CAS
Quand les Orques attaquent la Baleine, ils l'entourent pour la mordre et lui enlever les nageoires; quand celles-ci sont en partie arrachées et que la Baleine a perdu ses principaux organes de fuite et de défense, l’Orque pénètre dans la bouche, toujours ouverte, pour manger la langue. Il n’est pas rare, disent les pécheurs, de trouver des corps de Baleines mutilées et sans langue, flottant à la surface de la mer.
Le capitaine Scammon a vu trois Orques attaquer une femelle de Baleine avec son jeune. C'était le Rhachionectes. Hs livrèrent des assauts à l’un et à l’autre : le jeune succomba et alla au fond. L'eau avait une profondeur de cinq brasses. Is assaillirent la mère ; elle reçut des plaies profondes aux lèvres et à la gorge. Elle plongea ensuite et les trois Orques vinrent un instant après à la surface, dévorant avec avidité des lambeaux de chair. Le capitaine Scammon cite l'exemple d’un cadavre de Baleine, suspendu au navire, qui fut enlevé, sous les yeux des baleïniers, par les Orques.
En 1893, près de Holsteinborg, on vit une gamme d’Orques escorter une Baleine franche; quelques-uns d’entre eux lui avaient déjà mordu dans les nageoires caudale et pectorale, lorsque d’autres se jetèrent sur les fosses nasales. La Baleine pénétra dans la Riverts-Hafen et donna un coup de queue si violent sur la tête d’un des agresseurs qu'il descendit lentement jusqu’au fond, la tête en avant.
En 1830, un Keporkak, c’est-à-dire un grand Mégaptère, fut attaqué par un Orque, et quand le corps fut abandonné, après le combat, les Groënlandais trouvèrent sur le champ de bataille encore environ 25 tonnes de lard flottant autour du cadavre. Ce n'est pas la langue, du moins celle des Mégaptères, que les Orques préfèrent, comme on le dit communément; les Keporkak abandonnés, que Holbôll a vus, avaient encore la langue intacte.
L'attaque des Beluga est moins dangereuse pour les Orques ; en 1827, une gamme de Beluga fut chassée dans une baie de Godthaven par les Orques ; ils y furent tous massacrés et les
* Groënlandais, présents à ce spectacle, eurent encore une bonne
part de cette proie, en chair et en graisse. Malgré leur gloutonnerie, les Orques n'avaient pu avaler toutes leurs victimes.
On cite aussi un combat d’un Orque avec le Morse, dans Ise- Fiord, et où l’Orque a péri.
Au nord du Groënland, près de Nouksuak, quelques habitants voulurent attaquer un Morse, au moment où une troupe d’Orques se dirigea sur lui; en approchant, le Morse s’élança sur eux et mit toute la gamme en fuite, Les Groënlandais virent ensuite le plus grand Orque portant le Morse entre les dents.
Il doit y avoir parfois une lutte semblable entre des Cétacés et certains Requins; nous avons trouvé au Musée de Bruxelles une vertèbre caudale dans laquelle est logée une dent de Squale, enfoncée aux trois quarts de sa longueur dans l'épaisseur de los.
Nous ne connaissons rien des amours de ces Cétacés ni des Heux où 1ls mettent bas ; nous savons seulement qu'ils vivent en polyvgamie comme les Cachalots et nous n'avons que quelques exemples de femelles pleines capturées, mais en trop petit nombre pour apprécier à quel époque de l’année ils mettent bas et pour connaître les lieux où cette opération s’accomplit.
Dans la gamme de dix-huit individus, qui s’est perdue au mois de février 1871 sur les côtes de Shetland, se trouvaient deux femelles pleines, dont un fœtus mesurait environ deux pieds. La mère ayant au moins dix-huit pieds, il y a lieu de croire que l’accouplement, ou du moins la fécondation, a eu lieu en automne et que la mise bas a lieu à la fin de l'été.
Nous avons fort peu de détails sur l’époque de leur apparition dans les différentes mers; il n’y a guère que les côtes du Groënland qui nous soient connues sous ce rapport.
[l est à remarquer que ces Cétacés, à cause de leur voracité, ne sauraient se maintenir dans les mêmes parages, que pour autant que la grosse proie y soit commune; s'ils n’ont point l’agilité des Dauphins et s'ils sont incapables de se livrer aux mêmes évolutions, aucun Cétacé n'est mieux fait pour couper les vagues en ligne droite et pour fondre sur sa proie.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
L'Orque ou l'Épaulard, que Fabricius qualifiait de Tyrannus Balænarum, et Chamisso de Formidabilis Balænarum hostis, se rencontre dans toutes les mers; en Europe, on l'a vu sur les différentes côtes, même dans les mérs intérieures; on en à vu échouer depuis le golfe de Gascogne jusqu'à l'entrée de la mer Blanche, et il n’y a plus de doute à exprimer au sujet de leur entrée dans la Méditerranée et la Baltique : plusieurs auteurs en citent des exemples dans la première de ces mers intérieures, et les musées de Greifswald et de Lund en conservent des squelettes qui proviennent de la Baltique.
Pendant un certain temps, on a admis plusieurs espèces d’après les localités, mais on peut se demander, aujourd'hui que l'on possède des matériaux de tous les points du globe, sil existe plus d’une espèce de ce genre ; nous savons positivement que le Grindewall de l'Atlantique ou Globicéphale se trouve, sans modification aucune, dans l'océan Pacifique comme dans l'océan Austral, et partout où l'on a observé ce Cétacé, on a reconnu également l'Orque. La distribution géographique de ces deux espèces est exactement la même: ce sont deux Ceétacés véritablement orbicoles.
I n'existe nulle part des pêcheries de cet animal, de manière que les échouements et les captures fournissent les faits les plus importants de leur histoire. |
Nous venons de le dire, l'Orque pénètre dans les mers intérieures ; nous avons vu plus haut que Pline a fait mention d’un individu capturé dans le port d'Ostie, et depuis cette capture on en connait plusieurs autres exemples; 1l est vrai que l’on à souvent confondu, par suite de récits incomplets, des Orques avec des Cachalots; les dents même ont pû contribuer à cette confusion.
Une tête d’un jeune animal conservée au Muséum de Paris, provient d'un individu capturé près de Cette (Hérault).
Un autre jeune individu a échoué sur la plage de Palavas (Hérault).
Je ne connais sur nos côtes que deux captures certaines de ce Cétacé, disait Gervais dans sa Zoologie et Paléontologie françaises : un exemplaire pris à Cette vers 1840 et un autre en face d’Elne (Pyrénées-Orientales) en 1857.
Cornalia cite lOrque dans sa faune d'Italie, mais sans faire mention d’une capture, et on esttout étonné de voir Fréd. Cuvier exprimer des doutes sur la présence de l'Épaulard dans la Méditerranée.
Plusieurs échouements ont eu lieu sur les côtes ouest de France.
