‹ Histoire naturelle des cétacés des mers d'EuropeChapitre 48 sur 51 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

Les Samoyèdes se livrent également à cette industrie : il existe des pêcheries à l'embouchure de Ja Dwina. On se sert de sennes : plusieurs pêcheurs se réunissent et attachent leurs filets les uns aux autres; ils entourent toute la gamme quand elle s'engage dans une baie, ils rétrécissent successivement le cerele en les poussant vers la côte et ils les harponnent ensuite les uns après les autres f. Si les fiords se mettent à sec pendant le marée basse, on les assomme sur place.

A l’est de la Sibérie, sur la rivière Tigel, il existe également une pêcherie de Beluga à laide de filets, pendant les mois de juin et de septembre.

Cette pêche se pratique également dans le golfe du Maine (St-Laurent).

On voit dans les Mittheil. de Petermann qu’un marchand de Brème fait mention des forts filets que lon emploie dans cette pêche, à l'entrée de la Jennissey 2.

Cette pêche est plus importante que celle des Phoques, et l’on prétend que l'huile de Beluga est plus fine que celle des Pinnigrades en général.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

Le Beluga, que l’on appelle aussi le Dauphin blanc, à cause de sa couleur, et Delphinaptère, à cause de l'absence de nageoire dorsale, est, de l'avis de tous les baleiniers, le plus commun des Cétacés sur les côtes du Groënland. Il arrive en octobre à la baie de Disco (69° 15’), se rend en décembre jusqu’à Godthaab, puis se répand jusqu'aux 63° et 62° degrés de latitude.

Vers la fin d'avril et jusqu’au commencement de juillet, on le voit se retirer vers le nord jusqu'aux 69° et 70° degrés.

Le Beluga est une espèce essentiellement polaire, comme le Narval et la Baleine franche. Ces trois Cétacés sont répandus

1 Az. ScuucTz, Notice sur les pécheries, 1875. 2 Perermann's, Miltheil, 25 Bd., 1879, p. 82.

sur toute la calotte boréale, et passent par le détroit de Bering comme par le détroit de Smith.

Le baleinier Martens nous apprend que les pêcheurs aiment à voir ce Cétacé quand ils approchent des lieux de pêche. Ils disent : beaucoup de Beluga, bonne pêche, beaucoup de Phoques, mauvaise pêche; sans doute que la päture des Beluga, dans ces parages, est la même que celle des Baleines, c’est-àdire, formée de Crustacés et de Ptéropodes.

On le voit par bandes nombreuses, au Groënland comme au Spitzherg, dans la mer Blanche comme dans la mer de Kara, et à la Nouvelle-Zemble.

Eschricht, dans le tableau représentant les Baleines franches, les Mégaptères et les Beluga dans la mer de Baflin, aux diverses époques de l’année, fait suivre le même voyage, du nord au sud et du sud au nord, au Beluga comme à la Baleine franche, mais avec cette différence que le Beluga se rend de3 à 4 degrés de plus au sud que la Baleine franche : le Beluga atteint, comme nous venons de le voir, jusqu’au 62° degré, la Baleine franche ne dépasse pas le 64° degré. L'un et l’autre ne s'y voient dans ces dernières régions qu’en hiver, de décembre en avril, pour y passer, ce que l’on pourrait appeler la bonre saison. Comme beaucoup de nos oiseaux passent l'hiver dans le midi, ces Cétacés quittent aussi les hautes latitudes pour passer ces mêmes mois plus au sud.

Sluyter fait une observation fort intéressante sur l'apparition et la disparition de certaines espèces vers le 60° degré de latitude nord; il a vu d’abord les Marsouins diminuer successivement en nombre et les Tursiops tursio prendre leur place; ces derniers diminuer à leur tour, et remplacés par les Balænoplera rostrata; enfin, celles-ci disparaissant, comme les autres, il a vu les Beluga rester seuls maitres de la place. Il a vu des gammes nombreuses apparaître à l’{le d'Amsterdam et au Zeeuwsch Uitkyk et approcher très près de son navire.

