‹ Histoire naturelle des crustacés, comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animaux; (volume 3)Chapitre 11 sur 207 · DES PHÉNOMÈNES DE LA VIE DE RELATION · texte numérisé non relu

DES PHÉNOMÈNES DE LA VIE DE RELATION

On désigne généralement sous le nom de sensation l'acte par lequel un animal acquiert la conscience d'une impression éprouvée par ime partie quelconque de son corps. Tantôt ces perceptions sont la suite de l'action de ses organes et avertissent l'animal de ce qui se passe dans l'intérieur de l'économie ; tantôt^ au contraire, elles sont produites par des causes extérieures , telles que le contact d'un corps étranger ; et , d'après cette différence dans leur origine , on les distingue en sensations internes et externes. Les premières se rattachent principalement à ce que l'on peut appeler la vie organique, c'est-à-dire l'ensemble des fonctions qui ont pour but la nutrition et la génération ; les secondes constituent en partie la vie de relation ou les actes par lesquels l'être se met en rapport avec les objets qui l'environnent.

Chez les végétaux, rien ne décèle la faculté de percevoir les impressions produites par les corps étrangers, n en est de même pour un petit nombre d'êtres qu'on range dans le règne animal , les éponges, par exemple; et chez tous les autres il existe des parties qui ne jouissent pas de la faculté d'ex^ citer des sensations , mais la plupart des organes

DIS CRtSTAGBS. fO^

•ont douë« d'une sensibilité plus ou moins exquise j c'est^-dire réagissent avec plus ou moins d énergie sur les parties destinées à la perception de ces sensa^» lions, de manière à donner à Tanimal la conscience Ae9 impressions qu'ils reçoivent eux-mêmes.

Chez les animaux dont la structure est la plus simple et la plus uniforme , la similitude des fonctions est, dans toutes les parties du corps, non moins grande que la similitude d'organisation ; chacune d'elles agit à la manière de toutes les autres, et paraU être le siège de la perception du petit nombre d'impressions quelle reçoit : mais bientôt la nature tend à perfeo* tionner ces fonctions, et , fidèle au principe de la di* vision du travail , elle les sépare et les confie à des parties diifërentes de l'économie animale. La faculté d'exciter les sensations à la suite d'impressions reçues, ou, en d autre mets, la sensibilité reste commune à la plupart des organes ; mais celle de percevoir ces mêmes impressions ou d'en acquérir la ccmscience devient l'ar panage exclusif d'un appareil spécial appelé le système nerveux.

Les Crustacés sont dans ce cas ; aussi, pour étudier les actes par lesquels ees animaux se mettent , pour ainsi dire, d'une manière passive en rapport avec les objets qui les environnent , aurons- nous successive^ ment h nous occuper des parties sensibles et décolles destinées à la perception des impressions.

$ L Des sens.

D'après la division du travail que nous venons de signaler, il est évident que la principale condition de resistenoe de la sensibilité dam une partie quelfiosque

i08 HISTOIRE VATUBELLE

du corps , est sa connexion avec le système nerveux ; aussi peut-on poser en principe que , toutes choses égales d'ailleurs, un organe sera en général d'autant plus sensible qu'il recevra plus de nerfs. La plupart des organes intérieurs des Crustacés paraissent doués de sensibilité ; mais c'est à la surface du corps que l'étude de cette fonction présente le plus d'intérêt , car c'est là que sont produites toutes les impressions déterminées par les objets environnans.

Le premier efièt de toute sensation externe est de donner à l'animal qui l'éprouve la conscience de l'existence du corps qui l'occasione ; mais, en général, les résultats de l'impression produite par ce dernier ne se bornent pas là ; l'animal qui la perçoit acquiert aussi la connaissance d'un certain nombre des propriétés de l'objet qui agit sur ses organes, et la faculté de juger ainsi des qualités des corps constitue ce que l'on nomme les sens . Ces propriétés ou qualités sont de diflérens ordres ; aussi, à mesure que la vie de relation se perfectionne, voyons - nous un nombre de plus en plus grand d'instrumens spéciaux afiectés à leur investigation ; la faculté de percevoir la lumière et de juger, par l'intermédiaire de cet agent, des propriétés des corps situés à distance , ou, en d'autres mots, le sens dé la vue, devient l'apanage d'une portion déterminée de la surface du corps, dont la structure est modifiée d'une manière particulière ; celle de distinguer les mouvemens vibratoires d'où naissent les sons, se concentre également dans un appareil particulier ; il en est de même de l'odorat et du goût ; enfin , la sensibilité générale de la surface des corps devient aussi plus exquise dans certaines parties , et permet à l'animal de reconnaître , par le contact , la forme des objets exté-

DES CRUSTACéS. IO9

rieurs ainsi que plusieurs autres qualités qu'on pourrait appeler des propriétés mécaniques.