La plus ancienne obserservation est celle de Du Hamel : il fait mention d’un Orque échoué près de Vannes à l'embouchure de la Loire, qu'il désigne sous le nom de Cachalot d'Anderson. Nous ne comprenons pas comment Du Hamel a pu faire cette confusion. Heureusement il en a publié une figure qui le fait reconnaitre facilement.
Le 11 juin on a capturé, dans les eaux de la Garonne, aux portes même de Bordeaux, un jeune animal du sexe mâle, dont le docteur Souverbie a publié un dessin et une description dans les actes de la Société linnéenne de Bordeaux t.
Sur la côte de Plélan (Bretagne) on a trouvé échoué dans les vases, le 19 juillet 1864, un Souffleur, de 7 mètres de long, avec le‘ventre blanc, le dos noir et deux taches blanches sur le cou 2°
M. Gadeau de Kerville fait mention d’un Orque Épaulard, capturé le 27 novembre 1883 à environ deux lieues de Tréport (Seine inférieure), qui était long de à mètres 50 et portait trentedeux grosses dents conico-aplaties, légèrement arquées 5.
Un Orque adulte et un jeune ont été pris également sur les côtes de Boulogne, et dont les restes sont conservés au Musée de Ja ville.
1 Mon. 1, 1876, p.61.
? Courrier de Bretagne, juillet, 1864.
5 Comptes rendus, 51 décembre 1885, el Bull. Soc. amis sc. nat, Rouen, 1885, p. 105.
Nous connaissons quatre exemples d'Orques capturés sur les côtes de Belgique depuis le commencement du siècle; tous les quatre ont été préparés par les soins d’un amateur, Paret de Slykens, le même qui a préparé le grand squelette de Balænoptera Sibbaldii, dit Baleine d’Ostende. Ces squelettes d’Orques sont aujourd’hui à Bruxelles, à Gand et à Louvain.
On a enregistré plusieurs exemples d’Orques capturés sur les côtes des Pays-Bas.
Claas Mulder à publié en 1836 une notice fort intéressante sur ce sujet !.
Il y en a un d’abord qui est venu à la côte en 1811 près de Ameland (Engelsche plaat); un autre le 15 avril 1832 sur la côte de Frise, près du Zwarte Haan. — Une femelle de 16 pieds est venue se perdre à Wijk-aan-Zee, le 30 novembre 1841 ; elle est figurée par Schlegel dans ses Abhandlungen ?. Le dernier échoué est venu se jeter sur la côte de Zélande, en avril 1874. Son squelette est au Musée de Liège.
. On a enregistré aussi quelques captures faites sur les côtes britanniques : on en cite deux d’abord dans la Tamise, un mäle de 24 pieds, en 1759, une femelle? de 18 pieds, en 1772; cette dernière a été décrite par John Hunter.
Un troisième Orque a été pris à Greenwich en 1793; il avait 31 pieds; Sir J. Banks en a envoyé un dessin à Lacépède.
On en a vu apparaître aussi sur les côtes de Norfolk.
Couch en a signalé de son côté sur la côte de Cornouailles. On en à vu échouer également près de Weymouth et sur la côte d’Essex, dont les crânes ont été conservés dans des musées publics.
Une femelle a été capturéeà Aarhuns en 1855 (M. Thompson).
Le 19 novembre 1830, un jeune mâle de 21 pieds a été har ponné dans le port de Lynn (Lynn Harbour à).
! CLaas Muzver, Jets over walvischaardige dieren, op de kusten van Nederland van tyd tot tyd gestrand of gevangen, LETTERBODE, 1X56.
ALPoceit101MVILTe
5,.... London magazine of natural hystory, 4° vol. Il en est question dans Dewuursr, Nat, history of the order Cetacea.
Les Orques se montrent de temps en temps aux îles Féroë: en 1858 Eschricht en a reçu trois têtes; une de ces têtes a été échangée et se trouve aujourd’hui au Musée de Stuttgard.
Une gamme de dix-huit individus a péri sur les côtes de Shetland, en février 1871, parmi lesquels se trouvaient deux femelles pleines.
Il en est venu se perdre un dans le Kattegat; il a été photographié par les soins de M. Smitt; son squelette est au Musée de Stockholm.
Un autre a été capturé en 1871, au mois de décembre, sur les côtes de Bohuslän et a été décrit par Otto von Friesen.
Une femelle de 15 pieds de iongueur, la même taille que celle de la femelle observée par Schlegel, a échoué en février 1855 sur les côtes est du Jutland.
En juillet 1861, M. le chambellan Benzon de Benzon en a trouvé un autre en mer, près de Randers (Jutland).
Eschricht fait mention de quelques Orques dans les termes suivants : au mois de février 1870, après un gros temps, une gamme de dix-huit individus est poussée à la côte de Shetland ; ils avaient de 17 à 18 pieds de longueur, et parmi eux se trouvait une femelle pleine dont le fœtus n’a malheureusement pas été conservé; cette capture permit à Eschricht de constater que l'estomac de lun d'eux renfermait les restes de quatorze Phoques et de treize Marsouins, tant petits qu'adultes.
Cet animal pénètre également dans la Baltique.
Le 12 octobre 1630 on en a capturé un près de Hela, sous le nom de Grosser Schwertfisch.
Le 23 janvier 1863, une femelle de 20 pieds de longueur s’est échouée dans la baie de Travemund; M. Meier ne détermine pas l'espèce, mais à en juger par la taille, cela ne peut être qu'un Orque {.
Il paraît que les Orques arrivent régulièrement aussi sur les côtes de Norwège, accompagnant les bancs de Harengs. Les pêcheurs connaissent ces bancs, aux Mouettes qui volent au-
? MEIER, Archiv. des Vereins in Mecklenburg, 1865, p. 290,
dessus d’eux: les Orques se bornent à côtoyer les bancs comme des chiens bergers qui suivent les troupeaux de moutons; il est reconnu qu'au-dessous des Harengs se tiennent les Morues; les pêcheurs laissent tomber leur ligne à travers les bancs de Harengs pour prendre les Morues.
Les eaux du Spitzberg sont également visitées par l’Orque; Fréd. Martens en parle et fait mention de sa nageoire dorsale qui est trois fois aussi haute que dans l'Hyperodon, d’après le baleinier de Hambourg. Nous savons aujourd'hui que le mâle seul a cette nageoire extraordinaire, qui lui a fait donner le nom de Gladiateur (Schweerdfish).
Malmgren dit que POrca gladiator est parfaitement connu de tous les pêcheurs des côtes de Finmarken et de Spitzhbergen *. Il en a rencontré plusieurs sur son passage. Nous en avons vu d’une très grande taille au Musée de Stockholm qui provenaient de ces côtes.
On en voit des squelettes au Musée de Lund et de Greifswald, provenant d'individus capturés dans la Baltique.
Le 11 juillet 1869, v. Heuglin a vu, à la latitude de 75°, des Orques, à côté d'énormes Grindewalls et de Balénoptères.
L'Orque visite aussi la Nouvelle-Zemble.
Le Musée de Copenhague en possède plusieurs squelettes remarquables par la taille, de la mer Glaciale et de la mer Blanche.
