‹ Histoire naturelle des coralliaires, ou polypes proprement dits;Chapitre 12 sur 337 · XX] INTRODUCTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XX] INTRODUCTION HISTORIQUE

d'Ellis (1) et de Baster (2) sur les Sertulariens vinrent pleinement confirmer les vues de Peyssonnel. Aussi, quoique dans la première édition de son Systema naturæ, Linné eût placé les Coralliaires parmi les plantes, ce législateur de la zoologie leur assigna bientôt une place dans le règne animal, d’où, depuis lors, personne n’a songé à les faire sortir.

Les travaux de Othon-Frédérie Müller (5), d'Ellis, de Fors-

(1) John Ellis, négociant anglais, s’occupa d’abord d'histoire naturelle comme simple amateur, mais excité par l'annonce des découvertes de Peyssonnel, il se rendit à l’île de Sheppey, près de l'embouchure de la Tamise, accompagné d’un dessinateur habile, Broodking, pour vérifier les faits constatés par cet observateur. En 1754, il fit un autre voyage sur les côtes de l'Angleterre. Il commença la publication de ses recherches par une note sur deux Bryozoaires qui sont les Cellaria plumaria et neritina de Lamarck (Philos. Trans. 1. XLVIIE, p. 115, 1754), et les exposa dans leur ensemble dans l’ouvrage intitulé : Essay towards a natural history of Corallines, accompagné de 39 planches, et imprimé à Londres en 1754. Une traduction française parut en 1756. Il publia ensuite une série de mémoires sur divers coralliaires et autres Zoophytes, dans les tomes 49, 50, 51, 52, 53, 55, 57, 58 et 66 des Transactions philosophiques. Peu de temps avant sa mort, qui eut lieu en 1776, il s’était occupé à réunir ses observations en ün corps d'ouvrage pour lequel il fit graver une série nombreuse de belles planches. Ge livre, imprimé par les soins de Solander et de sir Joseph Banks, sous le titre de : The natural history of many curious and uncommun Zoophyles, in-4o, Londres, 1786, porte les noms d’Ellis et de Solander, comme si ce dernier avait réellement contribué à sa rédaction; mais il est évident qu'il est dû tout entier à Ellis. On doit aussi noter que six des planches préparées par Ellis furent perdues après sa mort el ne sont connues que par les épreuves avant la lettre accompagnant l’exemplaire de Joseph Banks, que possède aujourd'hui la bibliothèque du British Museum, à Londres. Les 63 planches publiées par Solander parurent de nouveau dans l'ouvrage de Lamouroux, intitulé : Exposilion méthodique des genres de Polypes, 1 vol. in-#°, Paris, 1821. 0

(2) Job Baster, médecin hollandais, né en 1711, indépendamment de quelques travaux de botanique, publia diverses observations zoologiques sous le titre de Opuscula subseciva, 2 tomes in-4°, Harlem; 1759-65. Il mourut en 1775.

(3) Othon-Frédéric Müller naquit à Copenhague en 1730. Il publia un grand nombre de travaux de zoologie descriptive d’une importance considérable. Ses observations relatives aux Coralliaires se trouvent dans son ouvrage intitulé Zoologia danica, dont les deux premiers tomes seulement parurent du vivant de l’auteur. Le 3° a été publié par Abilgaardt en 1789, et le 4e par Rathke en 1806. Ce beau livre est accom-

INTRODUCTION HISTORIQUE. Xxii]

kæl (1), d'Esper, de Dicquemare, de Pallas et de Cavolini, firent faire pendant la dernière moitié du siècle dernier de grands progrès à cette branche de la zoologie. On doit à Dicquemare (?) beaucoup d'observations intéressantes sur la physiologie des Actinies, aussi bien que sur la conformation extérieure de ces animaux. Ellis (5) a donné, indépendamment de ses publications sur les Sertulariens et les Bryozoaires, sur lesquels nous n'avons pas à nous arrêter ici, un grand travail sur les Polypiers. Mais l'ouvrage descriptif et iconographique le plus étendu est dû à Esper (*).

pagné de 160 planches coloriées. Déjà, en 1777, Müller avait donné un petit ouvrage systématique sur le même sujet, intitulé Zoologiæ danicæ prodromus. On lui doit aussi un travail important sur les Entomostracés (1785), une monographie des Hydrachnes(1781), et une longue série d'observations sur les animaux infusoires qui furent publiés après sa mort par Othon Fabricius sous le litre de Animalcula infusoria fluvialila et marina, in-4°, 1786. Il est également l’auteur de travaux estimés sur les Annélides el sur d’autres points de la zoologie. El mourut en 1781.

