Fabricius, l'anna grœnlandica
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Lieut, P, Henry Ray, Report …. NaTURL. ForREN. Vinexsk. MEDDEL.,
HISTORIQUE
Les Norvégiens ont de bonne heure fréquenté les mers du Groënland ; aussi la défense du Narval était connue à l’époque où les premiers chrétiens se sont établis sur ces côtes. On voit, dans les riches Musées d'archéologie du nord, des crosses d’évêque faites de défenses de ce Cétacé.
La dent de Narval était répandue depuis longtemps dans les collections de curiosités, que les naturalistes ignoraient encore complètement à quel animal elle pouvait appartenir. Connue sous le nom de défense, on s'était imaginé qu’elle devait orner le front de quelque animal herbivore, et, comme les Solipèdes se trouvent parmi les rares animaux à sabots qui n’ont pas de défenses, on avait pensé qu’elle pouvait bien provenir d'un animal ayant de l’analogie avec le cheval.
Albert connaissait la défense, qui était placée parmi les curiosités de la nature, mais il ne connaissait pas son origine.
Un des premiers Narvals, dont il est fait mention dans les livres d'histoire naturelle, a été trouvé en 1648 à l’île de May et signalé par Tulpius f.
C'est à la même époque qu'un professeur de Copenhague, Worms?, fitconnaitre aux naturalistes que la prétendue défense ne provient pas d’un animal terrestre, mais d’une espèce de Dauphin, dont il venait de recevoir un crâne dépouillé des parties molles. On lui avait envoyé ce crâne d'Islande.
Dans le cours du XVII: siècle, Pontoppidan, dans son histoire naturelle de Norvège, parle du Narhval et cite même différents auteurs qui en ont fait mention. Pontoppidan 3 représente l’animal montrant au-dessus de la tête un double évent au lieu d’un seul.
1 Observ. med., p. 576, pl. VIII, 2 Wormics, Description de son Muséum, 1655.
3 Poxrorripax, Norges naturlige Historie. Kiobenhavn, 1755.
Artedi et Linné ont donné le nom de Monodon monoceros à ce nouveau Cétacé, connu sous le nom de Narval par les pécheurs ; il porte encore aujourd'hui le même nom.
Wormius prétend que le mot narval, ou narwall plutôt, provient de nar cadavre, et wall baleine. On a sans doute supposé que, n'ayant point de dents, cet animal ne pouvait se repaitre que d'animaux morts.
Pierre Camper a fait connaitre, un des premiers, l’ostéologie du Cétacé qui nous occupe.
La dent de Narval, pour ne pas dire la défense, a de tout temps attiré l'attention des naturalistes, et parmi les travaux dont elle a été l’objet, nous devons citer en première ligne un mémoire de Claas Mulder {, qui passe en revue tout ce que lon a pensé de ce produit animal dans le cours du XVITE siècle. Comme d’autres objets rares, cette dent a passé comme antidote de l'arsenie et du sublimé corrosif. Claas Mulder a non seulement bien connu la nature de cette défense, mais, avant tout autre, il a parlé de la première dentition de ce singulier animal.
Fleming a eu l’occasion de faire des observations intéressantes sur un individu échoué sur les côtes d’une des Shetland en 1808 2. C'est la seule bonne description du Narval, dit Scoresby. On prétend qu'un Narval s'est perdu au siècle dernier à l'embouchure de lEïbe.
On a parlé également d’un troisième narval qui se serait perdu sur les côtes d'Angleterre.
Scoresby a capturé plusieurs de ces Cétacés et consacre tout un chapitre à leur description, dans son Account of the arctie regions, publié en 1820.
Fréd. Cuvier reproduit, en grande partie, dans son Histoire naturelle des Cétacés, les descriptions faites par Fleming et Scoresby. Si l'on s’en rapportait à ce que dit Fréd. Cuvier
1 CLaas Mucner, Over de landen van den Nariwal, TYDsCHRIFT voor NATUURL. GESCHIEDENIS. Amsterdam, 185, 2e D. Eerste en 2e st, ? Mémoires de la Soc. Wernériennue, pl VI, fig, 1=5.
de la défense, qui se développe d’après lui dans une alvéole
commune au maxillaire et à l’intermaxillaire, il y aurait des doutes sur la nature de la défense; elle pourrait être aussi bien une incisive qu’une canine. Ce doute n'est plus possible aujourd’hui.
