NS ET CE
LE BELUGA
(DELPHINAPTERUS LEUCAS.)
LITTÉRATURE
Pallas, leise, I, p. 85, pl. LXXIV, 1776, édition française, revue par Lamarck, vol. V, p. 192.
Lacépède, ist. nat. des Cétacés, 1804.
Harelay and Neil, Account of a Beluga, Killed in the Firth of Forth, Proc. or WERNER SocieTy, 1821.
Eschricht, Mordischen Wallthiere, 1849.
D: Middendortl’s, Sibiriche Reise, St Pétersbourg, Band 2, Th. 2,
Jeffries Weyman, Descriplion of a White fish, While wale, Jourxar OF NATURAL HISTORY, Vol. VIT, Boston, 1865, pl. XIII.
fiayes, Obs. on Skull of Beluga, Proc. Acap. Nar. sc. Puic., 1865 p. 274.
3. St. Allen, Mammalia of Massachusetts, BULLETIN 0F THE MUSEUM or Compar. Z00LOGY, n° 8, 1869.
Watson and Young, 7he anatomy of the Northern Béluga, comparcd...., Trans. R. Soc. Edinburgh, vol. 29, p. 593.
Flower, Exhibition of and remarks upon, the Skull of a Beluga, or White whale, Delphinapterus leucas, ProceepinGs ZooLoc. Soc., p. 667, novembre 1879.
arting, Capture of a White whale on Coast of Cailhness, Te ZooLocisr, vol. 8, 1884.
HISTORIQUE
Le Beluga a été observé par 0. F. Muller, et surtout par O. Fabricius, qui a donné des détails intéressants sur son genre de vie; ces naturalistes ont été à même tous les deux d'observer ce Delphinide dans les régions polaires.
l'réd. Martens l’a également connu : Il le cite parmi les Cétacés du Spitzberg; il est blanc-jaunâtre, dit-il, sans nageoire sur le dos, et quand ils sont nombreux, c’est un signe pour les baleiniers qu'ils feront bonne pêche. Il connait le nom de Beluga et de Wit-isch.
Pallas l’a rencontré dans son voyage. Il habite fréquemment le golfe de PObi, dit-il; il remonte quelquefois assez avant dans le fleuve pour chasser aux poissons de passage. Pallas a reconnu également l'absence de nageoire dorsale et fait la remarque, que le Dauphin blanc se distingue par là de tous les autres Dauphins. Les Beluga se tiennent par petites troupes, dit-il, et dès que les Samoièdes les aperçoivent dans le golfe de lObi, ils travaillent à les rassembler pour les tuer ensuite à coups de harpon.
Pallas parle des jeunes Beluga, ce qui fait penser que ce Delphinide se reproduit également dans ces parages, et il fait connaître particulièrement cet intéressant animal par des descriptions anatomiques.
Lacépède a proposé le nom de Delphinaptère, pour indiquer l'absence de nageoire dorsale, mais l'absence de cette nageoire s'observe encore sur d'autres Cétacés qui n'ont cependant rien de commun avec les Beluga, comme les Néomeris, qui sont de véritables Marsouins.
Cuvier a bien connu le Beluga.
Holbôll donne des renseignements fort intéressants sur ce Cétacé; il parle de l’époque de son apparition sur les côtes du Groënland, de la gestation, de la mise-bas et de sa päture.
Eschicht a reproduit les observations de son ami Holbôll dans ses Nordischen Walthiere.
Middendorf fait mention du Beluga comme habitant les côtes de la mer Arctique, surtout l'embouchure des fleuves; il les remonte parfois très haut, dit-il. En 1895, il en est échoué à la latitude de 64 degrés.
Barclay et Neil, comme Jeffries Weyman, ont eu l’occasion d'étudier des individus égarés dans le golfe de S'-Laurent et sur les côtes d'Écosse.
