‹ Histoire naturelle des cétacés des mers d'EuropeChapitre 34 sur 51 · L'ORQUE · texte numérisé non relu

L'ORQUE

CORCAMGLADIATOR)

LITTÉRATURE

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Willson, On den Tandval (Delph. Orca) Fürh. Skand. naturf. Slockholm, july 1855.

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Eschricht, Om Spackhuggeren (Delphin. Orca). Copenhague, 1862.

Eschricht, On the specics of the genus Orca, inhabiting the northern seas. READ BEFORE Tue ROYAL Danisn SOciETY OF SCIENCES, may 1862. The Ray Society for the year 1866.

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HISTORIQUE

L'Orque était plus ou moins connu de Pline 1; le naturaliste romain raconte que l’empereur Claude livra combat, dans le port d’Astie, à un Orque qui avait vomi des peaux ; on supposait que ces dernières provenaient d’un navire naufragé, chargé de peaux et venant de la Gaule 2.

Rondelet, dans son histoire des Poissons 3, fait mention de l’Orque et en publie même un dessin, entre une Balénoptère et un Cachalot. Rondelet prétend que le mot orque provient de la ressemblance du corps de l'animal avec un vase désigné sous ce nom particulier.

Gunner l’a connu également sur les côtes de la Norwège et, comme Egede l’a fait avant lui, il en publie une description accompagnée d’un dessin #. Egede le désigne sous le nom de Schwerdtfisch. C’est de ce nom de Schwerdtfisch, poisson à épée, qu'est venue la confusion faite par plusieurs naturalistes, qui ont pris l'Orque pour un Espadon, c’est-à-dire ce Cétacé, redoutable par ses dents, pour un poisson armé d’une épée.

L’Orque était connu également de Martens; le baleinier de Hambourg fait remarquer que la nageoire dorsale a trois fois la hauteur des nageoires dorsales ordinaires.

Sir R. Sibbald a, comme Mertens, bien connu ce Cétacé : il fait mention de plusieurs individus échoués sur les côtes d'Écosse. En 1692, une gamme de différents grands Cétacés était venue se perdre dans la baie de Forth; les uns avaient 22 pieds de longueur, d’autres 18 ; leur mâchoire portait trente

1 Hist.nat., lib. IX, cap, 6.

? Eschricht à trouvé une peau de Phoque retournée dans la bouche d’un Orque, et dont le corps, encore en chair, se trouvait dans l'estomac.

5 Q. Roxnezeri, De Piscibus marinis. Lugduni, 1554.

# Vom Stour-Vagnes oder dem Orca der alten (Delphinus Orex) Trondhyemske selskabets skrifler, vol. IV, 1770.

fortes dents. Sibbald à parfaitement reconnu que c’étaient des Orques et 1l a distingué fort bien le mâle, qui n'avait pas moins de 24 pieds de long et dont la nageoire dorsale avait 3 pieds de hauteur. Dans la description qu'il fait de l'animal, on voit qu'il a parfaitement reconnu le système particulier de coloration de la peau f.

Pennant, dans sa British Zoology, parle également de l'Orque ou Grampus et donne comme synonyme l'Épaulard de Brisson 2.

Oth.-Fred. Muller désigne le même Orque sous trois noms différents dans son Prodrome de la Faune danoise 3,

Oth. Fabricius désigne le Cétacé qui nous occupe, d’abord sous le nom de Physeter microps, ensuite sous le nom de Delphinus-Orca *. Le premier est le Ardluk des Groënlandais, le second le Ardlurksoak. Ce sont sans doute les deux sexes de la même espèce.

Pallas >, et après lui Chamisso, citent l'Orque parmi les Cétacés du nord du Pacifique, qui fréquentent la mer de Chine et la mer d’Okhotsh. Pallas a vu également l'Orque dans la mer Arctique: cet animal vit par petites troupes, dit-il, et attaque la Baleine, les Phoques et les grands poissons. Tous ces animaux lui servent de pâture : Delphinus orca, mari ochotensi copiosissima… terror Balænarum, dit le célèbre voyageur.

