‹ Histoire naturelle des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 80 sur 83 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ACTION DES AGENTS EXTÉRIEURS

L’absence de la lumière, d’une influence si remarquable sur les autres plantes, l’est beaucoup moins sur les Champignons. Dans les caves, les souterrains, les galeries de mines, où il y a beaucoup de soutiens en bois, ces parties sont couvertes de rosettes blanches plus ou moins larges, ou supportent de longs flocons blancs, qui i ressemblent à des houppes, à des globes; tantôt ce sont des Rhi-

ACTION DES AGENTS EXTÉRIEURS

zomorpha qui montent, qui descendent ou se laissent pendre : toutes ces végétations, incomplètement développées, appartiennent aux Champignons. Hoffmann, Scopoli, de Humboldt nous en ont fait connaître un grand nombre. On a observé que les bois des mines de sel gemme présentent moins de productions fongiques, probablement parce que, pénétrés de sel, ils se décomposent beaucoup plus lentement. L’action de l’air est aussi marquée que celle de la lumière. Les Champignons n’arrivent jamais à leur état normal quand l’air est vicié ou qu’il ne circule pas librement; ils éprouvent la même modification qu’à l’obscurité, s’étiolent et s’allongent indéfiniment. Une température assez haute, jointe à l’humidité, favorise singulièrement leur croissance : c’est à ces deux causes réunies que l’on doit rapporter le développement do Champignons que Meri, célèbre chirurgien du commencement du XVIIIe siècle, observa chez un malade, sur les différentes pièces d’un appareil de fracture. L’action directe du soleil en fait périr un grand nombre; elle n’épargne guère que ces petits parasites qui vivent sur les feuilles et ceux qui poussent dans les prairies.

Au-dessous de zéro, les spores et les Champignons sommeillent, mais la rapidité avec laquelle nous voyons, sous la latitude de Paris, l’Agaric pulvérulent, Bull., et l'Agaric à pied noir, Bull., se montrer à divers intervalles, pendant l’hiver, quand le froid vient à cesser, nous prouve que quelques-uns n’y sont pas très sensibles. L’Agaric champêtre, Caryophyllœus, comatus , ctrundinaceus , etc., ne paraissent en aucune manière influencés par les gelées blanches; d’autres, brusquement surpris par le froid, conservent leur forme et ne pourrissent que lorsque le dégel survient. L 'Agaricus styplicus et le Schizophyllum commun me semblent faire exception cependant; car, dans les forêts, on les voit alternativement se flétrir et revenir à leur état naturel, suivant les circonstances. Mais les Téléphores, les Dædaleas, les Polypores, surtout ceux qui sont épais, subéreux, résistent aux froids les plus intenses de nos pays : ils gèlent, dégèlent et continuent de croître quand leur bonne saison arrive.

Les effets de l’électricité ne sont pas nuisibles aux Champignons, puisqu’on en trouve un bien plus grand nombre après les pluies orageuses qu’après les ondées ordinaires. Les Anciens

ACTION DES AGENTS EXTÉRIEURS

avaient déjà remarqué que, plus les orages étaient fréquents, plus les Truffes se montraient abondantes. Cette croyance est encore généralement répandue aujourd’hui dans le pays où croissent ces précieux tubercules; la Sphacélie, petit Champignon qui produit l’ergot des graminées, ne se rencontre que si les mois de mai et juin sont chauds et orageux.

Les brouillards ont-ils une action sur le développement des Champignons? Aucune observation ne le confirme, quoique, dans les compagnes, on attribue la rouille et le charbon à leur présence. Toutefois, en automne, époque où l’on observe plus fréquemment ces maladies, l’humidité continuelle qu’ils entretiennent prolonge leur existence.

L’acide arsénieux a une action fort vive sur les Champignons et les fait périr très promptement. De nombreuses expériences prouventque la germination des graines est empêchée quand elles sont plongées dans un sol inerte, comme le sable lavé, le verre pilé, et qui est arrosé seulement avec de l’eau tenant en solution de l’arsenic. Le bichlorure de mercure est aussi un poison violent pour les Champignons; soumis à son action, on les voit se ramollir à l’instant même, perdre leurs formes et leurs couleurs; jusqu’à ce jour, on ne s’en est servi pour leur conservation que quand ils ont été préalablement desséchés.

Quelques Champignons, comme les Bolctus cyanescens , Bull., luridus , F., Erythropus, Pers., etc., dont la chair est blanche, deviennent presque instantanément bleus au contact de l’air, si on les rompt. Comment ce phénomène a-t-il lieu, et comment se fait-il qu’en les exposant à la chaleur de l’ammoniaque liquide, il ne se manifeste pas, tandis que ce même réactif, d’après les belles recherches de M. Decaisne, convertit à l’instant même le principe colorant jaune de la garance en rouge? Aux chimistes de donner la solution de cet intéressant problème.

RÉCOLTE ET CONSERVATION DES CHAMPIGNONS

Page 1