En 1849, Eschricht a publié le dessin de grandeur naturelle d’un fœtus de Narvai, à côté d’un autre de Beluga. L'illustre cétologue comprenait mieux que personne l'importance d’un fœtus de Narval pour apprécier la valeur systématique des dents; mais le temps lui à sans doute manqué pour l'étude de cette tête précieuse. Il s’est borné à figurer le fœtus entier.
Cette étude du fœtus a été faite en 1857 par Jaeger !, et le titre de sa publication démontre suflisamment le but qu'il a voulu atteindre.
Dans lOstéographie des Cétacés, mon collaborateur Paul Gervais a fait l’histoire du Narval et décrit en détail le squelette et les dents du fœtus et de l'adulte; il y a consacré une planche double.
Aujourd’hui cet animal est bien connu, non seulement dans son système dentaire, son squelette et ses principaux appareils, mais on à pu, grâce aux fœtus, déterminer avec certitude ses principaux caractères et ses aflinités véritables.
En publiant, en 1859, la Zoologie médicale avec Gervais, j'avais déjà signalé l’aflinité du Narval avec le Beluga, malgré lPénorme différence de leur système dentaire.
A propos d’une tête portant deux défenses au lieu d'une, J.-W. Clark a communiqué à la Société zoologique un travail important accompagné d’une planche représentant le crâne et sa double canine.
Après avoir passé en revue tout ce que l’on a écrit sur ce sujet, M. Clark 2 reconnait que c'est toujours la défense gauche
1 Jarre, Bemerkungen tiber die Veränderung der Zähne...... Lei dem Nariwhal..... Moscou, 1857.
2 J-W, Car, On the Ski leton of a Narwkhal with tuo devclored Tu kes. Proc.Zooz. Soc., 1871, p. 45.
qui se développe et pas la droite, mais que les deux défenses se développent quelquefois en même temps, et il en cite divers exemples. Il fait observer aussi que les lignes spirales des défenses vont de droite à gauche, même quand il y en a deux, et jamais de gauche à droite.
Salomon à le premier signalé l'existence de deux défenses dans une même tête.
M. Clark a signalé onze exemples de défenses doubles; M. Southwell en a ajouté un douzième du Musée de Dundée, et un treizième du Musée de M. Bruce, à Dundée.
Depuis lors, nous possédons le résultat des recherches du professeur Sir Turner sur le même sujet 1.
Il faut croire que ce n’est pas toujours le mâle seul qui porte des défenses; Anderson parle d’un Narval femelle, dont la tête portait deux défenses et qui était bien femelle, puisqu'on en avait retiré un fœtus. La tête fut rapportée à Hambourg en 1684. Cette tête n’aurait-elle pas été substituée à une autre pendant le voyage? Cuvier en parle dans ses Recherches sur les ossements fossiles 2.
Quelques naturalistes ont eu l’occasion de voir des Narvals en mer, prenant librement leurs ébats, et nous ont fait connaître quelques détails sur leur génre de vie au détroit de Davis, à la mer de Baflin et au détroit de Lancaster. Rob. Brown et en dernier lieu Bessels ont pu les étudier sur place.
Depuis longtemps on a parlé du Narval fossile; Pictet dit à ce sujet : « Georgi, dans sa Description de. la Russie, parle d’une dent fossile de Narval de Sibérie, au cabinet de Saint- Pétersbourg, et de deux autres fragments trouvés aussi en Sibérie. »
Parkinson en fait également mention : il dit qu’on en a déterré sur la côte d'Essex, et Cuvier affirme en avoir vu luimême un morceau dans le Musée de Lyon. Mais l'authenticité
! TurxEr, Some observ lions on th? deatition of the Narwhal. Jourx. ANAT. AND PHYSIOL., Vol. VII.
