‹ Histoire naturelle des cétacés des mers d'EuropeChapitre 10 sur 51 · CAEN · texte numérisé non relu

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Dans le détroit de Davis cet animal se tient par petites bandes (schools) de trois ou quatre individus, dit M. Rob. Brown, et d’après cet observateur, qui a assisté régulièrement à cette pêche, on les voit rarement approcher des côtes. Elles se réunissent au contraire en grand nombre, dit-il, pendant leurs pérégrinations : quand elles passent d’un bord de l'Océan à l’autre, elles forment des gammes nombreuses dont quelquesunes ne comptent pas moins d’une centaine d'individus.

Le nombre de Baleines diminuant toujours dans la mer de Baffin, les baleiniers écossais sont entrés à leur poursuite dans le détroit de Lancaster et de Barrow, puis dans le Golfe de Boothia, où ils ont fait d'assez bonnes prises. Les Baleines semblent s’y retirer; presque toujours en capturant un animal d’un sexe on capturait l’autre sexe peu de temps après. Il y a tout lieu de croire que ces animaux y vivent par couples et y passent peut-être la saison des amours. Se réunissent-ils par schools après? ou restent-ils par couples jusqu’après la misebas de la femelle? Tout tend à faire admettre cette dernière supposition.

On a remarqué, partout où l’on chasse ces animaux, que lon prend plus de femelles que de mâles dans le voisinage des côtes ; le mâle reste au large, pendant que la femelle se rend dans les baies pour y mettre bas. Les baleiniers basques ont fait depuis longtemps cette même observation sur la Baleine de leur côte.

Si la Baleine franche voyage et stationne par couples, au moins dans certains parages et dans certaines saisons, il n’est pas moins certain qu’elle vit aussi par bandes nombreuses à certaines époques.

Bessels, pendant son voyage forcé à bord d’un baleinier, raconte qu'il a vu des gammes de trente et même de cinquante individus qui fuyaient devant lui.

Une observation assez intéressante a été faite par les baleiniers qui vont à la mer de Bering et à l'Océan arctique, c'est que, jusqu’à présent, ils n’ont pas vu une seule de ces Baleines,

qu'ils chassent avec tant d’acharnement, accompagnée d'un baleineau, ni dans le détroit ni dans l'Océan.

Ils ont également fait observation que, en approchant de Ja Mer arctique par le détroit de Bering, les premières Baleines qu'ils ont aperçues étaient très peu farouches; insensiblement elles sont devenues craintives, au point qu'aujourd'hui elles ne se laissent plus que très difficilement approcher.

Aussi tous les baleiniers sont unanimes à dire que la Baleine franche est un animal sauvage (shy) en même temps que timide; cest ainsi que s’exprime le capitaine Scammon.

Comme tous les Cétacés, la Baleine franche dort à la surface de la mer.

De diverses observations il résulterait que cet animal est monogame, sans doute comme les autres Balénides, que la femelle ne porte qu'un jeune à la fois, que le baleineau tête et suit sa mère pendant deux ans.

Tout en étant unipares on connaît comme dans les autres ordres de mammifères qui sont unipares, on connaît, disonsnous, plusieurs exemples de Jumeaux; on a vu également des jumeaux parmi les Balénoptères et parmi les Delphinides.

Il paraît acquis aujourd'hui que les Cétacés s’accouplent debout dans l’eau; nous entendons les Cétacés proprement dits et non les siréniens, qui accomplissent cet acte dans une position horizontale.

Nous avons à peu près la certitude que l’accouplement de la Baleine franche a lieu en hiver au milieu des glaces; Holbüll a constaté le fait pendant qu’il était gouverneur du Groënland. Des baleiniers ont vu le Mysticetus s’accoupler à Godhavn le 13 janvier 1780.

La Baleine australe paraît accomplir cet acte pendant la saison correspondante, c’est-à-dire pendant l'été, entre Île mois de mai et le mois de septembre.