Nous savons, par Pallas, que l'Orque est non moins répandu dans le grand océan Boréal, et il cite sa présence dans la mer d'Okhotsk et dans la mer de Chine.
Le savant voyageur russe parle de la couleur de ce Cétacé et de la grande taille de la nageoire dorsale. C’est, dit-il, le plus grand Dauphin de la mer d’'Okhotsk.
Middendorf a signalé également la présence de l'Orque dans la mer Arctique.
Nous savons par Malm que Nordenskiold a rapporté par la Vega des ossements d'Orque, et le savant naturaliste de Gothen-
# Troschel's Archiv, 1864, p. 89.
bourg a même proposé d’en faire une espèce nouvelle dédiée à Eschricht.
On le voit aussi de l’autre côté de l'Atlantique; il y visite, pendant les mois d'été, les baies des côtes de Massachusetts, par small schools, dit M. Allen. D’après M. True il a été souvent observé sur les côtes de la Nouvelle- Angleterre.
Bessels, pendant son voyage forcé à bord d’un baleinier dans le détroit de Lancaster, a vu une schocl de sept à huit têtes et il a été frappé de la longueur de la nageoire dorsale, qui n’a pas moins du tiers de la longueur totale de l'animal. Il ne fait mention que de la nageoire du mâle.
L'Herminier a reconnu lOrque dans la mer des Antilles.
Le Musée d’Edimbourg en a reçu des ossements de Terre- Neuve.
Ot. Fabricius ne cite pas l’Orque parmi les Cétacés qui visitent la côte du Groënland, mais il est à remarquer qu’il le désigne sous un autre nom; son Physeler microps en a tous les caractères. La présence de cet animal dans ces régions est du reste reconnue par Holbôll ; l’Orque (Ardluk), comme le Braunfisch (Nisa), se trouvent au nord comme au sud du Groënland, dit-il ; il ne les a pas vus arriver avant le mois de mai et ils quittent seulement en hiver. Eschricht pense que ces animaux vont indifféremment là où ils rencontrent des Cétacés ou des Phoques.
L'Orque se montre çà et là en petites troupes, dit le courageux gouverneur danois, et il ne vient pas souvent à la côte.
Les récits des baleiniers s'accordent parfaitement sur le moment de l’arrivée de ce Cétacé, qui ne fait son apparition sur les côtes du Groënland, ainsi que nous venons de le voir, que pendant l'été. Comme nous venons de le dire, on y voit parfois de singuliers et sanglants spectacles : Holbôll a vu, près de Godhavn, toute une gamme de Beluga, acculée dans une baie par les Orques, et tous jusqu'au dernier furent littéralement mis en pièces. On a vu des Orques attaquer un canot peint en blanc pendant qu'on était à la pêche du hareng, le prenant pour un Beluga.
L’Orque ne se tient pas uniquement dans les régions tem-
ca ds
pérées : Holbôll en a vu qui étaient gelés dans les baies. Il parle aussi de trous qu’on laissait ouverts dans la glace pour y attirer les Orques et les tuer sur place quand ils venaient y prendre l'air.
Il ne fréquente généralement pas la glace, dit R. Brown, mais le Mysticelus s’y réfugie au besoin pour se soustraire à son ennemi.
Les côtes ouest des Etats-Unis d'Amérique sont également fréquentées par l'Orque, et le capitaine Scammon à même cru devoir en faire deux espèces. Le savant baleinier parle d'un Orque du golfe de Georgia, au nord de l’île Van Couver, auquel il donne le nom de Orca atra. Il ne pense pas que ces Cétacés soient confinés dans la mer des latitudes chaudes, mais qu’ils émigrent aussi du nord au sud à lapproche de l'hiver.
Le British Museum en a reçu également des ossements du nord du Pacifique.
Tilesius fait aussi mention,de leur présence dans cet océan.
Le capitaine James Colnett à rencontré l’Orque auprès du Golfe de Panama 1.
Le professeur Steindachner a rapporté un superbe crâne des côtes de Californie pour le Musée de Vienne.
Eydoux a reconnu la présence de l’Orque sur les côtes du Chili.
On a trouvé un Orque au détroit de Magellan : Burmeister lui a donné le nom d'Orca magellanica ; il est voisin de l’Orca capensis, dit-il, mais plus grêle. Il à été trouvé près de l’embouchure de l’Arroyo de Christiano muerto. (Lat. s. 38°50°.) Le crâne et les nageoires sont conservés 2.
Paul Gervais a eu l’occasion de comparer d’autres crânes du détroit de Magellan avec ceux d'Europe et de Tasmanie, et il fait remarquer qu'ils tiennent à la fois des uns et des autres. Ce qui veut dire qu'il n'existe pas de différences notables entre -eux à.
* À voyage lo the South Atlantic, London, 1798. 3 Ann. nal hist, août 1866.
3 Journal de Zuologie, vol. 1, p. 69.
Sa présence a été reconnue aussi au cap de Bonne-Espérance et sur les côtes occidentales d'Afrique. Viletti (1818), 3. Verreaux et Castelnau l’ont parfaitement reconnu dans ces parages. Castelnau a capturé une femelle le 30 septembre 1856, au cap Town (Afrique).
Le British Museum en a reçu plusieurs crânes du Cap.
L'Orque fréquente également la mer des Indes. M. Holsworth, qui a fait la pêche aux perles sur la côte ouest de Ceylan, a vu, le 7 avril 1868, un Cétacé de 25 pieds de long; le dessin, qu'il en publie, représente une nageoire dorsale droite et pointue comme un glaive au milieu du dos; cette nageoire n’a pas moins de à pieds de hauteur, et il accorde à l'animal 25 pieds 1. Blyth a reconnu également l’'Orque dans la mer des Indes.
Le British Museum a reçu un beau crâne des îles Seychelles,
Pendant le voyage au pôle sud de Dumont d’Urville, Dumoutier a vu, dans les parages des îles Powell et des Nouvelles-Shetland méridionales, des Souffleurs qui sont de véritables Orques, ayant un grand aileron dorsal droit, aigu, non courbé en arrière; Dumoutier dit dans ses notes : Nous les avons encore aperçus auprès de plusieurs Baleines, allant comme elles en petites troupes ou par couples, ce qui nous a fait penser qu’ils pouvaient bien être dans la saison de leurs amours ou dans la période de parturition ou de lactation. La coloration de ces Cétacés, dont Dumoutier parle dans ses notes, indique suffisamment que ce sont bien des Orques. La nageoire dorsale était très grande, triangulaire, très aiguë, plantée au milieu de la longueur du dos, haute de 2 à 3 pieds.
Le Dr Fischer a publié une notice sur ces Orques observés durant le voyage de l’Astrolabe et de la Zélée ?.
Seraient-ce aussi des Orques dont parle le capitaine Jouan, sous le nom de Delphinus feres, Blackfish, dont il a rencontré
* Note on a Celaceean observed on the West Coast of Ceylan, Proc Zoo. Soc. april 1872, p. 585.
