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Les marchands de fanons à Paris connaissent quatre qualités
de fanons qui proviennent d'espèces différentes : 4° les Polaires ; 2 les Okotsch ; 3° les Sud ; 4° les Nord-Ouest. - Les fanons n° 1 et 2 ont entre eux une grande ressemblance et sont également estimés ; leur surface est lisse, unie, toujours luisante ; on les reconnaît facilement à première vue; ce sont les Polaires; ils sont plus longs que les autres et toujours plus propres. Ils proviennent de la Baleine franche et de la Baleine du Japon.
Les n°3 et 4 ont également une grande ressemblance entre eux; ce sont des fanons courts, étroits, épais, à surface terne, toujours crasseux et bien moins estimés pour le travail. [ls proviennent de la Balæna australis ou de PAntipodum.
D’après le D' Gray on trouve dans le commerce à Londres trois sortes de fanons, qui sont désignées : la première sous le nom de Groënland, la deuxième sous le nom de South-Sea ou Black fish whale fin, la troisième sous le nom de North-West coast ou American Whale fin. Ces derniers n’ont été introduits dans le commerce que vers 1840 1.
Nous avons pu prendre quelques notes à Vienne sur les fanons du nord du Pacifique que le professeur Steindachner avait rapportés de San Francisco; ils lui avaient été remis par le capitaine Scammon.
Le fanon le plus important pour nous était celui du Bowkhead; par sa longueur, sa forme, sa couleur noire ? et sa surface propre et luisante ce fanon ne diffère pas de celui de Groënland.
Il y avait ensuite plusieurs fanons de différents âges de
! Ceux qui font commercedes fanons distinguent parfaitement ces différences et reconnaissent les fanons des Mysticelus ou des Japonica aussi facilement que le menuisier distingue le chêne du hêtre. Il est probable que l'étude microscopique fera Connaître également les distinetions. Eschricht s’en était déjà occupé, mais il n’a pas fait connaître le résultat de ses observations.
? On trouve des fanons entièrement blancs dans la Balæna mysticetus comme dans les autres espèces; on en voit aussi qui sont striés dans toute leur longueur.
Balæna japonica. Un de ces fanons avait 8 pieds 2 pouces; d’autres avaient 2 pieds; c’étaient les plus nombreux.
Un fanon était marqué Sibbaldius sulfureus : il se distinguait par sa largeur, à la base surtout, et par sa couleur noire luisante; c’est tout à fait notre Balænoptera Sibbaldii.
Une série de fanons jaunes, dorés, courts, fort épais et espacés, ce sont des fanons de Rhachianectes.
Les fanons de Megaptera, sous le nom de Versabilis, étaient remarquables par leur forme, par leur teinte noire bleuâtre uniforme; il y en avait un avec une bande pâle, comme on en voit souvent dans les Balænoptera musculus.
A côté des fanons ii y avait des Coronules, dont deux provenaient de Megaptera. Les fanons comme les Coronules ne nous présentaient ren qui püt les faire rapporter à une espèce différente de notre Megaptera boops.
La peau de la Baleine franche fait saillie sur le chanfrein; les baleimiers quelquefois la coupent et la conservent comme trophée. Ils lui ont donné le nom de bonnet, Whale’s bonnet des baleiniers américains. Cette saillie est naturelle puisque nous l’avons trouvée déjà dans un fœtus. Ce n’est pas, comme on l’a cru, une portion de peau déformée par ses commensaux Ou par toute autre cause externe.
Fréd. Martens et Zorgdrager en avaient déjà fait mention et ils avaient reconnu également les poils qui le recouvrent.
Schlegel en a fait mention dans la Fauna japonica, pl. XXVIHI et XXIX, en indiquant comme une forte proéminence teinte de blanc.
Pierre Camper a parlé du muffle de la Baleine franche et c’est probablement le bonnet qu’il désigne sous ce nom.
Martens lui a donné le nom de wrelst; quelques baleiniers l'ont nommé krone.
En 1884 le D' Gray a fait connaître cette prétendue excroissance que les baleiniers connaissent sous le nom de Whale’s bonnet, et il a introduit le mot dans la science.