On lui assurait, dans ces parages, que depuis la diminution

1 Ezcyrer, Tydschrift van het Aardrykskundig Genootschap, n° 5, 1879,

du nombre de Morses, on faisait une chasse plus active aux PBeluga.

Le Dr Neale a vu des Beluga et des Narvals en grand nombre, au mois de septembre, sur les côtes de la Terre François- Joseph.

V. Baer signale leur présence dans la mer Blanche, où le Dr Malmgren en a vu en Juillet 1856.

Les Samoyèdes lui font la chasse surtout près de l'embouchure de la Dwina. C’est en juin et juillet qu'on les y trouve par bandes nombreuses.

Nordenskiold a vu le Beluga, à côté de la Balæna rostrata, dans la mer de Kara !, ensuite jusqu’au détroit de Bering.

Le Dr Finsch en a vu également à l'embouchure de lObi 2.

D’autres en ont vu également en assez grand nombre à l’embouchure de la Jennissey, et Dall cite l'exemple de Beluga capturés par les Russes, en 1863, à Nulato, sur la rivière Yukon, à 700 milles de la mer.

Bange assure que des Morses, des Phoques et des Dauphins (sans doute le Beluga) entrent dans la Lena 3.

On voit le Beluga sur les côtes d'Asie à 51° latitude nord, d’après Léop. von Schrenk #; il pénètre dans le fleuve Amour, à 40 milles dans l’intérieur des terres, dit ce naturaliste, et cette observation est confirmée par Arthur Nordmann 5.

Middendorf en a vu en quantité sur la côte sud de la mer d'Okhotsch, où ils apparaissent par petites bandes 6, et il les dit communs sur les côtes de la Sibérie : Er scheint an den

? Norvenskio1D, Bthang till k. Svenska Vetenskip-Academ. handlingar, V1877.

? Perers, Uebersicht uber di: wahrend der sibirischen Expcdilion von 4876 von H. Dr O. Finsch, Gesammelten Säugethiere . .. Monatsbericht, novembre, 1877.

5 Lettre de la station méléorologique polaire de la Lena.

4 L. Scnrenk, Reisen und Forschungen im Amurlande, 1854-1856, 1, p. 191.

5 NorpMann, Buliet. Soc. d Naïuralistes de Moscou, 4861, 1, p. 275.

5 Mivoennorrr, Sibiriscie Reise, Band 2, Th. 2, p. 122.

Sibirischen Küsten der Polarmeeres häufig vorzukommen, dit cet auteur.

Il en a vu aussi, en nombre prodigieux, sur les côtes sud de la mer d'Okhotsch, approcher par petites gammes les affluents de cette mer intérieure. — Il en a vu plus de mille réunis.

Le capitaine Scammon les a vus également dans la mer d'Okhotsch, et quelques-uns sur la côte ouest de l'Amérique du nord.

Il est fait mention également, dans lexpédition à la pointe de Barrow, Alaska, de schools de Beluga qui passent, pendant que les eaux sont libres de glace.

On capture le Beluga dans toutes les baies de l’océan Glacial.

Le golfe de S'-Laurent est assez régulièrement visité par ce Cétacé polaire, et à différentes reprises on en a capturé en vie pour les envoyer, par chemin de fer, sous le nom de White whale, à des aquariums. Un mâle de 700 livres a été transporté en 1863 à Boston !, un autre à New-York; on en a conservé en vie pendant quinze mois.

En 1877 on en a envoyé un du Canada à laquarium de Westminster à Londres, mais il n’y a pas vécu longtemps.

C’est le nom de White wale qui a fait dire aux journaux que l’on avait transporté des Baleines vivantes par le chemin de fer.

On cite quelques exemples d'individus égarés qui sont venus échouer assez loin de leur séjour habituel.

Le 7 juin 1815, un Beluga mâle s’est perdu dans la baie du Firth; un dessin en a été reproduit dans la notice de Neill 2.