Une partie de ce que dit Lacépède du Physetere microps se rapporte à l’Orque et une partie au Cachalot véritable. Ce naturaliste a confondu ainsi deux Cétacés qui n’ont rien de commun entre eux, si ce n’est d’appartenir au même ordre. L’animal qu’il décrit sous le nom de Dauphin-Orque est véritablement l'Orque des naturalistes comme on peut le voir par le crâne qu'il figure planche XV[. L'animal est figuré planche XV. Lace-

! De Balænis minoribus in utraque mazxilla dentalis,quæ Orcæ vocantur,

PHaLaiNoLoGiA Nova. Edinburgi, 1692 et 1775.

? Taom. PENNANT, Bristish 390ology, vol. LE, p. 72 (1776.) 5 Oru. Freo. MüiLer, Zoolog. danicæ prodromus. Hafniæ, 1776. # Oru. Fasricius, Fauna grœnlandica. Hafniæ, 1780. > Zoogr.russo-asiat., L. , p. 285.

-pède commence la description du Physetere microps en disant : Le microps est un des plus grands, des plus cruels et des plus dangereux habitants de la mer. Réunissant à des armes redoutables les deux éléments de la force, la masse et la vitesse, avide de carnage, ennemi audacieux, combattant intrépide, quelle plage de l'Océan n'ensanglante-t-il pas ?

Ce passage, rédigé d’après le récit des pêcheurs, ne peut évidemment se rapporter qu'à l’'Orque. La figure ?, planche XV, représente un mâle avec le pénis, mais l'artiste a ajouté cet organe et il n’a pas fidèlement reproduit la nageoire dorsale 1.

Desmarest fait du Dauphin-Orque, du Dauphin-Ferès et du Dauphin-Épaulard trois espèces distinctes, et à propos du premier il dit : Celle espèce, inconnue aux naturalistes de nos jours, n'est caractérisée que par la phrase d'Artedi que nous avons rapportée ?.

Cuvier parle, dans ses Recherches, d’une espèce de Butzkopf qui se reconnaît à sa nageoire dorsale pointue et élevée, et si quelque Cétacé offre les caractères que les anciens attribuaient à leur Bélier de mer, dit le grand naturaliste, c’est bien sûrement celui-ci, par la tache blanche et arquée qu'il a au-dessus de l'œil. Martens et Anderson parlent de Butzkopf, à nageoire moins élevée que celle du Gladiateur dit encore Cuvier, sans se douter que le Gladiateur, à nageoire moins élevée, est tout simplement Ja femelle.

Ce n’est du reste que dans ces derniers temps que lon s’est assuré des différences sexuelles des Orques, aussi bien que de celles des Hypéroodons. Les pêcheurs avaient bien remarqué déjà, dans la mème gamme, des individus à nageoire dorsale élevée, à côté d’autres à nageoire dorsale ordinaire, mais on ne se doutait pas que les premiers fussent des mâles, avec une sorte d'épée au milieu du dos.

Lesson n'admet pas que l'Épaulard soit le même animal que l'Orque, il croit que l'Orque des anciens est un Cachalot.

1 Histoire naturelle des Célacés. Paris, 1805. 2 Mammalogie..… Paris, 1820, p. 517.

C’est le véritable Butzkopf de la plupart des peuples du Nord, dit-il !. Comme on le voit, par cet exemple, il ne suflit pas d’avoir fait de grands voyages en mer pour connaître ces animaux. Le mot Butzkopf ne peut évidemment pas s'appliquer à l'Orque, dont la tête n’est rien moins qu'aplatie.

En 1836, Fréd. Cuvier, dans son flislowe naturelle des Cétacés ?, parlant du Cétacé qui nous occupe, avoue que les naturalistes ne peuvent composer l’histoire de cet animal, qu'en réunissant des notions éparses, qu'ils y rapportent plus ou moins conjecturalement. Il n’est même pas certain, d’après lui, que l'Épaulard se trouve dans la Méditerranée, quoique Pline en ait parlé et l'ait considéré comme un des plus grands ennemis de la Baleine. Il est vrai, Fréd. Cuvier ne pense pas qu'une observation nouvelle ait été faite sur ces animaux; il n'a profité ni des collections ostéologiques formées par son frère, ni des travaux dont les Cétacés ont été objet.