On ne connaît pas d’une manière certaine la durée de gestation, mais il y a tout lieu de croire qu’elle est de 14 à 15 mois.

Robert Brown ne l’estime qu’à 9 ou 10 mois et elle met bas, d’après lui, au mois de mars ou d'avril. C’est la même durée de neuf à dix mois que l’on accorde à la gestation de la Balænoptera rostrata.

Le capitaine Scammon fait mention d’un fait curieux relatif à la gestation : 1l a capturé une femelle avec son baleineau qui pouvait avoir tout au plus un an d'âge; en faisant l’autopsie de la mère il a observé qu’elle était de nouveau grosse. Si ce n’est pas une mère qu’accompagnait un baleineau étranger, cette observation n’exclut pas la supposition que la Baleine peut mettre bas tous les deux ans, tout en portant de 14 à 15 mois.

La durée de la gestation est inconnue, dit Charles Scammon en parlant du Bowhead, mais il suppose qu’elle est d’un an. Il avoue que l’on ignore complètement où cet animal met bas et dans quels parages il passe son quartier d'hiver. Il est à remarquer qu'il est question ici de la Mer arctique et de la mer de Bering.

Reinhardt après de longues recherches dans les inventaires des baleiniers danois n’en sait pas davantage; 1l ne pense pas, dit-il, que la baleine visite la côte de Groënland pour y mettre bas; on n’y voit pas d’ailleurs plus de femelles que de mâles.

Nous trouvons toutefois l’exemple d’une femelle, accompagnée de son baleineau (a new-born Cub), qui apparaît le 18 mars 1807 près de Dogs Island, à embouchure de Discobay; le baleineau fut heureusement capturé et les pêcheurs disent qu’il n’était pas plus gros qu'un Beluga. Ce baleinceau n'était évidemment pas venu à terme. Le Mysticetus doit avoir une vingtaine de pieds en venant au monde.

On s'accorde généralement sur ce point que, pendant la station d'été, les Baleines qui nous occupent mettent bas au milieu des glaces et que la mère, accompagnée de son baleineau, prend ensuite son quartier d'hiver dans la mer de Baftin, entre le 78° et 65° degré de latitude nord.

Scoresby, qui a fait la chasse pendant des années sur Îles côtes de Spitzberg, pense que la Baleine franche met bas en

février ou mars. Ot. Fabricius, qui a séjourné sur la côte de Groënland, parle du mois d'avril. Parit mense aprili pur plerumque unicum, dit-il.

Scoresby a capturé un baleineau, en avril 1811, qui portait encore une partie de son cordon ombilical.

Eschricht et Reinhardt sont également d'avis que c’est entre la fin du mois de mars et le commencement du mois de mai que la parturition a lieu.

A en croire la plupart des baleiniers, ce serait donc à la fin de mars ou dans le courant d'avril que le Mysticète met bas au nord de l'Atlantique et la gestation serait de 13 à 14 mois, de manière que la femelle peut produire un baleineau d’une année à l’autre.

Il est reconnu que les Balénides recherchent les mêmes baies pour accomplir cet acte important ; au Spitzhberg comme sur la côte d'Afrique on connaît des parages où l’on trouve régulièrement, du moins pendant la saison propre, des femelles pleines ou des baleineaux.

C'est sans doute ce qui explique la quantité énorme d’ossements que l’on rencontre dans certains endroits. On a reconnu des ossuaires de Cétacés sur les côtes d'Afrique, sur les côtes du Brésil et dans certaines baies de Tasmanie. La baie de Howard-Town est un cimetière de Cétacés océaniens, dit le comte de Beauvoir.

On sait que le plus grand ennemi de la He et le seul dangereux, c’est l’Orque 1. Ce Cétacé, avec ses fortes dents et nageant toujours par petites bandes de quatre à cinq individus, attaque les nageoires de la Baleine d’abord, puis la langue. Il n’est pas rare, disent des baleiniers, de trouver des cadavres flottants de Baleines dont la langue est mangée par ces redoutables carnassiers et dont le bout des fanons est mordu.