Par l’intermédiaire de M. Holdsworth, Gray avait reçu des
îles Sandwich ce morceau de peau détachée de la tête d’une Baleine 1.
Ce bonnet existe également dans la Baleine australe et est plus particulièrement développé dans la Balæna japonica ?. Il est souvent couvert de poils. C’est évidemment un bonnet de Baleine, couvert de Cyames, qui a fait croire au D' Brandt qu'il avait entre les mains un morceau de peau de Rythina avec ses parasites ou plutôt ses commensaux. Nous avons eu ce bonnet entre les mains, au Musée de St-Pétersbourg. Le Directeur désirait avoir notre avis sur sa nature.
Le bonnet n’est donc ni une excroissance, ni une lésion de la peau, ni le résultat de la pénétration de quelques commensaux comme on l’a cru.
Quant aux poils on en voit, indépendamment de ceux qui recouvrent le muffle, en série le long des lèvres, et on sait que le nombre de ceux qui composent cette série varie d’après les espèces. Deux cétacés d’eau douce, les 7nia de l’Amazone comme les Platanista, du Gange, conservent leurs poils pendant toute la vie. Leur séjour dans un fleuve comme la persistance des poils après la naissance viennent corroborer l'opinion des naturalistes qui regardent ces genres fluviatiles comme les précurseurs des Cétacés marins. Les cétacés ont évidemment pour ancêtres des animaux terrestres.
Nous avons parlé de la langue dans une notice qui est insérée dans le Bulletin de l’Académie 3. Cette langue, disionsnous, à pour ainsi dire une forme carrée; elle occupe les deux tiers de la longueur de la cavité buccale. Il existe un filet très court qui est en rapport avec le peu de mobilité de cet organe. Elle est adhérente dans toute sa longueur, de manière qu’elle offre fort peu de mobilité pour une langue de mammifère, et elle remplit presque tout l’espace entre les deux mandibules.
! Proc. Zool. Soc., april, 1864.
? Dans la Fauna japonica, pl. XXVIII et XXIX, ce bonnet est indiqué comme une forte proéminence teinte de blanc.
5 2e série, tome XXVI, n° 8, 1868.
(120 D’après Ravin, la langue n’occupe dans les Balénoptères qu’une très petite partie de cette vaste surface !: La langue n'est pas sans ressemblance, sous le rapport de son étendue, avec la langue rudimentaire des Crocodiles. Malgré le peu de mobilité, elle est pourvue d’une épaisse couche de muscles, qui agissent surtout d'avant en arrière, pour retirer la langue en arrière ou bien transversalement, pour la gonfler et l’élever jusqu'au palais. Les fibres longitudinales prennent leur insertion au milieu de l'os hyoïde ; les fibres transverses croisent les précédentes et forment une couche épaisse dans toute son étendue. Nous n'avons pas vu de papilles calicinales à la surface ni au fond de la cavité, ni en avant. Ravin signale dans les Balénoptères une foule de papilles qui forment une bordure autour de cet organe, excepté en avant.
La peau qui recouvre la langue est fort mince et n’est point
doublée d’une couche de graisse. Quand on parle de la quan-
tité plus ou moins grande d’huile que recèle la langue, il faut prendre cette observation comme un récit de pêcheurs; la langue proprement dite, pas plus que la peau qui la recouvre, ne contient de lhuile; mais la peau qui réunit les deux mandibules, et que lon enlève du cadavre en même temps que la langue, cefte peau a sa couche de graisse, comme celle des autres régions du corps.
MOEURS
Nous avons à nous occuper dans ce chapitre, d’abord du régime de cette Baleine, c’est-à-dire des animaux qui lui servent de pâture puisqu'elle est carnivore, puis de ses rapports avec le milieu ambiant et les autres Cétacés et enfin de toutes les questions qui se rattachent à la conservation de lespèce : rapports des sexes, accouplement, gestation, mise-bas, allaitement, premiers rapports du Baleineau avec sa mère, durée de ces rapports, adolescence et âge adulte.
