‹ Histoire naturelle des cétacés des mers d'EuropeChapitre 51 sur 51 · CHASSE · texte numérisé non relu

CHASSE

On fait régulièrement la chasse des Narvals et des Belugu sur les côtes du Groënland, avec des armes à feu, le harpon et la lance. On les prend aussi avec des filets tendus dans les fiords.

Les baleiniers qui vont à la pêche de la Baleine franche disent que lorsque le Narval apparaît, 1ls ne tardent pas à voir des Baleines.

Sans doute les Narvals et les Beluga de ces régions recherchent la même päture, surtout des Mollusques et des Crustacés de petite taille.

Les Groënlandais et les Esquimaux mangent la chair du Narval, que lon dit fort bonne; l'huile est utilisée pour la lampe ; la dent sert d'arme; les intestins sont transformés en cordes; leur peau en cuir. C’est le seul Cétacé dont la peau est tannée pour le commerce.

En 1885, les baleiniers au détroit de Davis ont capturé 296 Narvals 5.

{ Ros. Gray, The Zoologist, april 1887.

? Proc. Zool. Soc., August., 1889, p. 117.

5 SouraWweLL, The Zoologist, March, 1886.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

De tous les Cétacés les plus confinés dans les mers arctiques, ce sont les Narvals et les Beluga ; ils sont tous les deux essentiellement polaires, et c’est bien rare qu’on en ait vu se perdre au delà du 63° degré de latitude. Ils habitent tous les deux toute la calotte boréale.

Comme nous l'avons vu plus haut, Bessels en a vu en quantité dans la petite baie de Elwyn-Inlet, et à l'entrée du Prince-Regenten Sund; des baleiniers en ont aperçu également dans le golfe de Boothia.

Il arrive en décembre dans la baie de Disco (69° 15”). On levoit rarement au-dessous de 65° 30” de latitude.

Au mois de novembre, le Narval abandonne les hautes latitudes et arrive dans le détroit de Davis, par petits troupeaux formés de mâles, de femelles et de jeunes. Is viennent en famille y passer ce que nous appellerions la saison d'été si nous étions des habitants du pôle.

Le Narval comme le Beluga sont les deux Cétacés qui habitent le plus près du pôle. D'après Holbôll le Narval est un animal plus polaire encore que le Beluga ; ses limites sud sont à Julianehaab, où l’on en a vu et capturé. Il n'arrive pas à Godhavn avant le mois de décembre, et retourne au nord aussitôt que la glace le lui permet.

Il vit en compagnie.

Pendant l'hiver on voit des gammes de plusieurs milliers d'individus suivre la même direction. Quand ils nagent, on voit leur dent hors de l’eau.

Quand le Narval se retire vers le nord avec le Beluga et le Mysticetus, la Mégaptère et la grande Balénoptère viennent du sud pour prendre leur place. C’est entre le 62° et le 64° degré latitude nord que se trouve la ligne de démarcation qui sépare les espèces polaires des espèces tempérées.

Fréd. Martens et Scoresby citent le Narval parmi les Cétacés qu'ils ont observé au Spitzhberg.

On a constaté sa présence à l'île Jan Meyen comme à la Nourvelle-Zemble.

Le D" Neale, médecin de l'expédition Etra, a vu des Beluga et des Narvals en grand nombre, au mois de septembre, sur les côtes de la Terre François-Joseph.

On l’a signalé dans la mer de Kara.

Le Narval a été vu aussi au détroit de Bering, et il entre dans la mer d’Okhotsk 1. à

Le capitaine Scammon le cite aussi dans la mer Arctique.

Le lieutenant Ray dit dans son rapport sur l'expédition de l'Alaska : le Narval n’a pas été vu, mais on a trouvé des dents chez les habitants du pays. Le nom qu’ils lui donnent est le même que celui des Groënlandais.

Il entre dans le canal de Kennedy.

On n’a jamais vu une Baleine franche dépasser le 64° degré, mais on a vu des Narvals s'égarer dans la mer du Nord et jusque sur les côtes d'Angleterre 2.