? Journal de Zoologie, vol. 5, p.146, 1876.
des individus, le 7 mars, sous l'équateur, par 31° longitude ouest, et 39° sud, aux.îles S'-Paul et Amsterdam 1? Nous n’oserions l’aflirmer, mais en tout cas c’est probable.
L’Orque pénètre dans la mer d’Okhotsk, avons-nous dit plus haut. Middendorf y a vu une gamme de quinze individus qui poursuivait des Baleines le long des côtes. C'était le 13 juillet. Il a pu les suivre à l’aide d’une longue-vue 2.
Le capitaine Scammon fait également mention de la présence d'Orques dans cette mer. La fréquence de ce redoutable carnassier correspond sans doute avec la présence de la Baleine du Japon et du Rhachianecte glauque, qui visitent régulièrement cette mer intérieure.
Le savant baleinier américain a eu la chance d’en capturer un dans les parages de l'ile de PAscension, qui avait son estomac encore rempli de jeunes Phoques.
La mer du Japon renferme également ce terrible carnassier ; Schlegel en fait mention dans la Fauna Japonica, et il ne le distingue pas de l’espèce ordinaire. L'Orca est si bien connu des Japonais, qu’on le nomme Sakamata-Kuzira, dit Schlegel, à cause de sa nageoire dorsale élevée et sa ressemblance avec une lame de sabre. Il le désigne sous le nom de Delphinus Orca.
Chamisso le cite également dans ces régions.
Le capitaine Scammon signale également la présence de lOrque dans le détroit de Behring et dans l'océan Arctique.
. Le nom donné à un Cétacé des côtes d’Alaska, ainsi que Ja description qui en a été faite, ne laissent pas de doute que l’'Orque fréquente également les côtes de PAmérique russe.
Moseley fait mention de Cétacés très communs, formant de petites gammes, près du cercle antarctique, que nous croyons devoir également rapporter à des Orques; ils ont une haute nageoire dorsale, dit-il, et la coloration de la peau est conforme
1 Mém. Soc. imp. de sc. nat. de Cherbourg, 1861. 3 Mippenvorr, Sibirische Reise, Bd. Il, p. 125, 1453.
à celle de ces Cétacés. (Smaller cetaceans probably of a Kind of GRAMpuS (Orca) very common, dit-il; il en a vu in Small Schools).
M. Flower a reçu des restes d’Orque de Tasmanie, et le capitaine Berard en a rapporté de la Nouvelle-Zélande pour le Muséum de Paris.
En résumé, Villetti comme Verreaux et Castelnau l'ont signalé au cap de Bonne-Espérance, Blyth dans la mer des Indes, Holsworth sur les côtes ouest de Ceylan, Sicbold et Chamisso dans la mer de Chine, l’Herminier dans la mer des Antilles, Burmeister et d’autres dans le détroit de Magellan, Eydoux sur les côtes du Chili et du Pérou, Colnett dans le golfe de Panama, le capitaine Jouan aux îles S'-Paul et d'Amsterdam, Dumont d’Urville aux îles Powell, le capitaine Scammon à l’île de l’Ascension, le capitaine Berard à la Nouvelle-Zélande, Moseley près du cercle antarctique, Tilesius et Steindachner dans locéan Pacifique et sur la côte de Californie.
Il semble résulter de tout ce qui précède que l'Orque n’a pas de station régulière, et qu'il ne visite le Groënland ainsi que la mer de Baflin que pendant l'été.
MUSÉES
Les Orques sont généralement bien représentés dans Îles Musées, soit par des squelettes complets, soit par des têtes isolées.
Nous allons passer en revue, suivant l’ordre alphabétique, les Musées des villes où l’on en conserve des restes.
A Amsterdam, deux têtes d'Orque sont conservées au Musée Vrolik, aujourd’hui la collection du Jardin Zoologique. Il est probable qu’elles viennent des côtes des Pays-Bas.
Le Musée de Bordeaux renferme, entre autres, le squelette d’un animal capturé à l'embouchure de la Gironde, qui a été étudié par M. Souverbie.
À Boulogne-sur-Mer on conserve divers ossements, notamment une tête, trouvée dans un terrain argileux ; on la suppose enfouie avant l'occupation romaine (Gervais).
En Belgique, nous trouvons au Musée royal, à Bruxelles, un squelette d’adulte et un autre d’un jeune animal provenant d'individus échoués sur les côtes d'Ostende.
Au Musée de Buenos-Ayres, on possède le crâne, avec une nageoire dorsale et une caudale, d’un Orque (Orca magellanica, Burm.) trouvé près de l'embouchure de la rivière Arrayo de Christiano muerto.
Il existe aussi des restes d'Orque au Musée de Cambridge ; d’autres au Musée de Christiania.
A Copenhague il y a quatre beaux squelettes d'Orques, dont deux de Feroë et de Jutland d’un très grand individu : on voit exceptionnellement cinq os carpiens fort distincts dans Ja nageoire pectorale de l’un d'eux. En recevant le squelette de celui qui contenait 15 Phoques et 13 Marsouins dans son estomac, le savant Directeur mr'écrivait : Voilà le quatrième squelette de mon Musée.
Le Musée d'Édimbourg en possède un crâne d’énorme dimension, provenant de Terre-Neuve; le même Musée possède le fœtus figuré par le professeur Sir W. Turner.
Gand possède un squelette des environs d’Ostende.
À Gôteborg on conserve, au Musée, le squelette de l'animal qui a péri, le 18 décembre 1868, sur les côtes de Suède.
Le Musée de Greifswald renferme le squelette d’un animal capturé dans la Baltique.
Au Musée de Leyde on voit deux squelettes : l’un des deux provient de l’animal échoué, en novembre 1841, à Wyk-aan- Lee. On y voit également l’Orque du Japon et deux autres têtes sans indications d’origine.
Au Musée de l’Université de Liège on trouve le squelette complet d’un jeune Orque capturé sur les côtes de Zélande.
Le D' Gray a publié, en 1870, une note sur les crânes d’Orques conservés au British Museum. Il cite d’abord un beau crâne des îles Seychelles, qu’il rapporte à l’'Orca capensis ; un
crâne d’adulte des côtes d’Essex et un autre sans mandibule, rapporté à l’Orca latirostris ; un crâne de la collection de la Société Zoologique, sous le nom d’Orca pacifica, du nord du Pacifique. Une tête d’Orque de ce musée provient de la collection de Cross et une autre de la collection de Sir W. Turner.
Le British Museum possède un autre crâne d’origine inconnue, auquel Gray a donné le nom d’Orca intermedia; il comprend encore un squelette complet de 20 pieds de long, offert par M. R. Peara, provenant d’un animal capturé à Weymouth, puis un beau crâne du cap de Bonne-Espérance.
Le Musée royal du Collège des chirurgiens possède le crâne rapporté de locéan Pacifique par le capitaine Delvitte.
A Louvain, nous avons un squelelte d’un animal adulte recueilli sur les côtes d’Ostende.