Schlegel a publié la description d’une femelle de 16 pieds environ de longueur, qui avait échoué en novembre 1841, près de Wyk-op-Zee. Cette description est accompagnée d’une fort belle planche supérieure à toutes celles qui ont paru, m'écrit Eschricht le 15 août 1861; nous ferons seulement remarquer que la tête est trop eflilée, à en juger par les photosraphies que nous en possédons. Le nom de Schwertfish donné à cet animal, ne provient pas, d’après Schlegel, de la forme de la nagcoire dorsale, qui ressemble plutôt à un sabre, dit-il, qu'à une épée, mais provient de ce que les nageoires pectorales ressemblent à cette partie des bâtiments qui naviguent dans les eaux intérieures et que l’on appelle Schwert.

Pendant son séjour sur les côtes de Groënland, le gouverneur Holbôll a fait diverses observations sur l'apparition de lOrque : dans la mer de Baflin et sur ses mœurs sanguinaires; il a fait part à Eschricht de ses observations.

Burmeister fait mention de lOrque dans ses publications et

? Lessox, Histoire naturelle (Cétzcés). Paris, 1828, p. 265. 2 Frép, Cuvier, /ist. nalur. des Célacés. Paris, 1826.

le savant directeur du Musée de Buenos-Ayres désigne, sous le nom de Orca magellanica, un animal voisin de lOrca capensis, dont la tête a été trouvée sur la plage, près de l'embouchure de l’Arroyo de Christiano muerto !.

Cornalia fait mention de l’Orque dans sa Faune d'Italie : La cattura di questo fu fatta nel Mediterraneo fra la Sicilia e Malta, dit-il 2,

Tilesius a publié des détails intéressants sur le genre de vie de ces animaux : Ils nagent di-il, avec rapidité en colonnes de cinq individus, comme un escadron de hussards, la tête et la queue baissées, la nageoire dorsale, toute noire, dans lair. Ils attaquent les Baleines, et, celles-ci une fois blessées, sont harcelées jusqu’à ce qu’elles meurent ou échouent 5.

Eschricht a consacré les dernières années de sa vie à l'étude des Orques; il a publié une première partie dans les Mémoires de l'Académie de Copenhague # et, après sa mort, le professeur Steenstrup à mis fous ses soins à la publication de la seconde partie à.

Eschricht a porté toute son attention sur la forme de la tête, la composition de la nageoire pectorale et sur les différences des os du bassin dans les deux sexes ; il admet deux espèces dans les mers d'Europe, auxquelles Steenstrup croit devoir joindre une troisième, lOrca Eschrichtii, d’après des ossements provenant d'individus de petite taille envoyés des Féroë.

Il existerait ainsi trois espèces au nord, dont une porterait une tache blanche de forme triangulaire, mais reliée au blanc de la partie inférieure du corps, derrière la nageoire pectorale ; c'est à cette espèce que Steenstrup a donné le nom d'Orca Eschrichli. Les deux autres espèces auraient pour types, l’une le squelette de Nilsson, l’autre les deux squelettes de Bergen.

Ann. and Mag. nat. hist. Aoùt 1866. pl. IX.

2 CorxALiA, l'auna d'Italia.

Isis ASS p:72n:

* On the species of the genus Orca. KoxG. DaxskE VIDENSKAB. SELSKAB.

Fornanoz. 1862, in-40,

5 Om spækhuggeren (Delphinus orea L.). Kiobenhavn, 1862. Agl. Danske Videnskab. Selskabs Forhandl., for 1862, in-8.

Peu de jours avant sa mort, Eschricht m'écrivait qu'il ne savait plus à quoi s’en tenir au sujet des espèces d'Orques, et son doute augmentait avec les matériaux qu'il recevait, disait-1].

Eschricht ne considère pas seulement l’'Orque comme un genre bien distinct, mais il propose d’en faire un groupe distinct dans l’ordre des Delphinides, en opposition avee tous les autres Cétacés. Les Orca, contrairement aux autres Cétacés, se: nourrissent d'animaux à sang chaud, dit-il.

Dans son mémoire inachevé sur les Épaulards, Eschricht est arrivé à ce résultat, dit le professeur Lütken, que dans les mers du Nord il n'existe pas moins de trois espèces *. I admet d’abord deux espèces, le Grampus gladiator, d’après l'animal de 24 pieds qui a échoué dans la Tamise en 1759, décrit et figuré par Hunter; le Grampus orca, d’après la femelle échouée à Wykaan-Zee, décrite et figurée par Schlegel. Le premier a douze paires de côtes, le second seulement onze.