J. Allen en fait mention dans son énumération des Mammifères du Massachusetts.
En 1878, Watson et Young ont publié, dans les Transactions de la Société d'Édimbourg, des recherches sur l'anatomie de ce Cétacé.…
M. Flower fait part à la Société zoologique de Londres de la capture d’un Beluga, le 9 juin 1879, dans un filet à saumon, à l’ouest de Dunrobin, Sutherlandshire. C'était une femelle de douze pieds six pouces, avec 20 dents à la mâchoire supérieure et 16 à l’inférieure. L’estomac contenait des débris de poisson qu'on attribuait à des saumons. — En préparant le squelette, on s’est aperçu que l'animal s'était rompu la colonne vertébrale entre la troisième et la quatrième vertèbre lombaire, et l'atlas présente une luxation sur les condyles occipitaux, de manière qu'il laisse à peine un espace pour le passage de la moelle épinière.
Le squelette indique que Panimal est parfaitement adulte.
Sous le nom de Beluga vermontana, il est question d'une espèce fossile, dans le Rapport sur la géologie de Vermont 1.
SYNONYMIE
Balæna albicans, O. f. Muller, Zool. dan., 1776. Delphinus leucas, Pallas, Reisen..., 1776.
Phocæna leucas, fr. Cuv., Hist. nat. des Cétacés, 1836.
1 Report on the Geo'ogy of Vermont: Claremont, 1861, vol. I, p 958.
Delphinopterus leucas, Lacép., Hist. nat. des Cétacés, 1804
Delphinus albicans, fabr. Faun. Groenl., 1780.
Beluga catodon, Gray, Zoology of the voyage of Erebus and Terror, 1846.
Delphinopterus leucas, W. Liljeborg ; Ofversigt.…. 1861.
Hoüdfisk, Egede.
Weisfisch, Martens.
Watt fisch, Anderson.
livitfisken.
Kelelluak.
Bjelugha.
paulard blanc.
On à eu l’occasion de comparer un grand nombre de têtes provenant du Groënland et du Spitzberg, et on n’a pu constater entre elles que de très faibles différences, si différences il y a.
CARACTÈRES
Le Beluga a une vingtaine de pieds de longueur; il se distingue des autres Cétacés par la couleur blanche de sa peau sans dessins, par l'absence d’une nageoire dorsale et par la largeur de sa nageoire pectorale.
- Les dents varient de sept à dix; ce sont les extrêmes; on en trouve le plus souvent de huit à dix de chaque côté et à chaque mächoire. La femelle capturée en 1879 sur les côtes d'Écosse portait dix dents d’un côté, huit de l’autre.
Dans 170 têtes envoyées du Groënland, il n’y en avait pas une dont les dents n'étaient pas au complet.
Lacépède a eu tort de prendre pour caractère principal l'absence de nageoire dorsale et de leur donner le nom du Delphinaplterus. Le Neomeris du Japon est également privé de nageoire dorsale, sans rien avoir de commun avec le Beluga, pas plus que le Leucoramphus de Péron. Le Neomeris est un véritable Marsouin ; le Leucoramphus plutôt un Tursiops.
Parmi les caractères de ce Cétacé, on peut signaler leur habi-
tude de vivre en gammes de plusieurs centaines, ou même de milliers d'individus. C’est une observation que l’on a faite partout où l’on a rencontré des Beluga.
Il y a peu de différences dans les sexes.
En venant au monde, ils ne sont pas tout blanes comme les adultes; ils sont d'un gris bleuätre d’abord, puis d’un blancjaunûtre.
Il est à remarquer aussi que les Beluga ont de la voix, et les baleiniers connaissent si bien cette particularité qu'ils les désignent sous le nom de Sea-canaries.
Nous ferons remarquer encore que les Beluga se distinguent des autres Delphinides par la ténacité de la vie; on a pu capturer des Beluga vivant que l’on a transportés en vie à de grandes distances.
DESCRIPTION
Le Beluga a d'étroites affinités avec le Narval, dont il se distingue, non seulement par les dents, mais également par la tête, qui est mieux retenue en arrière, un peu plus étroite et plus longue, et légèrement arqué dans sa région faciale.
Les pêcheurs regardent le Beluga comme la femelle du Narval.
La région cervicale a toutes les vertèbres libres. L’atlas présente une facette articulaire elliptique pour lapophyse odontoide.
Les corps vertébraux vont en grandissant depuis la première dorsale jusqu'aux jpremières caudales. Les dorsales sont au nombre de onze, les lombaires au nombre de neuf, les caudales au nombre de vingt-deux, en tout quarante-neuf.