Rien n’est comparable au spectacle d’une Baleine aux prises

: Les baleiniers et les voyageurs le désignent souvent sous le nom de Siweerd fish, ce qui a donné lieu déjà à de singulières méprises, même de la part de zoologistes qui ont pris ce Cétacé pour un poisson.

avec un Orque; au bout de quelques instants la mer n’est qu’une mare de sang, disent les marins.

La voracité de l’Orque n’est pas moins grande que sa cruauté. Eschricht a trouvé dans l'estomac d’un individu échoué sur la côte de Jutland, quinze Phoques à côté de treize Marsouins et une peau de phoque retournée dans la bouche. Nilsson avait trouvé dans un Orque de sept mètres de long, quatre Phoques à côté de plusieurs Saumons entiers.

Les fèces des Mysticètes sont rouges de couleur, sans doute par les Cetochiles qui leur ont servi de pâture.

Les Thalassothériens ont de la voix comme les Géothériens. On a reconnu de tout temps que les Phoques comme les Otaries se font entendre par un bruit rauque qui leur est propre, mais en est-il de même des Cétacés ?

On a recueilli aujourd'hui un assez grand nombre de faits pour dire oui : les Baleines comme les Dauphins font entendre un mugissement quand ils sont jetés sur la plage ou quand ils sont blessés. Rondelet parle déjà des mugissements des Cétacés attaqués, en parlant de la Baleine franche dans les environs de Terre-Neuve.

Le Microptère de Sowerby, échoué près d’Ostende il y a quelques années, a poussé des mugissements comme une vache, dit du Mortier, dans la description qu’il a donnée de cet animal. Il a poussé des lamentations pendant deux jours qu’il a vécu sur la grève, me disait Paret, qui a recueilli animal sur la plage.

Divers auteurs comparent le cri des Cétacés au mugissement d’une vache. On a cité le Delphinide qui est venu échouer en 1778 près de Fréjus, dans la Méditerranée, et on cite de même les Grindewalls (globiceps) qui sont venus expirer en 1788 auprès de Honfleur; ils mugissaient comme des taureaux, disaient les témoins.

Un Hiyperoodon rostratum, échoué dernièrement sur la grève d'Hillion, fit entendre un bruit insolite en venant à la côte, dit un témoin. Il était six heures du matin, vers le milieu de décembre 1879 ; deux hommes se rendirent sur les lieux, cha-

cun armé d’un fusil, et ils aperçurent un grand animal qui se débattait en beuglant. Il n’est mort que vers 10 heures.

Les Dauphins attaqués en 1787 auprès de Saint-Tropès, dans la Méditerranée, firent entendre des sifflements aigus qui avaient été précédés de mugissements effrayants. On les entendit jeter des cris.

On a entendu également mugir des Cachalots.

Un témoignage important est celui de Holbôll qui a passé plusieurs années sur les côtes du Groënland comme gouverneur, et à qui Eschricht devait ses plus beaux squelettes de Cétacés. Il a vu une mère qui exprimait également sa douleur par des mugissements.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

Des observations faites avec soin pendant un siècle nous apprennent que cette Baleine, qu’on pourrait appeler Polaire, ne dépasse pas le 64° degré de latitude nord et ne pénètre jamais dans PAtlantique.

Les Baleines pêchées au Spitzhberg d’abord, au Groënland après et depuis 1847 dans la mer de Bering, appartiennent à une seule et même espèce que les naturalistes désignent sous le nom de Baleine franche ou Balæna mysticetus. Elle visite périodiquement les mêmes eaux, habite toute la calotte glacée du pôle arctique, peut communiquer par le détroit de Smith avec la mer de Baflin, visite à l'Est cômme à l'Ouest les eaux du Spitzherg et la mer de Bering par le détroit du même nom; sa limite géographique méridionale est la limite septentrionale de la Baleine des Basques dans l'Océan glacial, de la Baleine du Japon dans le Pacifique.