En considérant l’importance des travaux de feu notre ami Eschricht, sur les Cétacés, le professeur Flower a eu lheureuse idée de publier la traduction de ses recherches sur la Baleine franche et sur les Orques 2. Cette traduction est accompagnée d’une note de Reinhardt et d’un croquis de la petite forme d’Orque, dont trois individus ont échoué en même temps en 1858 aux Féroë, dans le Kollefjord.

Steenstrup s'est également occupé des Orques. Le savant

? Il ne sera pas sans intérèt de faire connaitre la dernière opinion de feu notre ami : il m'écrivait le 50 décembre 1862, six semaines avant sa mort: Pendant deux ou trois mois, disait-il, j'ai été presque entièrement distrail par ces coquins d’Orques. Un zoologiste suédois, M. Lilljeborg, d'Upsala, à insisté de nouveau sur la différence du Gladiateur et de l'Orque commun à nageoire dorsale plus basse. J'avais supposé que ce n’était qu’une dillérence de sexe, car, en effet, les uns, autant qu'ils ont été décrits, ont tous été des mâles, les autres des femelles. Cependant il a bien fallu examiner de nouveau mes quatre squelettes et mes crânes et autres ossements venant des Féroë, Il me semble qu'il y a là, non deux, mais trois espèces. Enfin je m'y perds, comme dans l'examen des Balein’s & aileron.

? The Ray Sociely. London, 1866. Trad. ang. de Eschricht et Reinhardt, pe 187.

professeur de Copenhague admet comme espèce distincte, sous le nom d'Orca Eschrichtit, Vanimal qui a échoué dans le Kollefiord in Strümü et dans l'estomac duquel il y avait des poils et des griffes de Phoque avec des fanons de Balænoptera rostrala.

Le savant directeur du Musée de Gôteberg, Malm, a écrit également sur les Orques, dans la Revue des Cétacés des Musées de Suède; il admet trois espèces, l'Orca gladiator, YOrca minor et l’Orca Eschrichtii 1.

Malm a eu entre les mains les ossements de certains Cétacés rapportés par Nordenskiold, et il attribue quelques-uns d’entre eux à l’Orca Eschrichtii.

Dans un mémoire sur les Orques, nous avons soigneusement comparé les quatre squelettes d'Orques qui ont échoué sur nos côtes; nous avons toujours attribué les faibles différences qu'ils présentent à l’âge ou au sexe. Nous n'avons pas vu plus de différences dans les individus qui ont été capturés sur les côtes de Hollande, ou qui ont péri sur la côte de Norwège, que dans ceux qui ont péri dans l'Océan glacial ou dans la Paltique.

En 1870, le D'° Gray exprime la pensée que les quatre têtes d'Orques, recueillies sur les côtes d'Angleterre, se rapportent à deux espèces, dont lune a le rostre plus étroit que l’autre; il en fait l’Orca latirostris et VOrea stenorhynchus. L'Orque de l'océan Pacifique est encore bien différent, d’après lui, des espèces de nos côtes. Le savant directeur du British Museum admet en outre une espèce du Cap, une autre du détroit de Magellan, une du nord du Pacifique et une petite espèce intermédiaire :spec. intermedia) ?.

Le capitaine Scammon cite l'Orque parmi les Cétacés des côtes nord-ouest de PAmérique du Nord et publie (pl. XVII)

la figure de trois Orques, qu’il désigne sous les noms de Orea reclispina, Cope, Orca ater, Cope et Orca ater, var.?

L'Orcarectispina est le mâle, les deux autres sont des femelles,

1 Man, Hvaljur i Sveriges Museer, 1869.

3 Proc. Zool. Soc. Janvier 1870.

et présentent naturellement bien peu de différences entre elles.

Le capitaine Scammon avait bien remarqué que les individus à courte nageoire vivaient au milieu de ceux à longue nageoire dorsale, dans la même gamme, mais l’idée ne lui est pas venue, que les uns fussent des mâles, les autres des femelles d’une seule et même espèce : … {he high and low finned Orcas are found in the same school, dit-il *.

