CHAPITRE X
RÉCOLTE ET CONSERVATION UES CHAMPIGNONS
Le botaniste qui récolte des Champignons doit savoir les préparer, afin que les matériaux, qu’il a souvent acquis avec beaucoup de peine, puissent servir à l’étude. Tous les parasites, comme les Æcidium, Urcdo, Puccinia, et ceux qui se rencontrent sur les feuilles mortes, ne demandent pas d’autres soins que n’en exigent les plantes sur lesquelles ils se sont développés. Les nombreuses espèces de Sphéries qui ont une certaine consistance, doivent être enlevées avec la portion de l’écorce ou du bois qui les porte, mais en lame très mince, afin de pouvoir se prêter à la compression. Si les écorces sont trop dures ou desséchées, on peut les amincir ou les rendre flexibles à l’aide de l’humidité; sans cette précaution, on a un petit nombre d’espèces pour un volume très considérable et fort incommode. Si les Champignons sont visqueux ou d’une consistance gélatineuse, il faut les laisser sécher à l’air libre et ne les comprimer que quand ils ne peuvent plus adhérer au papier. On les conserve encore en les fixant solidement sur une planche, à l’aide d’une ficelle qui les enroule et que l’on fait passer entre les individus, pour ne pas les déformer. Les Champignons rameux comme les Clavaires, les Mérisma, présentent quelquefois des masses considérables; on est alors obligé do les diviser, mais il faut avoir la précaution de noter leur couleur et de recevoir les spores sur un papier; on les laisse exposés à l’air et, quand ils sont flétris, on les soumet à une légère pression, afin de ne pas trop altérer leur forme.
Les Téléphores et toutes les espèces membraneuses se dessèchent très facilement; si elles sont contournées, irrégulières, on leur rend la souplesse en les exposant à l’humidité. Les Pezizes perdent constamment leur forme et leur couleur, dont on doit toujours tenir note; si elles sont terricoles, on les dépouille de la terre ou du sable qu’elles ont à leur base et on les expose quelque temps à l’air avant de les comprimer; si elles vivent sur des bois, des liges de plantes, on divise ces parties de manière qu’elles aient peu de
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volume. 11 est facile de sécher entièrement les Tubéracés ou de les couper par tranches; on les conserve aussi très bien dans l’alcool ou dans l’.eau salée. Les Lvcoperdacés, quand on les trouve secs, peuvent être soumis ù la pression, après avoir passé une nuit dehors; comme ils contiennent des sels déliquescents, ils se ramollissent et se laissent comprimer sans peine; si ce sont des Geasler, des Tylostoma, il faut s’arranger de manière que leur mode de déhiscence soit visible. Quand on récolte ces Champignons frais, il faut, de toute nécessité, les laisser à l’air parcourir leurs périodes de végétation; on les voit alors se ramollir, changer de couleur comme s’ils étaient décomposés; plus tard, le liquide qu’ils contenaient s’évapore entièrement, et on agit avec eux comme s’ils eussentété récoltés secs. On peut encore, après les avoirarrachés de terre, les tremper une ou deux fois dans une solution de sublimé corrosif : alors ils meurent promptement, leur réceptacle prend de la consistance, et on les conserve avec leur forme et leur volume. Ce dernier moyen est le seul qui permette de garder les Trichiacés et autres Myxogastères ; mais dans les uns et les autres il faut avoir soin de noter la forme des écailles et surtout la couleur, constamment altérée par l’agent conservateur.
Les Phalloïdes, les Clathroïdes, dont il existe un si petit nombre dans les herbiers, sont beaucoup plus faciles à préparer qu’ils ne le paraissent. La planche LXV vient tout entière de l’herbier du docteur Léveillé. Ces Champignons ont été arrachés avec leur volve et, h l’aide d’une ficelle, on les a suspendus dans l’air, le réceptacle en bas; le latex s’écoule ou se dessèche, les autres parties se déforment un peu; quand ils sont presque secs, on les met en presse, mais auparavant il faut les ajuster et rétablir les rapports des différentes parties. Cette opération, quoique longue, réussit toujours quand elle est faite patiemment.
Les Morilles, les Ilelvelles, les grandes Pezizes, les Clavaires, se conservent très bien en entier, presque avec leurs couleurs naturelles, lorsqu’on les met dans du sable fin et très sec, ou bien dans du sable stéariné, mais il faut d’abord leur laisser perdre à l’air une forte partie de l’eau de végétation.