(4) Descripliones animalium quæ in ilinere orientali observavit Petrus Forskæl, post mortem auctoris edidit, Carsten Niebubr, Copenhague, 1775. — Il fait connaître plusieurs espèces de Coralliaires de la mer Rouge.

(2) Jacques-François Dicquemare naquit au Hâvre en 1743. Il embrassa l’état ecclésiastique et professa la physique et l’histoire naturelle dans sa ville natale. Il était aussi peintre habile, hydrographe et astronome; mais ses travaux les plus importants sont relatifs à la zoologie marine. Il fut chargé, par le gouvernement, d'examiner les causes du dépérissement des huîtres dans la baie dé Cancale, et il fit un grand nombre d'observations curieuses sur les Actinies et autres animaux des côtes de la Normandie. On a de lui plus de 70 mémoires publiés dans le Journal de physique depuis 1772 jusqu’en 1789. Son tra ail sur les Actinies fut inséré dans le 63° volume des Transactions philosophiques (en anglais et en francais, p. 361, 1773), et, à l’époque de sa mort, il préparait la publication de son Portefeuille. Louis XVI avait ordonné qu'on fit les frais nécessaires à l'impression et à la gravure des planches de ce grand ouvrage qui n’a pas vu le jour. 32 planches ont été terminées, et la bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle en possède les épreuves avant la lettre, mais sans texte et sans légende. Dicquemare mourut en 1789.

(3) Natural history of many curious and uncommun Zoophytes ,. in-4o, Londres, 1786.

(4) E.-J.-C. Esper était l'an des iconographes les plus laborieux du

xxiv INTRODUCTION HISTORIQUE.

Cavolini (1) a surtout enrichi la science par ses recherches sur la structure des polypes du Corail, des Gorgones, etc, et par ses expériences physiologiques sur le mode de production de l’axe solide de ces Zoophytes. Enfin, Pallas (?) a introduit dans la description et la classification des Polypiers une clarté et un degré de précision inconnus jusqu'alors. Son livre est un ouvrage fondamental en zoophytologie, et on y trouve les vues les plus saines sur la nature des Polypes et sur leurs affinilés zoologiques.

Des services plus considérables encore auraient certainement

dernier siècle. Il forma des collections considérables de Lépidoptères et de Zoophytes qui appartiennent aujourd'hui au Muséum d'histoire naturelle d'Erlang. Son grand ouvrage sur les Zoophytes à paru par fascicules de 1788 à 1806, et forme trois volumes de texte accompagnés de deux volumes de planches. Les descriptions sont verbeuses et souvent vagues, mais cet ouvrage est très-utile à cause du nombre et de la bonne exécution des figures qu’il renferme. Il porte le titre de Die Pflanzenthicre, Nuremberg, 1791-1797. Esper naquit en 1742.

(4) Philippe Cavolini, professeur de zoologie à l'Université de Naples, était un observateur habile et zélé. Son ouvrage, intitulé Memorie per servire alla sloria dei polipt marini, Naples, 1785, est riche de . faits bien étudiés et a contribué plus que tout autre, peut-être, à donner une idée exacte de l'anatomie et de la physiologie des Alcyonaires. Ce livre se compose de trois mémoires dont les deux premiers portent essentiellement sur les Gorgones, le corail et l’Astroides calicularis, tandis que le troisième a principalement pour objet les Sertulariens. On lai doit aussi un travail important sur la génération des poissons et des crabes, et quelques autres écrits sur divers points d'histoire naturelle. I naquit à Naples en 1756 et mourut en 1810.

(2) Pierre Simon Pallas naquit à Berlin en 1741. Il commenca ses travaux zoologiques à Leyde où il publia, en 1766, son ouvrage si remarquable sur les Coralliaires intitulé Elenchus Zoophylorum. Ce livre, formant un volume in-8o, n’est pas accompagné de figures, mais on en a joint à une traduction hollandaise qui en a été donnée par Boddaert, à Utrecht, en 1768.