Nous ferons remarquer que l’on ne connaît pas jusqu’à présent de Baleine antarctique, correspondant à la Baleine arctique, quoique l’on connaisse dans les deux hémisphères des Balénoptères et des Mégaptères, identiques ou similaires. L'on sait que la ligne de l'équateur est une mer de feu, comme l’a dit le capitaine Maury, que les Baleines véritables ne franchissent pas.

Nous avons ici un exemple des plus remarquables de cette place, qui est assignée à chaque espèce, pour remplir son rôle dans ce grand spectacle de la nature.

Eschricht et Reinhardt ont constaté, d’après des observations recueillies pendant près d’un siècle, que le 64° degré de latitude n’a jamais été dépassé par cette espèce, du moins sur la côte ouest du Groënland, où des colonies danoises sont établies depuis le commencement du siècle dernier.

Leur station d'hiver est entre le 75e et le 78° degré et, chose assez remarquable, c’est vers le 77e degré que se trouve la baie que Baffin a appelée Baie des Baleines, à cause du grand nombre de-ces Cétacés que l’illustre marin y avait rencontrés.

Ne remontent-ils pas plus haut que le 78 degré? On a recueilli depuis longtemps quelques faits qui méritent de prendre place ici: on a remarqué, par exemple, que des Baleines, blessées par des harpons lancés à l’ouest de Groënland, ont été pêchées ensuite dans les eaux de Spitzhberg, portant encore le harpon dans leurs flancs avec la marque des lieux et de la date! On a capturé de même dans la mer de Baflin des Baleines avec des harpons lancés dans les eaux de Spitzberg! Les baleiniers ne se rendent à cette pêche que pendant l'été et ils doivent gagner alors les latitudes élevées pour les rencontrer. En fuyant au nord de la mer de Baflin jusqu'aux eaux de Spitzberg, il y a lieu de croire que ce sont leurs blessures qui rendent les Baleines parfois affolées et les poussent dans des régions qu’elles ne visitent pas habituellement.

Il est inutile de faire remarquer que c’est bien par le nord qu’elles ont dû doubler le Groënland, puisqu'elles ne peuvent doubler le cap Farrewell au sud, qui est beaucoup trop méridional.

Ce qui paraîtra plus surprenant c’est qu’on a trouvé, au nord du Pacifique, des Baleines percées de harpons lancés par des baleiniers de Spitzberg.

Eschricht a fait un tableau indiquant la répartition du Mysticetus aux diverses époques de l’année et aux divers degrés de latitude dans la mer de Baffin; ce tableau montre que,

de septembre à juillet, cette Baleine descend jusqu’au 65° degré et que pendant les mois d'été elle remonte jusqu’au 18° degré.

Il est certain que des troupes entières viennent tous les ans hiverner sur la côte occidentale du Groënland, entre le 69e et le 65e degré de latitude.

D’après des observations suivies pendant trente-cinq ans par les colonies danoiïises des côtes de Groënland, l’arrivée des premiers Mysticetus a lieu du 12 novembre à la seconde moitié du même mois, et le départ depuis la fin d'avril jusqu’au mois de mai et de juin.

En moyenne la durée de leur séjour dans ces parages, pendant plus d’un quart de siècle, a été de 177 jours ou la moitié de l’année à peu près.

La Baleine franche passe ainsi six mois d'hiver entre Godhavn 169014") et Holsteinborg (66°50"); après le mois de mai ou de juin, elle se rend au nord.

Quand l'hiver est plus rigoureux on la suit jusqu’au 65° degré et même jusqu'au 64°. David Crantk ne cite toutefois qu'un exemple d'un Mysticetus observé à cette latitude 1.

De juillet en septembre on en voit entre les 70° et 73° degrés; elles disparaissent ensuite entre le T° et le 78°, qui paraît être encore leur station d’été.