Ce dernier sens , qu'on appelle le toucher^ est le plus universellement répandu dans le règne animal , et réside ordinairement dans toutes les partiesdel'enveloppé tégumen taire; mais souvent, bien qu'il existe encore dans toute Tétendue de la surface du corps , il se développe plus particulièrement dans certains points de l'organisation, et acquiert des instrumens spéciaux qu'on nomme les organes du tact.

Chez les Crustacés , la plus grande partie de la surface du corps est ordinairement encroûtée de matière calcaire , et présente un degré de dureté incompatible avec l'exercice de cette fonction : aussi le sens du toucher est-il en général très-obtus cbez tous ces animaux. La nature de leur enveloppe tégumentaire exclut également l'existence d'organes du tact proprement dits, car la rigidité et l'épaisseur de leur peau ne lui permet pas de s'appliquer en même temps sur les diverses surfaces d'un objet. Le toucher ne peut donc guères servir qu'à avertir cet animaux de l'existence des corps avec lesquels ils sont en contact, à leur fajre juger de leur température, de leur dureté, et quelquefois de leur volume, mais ne peut en révéler la forme. Néanmoins, tout imparfait qu'il est, ce sens montre déjà une tendance à se localiser, et réside principalement dans certains appendices de l'extrémité céphalique.

De ce nombre sont les antennes; il existe souvent à leur base des organes destinés à d'autres usages; mais une de leurs principales fonctions parait être le toucher. Leur sensibilité est ordinairement très-vive, et au moindre attouchement elles donnent en général des si-

no HISTOIRE KâTtIRfiLLE

gnes indiquant la perception d^une sensation , tandis que dans la majeure partie de la surface de son corps lanimal ne manifeste aucune sensibilité. Dans la plupart des Crustacés des ordres inférieurs, tels que les Galiges, les Gécrops, etc., on ne voit pas de trace de ces organes, ou bien on ne les trouye qu'à l'état de vestiges : dans d'autres espèces on n'en compte qu'une seule paire ; mais le nombre normal des antennes est de quatre. Ellles sont toujours situées immédiatement après les yeux lorsque ces organes sont portés sur des tiges mobiles et au devant de l'appareil buccal (i) : celles de la première paire sont presque toujours situées près de la ligne médiane , tandis que les deux autres en sont souvent très-écartées ; et il en résulte que tantôt ces dernières sont placées derrière les premières, et que d'autres fois , en s'avançant un peu , elles se placent sur la même ligne qu'elles, et à leur côté externe (a). Ces différences importent peu à l'anatomiste ; mais elles fournissent au zoologiste des caractères précieux pour la distinction facile des espèces. Il en est de même de la position des antennes , relativement à l'arceau supérieur de la portion antérieure de la tête ou à la carapace ; tantôt cette partie du squelette tégumentaire se prolonge antérieurement en forme de rostre ou de cbaperon, recouvre lea antennes et ne leur permet pas de quitter la face inférieure du corps ; tantôt le segment inférieur se développe aux dépens du supérieur , et entraîne ces appendices avec lui , de manière que leur insertion alieuà lafaceantéiieurede la tête ; enfin, d'autres fois,

(I) PI. 1 , fig. 1.

(») P1.7.ttg. a, etc.

cette modification étant portée encore plus loin , les antennes en occupent la face supérieure.

