‹ Histoire naturelle des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 6 sur 83 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Les anciens botanistes ne connaissaient guère que les Truffes, les Oronges, quelques Bolets, qu’ils employaient comme aliments et comme médicaments. Toutes les autres espèces paraissent leur avoir été à peu près étrangères. Pline rapporte que, de son temps, on faisait déjà une grande consommation de Champignons, et que souvent même on avait de nombreux accidents à déplorer. Les anciens définissaient vaguement ces cryptogames ; ils comprenaient quelquefois plusieurs espèces en une seule, et les réunissaient, d’après leurs caractères communs et suivant leurs propriétés alimentaires et médicinales. Nous devons traverser une longue suite de siècles, jusque vers l’an 15S0, avant de rencontrer des ouvrages de quelque importance sur L'ensemble des Champignons.

A la renaissance des lettres, tandis qu’on croyait devoir tout découvrir dans les livres des auteurs grecs et latins , on n’y trouva que de longs et pénibles commentaires sur cette question. Les naturalistes du xvie siècle, en multipliant les espèces, en créant des genres nouveaux sans ordre et sans suite, s’égarèrent dans une voie fausse, et bientôt le moment arriva où l’encombrement, la diversité de tous ces mots nouveaux dépassèrent les forces de la mémoire humaine. Il fallut lui venir en aide, et établir un certain ordre dans cet amas confus.

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Micheli , le premier, dans son Généra Plantarum , publié en 1729, réunit en une espèce tous les Champignons semblables entre eux. Il examina, il chercha pour les grouper sous une définition commune, toutes les espèces qui offraient entre elles une certaine ressemblance par rapport aux autres.

Ce fut le professeur Link qui, avec sa grande patience et sa sagacité, fit de ces unités nommées espèces par Micheli, des unités d’un ordre plus élevé, auxquelles il donna le nom de genres. Quelques naturalistes, comme Medicus, Maerklin, Ackermann, Kaeler, Haberle, ne virent dans ces productions que le résultat d’une combinaison et d’un mélange des sucs pituiteux de plantes, modifiés par l’influence de l’air et des agents extérieurs. Comme les Champignons n’ont ni feuilles ni racines, et qu'ils n’en connaissaient pas les moyens de reproduction , ces auteurs les considéraient comme des productions fortuites dues à la pituite des arbres, au limon de la terre, ou à des phénomènes atmosphériques, comme le tonnerre. Ils ont même attribué la Truffe du cerf à certaines humeurs que le cerf, le lynx, le tigre répandaient sur le sol.

Marsili, dans la lettre qu’il écrivit à Lancini, reconnut le premier que les Champignons commencent par une petite moisissure. Il ne s’agissait plus alors que de savoir si cette moisissure appartenait à une génération spontanée, à une transformation des substances animales et végétales, ou à des graines qui échappaient aux moyens d’investigation des observateurs de cette époque. Vers la fin du xvme siècle, Necker, dans un ouvrage qu’il publia à Manheim, sous le titre de Traité sur la Mycétologie , crut voir le tissu cellulaire et parenchymateux des plantes se transformer en un corps radiculaire auquel il donna le nom de carcithe, et qui est le blanc de Champignon proprement dit. Cette opinion n’a été adoptée par personne.

Il était réservé à Micheli de prouver que les cryptogames, comme toutes les autres plantes, proviennent de germes ; la découverte des spores ou organes reproducteurs et les expériences qu’il lit dans le bois de Boboli , aux environs de Florence , présentaient alors toutes les garanties que l’on pouvait exiger pour établir la nature des Champignons. Mais l’opinion de Micheli ne fut pas admise, et l’on vit Buttner, Wilke, Weiss, Otto de Manchausen

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et même Linné les considérer comme des Polypiers. Néanmoins Weiss et Linné n’ont pas osé, dans leurs ouvrages, les séparer des végétaux.

Muller seulement plaçait les Clavaires dans le règne animal, parce qu’il avait aperçu du mouvement dans les spores. Enfin Trattinnick, en nous faisant connaître les propriétés et le mode de formation du Mycélium, a confirmé l’opinion que Micheli avait émise, et, à partir de cette époque, les Champignons n’ont plus cessé de faire partie du règne végétal.

