‹ Histoire naturelle des coralliaires, ou polypes proprement dits;Chapitre 59 sur 337 · PREMIÈRE SOUS-FAMILLE DES GORGONIENS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SOUS-FAMILLE DES GORGONIENS

(GORGONINÆ.)

L’axe’sclérobasique des Gorgonides offre, en général, l’apparence de la corne et a été considéré, jusqu’en ces derniers temps, comme étant de la même nature chimique que les ongles ou les sabots des Verlébrés ou que le squelette des Insectes. Mais les recherches récentes de MM. Valenciennes et Frémy (!) nous ont appris que le tissu de ces polypiers est formé essentiellement d’une matière particulière qui a été désignée par ces auteurs sous le nom de Cornéine et qui se rapproche de la corne plus que de Ia chitine. Quelquefois un peu de carbonale calcaire se trouve uni àcelle substance, mais ce sel minéral ne prédomine jamais de façon à donner à l’axe une consistance lithoïde, ainsi que cela se voit chez le Corail. Enfin, ce sclérobase, toutes les fois qu'il est constitué, se développe par couches concentriques entre la portion de l'axe précédemment formée et la surface interne du cœnenchyme, que les auteurs anciens appelaient l'écorce de la Gorgone. Mais dans quelques cas 1} ne se conslitue que d’une manière incomplète et consiste en un dépôt de tissus subéreux ou de spicules réunis en faisceaux, à peu près comme nous l'avons déjà vu pour le polypiéroïde du Paralcyonium elegans (Voyez ci-dessus, p. 99).

Les sclérites ou spicules nodulaires, dont le cænenchyme des Gorgoniens est farci, varient un peu dans leur forme, et M. Valenciennes, qui vient d'en faire une étude approfondie, en à tiré de bons caractères pour la distinction des espèces. Ce z00logiste habile les rapporte à cinq types principaux, savoir :

1° Les Sclérites à têtes. Ces corpuscules ont les extrémités mamelonnées et forment comme l'extrémité d'un petit ramuseule de chou-fleur; ils portent aussi deux petiles couronnes de tubercules écartées l’une de l’autre sur un axe court;

(1) Extrait d’une Monographie de la famille des Gorgonidées, par M. Valenciennes (Comptes-rendus des séan. de l’Acad. des sciences, 1855, t. XLI, p. 7).

| GORGONIDES. 137 2 Les Sclérites fusiformes, qui ont quatre, cinq ou six couronnes de tubercules ; 3° Les Sclérites en massue, qui ont une seule extrémité dilatée et élargie par des crêles, comme certaines anciennes masses d'armes ;

4° Les Sclérites en chausse-trappes, qui ont quatre ou plusieurs pointes, êl Loutes hérissées ;

5° Les Sclérites squammiformes, qui ressemblent à des écailles plus ou moins grandes et plus ou moins hérissées.

On remarque aussi des différences assez grandes dans le mode de croissance de l’axe sclérobasique, qui tantôt reste simple et s’élève comme une baguette grêle, tantôt se ramifie beaucoup et qui, dans ce dernier cas, peut affecter plusieurs formes, suivant la direction de ses branches ; ainsi, il est arborescent, quand les branches et les ramuscules se dirigent irrégulièrement dans des directions différentes, de facon à constituer des touffes; en panacke, quand les ramuscules se disposent des deux côtés de la tige ou des branches principales et occupent un même plan, de façon à simuler les pinnules d'une plume ; flabeiliforme, quand les ramifications s'étalent- : irrégulièrement encore sur un même plan, et réticulé, quand les branches, ainsi disposées, au lieu de rester libres, se soudent entre elles à leurs points de contact.

Enfin, il existe aussi quelques différences dans le mode de groupement des polypes dans le cœnenchyme et dans la Gisposition de l'espèce de cellule formée par la portion calicinale du polypicroïde, qui tantôt ne fait point saillie, et d'autres fois conslilue un tubercule semblable à une verrue ou même un mamelon très-saillant.

La combinaison de ces divers caractères à permis aux z00logistes de subdiviser le groupe des Gorgoniacées ou genre Gorgonne, de Linné, en plusieurs petites seclions ou genres. Cetle classification intérieure, commencée par Lamouroux (!)