La forme et la composition des antennes varient beaucoup ; dans l'état de simplicité la plus grande , ces organes ne sont formés chacun que d'une seule tige articulée, mais d'au très fois on voit s'y ajouter un ou deux appendices qui paraissent être les analogues du palpe et du fouet des autres membres. En général la tige dont nous venons de parl^ est composée d'une partie plus grosse qu'on appelle le pédoncule^ et d'une partie terminale plus où moins allongée (i) : le pédoncule est formé à son tour d'un , de deux ou de trois articles , et le prolongement terminal d'un nombre de segmens beaucoup plus grand ; enfin , chacune de ces pièces est plus ou moins mobile et renferme dans son intérieur des muscles destinés à mouvoir l'article suivant. L'appendice que l'on peut regarder comme une espèce de palpe se présente en général sous la forme d'un second filet terminal multi-articulé, fixé à l'extrémité du pédoncule ; mais d'autres fois il constitue une grande bme cornée qui s'insère à la base de l'antenne. Enfin , la seconde partie accessoire de l'antenne , lorsqu'elle existe , constitue aussi un filet terminal , de façon qu'alors le pédoncule porte trois de ces prolongemens sétacés (a}.

. Les organes dont nous venons de parler peuvent servir à avertir l'animal de la présence des corps qu'il touche ; mais ils ne peuvent donner que des idées très-incomplètes de leur dureté , et surtout de leur volume. Chez la plupart des Crustacés « il existe d'au-

(0 PI- 1, fig. 3, pédoncule, h, tige terminale. (a) PI. i,fig. i,j,*,/.

lia HISTOIRE NATURELLE

très parties qui peuvent également remplir ces fonctionSy et qui sont en même temps des instrumeos de préhension ; ce sont en général des membres de la portion thoracique du corps , dont l'extrémité prend la forme d'une espèce de pince. Tantôt cette disposition dépend seulement de ce que le dernier article constitue une sorte de grifle qui peut s'appliquer sur l'article précédent ( i ) ; tantôt de ce que le pénultième ou l'antépénultième pièce se prolonge sur le côté de l'article Suivant , et forme une espèce de doigt immobile sur lequel ce dernier s'applique (a). A l'aide de ces modifications, les pâtes peuvent agir j usqu'à un certain point à la manière d'organes du toucher : mais leur principal usage est alors de saisir la proie dont Tanimal se nourrit, ou de le défendre contre ses ennemis. Enfin, les diverses parties de l'appareil buccal peuvent aussi servir d'une manière accessoire au toucher , mais ce n'est pas leur principal usage.

Le sens qui , après celui du toucher, parait être lo plus généralement répandu parmi les animaux , est celui du goût ; ce sont les sensations perçues par lui qui déterminent le choix de la nourriture, et nous voyons presque tous les animaux rechercher certaines substances alimentaires et en refuser d'autres ; on peut donc conclure qu'ils possèdent presque tous ce sens. D'après quelques expériences que nous avons faites à ce sujet, M. Audouin et moi , il paraîtrait que chez les Crustacés la faculté de distinguer les différentes saveurs est même assez développée, et qu'elle réside à l'entrée de l'œsophage , ou plutôt dans la cavité buc-

(0 ^oyet les mains snbchéliformes des GrevettineS| PI. t, fig. Q, (a) Pinces o« mains chélifères, PI. 3. fig. i, etc.

DES CKUSTACÊS. Ii3

cale proprement dite ; ' on ne voit aucun organe qui y paraisse destiné d'une manière spéciale.

La faculté d'apercevoir les corps placés à distance , par l'intermédiaire des particules odorantes qui s'en dégagent, existe aussi chez les Crustacés. Un des procédés de pèche le plus employé pour prendre les Homards en donne la preuve ; car c'est en plaçant des fragmens de Crabes ou de Poissons dans des espèces de pièges nommés casiers , qu'on les y attire ; et nonseulement il est bien difficile de voir ce qui est dans l'intérieur de ces paniers , mais encore les Homards y viennent souvent pendant les nuits les plus obscures. Un fait analogue prouve l'existence du sens de l'odorat chez d'autres Crustacés , connus sous le nom de TaUtres ou de Puces demer. Si dans un lieu fréquenté par ces animaux , l'on enterre dans le sable du rivage, ou que l'on cache sous un monceau de pierres un Ho* mard mort ou le corps de tout autre animal , on est sûr de le trouver au bout de quelques jours plus ou moins complètement dévoré par les TaUtres qui se sont rassemblés en foule autour, et qui ne peuvent y avoir été attirés que par son odeur. Quant au siège de ce sens, on ne sait rien de positif.