Dans l’Ostéographie des Cétacés, mon collaborateur Paul Gervais admet, dans les mers d'Europe, deux espèces, l'Orca gladiator et l'Orca Eschrichtii.

Les espèces, créées dans le genre Orque, devront sans doute être réduites au moins à quelques-unes seulement. On pourra admettre que la principale d’entre elles, c’est-à-dire l'Orca gladialor, possède une extension hydrographique plus grande qu'on ne l'aurait d’abord supposé, dit P. Gervais dans l’Ostéographie des Cétacés, p. 543.

Le D' Fischer décrit avec soin, après M. Souverbie, un jeune Orque màle, capturé dans la Garonne, à Lormont, vis-à-vis la rade de Bordeaux, le 11 juin 1876. La longueur totale n’est que de 3,250. Fischer le désigne sous le nom de Orea Duhamelii ?.

Après avoir comparé les derniers Orques des mers d'Europe, le D' Fischer exprime l'avis que les résultats de cette comparaison laissent encore des doutes relativement à la légitimité des distinctions spécifiques; il ajoute que nous n'avons pas encore assez de documents pour résoudre ces questions si ardues.

M. Fred. True, dans son catalogue des mammifères aquatiques 3, dit que l’Orca n’est pas rare sur les côtes est et ouest; l'espèce atlantique est l'Orca gladiator, observé très souvent sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre et qui entre parfois dans

© Cu. Scammon, The marine mammals of the Nort-Westera Coast of Nort America. San Francisco, 1874.

? Fiscer, Célacés du Sud-Ouest de la France, 1881.

5 Washington, 1884.

les ports. On en a pris à Provincetown, dit-il, mais pas régulièrement.

Les Orca de la côte de Californie se rapporteraient, d’après lui, à deux autres espèces, Orca atra et Orca rectispina.

Le professeur Flower a publié, en 1885, la liste des Cétacés du British Museum, et sous le nom de Orca gladiator, il réunit Orca stenorhyncha, de Gray, l'Orca latirostris, VOrca capensis, Ophysia pacifica, qu'ils viennent des Seychelles, du cap de Bonne-Espérance ou du nord du Pacifique 1.

Dans un travail tout récent, le professeur Lütken, qui avait sous la main tous les matériaux d'Eschricht, ne peut reconnaitre que deux espèces dans le nord, et l’une d’elle a encore besoin d’être étudiée sur de nouveaux matériaux, dit-il. Ce sont les expressions propres du savant zoologiste de Copenhague.

M. Lütken fait remarquer avec raison que si lOrca gladiator a d4 vertèbres et 12 paires de côtes, et l’Orca minor respectivement »2 et 11, c’est bien peu de chose pour les distinguer comme espèces, d'autant plus que, dans des animaux capturés dans le Limfjord, il existe 53 vertèbres et 12 paires de côtes.

Outre Orca gladiator, M. Lütken ? admet une seconde espèce, Orca Eschrichtii, tout en reconnaissant la nécessité de se procurer de nouveaux matériaux avant de trancher cette question. - Aussi longtemps qu'on n'aura pas signalé des caractères plus précis sur le nombre des côtes ou d’autres différences aussi légères dans les autres os du squelette, nous croyons qu'il sera prudent de n’enregistrer qu’une espèce. Nous avons vu des têtes très grandes provenant des mers très éloignées les unes des autres, sans leur trouver aucun caractère particulier.

Les trois dessins publiés par Schlegel, par nous et par Lütken, sont aussi ressemblants que peuvent l'être des dessins faits dans des conditions semblables et d’après des individus différents.

? FLower, List. of Cetacea, 1885.

? Cr. Lurkex, Critical studies upon some Odontocete of the genera

Tursiops, Orca and Lagenorhynchus, AxN. AND MAG. OF NATURAL HISTORY, n° VIIL, aug. 1888.

L'Orque a aussi été l’objet de recherches anatomiques.

Le professeur sir Turner s’est occupé de l'utérus de ce Cétacé, des membranes du fœtus, de la position et de la forme générale du fœtus, et de la comparaison du placenta avec celui des autres mammifères f,.

SYNONYMIE

Orca gladiator, Lacépède.

Orca Duhamelii, Lacép.

Phocæna orca, Middendorf.

Orca gladiator, Gray.