Au Musée de l'Université de Lund on conserve ua squelette du cap Nord, un de Helgoland, et un autre du mâle qui a péri en mars 1851, à Osters Jôün. On y conserve en outre une colonne vertébrale, des côtes et un radius.
Au Musée de Marseille on conserve divers oSsements, surtout des vertèbres sans indication d’origine, provenant sans doute d’un animal qui a péri dans la Méditerranée.
On voit aujourd’hui dans les galeries du Muséum de Paris un squelette de mâle et de femelle. Il est assez étonnant, comme nous l'avons fait remarquer déjà, que Paris ne possédait pas, il y a quelques années, un seul squelette de ce Cétacé. Le plus complet ne comprenait que le crâne et une partie de la colonne vertébrale; c'est le même qui est placé encore aujourd’hui debout au fond de Ja salle, à côté de la tête du Cachalot. Les dents sont +, quoique la figure donnée par Cuvier n’en représente que <?-. Il est probable que ces os proviennent d’un animal pris sur les côtes de France, mais on n’a conservé aucun renseignement sur son origine.
On voit encore, dans les galeries du Muséum de Paris, plusieurs têtes d’une grande importance scientifique; la plus belle et en même temps la plus grande:a été rapportée, en 1832, des côtes de Chili, par Eydoux. Une seconde tête, non moins inté-
ressante, provient d’un jeune animal rapporté par Ed. Verreaux, en 1837, de Algoabay. Ses dents sont -+-. Une tête de Fœroer -est attribuée à l'Orca Eschrichtii.
A Stockholm on voit un beau squelette complet d’un animal énorme par sa taille, rapporté, par le baron Nordenskiold, de la mer Glaciale. On y voit encore plusieurs autres squelettes, dont un provient d'un animal trouvé mort dans le Kattegat, et celui d’un autre animal capturé sur les côtes de Finmark. Ce Musée renferme encore une tête qui n’a pas moins de quatre pieds de long. C’est la plus grande que j'aie vue jusqu’à présent. -Le Musée de Stockholm renferme en outre plusieurs squelettes et des têtes rapportées des expéditions arctiques.
Nous pouvons citer également plusieurs squelettes d’origine différente, conservés au Musée de St-Pétersbourg.
Au Musée royal de Stuttgard, on voit une tête fort grande obtenue par échange avec le Musée de Copenhague.
À Upsala, on conserve un squelette d’un animal qui a péri sur les côtes de Gotland.
Le Musée de Philadelphie renferme également des ossements importants du Cétacé qui nous occupe.
DESSINS
L'Orque a été représenté un grand nombre de fois, mais ce n'est que dans ces derniers temps qu’il en a paru une image fidèle.
Hans Égède a déjà figuré le Schwerdtfisch.
Une des plus anciennes figures, et qui est restée longtemps seule, est celle de Rondelet 1; elle a été souvent reproduite. Il est inutile de faire remarquer que toutes les parties du corps ne sont pas également bien reproduites : le corps lui-même est beaucoup trop gros et les nageoires, celle du dos surtout, sont copies d’un poisson.
! RoxvELer, De Piscibus, lib. XVI, p. 485, 1554.
Dans Borowski nous trouvons une figure qui n’est pas meilleure que celle de Rondelet.
Il existe aussi un dessin fait par le D' Bloch, d’après un animal capturé en 1844 sur les côtes du Groënland.
Du Hamel a figuré deux Orques, Fun sous le nom de Cachalot d'Anderson, pl. IX, fig. 1, d'après un exemplaire capturé à l'embouchure de la Loire, à une lieue du port de Vannes; l'autre, sous le nom de Mulard ou Senedette, pl. IX, fig. 7.
Le dernier n’a pas de nageoire dorsale, soit que le dessinateur ne l'ait pas observée, soit que l'individu l’eût perdue. Le Cachalot d’Anderson a été dessiné, dit Du Hamel, dans l’explication des planches, à Vannes, sur un animal qui avait 18 pieds de longueur ; il avait vécu pendant trois mois entre les petites îles du canal qui conduit au port de Vannes; il avait reçu plusieurs coups de fusil, dont un lui avait percé l’aileron du dos !.
Hunter a publié Ja figure d’un Orque mäle, pris à l’embouchure de la Tamise, en 1759, et d’une femelle, prise également dans la Tamise, en 1772 2, qui avait 18 pieds de long. La pl. V, fig. { représente le mâle, la fig. 2 la femelle. Le mâle a la nageoire dorsale longue et placée en avant, la femelle a, au contraire, la nageoire dorsale courte et placée en arrière.
Lacépède a publié un dessin, envoyé par Sir J. Banks, d’après un animal pris dans la Tamise, en 1793. Les figures 1 et 5 de la pl. XV représentent également l’Orque, et la pl. V reproduit le dessin de la tête.
Le 11 juin 1876, un jeune mâle, capturé dans la Garonne, a été figuré dans les Actes de la Société linéenne de Bordeaux 3.
! Traité yénéral des Péches, t. IV, p. 55. La pl. IX, fig. 1, indique un Orqu», qui est bien représenté; la fig 6 de la même planche représente également un Orque, mais beaucoup moins bien. La première figure désigne le Cachalot d' Anderson, l'autre, le Mulard ou Senedette.
? Joux Hunter, Transactions philosophiques, 1787, pl. XVI.
3 Act. Soc. Linn. de Bordeaux, 1876.
Schlegel a publié un dessin d’après une femelle de 16 pieds environ, qui a échoué, en novembre 1841, sur les côtes de Hollande, à peu de distance de Wyk-0op-Zee t. Ce dessin a été reproduit par Van der Hoeven dans une Notice sur les Cétacés en général 2.
Nous avons publié le dessin, fait d’après nature, d’un jeune animal pris à Ostende avec sa mère én 1843-1844, et dont le squelette ainsi que la peau sont conservés au Musée de Bruxelles 3.
Le 27 décembre 1679, un Orque a été tué sur les côtes danoises ; il eu reste une peinture.
Ün individu, trouvé mort dans la mer du Kattegat et dont le squelette est à Stockholm, a été photographié par les soins du professeur Smitt. La nageoire dorsale est recourbée en arrière et peu élevée.
L'Orca décrit, en 1851, par Nilsson a été dessiné par le Rév. Lundberg. Eschricht a vu ces dessins à Lund #,
Le professeur Steenstrup possède le dessin d’une femelle de 15 pieds de longueur, qui a péri sur les côtes du Jutland, en 1855.
Le professeur Lutken vient de publier un beau dessin d’une femelle, pêchée dans le Limfjord en septembre 1872. Ce dessin a été fait par le professeur Reinhardt ÿ,
Nous trouvons une ressemblance complète entre ces trois dessins.
Lutken reproduit aussi de fort jolis dessins de la région cervicale, et de plusieurs têtes des deux sexes, provenant de diverses localités.
! Abhandlungen... NN, Weitere Beiträge zur naturg. d. Cetaceen, pl. 7 el &.