Il n’est guère douteux que ces animaux ont dans la mer polaire leur breeding et leur feeding ground. En ont-ils plusieurs ? Ils ont évidemment des côtes où de préférence ils vont mettre bas et des places où ils trouvent de la pâture à certaine époque de l’année. Les baleiniers américains signalent, comme breeding place surtout, le voisinage de Tschantar Bay.

Ces animaux deviennent tous les jours plus rares; M. Malmgren, dans son voyage à Spitzherg, dit n’avoir pas rencontré une seule Baleine ; aussi n’y at-il plus de baleiniers dans ces parages où, il y a deux siècles, on en voyait de toutes les nations.

Nordenskjüld n’a vu pendant un de ses voyages qu’une seule

3 Hislorie van Groenland, 1, p. 855.

fois une Baleine franche ; c'était le 23 juin 1884 sur la côte ouest de Spitzbergen, à la latitude de 78° 1.

Clavering et Sabine en ont vu encore au nord de Spitzherg le 17 août 1893; ils en aperçurent plusieurs au grand étonnement des pilotes groënlandais.

I faut croire qu'il en existe encore dans les hautes latitudes au nord de Spitzberg; Peyer et Wevyprecht disent qu’elles y sont encore abondantes à l’est, mais dans des parages peu visités. Mainte journée ils en ont eu constamment en vue.

Dans la mer de Baffin on voit encore tous les ans quelques baleiniers écossais, surtout du port d’Aberdeen, pénétrer par la mer de Baflin et le détroit de Lancaster dans le golfe de Boothia, où la Baleine franche semble faire un séjour régulier.

C'était surtout depuis Godhavn jusqu’au ny Sukkertop que se faisait anciennement cette pêche.

Nous avons dit plus haut que le D' Bessels, qui avait été recueilli après le naufrage du Polaris, à bord de lArctic, a assisté involontairement à cette pêche, et qu’à l'entrée de la Baie Prince Regent il a vu jusqu’à 50 Baleines apparaître à la fois 2. Il a aperçu également trois Baleines près du cap Garry; dans les eaux qui conduisent à Fury-Beach, lieu célèbre par le souvenir de Parry, les Baleines se montrèrent en grand nombre, dit-il, et il fait remarquer que la côte était encore couverte de caisses, de cordages et d’ossements abandonnés par Parry.

L’Éclipse parti de Peterhead (Écosse) le 20 avril 1886 a rencontré, vers le milieu du mois de mai, des Baleines franches, revenant sans doute du sud-ouest, dit Rob. Gray; des Calanus finmarckicus remplissaient la mer; dix jours après le départ d'Écosse, l'équipage a aperçu cinq Baleines de taille ordinaire et une vingtaine de petite taille à côté de Narvals 3.

D’après des observations suivies, la Baleine, après chaque

1 NorDenskJn, Die Umsegelung Asiens und Europa. Deus. AusG. 1881, [, p. 145.

2 Polaris expedition.

5 Rob. Gray. Voy. 1886. The Zovulogist, fevr., 1887.

voyage, revient à la station d’où elle est partie, comme les hirondelles reviennent à leur nid, les saumons à leur lieu de . naissance. Les habitants de différentes côtes en citent plusieurs exemples, dont quelques-uns sont fort remarquables : pendant l'hiver de 1812-1813 une Baleine s'était fait remarquer dans les eaux de la côte de Groënland à sa nageoire caudale, qui était complètement déformée, et, à la campagne suivante, elle fut capturée dans la même baie. Le 15 mai 1837 les baleiniers anglais capturèrent une baleine à une lieue de Godhavn, qui est la résidence des Danois, et, en la dépeçant, ils trouvèrent, dans les chairs, un fragment de harpon qui avait été lancé dans les mêmes parages par les colons danois le 26 février 1833. On pourrait en citer d’autres exemples.

Les baleiniers s'accordent à dire que là où il y a des Baleines il n’y a pas de Balénoptères; la pêche est finie, d’après eux, quand ils voient apparaître des Finnfish, Balénoptères.