Grampus orca, Liljeborg.

Delphinus orca, Schlegel.

Orca minor, Rhdt.

Épaulard ou gladiateur, des baleiniers français. Grampus, des pêcheurs anglais.

Spockhuggeren, des Scandinaves.

Ardluk, des Groënlandais 2.

Hvalhund où Wagnhund, au Nord.

On a donné beaucoup de noms à des Orques d’origine différente, ou se distinguant par une vertèbre ou une côte de plus ou de moins, mais il serait difficile de bien caractériser des différences, et nous croyons que le moyen le plus simple est de donner à ces Cétacés, reconnus comme Orques, le nom spécifique le plus ancien et qui est resté le plus significatif, c’est-à-dire, celui de Orca gladiator.

Dans des travaux ultérieurs qui deviennent tous les jours plus précis, on pourra distinguer par la suite des espèces, ou

1 M. Tuner, On the gravid ulerus. TRANS. ROY SOC. ÉoixeurGu, vol. XXVI,

2 Les Groënlandais donnent le nom de Ardluk à la femelle et celui de Ardlursoak au mâle, à cause de sa grande nageoire dorsale.

des variétés d’après l'importance des modifications et les mers où on les découvre.

Si l’on avait rencontré dans la même mer les divers Orques dont il est question dans les auteurs, il est probable qu'il ne serait jamais venu à l'esprit de personne de faire parmi eux des espèces distinctes.

Non seulement nous croyons devoir rapporter tous ces Orques des mers d'Europe à une seule et même espèce, mais nous croyons de plus pouvoir y rattacher les Orques du Pacifique comme ceux de nos antipodes.

CARACTÈRES

L’Orque a une vingtaine de pieds, un peu plus de ÿ mètres, de longueur ; le corps est gros et trapu, la bouche peu fendue, les dents fortes et coniques, variant de dix à treize de chaque côté et à chaque mâchoire f.

La nageoire dorsale du mâle est droite et très élevée ; elle est estimée à 1",96 en hauteur, et à la base d'avant en arrière, elle mesure 0®,316, d’après un animal échoué sur les côtes de Danemark. Bessels a vu ces Cétacés de près, dans la mer de Baflin, et il accorde à la nageoiïre dorsale du mâle même le tiers ‘de la longueur du corps.

Le capitaine Scammon accorde 20 pieds de longueur au mâle, 15 à la femelle et 6 à la nageoire caudale.

Leur nageoire pectorale n’est pas moins remarquable que la nageoire dorsale ; elle est excessivement large et ressemble plus à une spatule qu'à une rame. Les Orques ressemblent, sous ce rapport, au Narval et au Beluga et, si l’on adoptait la nomenclature de notre savant confrère Van Bambeke, les Orques se trouveraient parmi les Platyptères.

L'Orque est parfaitement reconnaissable à son système de

: Knorr et d’autres ont pris des dents canines d'Ours pour des dents d'Orque. Recueil des monuments des calastrophes … Nuremberg, 1775, vol. H, sect. Il, p. 207, pl. H, 1 fig. 2-4.

coloration : la peau est d’un beau noir en dessus, depuis le bout du museau jusqu’au bout de la nageoire caudale; en dessous, un plastron jaune, surtout dans le jeune âge, s'étend depuis le bout du menton jusqu’à l'anus et s'élève sur le côté jusqu’à la commissure des lèvres pour s’éteindre au-dessus de la nageoire pectorale ; au-devant de l'anus la bande s'étend de chaque côté sur les flancs sous la forme d’une feuille lancéolée.

Les habitants des Féroë ont observé, dans des Orques plus petits, que la couleur blanche ou jaune s’étenG en forme de coin derrière la nageoire pectorale,

La face inférieure de la nageoire caudale est également jaune.

Au-dessus et en arrière de Pœil, il existe une grande tache jaune, de forme allongée, qui a plus ou moins de ressemblance avec une corne de bufle; les anciens en ont fait mention et l'ont comparée à une corne de bélier; de là Ie nom de aries mars.

La coloration est la même dans les deux sexes et c'est surtout dans les jeunes individus que les dessins sont le mieux accentués. Dans les vieux le jaune pâlit.

Il y à quelques différences dans ces dessins qui s’étalent sur le corps noir des Orca, mais il est probable qu’ils sont purement individuels.