2 T V, {r«pariie, en note.
laisse à désirer, et il n’est pas certain que ces fragments ne soient pas rapportés du nord.
Paul Gervais 1, après avoir cité le Narval fossile des Chine des Landes, cite le passage ci-dessus de Pictet ; il fait remarquer que si la dent qu'il signale est bien fossile, elle devait être attribuée à ce genre, et elle prouverait l'existence d’une espèce différente de celles des mers actuelles, dit-il ; nous répéterons avec Pictet qu'il n’est pas certain que tous ces fragments soient réellement fossiles, et nous ajouterons : il n’est pas même certain que ces fragments appartiennent à ce genre.
Ce qui est moins douteux, c’est qu’on a trouvé des vertèbres de la région lombaire à Wapnô, près de la ville d'Helmstad (Suède), fort bien conservées, qui ont tous les caractères de vertèbres de Narval.
SYNONYMIE
Monodon monoceros, Linn.
Monodon monoceros, O. Fabricius.
Ceratodon, Brisson.
Narwalus, Lacépède.
Oryx, Oken.
Tachynices, JS. Brookes.
Nar-whal, des Islandais.
Tugalik, des Groënlandais.
Unicorn, des pêcheurs anglais.
CARACTÉÈRES.
La tête est plus ou moins ronde et courte ; le mâle porte une longue dent canine gauche dans l’axe du corps, qui atteint jusqu’à 2,50 ; la femelle n'a pas de défense.
! Paur Gervais, Zoologie el Paléontologie françaises, Paris, 1859, p 519.
L'animal mesure 6,40, d'après Rob. Gray, de 13 à 16 pieds, d’après Scoresby. Lacépède leur accordait de 8 à 9 mètres.
La défense a de 9 à 10 pieds, dit Scoresby. Egede en accorde de 14 à 15.
La peau est mouchetée,
La nageoire pectorale est large et tronquée, la dorsale surbaissée.
On n’a guère eu l’occasion de disséquer le Narval, dont on ne connaît que l'œil et le cœur.
Les poils manquent à l’âge fœtal, comme dans le Beluga.
Le Narval ressemble si complètement au Beluga qu'aux yeux des Esquimaux et des Groënlandais, le Narval est le mâle et le Beluga la femelle d’une même espèce.
Cuvier avait parfaitement reconnu ces affinités : la tête du Beluga est, de toutes celles qui sont connues, celle qui rappelle le plus exactement celle du Narval, dit-il.
En 1859 nous avons proposé de réunir ces deux Cétacés en un seul groupe, et depuis M. Flower a proposé pour eux le nom de Beluginæ f.
Gray a proposé, dans son Supplément, en 1874, un nom de famille : les Beluginides ?.
De tous les Cétacés, c’est le Narval dont les dents présentent le plus de différence entre les sexes.
DESCRIPTION
Le crâne est plus déprimé que chez les Dauphins et les Marsouins, malgré l'élévation de la région frontale. Il se rapproche le plus de celui du Grampus.
La mandibule est solidement symphysée. À läge fœtal le crâne ressemble à celui des Marsouins.
Les vertèbres cervicales sont toutes séparées comme dans le
! FLower, Trans. Zool. Soc , 1. XI, 1866.
? Gray, Supplément, 1874.
Beluga. L’apophyse odontoïde de l’axis correspond avec une facette articulaire du corps de l'axis.
Les deux premières, atlas et axis, ont le corps le plus épais.
Les dorsales sont au nombre de onze dont six se réunissent au sternum; les lumbo-sacrées sont au nombre de huit, les caudales de vingt-quatre. Dans un fœtus, Paul Gervais a trouvé le même nombre de vertèbres (cinquante).
L’humérus est long, les doigts sont courts, les phalanges larges ; le premier doigt a deux phalanges, le second cinq, le troisième quatre, le quatrième et le cinquième deux, une phalange de plus que dans le Beluga au dernier doigt.