C’est aussi en 1766 que Pallas publia ses Méscellanea zoologica. Appelé en Russie par Catherine IL et chargé de travaux astronomiques en Sibérie, il fit, pendant son séjour en ce pays, un grand nombre d'observations précieuses pour l’histoire naturelle. Plus tard, il explora la Crimée et les autres parties méridionales de l'Empire russe; enfin, il revint à Berlin où il termina ses jours en 1811. Il serait trop long d’énumérer ici tous les travaux qu’on lui doit, et nous nous bornerons à ajouter qu'indépendamment des deux ouvrages cilés ci-dessus, ses pu-

INTRODUCTION HISTORIQUE. XXY

été rendus à cetle branche de la zoophytologie par Savigny (1), si une longue el cruelle maladie n'avait empêché cet habile observateur de publier la majeure partie de ses travaux sur l’anatomie des Polypes, et de compléter ses recherches. Dans son

blications les plus importantes en zoolôgie sont : sa Spicilegia zoolo-

gica en 14 fascicules, Berlin, 1767-1780, et sa Fauna asialico-rossica, Saint-Pétersbourg, 1811-1812.

(1) Jules-César Savigny, né en 1777, vint de bonne heure à Paris étudier la médecine, et en 1798, il fit partie de l'expédition scientifique de l'Egypte où il recueillit d'immenses matériaux pour servir à l’histoire des produits zoologiques de ce pays. De retour en France, il s’occupa sans relâche de l’étude approfondie des objets ainsi recueillis, et en 1814 il communiqua à l’Académie des sciences le commencement de son magnifique travail sur la structure de la bouche chez les animaux articulés. L'année suivante, il présenta un second mémoire sur le même sujet, et l’ensemble de ses recherches accompagné de notes et de planches parut, en 1816, sous le titre de Mémoires sur les animaux sans vertèbres, 1"° partie, {e° fascicule. En 1815, il commença aussi à faire connaître les résultats de ses observations sur les animaux confondus jusqu'alors sous le nom de Polypes, et dans un mémoire sur les Alcyons gélatineux à 6 tentacu!es simples, il a établi les bases de la division zoologique qu'il désigna plus tard sous le nom de classe des Ascidies, et que Lamarck nomma, en 1816, classe des Tuniciers. Savigny donna, dans la seconde partie de ses Mémoires sur les Animaux sans vertèbres, les résultats de ses patientes et minutieuses recherches sur l'organisalion et la classification naturelle des Ascidies simples aussi bien que des Ascidies composées, et ce travail aurait suffi à lui seul pour placer son auleur au premier rang parmi les naturalistes. Les observations de Savigny sur la structure et la classification des Polypes proprement dits ne sont connues que par les extraits qu’il communiqua à Lamarck et que celui-ci inséra dans le 2e volume de son Histoire des animaux sans vertèbres, p.403, 1816. En 1820, Savigny fit paraître dans le grand ouvrage de l'expédition d'Egypte un travail également très-remarquable sur l’organisation extérieure et la classification des Annélides, intitulé : Système des Annélides, principalement de celie des côtes de l'Egypte et de la Syrie, 1 vol. in-fol. Enfin, il avait fait peindre et graver, pour l'ouvfage sur l'Egypte, une série de magnifiques planches sur les animaux sans vertèbres de ce pays. Malheureusement, une maladie nerveuse grave et une affection de la vue, dont il avait déjà à diverses reprises subi les atteintes, vinrent interrompre complètement ses travaux en 1822. Depuis ce moment, il fut perdu pour la science, et la plupart des belles planches préparées par ses soins n'auraient jamais vu le jour si Cuvier n'avait obtenu du gouvernement, aux frais duquel cette publication se faisait, l’autorisation de les faire paraître sans texte et accompagnées seu- - lement d'nne explication sommaire rédigée par Audouin. Plusieurs de

xxv) INTRODUCTION HISTORIQUE.

beau mémoire sur les Alcyons à six tentacules (1), il fit connaître l’organisation des animaux qui, confondus jusqu'alors avec les Polypes, en ont été séparés par Cuvier sous le nom d’Ascidies composées et rangés par ce grand naturaliste dans l’embranchement des Mollusques (?). Il avait aussi étudié la structure des Polypes à huit tentacules, mais ses recherches sont restées inédites et ne sont connues que par un court extrait publié par Lamarck (5).

$ 7. Pendant le premier quart du siècle actuel, les progrès dont nous traçons ici l’esquisse rapide se rapportent principalement à la classification des Polypes ou plutôt des polypiers ; ils sont dus, en majeure partie, à Lamarck (©), Cu-

ces planches se rapportent au sujet dont nous nous occupons ici et doivent faire vivement regretter la perte des observations que leur auteur n’avait pu manquer de faire sur la structure et la classification des Polypes. Savigny mourut à Versailles en 1851, après vingt-neuf années de souffrance et de solitude.