Le capitaine Scammon reproduit le dessin de deux femelles avec les couleurs pâles ordinaires et d’un mâle entièrement noir. Nous supposons que la coloration s’est plus ou moins effacée et qu’elle a échappé audessinateur.

Scammon a observé également la coloration de la peau et trouve quelque ressemblance avec les bandes noires du tigre des Indes.

Une strie pourpre a été signalée et figurée par Schlegel sur une femelle de 15 pieds ; elle manquait dans un dessin que Steenstrup avait entre les mains d’après un individu pris à Jutland (fév. 1855) ; le mâle de 21 pieds, observé par Eschricht, ne la présentait pas non plus.

Cette raie a été observée déjà dans un mäle capturé le 17 novembre 1830 dans le port de Lynn.

Ainsi on a observé avec soin deux mâles : l’un a cette raie et l'autre pas ; n'est-ce pas simplement que l'attention n’est pas attirée sur elle? Il y a tant à voir quand on se trouve devant un pareil cadavre ! Nous ne voyons pas non plus la raie dans le dessin de Van Cuyck fait d’après un animal échoué près d’Ostende.

En comparant cette raie figurée par Lütken avec celle figurée par Schlegel, on voit les différences que ces dessins présentent d’un individu à l’autre, mais cette différence peut même dépendre de la distance ou de la place où l’on se trouve en dessinant l'animal.

Cette même raie est reproduite dans deux figures d’Orque publiées par le capitaine Scammon.

Le même dessin de l’Orque se reproduit chez un Cétacé du Cap, le Cephalorhynnchus heavisidii, que nous avions placé un instant, à cause de sa coloration, parmi les Orques.

DESCRIPTION

La tête a une longueur à peu près double de sa largeur. La face supérieure des intermaxillaires est lancéolée au-devant des trous sous-orbitaires et sont moins larges que les maxillaires qui les bordent.

Les alvéoles de la mandibule, comme celles du maxillaire supérieur, sont larges et profondes; elles sont souvent confondues dans une même gouttière, avec des cloisons incomplètes.

Les dents sont fortes, arquées, leur racine est volumineuse, avec la couronne comparativement petite et aplatie à la face postérieure. Après celles des Cachalots ce sont les plus fortes dents que l’on rencontre parmi les Cétacés. Les plus grandes ont 10 centimètres de longueur; les premières et les dernières sont plus petites que les autres.

Elles sont, en moyenne, au nombre de douze, en haut et en bas,

{ 454) Les dents varient entre <+ et +2. L'Orque de la Tamise a +, celui d’Algoa-Bay, +, celui du Chili, +; un d'Ostende, <=..

La colonne vertébrale est formée de sept cervicales, onze dorsales, neuf lombaires et vingt-quatre caudales, en tout ecinquante-deux. Nous en trouvons cinquante et un dans un jeune squelette.

Les côtes sont au nombre de onze. Les six premières s’unissent au sternum.

Les trois premières cervicales sont, en partie, soudées par leurs apophyses épineuses, ou même les quatre premières.

Nous avons trouvé une première côte biceps dans un squelette des côtes du Groënland.

La nageoire pectorale est fort large et courte; elle fait contraste avec la nageoire des Globiocéphales.

Les os des membres sont forts, larges et courts.

Les métacarpiens sont courts, ainsi que les phalanges.

Les os du corps se solidifient très tardivement, de manière qu'on trouve dans les divers squelettes de grandes différences sous ce rapport.

Le carpe des Orques est, de cette manière, remarquable par le petit nombre de pièces qui le constituent ; 1l n'y a souvent qu'un seul os, un tntermédial, Malm en cite un exemple : dans un squelette du Musée de Copenhague, on voit cependant, des deux côtés, cinq os carpiens bien distinets.

Nous comptons, dans le pouce, une phalange; l'index, quatre ; le médian, trois; l’annulaire, trois; le petit doigt, une.

Eschricht en figure six a l'index; quatre au médian; trois à lannulaire, et deux au petit doigt.

Les os pelviens diffèrent notablement de l’un sexe à lautre; ils sont beaucoup plus forts dans le mâle. Eschricht en a figuré plusieurs.