? Over Walvischartige dieren, Album der Natuur, 1858.
Mémoires sur les Orques observés dans les mers d'Europe. MEN. DE L'ACAD, ROY. DES SC., DES LETTR. ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE, t XLHII,
= 4 Forhandl. vid de skandinaviske naturforskornes, 1851.
ÿ Lludes critiques... MÉM. DE L'ACADÉMIE DE COPENHAGUE. . . . 1887, pl. 1.
ot
Le professeur Smitt a bien voulu nous envoyer de bonnes photographies reproduisant un animal échoué, et un dessin d’après un individu trouvé mort dans la mer du Kattegat.
Un mâle d’Orque a été capturé le 19 novembre 1830 par les pêcheurs, dans le havre de Lynn (Lynn Harbour), à peu de disdistance de la ville; De Whurst en a publié un croquis fort reconnaissable; il en donne deux figures, dont une est toute fantaisiste : elle représente un animal avec une nageoire dorsale démesurément longue; le corps aussi bien que la tête semblent indiquer que le dessin n’est même pas fait d'après un animal empaillé; l’autre, sous le nom d’Orca communis, est bonne !.
Burmeistéer a figuré l'Orca magellanica dans les Annales du Musée de Buenos-Ayres 2.
On peut voir un croquis d’un Orque de 5 pieds, que Streenstrup a dédié à Eschricht (Orca Eschrichtii) dans la traduction anglaise du Mémoire de Reinhardt.
Un des Orques, observés par les naturalistes à bord de l’Astrolabe, dans le voyage au pôle Sud, a été dessiné avec un grand aileron dorsal, droit, aigu, non courbé en arrière; ce dessin faisait partie des collections et des notes manuscrites de Dumoutier, naturaliste à bord de lAstrolabe; ces collections sont conservées au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
James Hector donne une courte description de lOrea qu'il nomme pacifica, d'après Gray et publie un dessin de la tête de l'animal. [1 rappelle l'Orque du Pacifique, de Scammon, dit le docteur Fischer. Il a été vu au voisinage des îles Powell.
De Chamisso a reproduit des figures de Cétacés de la mer de- Kamschatka, parmi lesquelles on reconnaît l’Orque formidabilis
{ H, W. De Wacursr, The natural history of the order Cetacea... , London
? BURMEISTER, Fauna Argentina. ANNALES DEL MUSEO PUBLICO DE BUENOS- ASRES, 1868 — Annales a Mag. nat. hist., série 5, vol. XVII, pL 9, fig 5. (Aoùt 1666)
balænarum hostis. Mais il lui accorde, par erreur, deux narines comme aux baleines.
Le capitaine Scammon a représenté trois Orques de la mer Pacifique : le premier sous le nom d’Orca rectispinna, avec une nageoire dorsale très élevée, tout le corps noir et sans bandes; le second sous le nom d’Orca alter, avec une nageoire dorsale moins élevée, une tache pâle derrière l'œil et un chevron pâle au milieu du dos, derrière la dorsale; la face inférieure du corps reproduit le dessin ordinaire des Orques; le troisième ne diffère du précédent que par sa nageoire dorsale moins élevée.
M. E.-W.-H. Holdsworth a publié trois croquis de la nageoire dorsale du Cétacé qu’il a observé sur la côte ouest de Ceylan !.
Dans lOstéographie des Cétacés, nous avons consacré la planche XLVI, et en grande partie la planche XLIX, à l’ostéologie des Orques ?.
Malm a publié le dessin de la tête d’Orque rapportée par la Vega (Orca Eschrichtii).
Le professeur Sir W. Turner a figuré un fœtus mâle avec des détails intéressants sur la matrice et le placenta 3.
PARASITES
On a trouvé un grand nombre de vers dans l'estomac de l'Orque, mais jusqu’à présent ils n’ont pas été déterminés; on ne sait si ce sont des vers propres à l’animal ou des vers provenant de sa proie et qui sont devenus libres. Il y a bien de ces parasites, surtout parmi les Nématodes, qui tout en ne se trouvant pas dans leur milieu, ne continuent pas moins à vivre un certain temps et doivent être considérés comme des hôtes étrangers.
Les Orques qui ont péri, en février 1871, sur les côtes de
1 Proc. 50ol. Soc., 1812, p. 584.
2 Ostéographie des Célucés. .….
3 Turxen, Trans. roy. Soc, Edimbourg, vol. XXVI, 1871.
Shetland, avaient de nombreux vers dans leur estomac, mais n’ont malheureusement pas été conservés.
Au nord du Pacifique on a trouvé des Cirripèdes établis sur la tête d’un Orque, mais on a également négligé de déterminer le genre et l'espèce.
À en croire le capitaine Scammon, l’Orque serait exempt de parasites : The animal is entirely free from parasites, dit-il ; mais il est probable que le savant baleinier n’a entendu désigner sous le nom de parasites, que les commensaux qui vivent à l'extérieur. Rien ne nous fait supposer qu'il a visité l’intérieur de ces animaux.
LE PSEUDORQUE
(PSEUDORCA CRASSIDENS.)
LITTÉRATURE
onnaterre, Célologie de l'Encyclopédie méthodique, in-4°, Paris, 1789, p. 27, n°9,
Lacépède, ist. nat. des Cétacés, Édit. in-19, t. II, p. 255, Édit. in-4°, Paris, l'an XII, p. 512.
Desmarest, Mammalogie de l'Encyclopédie méthodique, in-4°, Paris, 1520, p. 516.
Owen, Bril. fossil. mammals and Birds, London, 1846, p. 516, fig. 215.
Reinhardt, Roy. Danish Soc. of science, novembre 1862. — Kong. Danske videnskab, Selskab Forhandl., 1862. Trad. anglaise, Ray. Society 1866, Recent memoirs on the Cetacea, p. 191.
J. Reinhardt, Pseudorca crassidens, et for den Danske fauna nyt Hvaldyr. Acad. r. des sciences de Copenhague, 1865.
Burmeister, Ann. Mus. publ. Buenos-Ayres, t. I, p. 567, pl. XXI, fig. 5-6, 1869.
E. H. Glglioli, £lenco dei Mammiferi, degli Uccelli e dei Rettih iltiofagi appartenenti alla Fauna italica, Firenze, 1880.
Flower, À new species of grampus (Orca meridionalis), Proc. ZooL. Soc. London, 1864, p. 420, fig. 1-2.
Flower, Vote on Pseudorca meridionalis. Proc. ZooL. Soc., juin 1865,
Reinhardt, Quelques mots sur le Pseudorca Grayi, Copenhague,
VipEnsk. SELSK. FornAnD, novembre 18792.
Giglioli, Vote intorno an nuovo celaceo nel Medilerraneo da riferirsi probubil. al gen. Pseudorca, ZooLociscEr ANZEIGER, 18892, p. 288.
