hollande; sur les côtes de la Nouvelle-Zélande; près du cap de Corientes, du golfe de Californie; le cap San-Lucar (Californie); les [les Kingsmill, Marshall {capit. Jouan); à peu de distance de Guatemala ; autour des Iles Galapagos; à la vue de lle Mocha et du Chili; dans la mer du Brésil; et enfin, sur toutes les côtes du continent européen, même dans les mers intérieures, la Méditerranée, la Baltique et l'Adriatique.

Le Cachalot est donc un animal orbicole ou cosmopolite; M. Flower a reçu d'Australie, pour le Musée du Collège des chirurgiens, à Londres, des squelettes de Cachalots, accompagnés de Globiceps et de Delphis, qui ne présentent aucune différence avec les nôtres, de manière que la faune aquatique d'Australie ne correspond aucunement, pour les Cétacés au moins, avec la faune terrestres ; nous ajouterons qu’il en est de même pour certains poissons plagiostomes. La faune aquatique ne possède, sous aucun rapport, un facies propre. Seulement certains types, qui ont disparu en Europe depuis les âges géologiques, semblent s'être conservées jusqu’à présent chez nos antipodes.

En tenant compte de tous les faits, on voit que le Cachalot estgénéralement répandu dans le Pacifique comme dans l’Atlantique entre le 60° degré de latitude Sud et le 60° degré de latitude Nord. Ce sont les limites indiquées par Maury et par Berghaus. |

Si le Cachalot a été observé au delà du 60° degré de latitude Nord et Sud, à ces latitudes on n’a vu que des individus isolés, des solitaires.

Il n’a pas été vu au delà du détroit de Behring.

Il n’est pas sans intérêt de passer en revue les individus qui sont venus échouer sur les côtes en Europe, et dont il a été tenu compte par quelques naturalistes.

Les anciens ont déjà parlé de Cachalots capturés ou échoués dans la Méditerranée.

« La première année du règne de Claude (an 4#, un Cachalot (Orca) échoua sur le rivage. Il serait mort par le seul fait de son naufrage; mais l’empereur qui se mit à la tête des cohortes prétoriennes combattit avec eux le monstre marin. Pline, témoin de cette lutte absurde, dit-il, vit une barque submergée par l'eau dont le SourFLE du Cachalot l'avait remplie. »

Strabon parle comme Pline du Physeter et, dans plusieurs villes du littoral, on conserve encore des mandibules, des côtes, des vertèbres et d’autres restes de ces Cétacés.

Rondelet en a vu, dans le courant du XVI: siècle, des ossements qui étaient destinés au palais d’un duc de Florence.

Paulus Jovius parle de deux individus qui auraient péri sur les côtes de l’Estrurie.

Ranzani parle d’un mâle de 55 pieds, qui a été exposé dans le port de Pesaro en 1715.

La même année, un Cachalot a été capturé sur les côtes de Sardaigne, mais il n’a été fait mention que de ambre gris qu'il renfermait et dans lequel se trouvèrent des becs de Sépia.

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