MOEURS

Is nagent communément par groupes de quatre ou cinq individus, formant de petites colonnes, au milieu de laquelle on voit s'élever, de temps en temps, la nageoire dorsale du

mâle comme une épée au milieu des flots. Souvent ils élèvent assez haut le corps pour que l’on distingue une partie du dos.

C'est par gammes (schools) qu'on les voit onduler entre les vagues, dit le capitaine Scammon; leur longue nageoire dorsale ct les diverses couleurs de la peau leur donnent un air plus ou moins martial. |

Middendorf dit avoir rencontré jusqu’à quinze Orquesréunis, dans la mer Arctique, et qui faisaient fuir toutes les Baleines vers les côtes 1.

Tilesius a vu, assez communément, dans la partie septentrionale du Pacifique, des Orques nageant par groupes de plusieurs individus, les uns à côté des autres, comme un escadron de hussards; de temps en temps on voyait des nageoires comme des sabres s'élever au-dessus de l’eau, puis disparaître.

Bessels a eu la chance d’en rencontrer également pendant son voyage forcé à bord d’un baleinier : dans la nuit du 6 août, dit-il, devant Fury-Beach, une bande d’Orques fit son apparition. Il les appelle Nordcaper, d’après les marins, qui les désignent aussi sous le nom de Schwerdfische. Bessels leur accorde une vingtaine de pieds de longueur et il estime leur nageoire dorsale au tiers de la longueur du corps. Il compare la nageoire dorsale à une voile de canot (Boatsegel).

Leur grande voracité a été constatée aussi par la visite de leur estomac.

Hunter n’avait trouvé d'abord, dans un individu qui était venu se perdre dans la Tamise, qu'une queue de Marsouin, et Claes Mulder, dans un autre, échoué sur la côte des Pays-Bas, qu'un morceau de Raie.

Mais dans un orque, capturé dans le Kollefiord, aux Féroë, H.-C. Muller a trouvé des poils et des ongles de Phoque, avec des fanons päles, provenant sans doute de la Balænoplera rostrata.

Dans l'estomac d’un autre Orque, M. Collett a trouvé des restes de Marsouin et de Phoque.

* Minpenporr, Sibirische Reise, vol. 2, part. 2, p. 125.

Le capitaine Scammon a ouvert l'estomac d’un Orque, pris à l'île de l’Ascension, qui était également plein de Phoques.

Nillson, dans un animal de 7 mètres de long, capturé sans doute sur les côtes de la Suède, a découvert quatre Phoques encore en chair et, à côté d'eux, plusieurs Saumons encore entiers.

Mais ces gloutonneries ne sont rien en comparaison de la découverte faite par Eschricht, dans un animal capturé sur la côte de Jutland ; cet Orque ne renfermait pas moins de quinze Phoques, à côté de treize Marsouins. Dans la bouche on voyait, en outre, une peau de phoque retournée,

C'est ainsi que l’on trouve assez souvent des corps entiers écorchés dans l'estomac.

On peut dire que l’Orque fait la police des océans. Il est la terreur de tous les grands animaux marins. Les Phoques le fuient à toute nageoire et aucun autre danger ne les arrête, dussent-ils se faire prendre dans les pièges des pêcheurs. Ils sortent de l’eau ne trouvant de sécurité qu’à terre ‘.

Les autres Cétacés ne le craignent pas moins que les Phoques.

Ils s’en prennent du reste à tous les animaux marins d'une certaine dimension, aux Poissons aussi bien q'aux Phoques, aux Dauphins ou aux Baleines.

De l'aveu de tous les baleiniers, il n’y à pas de spectacle comparable à celui d’un groupe d’Orques attaquantune Baleine en pleine mer : à peine sont-ils aux prises avec cette proie, que le combat continue dans le sang. Ce n’est pas sans raison que Fabricius et Chamisso, qui ont été témoins de ce combat, les appellent l'ennemi et le tyran de la Baleine.

Sur la côte ouest du Groënland, on a vu aussi des Morses aux prises avec des Orques.

! Aussi les pêcheurs tirent-ils parti de cette peur: ils imitent, en bois, leur uageoire dorsale qui a la forme d’une épée et à la vue de cette épée, dressée dans la neige ou au milieu des glaçons, les Phoques fuient dans la direction voulue par les pêcheurs.

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