Ce n’est pas indifféremment à droite ou à gauche que la défense se développe, comme Fréd. Cuvier le pensait, c'est la dent canine gauche seulement; elle est droite comme la hampe d'une lance, terminée en pointe, la surface marquée par de forts sillons disposés en spirale, toujours de droite à gauche, comme nous l'avons vu plus haut, même quand les deux canines sont développées en même temps.
Généralement le développement de cette canine gauche n’a lieu que chez le mâle; mais on prétend qu'il en existe aussi des exemples dans les femelles.
On peut dire que, généralement, la dent droite du mâle et les deux canines de la femelle ne sortent pas des maxillaires.
Paul Gervais { a vu dans une tête de fœtus les deux canines également développées, au début perçant à peine les gencives et, à côté d'elles, deux autres petites dents en forme de toupies, dont le bulbe était déjà ossifié.
De ces quatre dents, il y en a deux qui tombent de bonne heure, les deux dernières; la canine de droite présente un arrêt dans son développement, celle de gauche seule sort de la gencive et devient la défense.
A la séance de la Société royale d'Édimbourg, du 18 mars 1889, les D's Sims, Woodhead et M. Robert Gray ont fait une lecture sur l'estomac du Narval.
4 Journal de Zoologie, 1. H, p. 498 et Ostéographie des Cétacés, p. 530.
Le professeur Sir Turner s’est occupé également de l'estomac du Narval et a accompagné la description d’une figure, d’après un fœtus de cinq pieds un pouce, conservé dans le sel 1,
MOEURS
Le Narval est actif, léger et inoffensif, disent les baleiniers, et nage avec une grande rapidité. Il vit en famille, puisqu'on le voit au printemps prendre son quartier d'été par petites gammes formées de mâles, de femelles et de jeunes.
M. Brown a vu des milliers de Narvals quitter leurs quartiers d'été, dent contre dent, queue contre queue, comme un régiment de cavalerie.
Il est étonnant que le Beluga, vivant dans les mêmes conditions, n'offre rien de semblable.
Bessels a vu, pendant son voyage for cé au delà du détroit de Lancaster (Elwyn-1nlet), des gammes de Narvals de 500 individus, la plupart femelles et jeunes mâles ; les baleiniers en harponnèrent en peu de temps sept, sous ses yeux; cétait au mois de juillet. La mer fourmillait de ces Cétacés, dit-il, dans les eaux qui conduisent à Fury-Beach. (Die kleine Buchi wimmelte von Narwalen.) :
Bessels était à bord du baleinier écossais Ravenscraig, capitaine W. Allen, de Kirkealdy.
Rob. Gray a vu, le à juillet, des gammes au milieu desquelles il a pu distinguer des femelles avec leurs jeunes.
Comme les dents sont généralement en rapport avec la pâture et deviennent parfois des organes de défense, on s'est demandé, de tout temps, à quoi leur sert cette énorme dent tournée en spirale.
En tout cas elle ne sert ni à l’attaque ni à la défense.
Dans la visite de leur estomac, Scoresby n’a trouvé que des restes de Céphalopodes parmi lesquels il cite des becs de Sépia.
Holbôll n’a vu également dans l'estomac d’une femelle que des Céphalopodes à moitié digérés.
1 Journal of Anatomg and Physiology, vol. XXI, avril 1889, p. 484.
Rob. Gray ! a eu l'occasion de visiter l'estomac de deux Narvals, le 4 juillet, par conséquent pendant leur quartier d'été ; il ne contenait, comme l'intestin, que des parties non digérées d’un petit Céphalopode, à côté de mandibules et de cristallins d'animaux du même ordre.
William E. Hoyle a trouvé également des restes de Céphalopodes (Gonatus fabricii) dans leur estomac. IT a obtenu une douzaine d'individus, la plupart sans bras 2.
On peut dire que la grande dent-spirale du mâle sert à percer au besoin la glace pour donner de Pair à la famille.
Le Narval se tient toujours entre les glaçons, la Baleine aussi près que possible des glaçons, le Beluga toujours à une certaine distance.