1 Ravin, Observalions sur les fanons. (ANN. DE SC. NAT., mai, 1856.)
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- Les mœurs de la Baleine franche ont attiré l'attention de plusieurs baleiniers parmi lesquels nous pouvons citer surtout Scoresby, Rob. Brown et Charles Scammon. :
La pâture de la Baleine franche est désignée sous le nom de Maidre; elle consiste surtout en Ptéropodes (Clio borealis) et en Crustacés entomostracés (Cetochilus arcticus et septentrionalis,
ainsi que Arpacticus Kroni), d’après Robert Brown.
Une Baleine qui rencontre un banc de manger avance doucement et, nageant la bouche ouverte, l’eau s’engouffre, la mächoire se relève avec ses lippes, la langue s’élève à son tour et l’eau est chassée à travers les fanons, pendant que la pâture, amassée dans la bouche, forme un bol, qui pénètre ensuite dans l’'œsophage,
La Baleine franche, comme les autres Balénides et probable-
ment les Cétacés en général, ne reste jamais longtemps dans
une région ; elle change de place d’après la saison et on connaît différentes stations de l’espèce qui nous occupe. Ce que lon ne connait pas aussi bien, ce sont les lieux où elle se réfugie dans lesrégions septentrionales. On a remarqué que les années qui sont favorables à la pêche, au détroit de Bering, sont au contraire des années mauvaises pour la pêche à la mer
de Baflin.
Un point sur lequel les baleiniers sont d'accord, c’est qu’elle parait en troupes en hiver sur la côte occidentale du Groënland, entre le 69% et le 65° degré de latitude, et qu’au printemps elle retourne au nord. On sait aussi que pendant les hivers rigoureux elle se rend plus au sud que pendant les hivers doux, mais sans dépasser certains degrés que cet animal, essentiellement polaire, ne franchit jamais.
On ne voit jamais la Baleine franche que près de la lisière de la glace compacte, ou dans les espaces libres entre les glaces flottantes. On a fait cette même observation dans la mer de Baflin comme dans les eaux de Spitzherg et le détroit de Bering.
Les baleiniers s'accordent à dire que la Baleine qui nous occupe ne quitte pas les glaces et, si elle se rend plus au Sud,
à l'Ouest qu’à l'Est, au détroit de Davis, c'est que les glaçons flottent plus abondamment le long de la côte d'Amérique que le long de la côte du Groënland.
Elle ne quitte pas non plus les eaux profondes et les pêcheurs disent qu’elle se tient de préférence dans une eau noirâtre.
Une eau encombrée de glace, sans en être entièrement couverte, est une condition d'existence pour ces Mysticètes, dit Eschricht.
La Baleine franche en venant à la surface y reste rarement plus de deux minutes, puis elle plonge et reste de 5 à 45 minutes sous l’eau. Elle peut plonger aussi et rester jusqu’à une demi-heure sans venir respirer. Le capitaine Scammon parle même d’une heure à propos du Bowhead, qu'il a particulièrement observé dans la mer de Bering.
D’autres disent qu’elle respire sept à huit fois en 10 ou 42 minutes, puis plonge pendant 35 ou 40 minutes, descendant jusqu’à la profondeur de 400 brasses, pour remonter ensuite de nouveau.
D’après Scoresby la Baleine franche reste de 45 à 20 minutes sous l’eau, mais étant harponnée elle peut rester jusqu’à 56 minutes.
On possède aussi quelques observations sur la rapidité avec laquelle elle nage. Lacépède parle de onze mètres par seconde, ce qui lui permettrait, dit-il, de faire le tour du monde en 47 jours, en suivant l'équateur. En général les baleiniers sont d'avis qu’elle parcourt un espace de 3 à 4 milles anglais en une heure, c’est-à-dire de cinq à sept kilomètres. Il y en a qui estiment à 3 lieues, c’est-à-dire de 8 à 10 milles, l’espace qu’elle peut parcourir en une heure.
La rapidité de sa marche est grande surtout quand elle est blessée : le capitaine Graville rapporte le cas d’un individu blessé sur la côte Est du Groënland qui aurait gagné le lendemain l’embouchure de Omenak-Fiord sur la côte Ouest du Groënland. D'où il faudrait conclure qu’un bras de mer sépare le Groënland au milieu, comme du reste on en voit des indications sur de vieilles cartes.