Nous trouvons dans un, squelette de Beluga lapophyse transverse de la dernière dorsale, portant à droite, une côte rudimentaire moitié soudée, à gauche, une côte complètement soudée.
La carpe de l'embryon est plus parfait que celui de l'adulte, dit Willy Kukenthal.
Les phalanges sont 2, 6, 4, 1 et 1.
Les dents sont communément de huit à la mâchoire inférieure, de neuf ou dix à la mâchoire supérieure. Les supérieures sont penchées en avant, les inférieures en arrière.
Les alvéoles sont généralement larges et les dents tombent facilement.
Dans les mäles, les dents sont un peu plus fortes que dans les femelles.
Quand on a un certain nombre de têtes sous les yeux, on remarque entre elles, une légère différence qui peut être sexuelle; les unes ont le rostre un peu plus long que les autres, et cette différence s’observe déjà dans le jeune âge.
MOEURS
Le Beluga se nourrit de poissons, surtout d'Hippoglossus pinguis, et de Sebastes norwegicus, de Céphalopodes et de Crustacés, qu'il cherche au fond de la mer à de grandes profondeurs. Indépendamment des poissons dont nous venons de parler, Holbôll mentionne encore comme pâture le Gadus æglefinus, et parmi les Céphalopodes l'Onychoteutis Fabricii'. A ces poissons nous pouvons ajouter encore le Saumon; les individus qui ont échoué sur les côtes d'Écosse en avaient leur estomac plein, comme ceux que l’on a trouvés dans l'Obi. C’est ce qui explique comment on les voit souvent remonter si haut les fleuves.
Cette remonte est mise à profit par les pêcheurs de la mer Arctique, qui placent des filets en travers dans la rivière pour les prendre à leur retour à la mer.
Holbôll fait remarquer que ces Cétacés, comme le Grindwall, rendent gorge avec une grande facilité quand ils sont poursuivis. C'est ce qui explique sans doute comment les Beluga que l’on prend dans les filets ont communément lestomac vide. C’est tout au plus si l’on y découvre quelques arêtes de poissons, des becs ou des cristallins de Céphalopodes.
1‘ Escuricur, Nord. Wallth, p. 198.
Les Groënlandais ont reconnu que l'estomac de ces poissons renferme souvent du sable, qui leur permet de plonger plus facilement à de grandes profondeurs.
La science a pu enregistrer quelques observations sur l'époque de la gestation et la mise-bas : dans les pêcheries du Groënland on a remarqué que les femelles sont pleines en automne et que le fœtus qu’elles portent à cette époque de l’année est fort petit; Holbôll pense que la parturition a lieu au mois de mai.
Holbôüll reproduit une observation qui nous intéresse beaucoup sur la manière dont ils viennent au monde. Les fœtus atteignent jusqu'au tiers de la longueur de la mère, dit-il ; c’est la règle ; ils sont logés dans la matrice repliés sur eux-mêmes, et les Groënlandais s'accordent à dire, ajoute-t-il, que les Beluga viennent au monde par la queue, et non par ia tête.
Nous ne nous expliquons pas cette naissance par la queue.
Le fœtus que nous avons trouvé en place dans un Grindwall à terme était replié sur lui-même vers le milieu du corps de manière que la queue était appliquée sur le côté du cou. La tête du fœtus avait la direction de la tête de la mère. Le fœtus formait un vrai cylindre, aussi gros à l’un bout qu'à l’autre. Comme la tête était dirigée en avant, il n’y avait que le bout opposé, c’est-à-dire le milieu du corps, par lequel le jeune Grindwall pouvait venir au monde. Ce n’est qu'après sa sortie de la matrice et flottant dans l’eau que le corps pouvait s'étendre pour se mettre à la nage.
Holbôll cite un exemple de tendresse maternelle de la part d’une femelle de Beluga. H a vu une mère, accompagnée de son petit, recevoir celui-ci sur son dos pour lui procurer du repos.
Nous croyons que c’est plutôt pour lui procurer le premier air dont il a besoin pour respirer et pour ne pas sombrer.