En juin 1879, un autre de 12 pieds 6 pouces a été capturé sur les côtes d'Écosse. — M. Flower en a publié un dessin représentant l'animal échoué sur la plage, pendant la marée

1 WEYMAN, Description of a White fisch or White whale, Beluga borealis. Boston JOURN. NAT. HIST., 1865, p. 605.

? The Scotsman, may I, 1884.

basse. La partie postérieure du cràne est représentée avec son atlas tout luxé. On a trouvé dans le même filet un Saumon de 18 livres, que le Beluga poursuivait sans doute, dit M. Flower 1.

Un Beluga est venu mourir dans le Kattegat.

M. Harting a fait part de la capture d’un autre Beluga dans un filet à Saumons, à Dunbeath (Caithnesshire) 2. C’est sans doute cet individu dont le squelette photographié a été exhibé à l'Association britannique d’Aberdeen 3,

À quelques rares intervalles, des individus isolés sont allés se perdre sur les côtes du Labrador, et même sur le cap Cod (Massachusetts).

On a trouvé aussi quelques ossements fossiles que l’on a pu rapporter avec raison au Beluga : Le Rév. Zadock Thompson, de Burlington, a exhibé, en septembre 1849, à la Société de Boston, des ossements de Cétacés, qu’il attribue au Beluga; il les a trouvés au Canada, près du lac Champlain, à 65 pieds au-dessus du niveau actuel du lac, à 8 pieds de profondeur sous le sof. Il y avait une partie du crâne, une mandibule et des vertèbres, une omopiate, un humérus, un radius et cubitus, des côtes, un sternum, des dents et la caisse tympanique. On a trouvé des coquilles de Saxicava et de Leda avec ces ossements.

On a trouvé encore d’autres restes de ces Cétacés aux États- Unis, que l’on rapporte à l’époque glaciaire #.

Comme le Beluga est un animal essentiellement polaire, ainsi que la Baleine franche et le Narval, on peut se demander

1 Proc. Zool. Soc., novembre 1879, p. 667.

? Hartixe, Capture af a White wale on the Coast of Caithness Zuologist, vol 8,p 225.

5 Report of the Brit. Assoc , 1886, p. 104.

# Proc. Boston Soc, vol. II, 1851. The Canadian naluralist, March, 1885.

si ces espèces sont représentées au pôle antarctique par des formes correspondantes :

On peut dire que ni la Baleine franche, ni le Beluga, ni le Narval n'ont de représentant au pôle antarctique.

Rien n’est venu confirmer que le crâne du British Museum, décrit en 1827 sous le nom de Beluga kingii, Vienne d'Australie. Cette origine est fort douteuse, dit M. Flower.

Au sujet de la répartition des Cétacés aux deux pôles, Eschricht croyait probable qu’il n'existe pas une espèce commune aux régions arctique et antarctique. Depuis lors le contraire est démontré, et presque toute une famille, celle des Ziphioides, nous montre les mêmes espèces aux deux hémisphères.

MUSÉES

On trouve des têtes ou des squelettes complets :

A l’Université d’Aberdeen, on conserve le squelette de l'animal dont nous avons parlé plus haut, provenant de l'individu pris en 1884 dans un filet à Saumon, à Dunbeath.

A la Société zoologique d'Amsterdam et au Musée de Bergen il y a plusieurs crânes, provenant sans doute du Groënland.

Au Musée de Boston on conserve le squelette d’un mâle qui a été assez longtemps en vie dans un aquarium.

Le Musée de Bruxelles en possède des crânes.

Au Musée de l’Université de Copenhague on trouve, indépendamment de plusieurs squelettes et de crânes du Groënland, un fœtus qui a été figuré par Eschricht dans ses Nordische Wallthiere.

A Dorpat, à Gand, à Giessen et à Greisswald, on voit également des crânes, la plupart du Groënland.

À Gôteborg, on voit au Musée sept ou huit squelettes du Groënland et du Spitzherg, des têtes rapportées par Nor-

denskiôld (expédition de la Vega) et des ossements dits sous fossiles 1.