Guidé par la position des antennes et par quelques autres considérations, M. de Blainville a été conduit à penser que chez lesCrustacés, les Insectes, etc., le sens de l'odorat résidait dans la portion de l'enveloppe tégumentaire qui revêt l'extrémité libre des antennes (i) ; mais cette partie ne nous parait offrir aucunedesconditions qui semblent les plus nécessaires pour la perception des odeurs, et leur ablation ne parait porter aucun

Cl) Principes tTanatomie comparée t 1. 1» p. 338 et SSp.

Il4 HIStOlMK NATUltt^LE

trouble sensibledntiB l'eirereiM de eelb fo&iiUôtt ( I ). Dbâ recherches qui nieront commubed avec M. Âuddtiih^ nouB ont porté a croire què le siège de Côtle fonction pouvait bien se trouver dans doux pckiheë membraneu*^ lei qu'on rencontre au datant de la boucha etau^deê^ •us des organes auditifs. DdUs quelques Crustacés*, tel que In Langouste ^ leur ouverture est aëses grande et oocupe le milieu du tubercule auditif; nukis thet d'autres elle devint difficile à distinguei^» Eufin , un âuatotnisie allemand, Rosenthalê^ regarde comme l'organe de l'odorat une çAvité pat'ticulièfe qu'il a dé- Gourerte àia base des antennes de la première paire, et donc l'oUyertttiis efttédeui'e se voit à la Tabe ëUpérieure de cce organes» Cbea les HoiAardfc, cette cavité est formée pur une espèee dWpoule seml-K:ornée dans les parois de laquelle aucun nerf no paratt se ramifier (â) ; et cbe2 les Ëdriophthalmes on ne voit rien qui puisse y être rapporté. Ainsi, l'opinion de Rosenthals , qui demiàrement a été reproduite comme une découverte nouvelle par M. Robineau, ne nous paratt pas encore étayée de faits assee déeieifè poûi^ être généralemetit adoptée (3).

Le sens de la vue manque chez un petit nombre de Crustacés qui vivent en parasitée \ mais en général il existe, et a son siège dans des organes d'une structure assez compliquée, qui occupent tantôt la face supé^ rieure ou antérieut^s, tantôt les côtés de la tête. On

(i) Voyez Y avûcle Odorat f DicUonmaire classique d'histoire natureUe,

<a)Pl; Ift.%. l.

(3) Archives pour la physiologie de Rielet Autenreilh, el Mélanges d anatomîe , par Treviranus, a«. vol., a«. partie, a«. mémoire, ]8i8.

o£!9 ehtiàflit:£è. tl6

kidtti«t ^hérAlètuent que cliéi t^à «nilHatili ^ de fiiéme tfue clieî les Itasecles, les yeux totlt dé dedt soHes^ Bii^oir : des âtetntnates et dès j^eût k fàeeties} il f^i cependalitfacile de démoatt^r c[ue Ces drgâhes p)résetl«> iisfitiltieftëHedeihodificatiolië bien ^liis tioittbfeuéeé. La structure des slenithâtes, qu'btl a^pelte ëntbrè des y«ux lisses bti yeux éimplès^ àè rapproche tiii peu de eellë des yeUk deë Poissons^ et ûiS^té ilotA^ bléiiitat de celle des yeux à fàtièttéë. Aillsi qîlë Vieht de le démontrer uti obserratëur trés-4i^ilé ^ M. Mutiler ( i) , on y distingue d'abord uilé éorhéc ît^Hfpdfthtè plus ou moins bombée , et parfhitemelit lislé ^ qui Éé «ôtitiiiue sans interruption iiteO 1^ MUfche tégUmeti* Uire externe iohï fellé fait pûHié. Iffîinédiâtéihëtlt derrière èettè ebrnée -, et eti eoiltàtt àtee dà (Hee interne , êë lh>uye vh cristallin eu général sphériquè , dont lit tàte pôstériièure tit logée dàtié ûhe masse gélatineuse que Toilâ eompàt-éè nU corps vitré. La base de cette masse vitrée est à «oîi tbUt en cbntàcit âvet le nerf optique ; èufiti, utié (rt)Uctaë de pigtttent foH épail Tenloure et se prolonge en avant juéqu'h la péHphériè du cristallin et au bord de lU eëHiéé. En gàiéral , iM •temmates des Insectes ^ dés Aràtbnidés et des fautres flnimaujt artieulés ^ ftotat en petit nombre et bien dis-» tincts entre eux ;. il en est de même chez quelques Crustacés , tels que les Apus , les Limules et les Cyames , ou Ton observe deux ou (rois cle ces organes» Mais, du reste ) ces yeux simples ne se rencontrent que fcbez un très-pètlt nombre d'animaux de cette classe.