En venant au monde, le Beluga n’a pas de poils aux lèvres, comme les autres Delphinides. Il a cela de commun avec le Narval. Ne pourrait-on pas voir, dans l'absence de poils et leur confinement dans le ccle polaire, des raisons de supposer que ces deux Cétacés sont venus après les autres?
Le Beluga émigre périodiquement; en hiver, il se rend au large sur les côtes du Groënland, et au printemps, de mai à septembre, il gagne la côte, c’est-à-dire que pendant l'été 11 se rend au nord et pendant l'hiver au midi. On ne le voit plus, près de Godhaven, depuis le commencement de juillet jusqu'en octobre, dit Holbôll. Vers le mois d'octobre, il revient du nord et arrive à Godthaab vers le mois de décembre, rarement plus tôt, dit le gouverneur. Il atteint plus tard Fiskernässet et passe l'hiver dans les fiords du Sud-Groënland.
Quand ils reviennent, ils sont isolés.
Les gammes sont formées de plusieurs milliers d'individus, et sur leur passage on a créé des pêcheries dans diverses localités.
Les marins ont remarqué qu'ils se tiennent toujours à une certaine distance de la glace.
Les Beluga viennent au monde par la queue et celle-ci se montre au dehors un certain temps avant la naissance 1.
PÈCHE
Les Beluga et les Narvals sont objet d'une chasse sur les côtes du Groënland. Les pêcheurs les prennent dans des filets au milieu des fiords.
On se livre à cette industrie à Godthaab et à Disco, quand ils se retirent du détroit de Davis, pour se rendre au nord, vers le printemps.
Près de Jacobshavn et de Claushavn, les Groënlandais ont
1? Dans une note sur la naissance des Cétacés, le professeur Lüken parle du Narval et du Beluga et cite (Zoolog. Jakrbuchern, Wie Band) des notes de Obrik, conse.ller d'Etat, d'après lesquelles les pêcheurs groënlandais, qu'il a connus à Godhavn, disaient u’avoir jamais vu natre un Narval, mais très souvent des Beluga; ces pècheurs lui ont rapporté que la femelle, en approchant du terme de la grossesse, recherche une eau passablement tranquille et ume, el qu'aussitôt que le jeune vient au monde, elle plonge au-dessous de Lui, pour ne pas le vo r sombrer et le pousse vers la surface de Ia mer pour Jui faire respirer l'air
établi une pécherie de Beluga, et aux mois de mai et de juin ils en prennent régulièrement, dit Holbôll; on les cerne en les poussant vers la côte pour les harponner ou Îles assommer.
La méthode des Russes de les capturer dans des filets n’est pas en usage à Godthaab. — Les courants y sont trop forts, dit Holbol.
Les Groënlandais sèchent la chair pour la conserver pendant une partie de l’année, et la graisse est utilisée sans préparation.
A la pécherie de Tronso, on a capturé, en 1871, 2,167 Beluga.
Il y a aussi des pêcheurs d'Europe qui se rendent dans le détroit de Davis à la pêche de ces Cétacés.
Les pêcheurs écossais en ont rapporté, en 1835, 200 Beluga, 200 Narvals et environ 190 Morses 1.
En 1883, on a capturé 2,756 Beluga. En 1887, 1,930.
Cette pêche se fait aujourd'hui au Groënland à l’aide de filets, ce qui ne se faisait pas, paraît-il, du temps de Holbôll.
En 1880 un bateau a pris au printemps, à la baie de Magdalena, 300 têtes, d'un seul coup de-filet.
On peut juger de l'abondance de ces Cétacés par le fait suivant : Eschricht avait demandé quelques crânes de Beluga à son ami Holbôll, gouverneur du Groënland, pour s'assurer si les sexes diffèrent entre eux, recommandant de mettre un signe aux têtes des mäles et aux femelles, et il reçut, par retour du courrier, plusieurs douzaines de erànes, dont, malheureusement, les cordes indiquant les sexes avaient été mangées par les rats.
[ paraît qu’à l'ouest du Spitzberg on les chasse aujourd’hui à l’aide de steamers; on les entoure comme les Grindwalls aux Féroës, on les pousse dans une baie pour les tuer ensuite à coup de lance.
1 SouraweLz, The Zoo!ogist, Marsh, 1886.