Il paraît que pendant les mois d'hiver, de novembre en avril, deux autres Cétacés, que l’on peut qualifier comme le Mysticetus, d'espèces glaciaires, le Narval et le Beluga, se rendent aussi régulièrement que la Baleine vers le sud et qu'ils descendent encore un ou deux degrés plus bas que le Mysticetus.

La Megaptera boops, d’après le même tableau d’Eschricht, se rend au nord pendant les mêmes mois que la Baleine franche, mais sans dépasser le 76° degré de latitude.

La pêche de la Baleine se fait aujourd’hui surtout au nord du Pacifique dans les eaux du Japon, et depuis 1847 plus particulièrement dans la mer de Bering et la Mer arctique.

Voici quelques renseignements sur la présence de cette Baleine dans le détroit de Bering et l'Océan arctique, où se fait la grande pêche depuis une quarantaine d'années.

D’après le récit de tous les baleiniers les Baleines apparaissent quand la glace commence à fondre.

Cest du 15 au 25 mai qu'on a vu le plus de Baleines dans ces parages.

A la fin de l'été et en automne les Baleines du détroit se

rendent toutes vers le nord, dit Pechuel, et elles se réfugient jusqu’au 72 degré de latitude au milieu des glaces. Pechuel en a poursuivi jusqu'à cette latitude, mais plus loin il les a perdues de vue.

Pechuel n’a vu que le Bowhead du Pacifique et il ne peut affirmer que c’est la même espèce qui habite Atlantique ; 1l affirme ensuite qu'il n’a pas vu de Baleineaux dans le détroit de Bering tandis que Crooker en a aperçu sur les côtes de Kamschatka.

Les baleiniers ont observé que les Baleines de la mer d’Okhotsk ne traversent jamais le passage des Kuril-Islands et que celles de la Mer arctique ne pénètrent jamais dans la mer d’Okhotsk. Cela leur a paru naturellement étrange; mais si lon songe que la mer d'Okhotsk n’est fréquentée que par la Baleine du Japon !, qui ne quitte jamais les courants tempérés, comme l’autre ne quitte pas les courants glacés, il n’y a rien que de fort naturel de voir une des Baleines du nord du Pacifique se comporter envers le Bowbead comme la Baleine de Biscaye se comporte au nord de l’Atlantique envers la Baleine franche.

Nous avons lu dernièrement dans un rapport du lieutenant P. Henry Ray 2? que, à l’est du détroit de Bering, à la pointe de Barrow, côte d’Alaska, on voit apparaître des Baleines vers la mi-avril; elles y arrivent quand les glaces se fondent, isolées d’abord, puis insensiblement en nombre. Ce rapport nous apprend que bien des Baleines furent capturées en 1882 entre Point Barrow et Return Reef et que cette même année plusieurs baleiniers stationnèrent au Point Barrow jusqu’à la fin de septembre.

Trois Baleines furent capturées pendant les deux saisons que l'expédition y passa. Une femelle trouvée flottante le 1°° septembre 1882 renfermait un fœtus de 3 pieds.

1 Nous ne parlons pas des Rhachianectes, que l’on ne peut confondre ni avec le Bowhead ni avec l'espèce du Japon.

? Report of the international polar expedition to point Barrow, Alaska. Washington, 1885, p. 100,

Les indigènes poursuivent également cet animal; ils Jui lancent des harpons auxquels sont attachées des outres de peaux de phoque et en nombre tel qu’à la fin l’animal ne peut plus plonger.

Le lieutenant Ray fait remarquer que l’on trouve abondamment des mandibules, des vertèbres et même des crânes de ces Cétacés et qu’on découvre même de leurs os jusque dans les tombes. Ils doivent avoir été autrefois excessivement abondants dans toute cette partie de la mer Arctique, puisque, à l’ouest du cap Tschukotskoiï, les habitants ont bâti une espèce de tour avec des côtes de Baleine (Wrangel). Cest le Oostcap du détroit de Bering.