HISTORIQUE
En 1861, le 24 novembre, l'apparition d’une bande de Cétacés dans la baie de Kiel produisit l'effet d’un événement parmi les Cétologues: un Dauphin, d’une très forte taille, faisait son apparition dans les eaux de l'Europe, et c'était sur les frontières même du pays, habité par le prince des Cétologues, que le premier individu de la bande venait se faire prendre. Eschricht avait passé sa vie à étudier les Cétacés, et vers la fin de sa carrière, une espèce inconnue vint se révéler dans le pays même du savant Danois.
Voici comment le D° Môbius, aujourd'hui directeur du Musée de l'Université de Berlin, rend compte de cet événement : Le 24 novembre 1861, avant le lever du soleil, dit-il dans une lettre adressée au directeur du journal du Jardin Zoologique de Francfort, les pêcheurs aperçurent, dans la baie de Kiel, une énorme bande de Dauphins prenant gaiement leurs ébats ; les uns s'élançant hardiment hors de l’eau, les autres se livrant à des évolutions à peu de profondeur. Les pêcheurs se mirent immédiatement à leur poursuite, et, après bien des efforts, finirent par en capturer une femelle de plus de 15 pieds de longueur.
En ouvrant le ventre, on s’aperçut qu’elle portait un petit, et on avait par là la certitude que la mère avait atteint son complet développement.
C'est un Butzkopf qui se rapproche des Orques, disait le D: Môbius avec raison ; mais il est tout noir, à l'exception d'une tache blanche, à peine perceptible, sur le côté du corps.
Le propriétaire fit voir l'animal dans tout le Holstein, puis à Hambourg, et le Musée de Kiel en fit Pacquisition.
Le professeur Behn, de cette Université, se proposa de publier un mémoire sur le Cétacé qui venait faire cette brusque apparition ; Behn avait déjà enrichi la collection de Kiel d’un sque-
lette de Plataniste qu'il avait recueilli lui-mème dans le Gange; il allait enrichir le Musée d’un animal nouveau qui était venu le trouver chez lui. Il en fit part à Eschricht, et lui fit connaitre que le corps était entièrement noir, à l’exception de la ligne médiane de l'abdomen, qui était blanche; le cou et le pourtour des organes sexuels avaient des teintes grises. [1 avait trouvé l'estomac rempli de vertèbres de Gadus œæglefinus. C'est du Dauphin Feres que le nouveau Cétacé se rapproche le’ plus, disait Behn.
Le Dauphin Feres n’était connu que par un seul exemplaire dont il n’est resté qu’une description fort mcomplète.
D'autres individus de cette bande interlope périrent peu après sur les côtes voisines et Eschricht fut bientôt à même de se prononcer sur la nature de cet inconnu.
En effet, quatre mois après la première capture, le savant Cétologue est informé que le cadavre pourri d’un Dauphin est jeté sur la plage de la Fionie ; il se hâte de se le faire envoyer à Copenhague et reconnait que c’est un mâle de cette bande, long de 445; ses mâchoires portent chacune neuf dents, semblables à celles des Orques; la colonne vertébrale est formée de cinquante et une vertèbres; il a dix paires de côtes, avec une côte rudimentaire à droite et des nageoires pectorales semblables à celles des Lagénorhyneques 1.
À propos de la famille des Grindewalls, Eschricht fait mention de l'apparition de ce Delphinide, qui tient en même temps du Globiceps et de lOrque, et il propose, en attendant la description promise par M. Behn, de l'appeler Grampus Behnt.
Le professeur Reinhardt, à son tour, s’occupa de ce nouveau Cétacé ; il ne peut entrer, d’après lui, ni dans le genre Orque ni dans le genre Globicéphale, et il propose d'ériger un genre
* EscuricuT, Recherches sur les Célacés des mers boréales. Cette publication à été interrompue par la mort de l’auteur; Milne Edwards en a publié le chapitre II, Sur la distribution des Célarés dans les mers boréales, dans les Annales des sciences naturelles, 5° sér., t. 1, Paris, 1864, p. 201.
nouveau sous le nom de Pseudorque. Ses dents sont plutôt des dents d’Orque, mais la coloration de la peau est plutôt celle des Grindewalls, ainsi que le genre de vie, notamment leur association en bandes nombreuses. Reinhardt reconnaît ensuite que cet animal n’est pas précisément nouveau pour la science : il y a déjà plusieurs années, dit-il, on a trouvé en Angleterre, dans le voisinage de l’ancienne ville de Stamford, au fond d’une couche de tourbe, un squelette assez complet d’un Cétacé, qui a tous les caractères du nouveau genre ; R. Owen lui avait donné le nom de Phocæna crassidens ; ce Phocæna tient à la fois au Phocæna melas, qui est le Globicephalus, à lOrca et au Beluga, avait écrit illustre directeur du British museum !. Le Phocæna crassidens est bien de la même espèce que le Pseudorque qui venait de faire son apparition, et Reinhardt lui conserva son nom spécifique.
Peu de temps après l'apparition de ce nouveau Delphinide dans les mers d'Europe, le Musée du collège royal des chirurgiens de Londres reçut de Hobart Town (Tasmanie), deux têtes qui ne se rapportaient à aucun des nombreux Cétacés de cette riche collection, etle professeur Flower les rapprocha du Phocæna crassidens, trouvé dans la Tourbe du Lincolnshire. Au mois de novembre 186%, le savant directeur communiqua une notice à la Société de Zoologie de Londres, avec la description et la figure des deux têtes, désignant le Cétacé de Tasmanie sous le nom de Orca meridionalis ?.
Le 13 juin suivant, sur son invitation, M. Flower 3 reçut deux squelettes de ce même animal et fit connaître, à la séance du 15 du même mois, que le nom de Blackfish est donné par les pêcheurs d'Australie à deux Delphinides différents, l’un à tête obtuse, qui est le Grindewall, l’autre à tête pointue, qui est celui dont nous parlons.
1 Brat. foss. Mammals.... London, 1845, p 516, fig. 215.
2 W. II, Fiower, On a reiv species of Grampus (Orca meridicnalis) from Tasmania, Proc z001. Soc., november, 1864.
5 Note on Pseudorca meridionalis, Proc. zooL. Soc., june 1805.
Le correspondant de M. Flower l’informe en même temps que cet animal atteint de 12 à 15 pieds, que le mâle est plus grand que la femelle, que les nageoires pectorales sont allongées, que la couleur est noire dessus et sur le côté, plus pâle en dessous; enfin, que l’animal se réunit par gammes et nage dans les mêmes eaux que le Cachalot.
En parlant de lOrca (Pseudorca?) meridionalis, M. Flower dit: « Probably, as in the case of some other genera of Cetacea, we have here representative species. »
Nous voyons ensuite signaler un Cétacé sous le nom générique de Globicephalus, qui n’est pas sans ressemblance avec celui qui nous occupe. En effet, dans le cinquième fascicule des Annales du Musée de Buenos-Ayres, Burmeister publie la liste des Mammifères marins qui fréquentent les côtes de Ia République Argentine; nous y voyons, sous le nom de Globicephalus Grayi, la description d’un Cétacé échoué sur les côtes de cette république et qui nage, d’après ce que nous apprend le savant directeur, la nageoiïre dorsale hors de l'eau.