(4) Mémoires sur les animaux sans vertèbres, 28 partie, Paris,

(2) Règne animal, 1re édition, t. IE, p. 499, 1817. (3) Histoire des animaux sans vertèbres, t. IL, p. 403, 1816.

(4) Jean-Baptiste de Lamarck naquit en 1744 aux environs de Bapaume, en Picardie. Il se distingua d’abord dans la carrière militaire et se livra ensuite à l’étude de la médecine qu'il quitta bientôt pour s’occuper exclusivement de botanique. Son premier ouvrage fut la Flore française dont la première édition est de 1773 et dont une autre édition, fort augmentée par le célèbre De Candolle, parut en 1805. En 1788, il fut attaché comme botaniste au Cabinet du Jardin du Roi et, lors de la reconstitution de cet établissement sous le titre de Muséum d'histoire naturelle, il fut appelé à y remplir une chaire de zoologie, science dont jusques là il ne s’était jamais occupé. Il avait alors près de 50 ans, mais il s’appliqua avec ardeur à l’étude des animaux sans vertèbres dont il était chargé de faire l’histoire et, bientôt après, il publia sur ce sujet un travail important sous le titre de Système des animaux sans vertèbres, un vol. in-80, Paris, 1801. Mais la publication de son grand ouvrage de zoologie ne commença qu’en 1815 et fut achevée en 1822. Il a pour titre Histoire nalurelle des animaux sans vertèbres, 7 vol. in-8°, Une seconde édition de ce travail a été faite en 1836 et augmentée de notes par MM. Deshayes et Milne Edwards, 9 vol. in-8°. Lamarck s’est beaucoup occupé de la philosophie zoologique au sujet de laquelle il avait des idées fort bizarres et il se plaisait à développer ses vues spéculatives sur le mode de création du règne animal ; mais il a rendu des

INTRODUCTION HISTORIQUE. XXVij

vier (!) et Lamouroux (?). Nous y reviendrons dans la suite de cet ouvrage, et nous ajouterons seulement ici que dans les systèmes adoptés par ces naturalistes, on s’attachait aux caractères tirés de la consistance ou de la forme des polypiers, sans avoir égard à la structure intérieure des Polypes. On n'avait même pas encore reconnu les affinités entrevues par Peyssonnel, entre les Polypes à polypier et les Actinies dont le corps est toujours mou ;: et, guidé par l’analogie où par des observations erronées, on s’accordait à altribuer aux éponges une organisation semblable à celle des vrais Polypes.

Le premier essai d’une classification des Polypes, fondée sur l'anatomie, date de 1828. L'un de nous (5), conjointement avec Audouin (*), fit alors une série d'observations sur la

services réels à la science par ses observations sur les coquilles fossiles des environs de Paris, et ses grands travaux sur la classification des Zoophytes, des Mollusques et de gpslques autres divisions du règne animal. Il mourut en 1829.

(1) Tableau élémentaire d'histoire naturelle des animaux, 1798. — Règne animal, {re édit., t. IV, 1817; 2e édition, t. III, 4830. Ce grand zoologiste naquit, comme on le sait, en 1769, à Montbéliard, et mourut à Paris en 1832.

(2) 3.-V.-F. Lamouroux, né à Agen en 1779, s’occupa d’abord de commerce et d'industrie et cultiva ensuite avec succès la botanique. En 1808, il fut nommé professeur à la Faculté des sciences de Caen où, après avoir publié un travail sur les Thalassiophytes, il donna une Histoire générale des Polypiers coralligènes flexibles, un vol. in-8°, Caen, 1816. La classification qu’il y adopte a beaucoup d’analogie avec celle de Lamarck, sauf les noms, et c’est à ce dernier que paraît en appartenir le mérite principal. Il fit paraître ensuite, en 1821, sous le litre d'Exposilion méthodique des genres de l'ordre des Polypiers, un autre volume dans lequel on retrouve les belles planches d'Ellis précédemment éditées par Solander. Celles qu’il y a jointes sont d’une exécution fort médiocre, et le texte est loin d’être digne des éloges que les biographes de ce naturaliste lui ont prodigués. Il mourut en 1825.

(3) M. Milne-Edwards.

(4) Victor Audouin, né en 1797, débuta dans la science par diverses observations entomologiques et y prit bientôt un rang élevé par la publication de ses belles recherches sur le thorax des insectes (Annales des Sciences naturelles, Âre série, t. I, 1824). Attaché au Muséum comme aide naturaliste de Lamarck et de Latreille, il fut conduit à s'occuper de l'étude de toutes les parties de l’histoire des animaux sans vertèbres.

Page 1