Il paraît que les ossements du Morse y sont tout aussi abondants.

Nordenskjôld a rapporté, de son voyage par la Vega, des ossements fort intéressants que Malm a fait connaître; outre des os de Mysticetus 1, il y en avait de Berardius, d'Orca, de Delphinaptère et de Rhachianectes.

Ces animaux sont loin d’être également abondants pendant la saison de pêche : on fait l’observation, comme nous l'avons dit plus haut dans la partie historique, que les années qui sont mauvaises pour la pêche à l’ouest du Groënland sont, au contraire, heureuses pour la pêche au détroit de Bering. Y a-t-il ici une simple coïncidence? De temps en temps il y a une année bénie et une année calamiteuse et on a remarqué que les années bénies pour les pêcheurs de la mer Arctique sont des années malheureuses pour les pêcheurs de la mer de Baffin. Ainsi l’année 1867 est citée comme une de ces années exceptionnelles ; elle a été heureuse pour les pêcheurs américains qui se sont rendus au détroit de Bering et, cette même année, les douze vapeurs du port d’Aberdeen ont fait une perte de cent mille livres sterling.

Ces douze vapeurs n'avaient capturé que deux Baleines pendant toute la campagne de 1867, tandis que, des trois cent

1 Squelettdelar of hval.

quarante-deux navires américains qui ont visité cette année le détroit de Bering, huit ou dix d’entre eux en ont capturé chacun de neuf à dix-sept.

C’est l’année de la découverte de la terre de Wrangel.

Indépendamment de la rareté des Baleines pendant certaines saisons de pêche, les baleiniers courent encore le risque de voir leurs navires saisis et écrasés dans les banquises. Il y à quelques années il y en a eu quatorze de perdus par les glaces.

Un phénomène de distribution géographique bien remarquable, dont nous avons déjà signalé l'importance, est celui de la distribution de deux espèces de Baleines, l’une au nord de l'Atlantique l’autre au nord du Pacifique, qui se comportent de la même manière à l'égard de l'espèce polaire.

Le capitaine Scammon a été frappé de ce qu’on ne voit jamais de Jeunes Bowheads sortir de la mer d’Okhotsh; ce qui nous paraît tout naturel, puisque le Bowhead est une espèce essentiellement polaire.

Le savant baleinier estime que le Bowhead se rend au sud dans le détroit de Bering jusqu’au 55° degré; c’est précisément l'extrême limite jusqu'où s'étendent les glaces.

L’aire géographique, que nous assignons à la Baleine franche, peut paraître bien étendue à quelques naturalistes ; une même espèce qui habite à la fois la mer de Baffin et la mer de Bering n’est toutefois pas un fait isolé; nous voyons, en effet, au nord du Pacifique comme au nord de l'Atlantique, la même Megaptera et les mêmes Balenoptera et, sans parler d’autres Cétacés comme le Cachalot, nous voyons des deux côtés les mêmes Phoca barbata et Groenlandica et, parmi les Mammifères terrestres, les mêmes Ours blanc et brun, la même Loutre. Nous ne parlons pas d’autres mammifères, de plusieurs oiseaux et* d’un grand nombre d'animaux appartenant aux autres classes.

MUSÉES

À l’époque où Cuvier écrivait ses Recherches sur les ossements fossiles, le Muséum de Paris ne possédait pas un os de

Balæna mysticetus, si ce n’est des mandibules et un fœtus; Laurillard dut se rendre à Londres pour prendre le dessin de la tête qui devait figurer dans les Recherches du grand naturaliste du Muséum.

A l'exception de quatre ou cinq fœtus, de trois ou quatre têtes plus ou moins complètes, de quelques os séparés surtout des mandibules et des os tympaniques, rien n’a été conservé de ces milliers de Baleines capturées pendant deux siècles au Spitzberg et au Groënland par des baleiniers de toutes les nations maritimes. Nous indiquons ici les pièces connues.

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