Paul Gervais { et Reinhardt 2? ont exprimé l'opinion, que du reste nous partageons complètement, que ce prétendu Globicéphale des côtes de la République Argentine n’est autre chose qu'un Pseudorque, et nous ajouterons, probablement de la même espèce que le Pseudorque qui est venu nous visiter en 1861.
Ne trouve-t-on pas des traces de l'apparition d’un Cétacé semblable dans les anciens auteurs?
L'abbé Bonnaterre a décrit un Dauphin sous le nom de Feres, avons-nous dit plas haut, dont le squelette était conservé au séminaire de Fréjus, mais on ne sait ce qu'il est devenu. L'animal avait une longueur de 7 mètres; il portait 26 dents de chaque côté et à chaque mâchoire (Risso dit 20 dessus, 22 dessous), dont 6 plus grosses que les autres.
Risso a vu l'animal à Nice et il signale une grande bande d’un gris sale de chaque côté du corps depuis la gorge jusqu’à l'anus.
1 P. Gervais, Journal de Zoologie, vol. 1, p. 68. ? P. Gervais, Journal de Zoologie, vol. 2, p. 57.
Cuvier rapproche cet animal de Nice des Globiceps, mais il fait remarquer que les dents sont divisées en deux lobes par une rainure {.
Eschricht s’est beaucoup intéressé à ce Cétacé et il a cru devoir le placer entre les Orques et les Globiceps.
Le professeur Giglioli pense que le Feres de Bonnaterre pourrait bien être aussi un Pseudorca et plus d’un naturaliste a partagé cet avis.
Quelques exemples dénotent que le Pseudorque n’est pas aussi étranger à nos mers qu'on le supposait.
Le premier est celui du professeur Giglioli, qui a vu au Musée de Palerme deux crânes, dont l’un est d’un animal adulte, l’autre d’un jeune animal ; ils étaient censés appartenir tous les deux à des Orques. Un de ces crânes est photographié. Le professeur de Florence, ayant eu l’occasion de visiter le Musée de Copenhague, a reconnu que les têtes de Palerme ont tous les caractères des Pseudorques. Il assure même que ce Cétacé n’est pas rare sur les côtes de Sicile, que les pêcheurs le désignent même sous un nom particulier : Murtaro.
M. Giglioli ne connait que ces deux cas de captures de cette espèce dans la Méditerranée. *
Un autre exemple est signalé par mon collaborateur Paul Gervais; il a reçu la partie dentaire d’un maxillaire inférieur d’un animal échoué sur la côte d’Elne (Pyrénées-Orientales) en juin 1857, et qui semble appartenir à ce genre. Il en est fait mention dans l’Ostéographie des Cétacés, p. 549, et la mâchoire est figurée pl. LXIV (fig. 3).
James Murie a dressé un petit tableau pour représenter les affinités des principaux Cétacés 2 et place les Pseudorques entre les Grampus, les Globiceps et les Orques. Les Pseudorques ont, en effet, des aflinités avec ces trois genres.
M. Giglioli a parlé en 1882 d’un Pseudorca mediterranea 3,
1 Recherches sur les Ossem foss., vol. 5, p. 287.
? James Murie, On Risso's Grampus. JOURNAL OF ANATOMY AND Paysio- LOGY, vol. 5.
5 Zoolog. Anseiger, 1882, p. 288.
( 484) mais il a reconnu depuis qu’il n’y avait pas lieu de séparer les Pseudorques qui entrent dans la Méditerranée, de ceux de l'Océan.
Nous ne connaissons pas aujourd’hui une seule espèce de Cétacés propre à une des mersintérieures d'Europe. Nous disons aujourd’hui, parce qu'il n’en était pas de même à l’époque où la mer Noire était directement en communication avec la mer Caspienne et la mer Arctique. On trouve dans le bassin de ces mers des espèces fossiles, même des baleines de petite taille, qui lui sont propres.
SYNONYMIE
Phocæna crassidens, Owen, Brit. foss. mamm. London, 1846, De516, 11913;
Globicephalus Grayi, Burmeister, Ann. Mus. pub. Buenos- Ayres, t. 1, pl.:XXI, 4869.
Grampus Behnii, Eschricht *.
Orca crassidens, Gray.
Pseudorca Grayi, Reinhardt, Quelques mots sur le Pseudorca mediterranea, Gigl., dans Zool.-Anxeiger. Copenhague, 1872.
Pseudorca, Van Beneden et Gervais, Ostéographie des Cétacés. Paris, 1880, p. 548.
Blackfish, Peaked noses, en Australie.
CARACTÈRES
Le Pseudorca crassidens atteint une longueur de 15 à 49 pieds ?; les dents sont au nombre de 16 dessus, de 18 ou 20 dessous; elles sont plus fortes que celles des Tursiops et des Grindewalls, mais moins fortes que celles des Orques. La peau est toute noire, à l'exception de la ligne médiane sous l'abdomen, et d’une tache pâle sur le côté.
1 Eschricht a donné ce nom dans ses Recherches sur les Cétacés, dont les premières feuilles seules sont imprimees. 2 Le mâle seul atteint cette dernière longueur.
Le Pseudorca a des affinités avec les Orques, comme son nom l'indique, et avec les Grindewalls, tout en se rapprochant plus des derniers que des Orques: en effet, les Grindewalls comme les Pseudorques sont intièrement noirs en dessus et sur le côté, comme le nom de Blackfish l'indique, tandis que les Orques ont de grandes taches jaunes sur les flancs et autour de l'épaule; les premiers vivent par bandes de plusieurs centaines d'individus, les Orques au contraire ne se réunissent qu'à cinq ou six, rarement à un plus grand nombre; Îles Grindewalls, et nous supposons aussi les Pseudorques, sont exclusivement ichtyophages et ne se sustentent que de menu fretin ; les Orques sont franchement carnassiers et ne s'attaquent qu'à des Phoques, à des Dauphins ou même à des Baleines ; enfin les Orques vivent en polygamie comme les Cachalots, et nous ignorons comment sous ce rapport se comportent les Grindewalls et les Pseudorques.
Les nageoires pectorales sont fort longues et très eflilées dans les Grindewalls, courtes et fort larges, tronquées même, dans les autres.
Si nous comparons le squelette de ces animaux entre eux, nous trouvons que les Grindewalls ont les sept vertèbres cervicales toujours complètement soudées, tandis que les OÜrques ont toujours les deux premières cervicales libres. Le nombre de vertèbres est de 58 à 59 dans les Orques, rarement elles dépassent le nombre de 52 dans les autres.
ORGANISATION
La tête de ces Delphinides est plus courte que celle des Orques et plus large dans la partie faciale. Les intermaxillaires sont élargis, obtus, rétrécis près du trou sous-orbitaire et élargis un peu en avant de ce point.
Dans les divers individus rapportés à ce genre, la distribution des dents est la suivante : F2, HS, 2, 29, HS,