Nous avons dit plus haut que Tulpius a vu le premier Narval en 1648 ; il avait péri à l’île de May.

Lacépède rapporte qu'en février 1736, Anderson vit à Hambourg un Narval qui avait remonté l’Elbe et qui fut ensuite exhibé dans plusieurs villes comme rareté 3.

En 1800, on en a capturé un sur les côtes de Lincolnshire, à Boston, dont Lacépède fait mention.

Fleming parle d’un mâle échoué en 1808 sur les côtes de Shetland #; Nillson en cite un autre qui périt en 1814 sur les côtes de Suède, et d’après Collett, il y en a un qui a péri sur les côtes d’Ostfinmarken en 1820.

V. Baer parle d’une dent de Narval de 7 pieds de long, trouvée sur la côte par les Samoyèdes 5.

1 Le capitaine Arnold en a rapporté une défense de la mer d'Okhotsk

2 Nachrichten von Trland, p. 204.

5 SeiGERTHAI, Account of a Narhval or unicornfish taken in the river Ost, in the Dutchy of Bremen, Pui. TRANSACT., 1785, p. 147.

# Mém. Wern. Soc., 1811.

5 V, Barr, Mammouth .... das Sotmkow cinen schônen Zahn vom Narval

Nous avons vu au Musée de Stockholm des vertèbres bien conservées, ayant tous les caractères des vertèbres de Narval, trouvées dans un terrain que l’on rapporte à lÉpo ee glaciaire.

Newton a reconnu des ossements de Narval à Mundesley (Norfolk) dans le Forest bed.

Le prétendu Narval de la baie de Kiel est un Hyperoodon, comme le professeur Lilljeborg l’a reconnu en 1866 !.

Malm a fait connaître les os de Beluga rapportés par la Vega, sous le nom de Beluga catodon.

MUSÉES

Un squelette de Narval compte encore parmi les raretés dans les collections et il devient de plus en plus difficile de se le procurer.

Pendant longtemps un squelette incomplet du Musée de Meckel était le seul connu.

C'est à Eschricht que l’on doit la plupart de ceux qui sont répandus dans les Musées.

C'est par son ami Holbôll qu'il les recevait directement. Une pécherie au nord du Groënland les leur procurait.

On trouve aujourd'hui un squelette complet ou des parties séparées dans les Musées d'Amsterdam, de Bergen, de Bologne, de Bonn, de Bruxelles, de Christiania, de Copenhague, de Dorpat, de Florence, de Gand, de Gôttingen, d’'Heidelberg, de Hambourg, de Kiel, de Leyde, de Londres (Collège royal des chirurgiens), de Londres (Musée Britannique), de Louvain, de Lund, de Munich, de Paris, de Pise, de Philadelphie, de Stuttgard.

besitzt, den hiesige Samojeden einem, an dem Seestrande ausgewoifenen Thiere dieser Art ausgeschnitten haben Sollen, p. 102.

1 LizusesorG, Note on the geographical distribution.of the Narwhal, Proc. Zoo Soc., 1866, p. 559.

On connaît plus de treize têtes avec deux dents développées, dans les Musées d'Amsterdam, de Christiania, de Copenhague, de Hambourg.

Les Musées de Copenhague, de Munich, de Brême et de Paris possèdent des fœtus.

Le Musée de Stockholm possède des vertèbres de l’époque glaciaire, qui ont tous les caractères des Narvals.

Au Musée de Berlin on voit une défense isolée, fortement spiralée, d’un mètre de long, qui n’a pas plus d’un centimètre d'épaisseur.

DESSINS

Pendant longtemps on n’a connu que des figures imaginaires du Narval. Celles de Rochefort, de Johnston et de bien d’autres sont dans ce cas. |

Olaus Worms est le premier qui a réussi à se procurer un dessin de la Licorne de mer et, d’après un eràne, il fit voir que c'est un Cétacé 1. Ce dessin lui avait été envoyé d'Islande par un évêque.