Parmi les nombreux auteurs qui ont depuis étudié les Champignons au même point de vue et desquels on consultera toujours les travaux analytiques avec fruit, je citerai Schmiedel, Gleditsch, Tode, Hedwig, Bulliard, Paulet, Schmidt, Nees d’Esenbeck, Dittmar, Persoon, Link. Fries, Ehrenberg, Kunze, Ad. Brongniart, Corda, Schlechtendal, Montagne, Chevallier, Kickx, Desmazière et surtout Greville dont les analyses surpassent en fidélité et en exécution tout ce qui a été fait jusqu’à ce jour. Malgré ces nombreux travaux représentant parfois plusieurs années d’expériences et d’observations, on n’avait pas encore une idée exacte et bien arrêtée des organes de la fructification.

Lorsque, le 12 mars 1837, le docteur Léveillé lut à la Société philomathique de Paris un mémoire ayant pour titre : Recherches sur Y Hyménium des Champignons , il y déclarait que l’opinion sur l’organisation de la membrane fructifère de tous les vrais Champignons, universellement admise par Hedwig, était complètement erronée dans la plupart des genres, et particulièrement chez les Agarics , les Bolets, les Clavaires, etc., genres qui ont toujours été considérés comme devant former le type essentiel de cette famille, et qui en renferment la majorité des espèces.

Cette opinion était tellement nouvelle, tellement en contradiction avec tous les travaux récents des auteurs les plus justement estimés par l’exactitude de leurs recherches, que la Société philomathique dut employer une grande réserve avant de l’approuver ou de la rejeter. Les commissaires chargés de faire les rapports, MM. Ad. Brongnîart et Guillemin, demandèrent à vérifier sur des espèces de Champignons aussi variées que possible les observations de Léveillé. Ils prièrent Decaisne, aussi exercé dans l’emploi du microscope qu’habile à figurer ce qu’il y observait,

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d’examiner, de son côté, toutes les espèces qu’il rencontrerait, et c’est après avoir rapproché ces dessins, faits séparément, que la commission crut pouvoir établir son opinion sur des bases assez solides pour la soumettre à la Société. Je donne à lire les conclusions du rapport de Ad. Brongniart.

« Après les vérifications nombreuses et très attentives faites « pendant tout l’été et l’automne par vos commissaires et par « M. Decaisne, la commission ne peut conserver aucun doute « sur l’exactitude des observations de M. Léveillé ; dans tous les « genres qui ont été soumis à leurs observations, dans un grand « nombre d’espèces différentes d’Agarics et de Bolets, dans plu- « sieurs Théléphores, dans des Chanterelles, dans des Clavaires, « et même dans des Trémelles, ils ont reconnu la structure « signalée par M. Léveillé.

« Ils ont vu presque constamment les sporules fixées à l’extré- « mité de quatre pointes coniques plus ou moins allongées qui « terminent chacune des cellules de l’hyménium ; ils ont reconnu « ces sporules ainsi quaternées à différents âges depuis leur « première jeunesse jusqu’à leur état adulte, sans jamais les avoir « vues dans l’intérieur des cellules qui leur servent de base. En « examinant cette membrane fructifère perpendiculairement à sa « surface, la disposition quaternée des sporules est facile à recon- « naître, et on voit qu’elle est presque constante, les cas où les « sporules sont simplement ternées étant très rares, mais se « rencontrant accidentellement sur les mêmes feuillets ou les « mêmes tubes. La disposition géminée des spores dans les « Clavaires et leur disposition solitaire dans les Trémelles ont « également été constatées; enfin, ils ont reconnu que dans le « Cantarellus cibarius les sporules sont ordinairement réunies « six par six ou rarement par cinq ou par sept.

« La généralité de cette structure, et le soin que vos commis- « saires ont mis à la vérifier ne leur laissent aucun doute sur « l’exactitude des observations de Léveillé, et sur les déductions « qu’il en a tirées relativement à la classification des Cham- « pignons à membrane fructifère en deux ordres, les Helvellées « théccisporées et les Agaricinées basidiosporées . »

Ce rapport, dû à la plume d’un éminent botaniste, Ad. Brongniart, qui a bien voulu m’honorer de son amitié, eut un grand

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retentissement. Des observations sur le même sujet, publiées en Allemagne par M. Ascherson d’une part et par M. Corda de l’autre, vinrent confirmer la découverte de Léveillé.

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