(4) Zur pti^eiehenOeh PhytlohgtÉ àés Gèilckfninnm , un vol. irt-««. hàptig, i^TÔ. L'atialyse de ce trtirAil i«maftt«alll«a été iû^t(» ààM les Annaies des sciences ntstm^Mes » t. XVII p» »a6 » elc-

IlG HISTOIRE NATURELLE

Chez d'aulres Crustacés il existe des yeux d*une structure plus compliquée , que nous appellerons des yeux composés lisses , et qu'on peut considérer cdinrae une agglomération dé stemmates sous une cornée commune. En effet , ils sont formés par un nombre plus ou moins considérable de petits cristallins pLicés derrière une cornée commune , enchâssés et dans un corps vitré qui est enduit de pigment et qui se continue Avec le nerf optique. Ces yeux composés lisses se rencontrent chez les Nébalies, les Apus (où il en existe un placé à quelque distance en arrière des deux stemmates ), les Daphnies, les Branchipes, etc., et établissent en quelque sorte le passage entre les stemmates et les yeux composés à facettes (i).

Une nouvelle modification de Tappareil oculaire nous a été offerte par TAmphitoé de Prévost et un petit nombre d'autres Édriophthalmes. Chez ces animaux on trouve d'abord pour chaque œil composé une cornée lisse sans division ; mais immédiatement derrière cette lame tégumentaire il existe une seconde tunique^ de même nature et également transparente , qui y adhère intimement , et qui est divisée en une multitude de facettes hexagonales ; derrière chacune de ces facettes ou coméules est situé , comme d ordi-

(i) Voyez à ce snjet nn travail qae j ai présenté à la Société d'histoire naturelle de Paris , le 7 juin x83o> et qui paraîtra dans un des prochains cahiers des AtmaUs des sdences naturelles ; ainsi qae Touvrage déjà cité de M. Mnller ; les observations de Gavoliniy sur les yeux des Lygies, Memoria suUa gtneraMîoni dei Pesciedei Gra/M:Ai,in-8o.Napoli, 1787 ; celles de M. Strauss, sur les yeux des Daphnies, etc., dans les mémoires du Muséum d'histoire naturelle, t. V, p. 396; et la description des yeux de la Nebalie, dans un de mes mémoires sur des Crustacés nouveaux, inséré dans les Jnnales des sciences naturelles, t. xiii, etc.

DES CRUSTACES. ny

naire, un cristallin dont la face antérieure est convexe et dont la face postérieure , qui se prolonge en un cône à sommet obtus, est contiguë à un petit cylindre gélatineux , avec lequel le filet correspondant du nerf optique se confond.

De cette disposition au mode de conformation des yeux composés à facettes simples il n'y a qu'un pas ; car la principale difierence consiste dans la soudure intime des deux cornées superposées dont nous venons de parler et l'existence d'une espèce de cloison formée par du pigment entre chacun des élémens oculaires

Dans cesorganesy de même que dans les stemmates, la tunique externe est dure et translucide; elle se continue avec les tégumens et constitue une cornée transparente; mais, au lieu d'être lisse et sans divi-> sion, elle présente une multitude de petites facettes distinctes , qu'on peut regarder comme autant de cornées , car chacune d'elles correspond à ime loge oculaire qui lui est propre. Chez les Insectes ces facettes , ou coméules ^ sont toujours de forme hexagonale, mais chez les Crustacés elles sont souvent carrées ; dans les Écrevisses , les Pénées , les Galathées , les Scyllares , par exemple , elles présentent cette disposition, tandis que chez les Paigures, les Phyllosomes, les SquiUes, les Gebbies, les Callianases, les Crabes, etc., elles sont hexagonales (i). Derrière chacune de ces petites cornées on trouve un corps transparent et de forme conique (a) , qui est

(0 PI. la, fig. a et 3.