Hans Egede publie un dessin du Narval; il figure séparément la tête, vue par-dessus et par-dessous, et la défense séparément. 1741.

Pontoppidan (1753) représente ? le Narval (p. 212) sous le nom de Nar-hval, avec deux orifices pour figurer l’évent. Sur la même planche sont représentés des Poissons et un Phoque.

Nous en trouvons également un dessin dans Tulpius, qui a parlé de visu de lanimal ?.

Anderson en publie une figure d’après un individu échoué dans l’Elbe en 1756.

Lacépède en a publié une autre d’après un animal échoué près de Boston, en Angleterre #.

1 Wormius, Description de son Musée, 1655.

2 Norges naturlige Historie.. .. Kiobenhavn, 1755.

3 FLEMING, Mém. de la Soc. Wernérienne, pl. VI, 1, p. 146. # LacéPëor, Hist, nat. Célacés, pl. 4, fig. 5.

Dans le Diclionnaire des sciences naturelles (article Cétacés, planche IC), et dans l’Iconographie du règne animal, il est également figuré.

Fréd. Cuvier reproduit le Narval, planche XVII, figures 1 et 2. La première représente l'animal entier, la seconde, la tête, vue au-dessus.

Scoresby en a publié une bonne figure 1.

Guérin, dans l’/conographie du règne animal, a reproduit la figure du Narval ; elle est reproduite aussi dans le Dictionnaire des sciences naturelles, parmi les Cétacés.

Fréd. Krauss reproduit aussi la figure du Narval dans son atlas : Das Thierreich in Bildern, 1851, planche XLI, figure 5.

Un fœtus très jeune est figuré dans les Nordische Walthiere, d'Eschricht, à côté d’un fœtus de Beluga. Le premier mesure 2 3/,, celui de Beluga 1 1/3.

De bons dessins de la tête se trouvent dans Pierre Camper ?, dans Home 3 et dans Albert #.

La planche XLIV de l'Ostéographie des Cétaces reproduit le squelette d’adulte, la planche XLV, le squelette d'un fœtus, les dents, la caisse tympanique et les osselets de l’ouie.

PARASITES ET COMMENSAUX

Comme on a eu si rarement l’occasion de disséquer un Narval, et que ceux qui se livrent à cette chasse ne peuvent guère s'occuper des parasites qui les hantent, il n’est pas étonnant que l’on connaisse si peu les vers qui vivent à leurs dépens.

Ils n’ont toutefois pas échappé à l'attention de Scoresby ; il

1 Account of the arctic regions, pl. XV, fig. 1-2, et un dessin plus petit pl XIL, fig. 3.

? Cétacés, pl. XXIX, XXX et XXXI.

5 Leçous d'Anatomie comparée, pl, XLII.

# Icon. ad illustr. anal. comp., pl. I et HI.

a trouvé une multitude de vers dans une substance grasse de l'oreille, dit-il, sans doute dans la trompe d’Eustache ou l'oreille moyenne, c'est-à-dire, dans les dépendances des voies respiratoires. Îl est difficile de les déterminer d’après la courte description qu’il en donne.

R. Leuckart décrit un Strongle, probablement le même qui se trouve si communément dans les voies respiratoires de plusieurs Delphinides ; il a été rapporté par un chirurgien de marine, M. Mast !. Diesing l’a placé dans le genre Prosthecosacter.

Comme commensal, on connaît, depuis le siècle dernier, l'Oniseus ceti ou Cyamus nodosus ?, et le professeur Lütken a donné le nom de Cyamus monodontis à une seconde espèce, provenant également du Narval 3.

1 FViegmanw’s Archiv, 1848, tab. If, fig, 5 et 4. DiesixG, Syst. Helm nth., vol, IF, p. 524.

2 O.F. Muzzer, Zoologia danica, 1789, p. 69, pl. CXIX, fig. 13-17.

5 CO. F. Lürken, Bidrag til Kundskab om Arterie of S'ægten Cyamus, Kjobenhavn, 1575, p 274, pl. IV, Mg 8.

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