{1) Lamouroux, Hist, des Polypiers coralligènes flexibles, p. 363 ct suiv. (1816). ?

138 vus DES ALGYONAIRES.

et poussée plus loin par M. Ehrenberg (!) et par M. Dana (2), ainsi que par M. Haime et nous (5), a été beaucoup perfectionnée par M. Valenciennes (°), et ce sont en grande partie les résuitats de son travail que nous présenterons ici.

Mais avant d'arriver aux divisions génériques, il nous pa= raît nécessaire de répartir les Gorgoniens en quatre groupes secondaires ou agèles, caractérisés par la nature. de l’axe sclérobasique et la disposition des polypes. Le tabieau suivant donne la clef de cette classification.

M a complet et

GORGONIENS dendroïde ; | subéreux ou

dont l’axe sclérobasique est

cératoïde. . . . GORGONACÉES.

sclérenchyme} lisse. Axe sclé- | robasique

cérato-calcaire . GORGONELLACÉES.

incomplet et représenté par un dépôt de tissu

subéreux ou un amas de spicules. | Brranacérs.

PREMIER AGÈLE. PRIMNOACÉES.

Dans cette pelile division du groupe des Gorgoniens, le sclérenchyme est beaucoup plus développé dans les portions murales du polypiéroïde que dans les portions communes situées entre les divers individus, de sorte que ceux-ci affectent la forme de petits tubes on de papilles saillants à la surface du cœnenchyme. Mais celte disposition n'appartient pas seulement aux Primnoacées et se retrouve chez plusieurs Gorgoniacées, notamment chez les Eunicées ; et ce qui distingue essentiellement ces deux agèles enlre eux, c’est la structure du selérenchyme dont le tissu est lisse ou subéreux chez ces derniers, tandis qu'ici il esl hérissé d’une multitude de petites pointes, formées, soil par des sclérites squammiformes, soit par des épines naviculaires. Ce caractère histologique peut

(1) Ehrenberg, Corallenth. des rothen Meeres, p. 142.

(2} Dana, Zoophytes, p.646 (Uniled States Exploring expedition).

(3) Milne Edwards et Haime, Distrib. méthod. de la classe des Polypes (Polyp. foss. des terr. palæwoz. Arch. du Museum, t, V, p. 185).

(4) Op. cit. (Comptes-rendus, t. XLI, p. 12).

GORGONIDES. LÉ 139 servir même à distinguer les Primnoacées de ious les antres Gorgoniens. Du reste, il ne se voit que Chez un petit nombre d'espèces, el on ne connait encore que deux genres appartenant à celte division, savoir :

1° Le genre Prmnoa, où les papilles calicifères sont claviformes el squammeuses ;

2 Les Municéss, où les papilles calicifères sont à base élargie et armées d'épines naviculaires.

Geure I. PRIMNOA.

Gorgonia (pars), Pallas, Elenchus Zoophyjtorum, p. 204.

Gorgonia (pars), Ellis et Solander, Nat. hist. of zoophytes, p. 84. Primnoa, Lamouroux, Hist. des polypiers flexibles, p.440 (1816), et Exposit. méthod. de l'ordre des polypiers, p. 37

—— Blainville, Manuel d'actinol., p. 510.

—— Ehrenberg, Corallenthere des rothen Mceres, p. 133. —— Johnston, Hist. of Brit. zooph., L. À, p. 171.

—— Dana, Zoophyles, p. 676.

—— Milne Edwards et Haime, Brét.foss. Corals et Distrib. REM (op. cét.), p. 186.

Polypiéroïde dendroïde et portant de longs appendices verruciformes ou mamelons pédoncullés qui logent chacun un polype, qui sont hérissés de sclérites squammiformes imbriquées, et qui sont susceptibles de se mouvoir sur leur base. Axe sclérobasique cylindrique et grêle, renfermant beaucoup de carbonate de chaux, de facon à faire fortement effervescence au contact dé l'acide chlorhydrique.

$ À. — Polyméroïde rameux.

$ B. — Branches se dichotomisant irrégulièrement.

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