(a) L*exi8teiice de ces corps coniques, de consistance gélatineuse , avait été signalée depuis long-temps dans les yeux à facettes des Li-

Il3 HI8TQIHE iriTVRfl'l'E

eptpuré par une sorte de gatqf^ compofiée de m^iiière coloFfiiitç, et ^e continue iptérieurement avec un filament gé]atipew dont la base adhère au bulbe du qfrrf optique (i) } le pigment se prolonge aussi epr, tre les espèces de colonnes formées par fses fila-: liions, de maqière à les isoler entre ^les, et sereplpie entre le^r base et 1^ bulbe du nerf optique. Enfin, derrière la masse formée par ces diverses part^efii, on troi^ye ^^e tunique membraueuae qui eat percéci dans §Qn miUe4 pour livrer passage fiu nerf , et. qui ^'efi% qu'm pr^lmgtmwi de la mefubraie tégumentaire moyenne , de sorte que c'est entre lea à^^^ {ÎQW.W. ^tarneu dt h pciau ««'«Ai ereuaée la 4^i^hre 9iD)Alfe (%)• L«A ^àsm (raMpaMna àpnk noufii \e^m^ dfl Fi»rler, el doftt V«sift|e«cfi a été «ignido^ par -M* MuUw, daus te«a les yeui à fo» qçttef des Imeotes «uQ^ bien qu« det Çrust^pés» par^i^seM pf»i^]idaGer les e;«i»talliii« des ym% nmfim% 011 plutqt 1^ m étrequ'm^ niodifi^^Uw (iU Qmnt %m fila9»<^ viljpéi g^I^Mpemt qui se trouye^l derrière eet cÛR^&t U§ OÇe^pent la n^^Mre partie deçbaf^UU^ de^ l^MH^ eeUi)lef^ ocvilaire^t , et on le» regarde S^ViA^

nmltt par Andr4. ( Vayez A microicopiral description of tke eyes of (Ae ^WiQçtt^ii^Pi^yi^hpillLu^. philo», Tr^ivi,, 178a, yo^ 7:4, p. 4^0^ 19^1. i^)- Swammer^a^m paraît aussi les ai^ir aperçus dans U Pagure (Voy . ses observations sur le Bernard-rHermite. CoUection. académique , nartie étvimgèr^ ^ (., y „ p, ilo) I et Gavalini, dtau l'ÉcrevUte iàhnoria suMa gctierasione Jd Peici e 4«i Gr^ticjù^ )- M^is ç'§st 4 W- lW[<»lLeT ^^'q^ e« doit une connaissance plus approfondie ( Op, cil. , et Ànn. des se. imi. , t. XV1|.)

(I) Pi. la, lig. 7, fl, et fig. 8.

(3) M. Strauss pense, au contraire, que dajos. les yç|^ à^ (aqQlte^ ce sont le^ cristallins^ qui , ei\ se réunissant^ forment )a ççr^if e i ffEUiis il ne parait *as avoir apei^q^ ^^^ corps connues. ( Od, c<{, . p. \y,\):

01« GRUSTAQÎa. 119

ment, comme étant dea branches terminaleadu nerf opti* quQî mais unexumen attentif de Toeil du Homard ma fait copoevoir quelquea doute iur cette détermination ; le bulbe dii nerf optique ne m'a paru présenter rédlement aucune division; il ma semblé $e terminer par une surface offrant une multitude de petites facettes tapissées de matière colorante et en rapport arec la i^uhstance vitrée qui remplit toute la portion infé^ rieure d§# cellules oculaires. C'est aussi lopinion que M, de Bbinville parait s'^tri^fQrmée d'après la disaee* tion des yeux de la l^apgouste (1)1 mais , pour résoudre complètement ce point déligat de Vanatomie dea Cfuatacé^» il fftft4wt peut-éktrcde^kobaervfttmpaplus décisives.

