‹ Histoire naturelle des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 7 sur 83 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DES CLASSIFICATIONS

Mon livre ne saurait être complet sans quelques notions sur l’arrangement systématique, ou classification, que ces plantes ont reçu des botanistes. Les Champignons sont, comme les animaux et les autres végétaux, soumis à la loi générale de la nature; aussi veux-je mettre le lecteur en état de comprendre la valeur et la relation des différents groupes dans lesquels les Champignons ont été répartis. Nous savons déjà que les botanistes qui ont précédé Persoon comprennent, et cela pour ainsi dire sans exception, dans un genre unique, le genre Agaricus. Persoon a le premier distingué, avec sa sagacité ordinaire, un certain nombre de séries, de formes analogues, qu’il trouve cependant naturel de séparer les unes des autres sous des dénominations spéciales. En 1797, parut son Tentamen Dispositionis methodicœ Fungorum ( Lipsiæ ). Quatre ans après, en 1801, le Sinopsis methodicci Fungorum (' Gottingœ ). Il établit trois grandes divisions dans les espèces alors connues du genre Agaricus. Ce sont les genres Amanita , Agaricus et Memdius ; le genre Agaricus se subdivise lui-même en plusieurs sous-genres qu’il appelle Lepiota , Cortinaria , Gymnopus , Mycena , Coprinus , Pratelia, Lactifluus, Russula, Omphalia et Pleuropus. La création de ces groupes est si naturelle que la plupart d’entre eux sont encore conservés, et que les parties modifiées ont servi elles-mêmes de point de départ à des sections nouvelles.

En 1817, F. G. Nees d’Esenbeck fit paraître son System dcr Pilze und Schwaemme ; les fondements de cette classification ne

DES CLASSIFICATIONS

sont pas assez solides. Elle est censée reposer sur les principes réels et déduite de l’analyse des caractères. En l’étudiant avec attention, on reconnaît qu’il n’en est pourtant pas toujours ainsi. L’auteur puise dans les ouvrages ce qu’il y trouve de mieux, il en fait un corps sans jambes; il n’a pas vérifié les observations et plusieurs sont fautives. Cependant son travail renferme des considérations mycologiques élevées, des rapprochements extrêmement ingénieux, un nombre immense d’observations fines et délicates.

Rien d’étonnant donc à ce qu’il ait été pris pour modèle par les auteurs modernes qui ont écrit sur les Champignons. Le professeur Fries notamment, pour établir son Systema Mycologicum, lui a emprunté des matériaux précieux.

Nees d’Esenbeck divise ces végétaux en trois familles :

lre famille , Coniomycètes, renferment trois divisions et cinq subdivisions;

2me famille , Hyphomycètes , quatre divisions et huit subdivisions;

3me famille, Gastéromy cèles , six divisions et huit subdivisions.

On reconnaîtra sans peine que cette classification en trois familles, treize divisions et vingt-trois subdivisions, était tout au moins l’œuvre d’un esprit véritablement classificateur, et qui, pour l’époque, avait réussi à créer un très utile et très ingénieux système artificiel.

En 1825, M. Ad. Brongniart proposait, dans un livre bien connu, ayant pour titre : Essai d'une nouvelle classification naturelle des Champignons, de diviser cette classe en cinq tribus, les Urédinées , les Mucédinécs, les Lycoperdacées, les Champignons proprement dits et les Hypoxylon. En 1845, dans son Enumération générale des plantes cultivées au Muséum d’histoire naturelle, M. Brongniart décrit et adopte le système de Fries, sauf quelques modifications; il divise les Champignons en quatre ordres comprenant neuf tribus :

1° liyphomycées , Mycélium filamenteux produisant directement sur une partie de ses rameaux les spores ou les vésicules qui les renferment : Mucédinées, Mucorées et Urédinées;

2° Gastéromy cées, Mycélium donnant naissance à des excroissances fongueuses dont la partie externe forme une enveloppe.