Les Champignons coriaces ou subéreux, comme la plupart des Polypores, des Agarics, n’ont pas besoin d’être préparés; ceux qui peuvent s’aplatir sont soumis à une pression plus ou moins
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forte. Les Lcntinus, quand ils sont frais, se dessèchent avec la plus grande facilité; s’ils sont secs, un peu d’humidité leur rend la forme, la souplesse, et ils se prêtent à toutes les opérations. Beaucoup d’espèces ont le chapeau en forme d’entonnoir; en se servant du sable stéariné, comme je l’ai dit plus haut, elles gardent forme et couleurs naturelles. Le sable stéariné se prépare en faisant dissoudre 100 grammes de stéarine pour un kilogramme de sable: on le conserve dans un endroit bien sec.
Klotzsch indique, pour les Bolets et les Agarics charnus, un procédé ingénieux, qui respecte assez bien les caractères principaux : j’en emprunte la description aux archives de botanique (t. I, p. 287). « Avec un instrument en forme de scalpel, partageant la plante en trois portions verticales, à partir du sommet du chapeau jusqu’à la base du pédicule, de manière à pouvoir en retirer la tranche du milieu, on apercevra distinctement les contours du Champignon, la nature interne de son pédicule creux, spongieux ou solide, l’épaisseur du chapeau, la disposition de ses feuillets égaux ou inégaux en longueur, décurrents ou non sur le pédicule, etc. B reste alors deux portions extérieures, qui donnent une idée parfaite de tous les contours de l’échantillon. Avant de procéder à la dessiccation, il est aussi nécessaire de séparer le pédicule du chapeau, et de gratter les lames ou feuillets si c’est un Agaric, et les tubes si c’est un Bolet. Nous avons cinq portions, savoir : la tranche intérieure, les deux côtés du pédicule, et ceux du chapeau. Cette opération terminée, on expose la plante à l’air, le temps indispensable pour enlever une partie de son humidité sans rider sa surface; on le met ensuite en presse, comme pour les autres plantes, dans une feuille de papier non collé, qu’on a soin de renouveler journellement jusqu’à ce que le Champignon soit parfaitement sec. Il suffit alors d’attacher sur du papier blanc chaque pièce dans sa position naturelle pour avoir une idée nette du Champignon. La volve ou bourse et l’anneau sont pareillement conservés ; dans quelques petites espèces, comme les Agaricus füopes , supinns , galericulatus , il devient inutile d’enlever les feuillets. » Cette méthode, comme on le voit, est extrêmement ingénieuse et offre de sérieux avantages.
Le botaniste qui veut utiliser ses collections de Champignons charnus, doit en faire un croquis afin d’avoir le port et les propor-
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lions ; noter s'il y a une volve ou un anneau, reconnaître la coloration des spores, indiquer l’épaisseur du chapeau, surtout la disposition des lames, leur rapport avec le pédicule, et enfin exprimer par une teinte plate la couleur des diverses parties.
Pour conclure, je dirai à tous ceux qui ont bien voulu me suivre jusqu’ici : Vous avez vu que, depuis une cinquantaine d’années, cette partie de la botanique est beaucoup mieux connue, quoique le nombre des espèces ait prodigieusement augmenté; vous savez aussi que la vie de presque toutes ces espèces est encore à décrire. Elles sont grandes, les perspectives de découvertes nouvelles, pour le chercheur persévérant et laborieux. Aujourd’hui, l’admiration n’est plus fondée sur un fol engouement ; la célébrité du savant croît en raison du degré d’utilité de ses travaux ; le plus populaire est celui qui fait contribuer la science au bien-être de tous, et qui comprend qu’elle est moins un but qu’un moyen. L’homme ne veut plus se livrer à l’empirisme, depuis qu’il a reconnu qu’en vivifiant l’intelligence, l’expérience et l’observation le préservent du malheur d’errer à l’aventure. Aussi les peuples civilisés se sont-ils jetés à l’envi dans les larges voies que leur ouvrait la science, et se sont-ils empressés de réunir tout ce qui pouvait contribuer à ses progrès.
Les bibliothèques s’enrichissent chaque année de tous les trésors de l’esprit; les musées accumulent, conservent et classent les produits des trois règnes. Chaque ville de quelque importance a son cabinet d’histoire naturelle, son jardin botanique, sa bibliothèque, son académie. Des chaires d’enseignement sont confiées aux hommes les plus éclairés et les plus dévoués aux progrès de la science ; l’étude de la nature a sa part aujourd’hui, même dans l’instruction la plus humble. C’est pour m’associer à ce grand mouvement que j’apporte ma pierre. Quelque laborieuses qu’aient pu être mes recherches, je livre à tous les amis de l’instruction un ouvrage qui a de nombreuses imperfections sans doute, mais un livre consciencieux. Je le crois pourtant plus pratiquement utile qu’aucun des travaux du même genre qui l’ont précédé, et, si peu modeste que semble cette assertion, elle n’en est pas moins l’expression de ma pensée.
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