Cbez d'autres Crustacés? tolf que le^ Idoléea» le. mode d'orgmi«atioii des j^ux par^U dépendre d'ime mpdi^G^ticue^ difféçe^tf doa yew composés à ««raée lia«^> la disposition de |a mnaae o^ulair^ ««( eaMilti%l«* lemwt la même quQ dan% leayçu:^ à Canettes, mvA^ ment h cornée commuxie présente arU durant de eba^» que cria^Uin ( ou càue transparent ) nu renflement circulaire qni ressemble un peu à une lentille qui Uh rait enchâssée dans cette tunique. Ces renj^m^s sont bien distinct^, et dans l'espace qui )es sépare on n'aperçoit aucune ligne qui correspqndrait 9^ eiiUttlea tubiforme% placées $iu«dea$Qu^ (a^.

Au premier abord on pourrait croire qu€^c^ renfler men% teqticu^irea sont lea analo^vea ^ cproéid^s dea jeux à iacettes^qui, dw» çef deri^ier^ «c^anea» se seraient élargis de façon à se toucher et à prendre

(1) mPrineipes d'atuUomie comparée, t. 111 y p. 4HK (i; PI. la. fig. 4.

laO HISTOIRE NATURELLE

une forme hexagonale ; mais il n'en est pas ainsi , car si l'on poursuit cette étude de l'appareil optique chez d'autres Crustacés , on ne tarde pas à rencontrer des exemples de l'existence simultanée decoméules et de renflemens lenticulaires hien distincts. Les yeux des Gallianasses nous ont présenté cette structure de la manière la plus facile à constater , car les renflemens lenticulaires et les cornéules sont tous parfaitement visibles, et les premiers , qui sont assez petits, n'occupent que le centre du cadre formé par les bords des seconds (i). On les retrouve chez un grand nombre de BrachyureSy mais en général les renflemens lenticu* laires occupent presque toute l'étendue de la cor«néule y de façon que leur contour se confond un peu avec les bords de celle-ci (21).

Dans la plupart des cas ces renflemens lenticulaires paraissent s'être développés dans la substance de la coméule, mais quelquefois on peut l'en distinguer: dans les yeux d'un Crabe maculé nous avons trouvé au-dessous des facettes de la cornée une couche assez facile, à détacher, et formée par une réunion de ces lentilles, qui à leur tour recouvraient les cristallins coniques (3).

Nous voyons donc que la structure des yeux des Crustacés se complique de plus en plus à mesure qu'on s'élève dans la série de ces êtres, et que ces niodifica* tions dépendent principalement : i"». de l'agglomération d'un nombre plus ou moins considérable d'yeux simples en une sei:de masse ; a**, de la formation d'une

CD PI. la , fig. 5.

(a) PI. la, fig. 6.

(3) PI. la. fig. 6, a.

DES CRUSTACES. 131

cornée particulière pour cbacfue œil ; 3"". de la forma- * tion d'un renflement lenticulaire entre la cornée com-

I mune et le cristallin; i'^^ ,àe l'existence simultanée

d'une cornée propre et d'un renflement lenticulaire. Les yeux simples et les yeux composés existent quelquefois chez le même Crustacé ; dans le Cyame , par exemple, on trouve deux yeux lisses et deux yeux composés à facettes , et dans la Limule trois steromates et deux yeux composés à facettes. Dans TApus il existe deux stemmates et un œil composé à cornée lisse ; mais , dans l'immense majorité des cas , il n'y a que des yeux composés , dont la disposition .varie. Leur nombre est en général de deux , queK quefois ils ne forment qu'une seule masse , de façon que l'animal ne parait avoir qu'un seul œil. Dans les Daphnies , par exemple , les stemmates agglomérés forment d'abord deux masses oculaires , ou yeux composés à cornée lisse, mais par les progrès de l'âge ces deux yeux s'unissent et ne forment plus qu'un seul œil. Les stemmates sont immobiles et sessiles, c'est-à-dire implantés immédiatement sur la surface du corps et peu élevés au-dessus au moyen d'un pédoncule ou d'une tige cornée ; il en est en général de même pour lès yeux composés à cornée lisse ; mais quelquefois la masse oculaire formée par chacun de ces organes est mobile, et il arrive même qu'elle est placée à l'extrémité d'une saillie également mobile; les Daphnies sont dans le premier c;is ; leur œil ne fait pas saillie au dehors , mais est pourvu de muscles destinés à le mouvoir; et chez lesNébalies, ces organes sont saillans et ne tiennent au reste du corps que par un pédoncule articulé de manière à permettre leurs mouvemens. Il en est de même pour les yeux à facettes,

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