DES CLASSIFICATIONS

Peridium, contenant dans son intérieur les utricules productrices des spores (Sporanges ou Basides) : Tubéracées , Lyeoperdacèes et Clathracées ;

3° Hyménomycées , Mycélium produisant des excroissances fongueuses, dont une partie de la surface ( Hyménium ) est formée par les utricules productrices des spores ( Basides ou Thèques ) : Agaricinées et Pezizées ;

4° Scléromycées, Mycélium produisant des excroissances fon gueuses, contenant un ou plusieurs conceptacles durs renfermant des Thèques : Hypoxylées.

Persoon avait d’abord été tenté de diviser les Agarics en plusieurs genres, mais il a reculé devant cette innovation ; nous savons trop peu de chose, disait-il, sur la structure et les organes de la reproduction, sur la structure et les fonctions des différentes parties, pour établir des genres véritables. Ce que Persoon n’avait osé, M. Fries le fit dans un ouvrage extrêmement remarquable, publié en 1821 sous le titre de Systema Mycologicum. 11 présenta une nouvelle distribution du genre Agaricus , basée principalement sur la couleur des spores, ce qui lui permit d’établir six classes, savoir :

1° Coniomycètes , Champignons qui envahissent les végétaux vivaces : Epipliytes et Endopliytes : genres Æcidium, Uvedo, Puccinia, Ustilago ;

2° Hypliomycctes , Champignons qui se développent sur les substances en moisissure : les Mucorées et les Mucédinées ;

3° Gastéromycètes , Champignons dont les organes de reproduction sont renfermés dans des cavités sinueuses : Tubéracées, Lyeoperdacèes , Clathracées, etc. ;

4° Pyrénomycètes, Champignons dont les corps reproducteurs se forment dans un nucléus : Sphériacées ;

5° Dyscomycètes, Champignons dont les corps reproducteurs sont portés par une sorte de disque plan ou en coupe : Pezizées et Phacidiées ( Hypoxylées j de de Candolle ;

6° Hyménomy cèles, Champignons à hyménium : Agaricinées , Polyporées, Auricularinées , Clavarinèes et Tremellinées.

Son sous-genre Agaricus comprend à lui seul presque toutes les espèces d 'Agaricinées connues. Ces espèces sont réparties en plusieurs groupes ou sous- genres secondaires dans cinq sections,

DES CLASSIFICATIONS

et d’après la coloration des spores, comme je l’ai fait remarquer plus haut. Toutefois, M. Fries ne devait pas s’en tenir là. Assez heureux pour consacrer une longue et laborieuse existence à l’étude des Cryptogames (cinquante-trois ans), dans un dernier volume qu’il vient de faire paraître ( Ilymenomycetes Europæi, sive Epicriseas systematis Mycologici editio cdtera, Upsalæ, 4814), il divise les Agaricinées en vingt genres, et subdivise les Agaricus en trente-cinq sous-genres, rassemblés en cinq sections d’après la coloration des spores.

Division du genre Agaricus, de FRIES

A. Leucospori ( Sporis albis) : Amanita , Lepiota, Armilaria, Tricholoma , Clitocybe , Collybia , Mycena, Omphalia , Pleurotus ;

B. Hyporiiodii ( Sporis roseis) : Volvaria , Annularia, Pluteus, Entoloma , Clitopilus , Leptonia, Nolanea, Eccilia, Claudopus ;

C. Dermini ( Sporis ochraceis) : Pholiota , Inocybe, Ilebeloma , Flammula, Naucaria, Pluteolus, Galera, Tubaria , Crepidotus ;

D. Pratelli ( Sporis atro-purpureis) : Chitonia, Psalliota, Stropharia, Hypholoma , Psilocybe, Psathyra ;

E. Coprinarii ( Sporis atris ) : Panœcolus , Psathy relia.

Dans cette nouvelle classification, l’illustre Fries dégage, de son ancien genre Agaricus , des groupes indépendants : Cortinarius , Hygrophorus, Gomphidius, Russula, Lactarius, etc., qu’il soustrait ainsi à la caractéristique primordiale de la coloration des spores. Il en résulte, je ne dirai pas de la confusion, mais un bouleversement général dans cette partie de la Mycologie.

Que vont faire les disciples du maître, ceux surtout qui aiment la clarté et la simplicité des méthodes et des dénominations ? Je crois que les savants cryptogamistes, MM. Quelet, Boudier, Richon, Cornu, Roze, etc., constitueront une sorte de famille dont les sous -genres de Fries deviendront des genres principaux.