Au Musée de la ville de Hambourg et à Heidelberg, on conserve divers ossements.

A Londres, au Collège royal des chirurgiens, se trouve le squelette de la femelle dont nous avons parlé plus haut, qui a été prise dans un filet à Saumon sur les côtes de Sutherlandshire 2.

Au British Museum se trouvent aussi plusieurs crânes.

Le Musée de l’Université de Louvain possède un squelette complet et des crâänes du Groënland envoyés par Holbôl.

Philadelphie possède divers ossements.

Au Musée de Stockholm on voit une peau montée et un squelette d’un animal du Groënland, envoyé dans le sel. On y conserve le moule de la queue de trois individus d’origine différente.

On conserve un autre squelette du Groënland à Stockholm, au « Carolinska Instituet ».

À Upsala, on voit un exemplaire monté au Musée de PUniversité.

A Paris et à Brême on possède des fœtus mâles et femelles.

DESSINS

Le Beluga a été souvent représenté, aussi bien en entier qu’à l’état de squelette.

Hans Egede le figure sous le nom de Hviid fisk.

Scoresby donne une bonne figure d’un mâle dans ses Arctic Regions, vol. IF, pl. XIV.

1 Skelett de las of Wal, ? Proc. Zoo’, So:., novembre 1879,

Du Hamel a reçu du Canada une figure de Beluga sous le nom de Marsouin blanc 1.

Il est également représenté dans l'Histoire naturelle des Cétacés, de Fréd. Cuvier, pl. 45, fig. [ (le mâle); pl. 46, fig. I (la femelle) et même planche, fig. 2 et 3, le crâne vu de profil et par-dessus.

Eschricht a publié le dessin d’un fœtus dans ses Nordische Walthiere. I reproduit aussi le dessin d’une tête, avec les dents mises à nu en place. On ne pourrait donner une meilleure idée de leur système dentaire.

Fr. Krauss reproduit le dessin de l'animal dans les Bildern, 1851, pl. 49, fig. 2.

M. Flower a publié un joli dessin du Beluga expirant sur la côte, derrière un filet de Saumon.

Jeffries Wyman a publié le dessin d’un mâle, capturé vivant dans le golfe de St-Laurent,

Cuvier a figuré le crane dans ses Recherches, pl. XXI, fig. D et 6.

Malm a reproduit le dessin d’une tête rapportée par la Vega.

Nous avons reproduit, planche XIV, fig. 1-5 de lOstéographie des Cétacés, le squelette entier, la tête séparément, la caisse auditive, le sternum et la nageoire pectorale.

Un squelette presque complet d’un animal fossile (Beluga Vermontana) a été représenté dans un Rapport sur la géologie de Vermont ?.

PARASITES

Pallas a trouvé des Nématodes dans le conduit de leur oreille moyenne, qui se rapportent sans doute au genre Prostecosacther de Diesing.

! Traité des péches, 11e part., sect X, pl. X, fig. # ? Report on the Geologie of Vermont : Claremont, 1861, vol.Il, p. 958.

Pas

Le professeur Luütken, dans son beau mémoire sur les commensaux du genre Cyamus, attribue deux espèces différentes de ce genre au même Narval, et pas au Beluga; quelques Cétacés en nourrissent plusieurs, dit-il, par exemple le Narval, et on trouve quelquefois les mêmes espèces sur des Cétacés du même genre ou sous-genre {.

En 1887, dans un Supplément à son mémoire, le savant professeur de Copenhague ajoute : La même espèce de Cétacés peut loger plusieurs espèces de Cyames, mais il est moins certain que la même espèce de Cyame vive jamais sur plusieurs espèces voisines de Cétacés 2.

! Bidrag til Kundskab om Arterne af Slægten Cyamus, Copenhague,

? Tillæg til Bibrag til Kundskab Arterne af Slægten Cyamus, Copenbague, 1887.

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