En réalité, mon avis est qu’il ne doit plus exister qu’un seul grand genre : les Agarics, dont le nom typique Agaricus n’a plus besoin d’ètre accouplé avec un nom générique de section, suivi d’un terme spécifique pour désigner une espèce connue en Europe. La classification de Léveillé, que j’expose plus loin,, a

DES CLASSIFICATIONS

l’avantage de grouper les genres dans un ordre systématique où l’importance de tous les caractères différentiels est prise en considération.

M. Bonorden, en 1864 ( Abhandlungen aus dem Gebiete der Mykologie), admet douze ordres :

1° Coniomycètes ; 2° Hyphomycètes ; 3 0 Mucorini ; 4° Mycelini , ( T ubercularini , Stilbini , Hymcnidarii , Isariei , Trichodermacei) ; 5° Tremellini ; 6° Hyménomycètes ; 7° Discomycètes ; 8° Myxomycètes ; 9° Gastéromycètes ; 10° Cryptomycètes ( Nemasporei et Pseccidiei) ; 11° Sphæronemei, ( Asterinci , Thyreomycètes, Excipulini, Leptosporiei , Podosporiacei , Sporocadei, Cryptotrichei , Sympixidei ); 12° enfin les Pyrénomyccs ou Sphæriacei commençant par les Erysiphci et finissant par les Tuberacei.

Dans la préface de son Handbuch der Physiologischen Botanik , 1866, M. de Bary, un mycologiste allemand des plus distingués, établit quatre ordres subdivisés en treize familles :

1° Physcomycètes ou Champignons algues, ( Sctprolegniées , Péronosporées , Mucorinées); 2° Hypodermès ou Champignons entophytes, Urédinées , Æcidiées ; 3° Basidiomycètes ou Champignons à basides, Tremellinés , Hyménomycètes et Gastéromycètes ; 4° ^4scomycètes ou Champignons à thèques ( Protomycètes , Tubéracés , Onygénês, Pyrénomycètes et Discomycètes).

M. J. Berkeley, dans ses Outlines of a British Fungologie, suit à peu de chose près la classification de Fries. Après les Hyménomycètes, les Gastéromycètes , les Coniomycètes et les Hyphomycètes , il adopte un cinquième ordre sous le nom d 'Ascomycètes ( Asci thecæ), Champignons à thèques , Thécasporées , répondant à la division des Endosporées de M. Tulasne, et dans lequel il comprend les Helvellacées, les Tubéracées , les Phacidiées , les Sphériacées, les Périsporiacées et les Onygénées; plus un sixième ordre, les Physcomycètes, pour les Antennariées et les Mucorinées.

M. Bertillon, dans le Dict. encyclopédique des Sciences médicales, a proposé des modifications sur divers genres.

Un savant mycologue anglais, M. Worthington Smith, dans le Journal ofBolany, London, 1871, eut l’heureuse idée de publier des tableaux synoptiques, dans lesquels, en alliant naturellement les divers sous-genres du genre Agaricus de Fries, il se contente de les grouper d’après deux nouveaux caractères; mais il accepte,

DES CLASSIFICATIONS

lui, avec empressement, Y émancipation que lui a léguée son maître Fries, et, sans se laisser arrêter par une autorité dont il ne connaît plus la voix, il pénètre partout; à l’aide du microscope il cherche à reviser les sous-genres, à les faire concorder avec la méthode naturelle.

Un autre ouvrage intéressant, c’est le volume intitulé : Les Champignons de la France , 1869, qu’a publié avant sa mort mon regretté ami M. Cordier, et dans lequel il a cherché, en fervent disciple de Persoon, à subordonner le système de Fries à celui de son savant maître.

M. C. Cooke, savant botaniste bien connu, dans son livre sur les Champignons, Paris, 1875, et surtout dans son Manuel des Champignons de la Grande-Bretagne, adopte et suit la classification de M. J. Berkeley.

M. Ernest Roze, dans les séances des 11 février et 10 mars 1876, présenta à la Société botanique de France son essai d’une classification nouvelle des Agaricinées.

Page 1