DE LA GÉHÉRATIOV DES CRUSTACÉS ET DE LEUR DÉVELOPPEMENT
Les Crustacés , de même que tous les autres animaux articulés , se reproduisent au moyen d'œufs , et , de même aussi que chez la plupart de ces êtres, ils n'ont jamais les deux appareils sexuels , de production et de fécondation , réunis chez un seul individu ; les sexes sont toujours distincts , et chez un grand nombre de Crustacés , sinon chez tous , les œufs sont fécondés avant la ponte dans Tintérieur du corps de la femelle.
L'appareil de la reproduction , soit chez le mAle , soit chez la femeUe, se compose toujours de deux séries d'organes parfaitement similaires et placés de chaque cAté de la ligne médiane du corps , ou plutôt il y a chez le même individu deux appareils semblables, l'un à droite, l'autre à gauche, parfaitement indépendans l'un de l'autre , et n'ayant souvent entre eux aucune connexion , tant à l'intérieur du corps qu'à sa surface. Cette indépendance des deux moitiés de l'appareil de la génération est si complète qu'on a vu un cas où l'un des côtés était m&le et l'autre femelle, sans que cette monstruosité eut entraîné aucune autre per-
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tiuliatioli te&tible dans là conformatioû de ces or*» ganei.
C'est priActpalemeAt , et on pourrait dire exduêivement dans la partie thoracique du corps , qu'est logé l'appareil de la génération. Sa structure est assez simple et ne parait différer que peu suivant les sexes. Chez la femelle il se compose essentiellement , pour chaque moitié du corps ^d^ub oYaire, d'unoTiducte, d'une vulve, et de quelques parties accessoires servant, ftoit k mieux àisurer la fécondation des oeufs , soit à les soutenir ou à les renfermer après la ponte. Chez le mâle , clinique moitié de l'appareil générateur cMêiste en im testicule , un eantil efférent dont la partie inférieure peut en général saillir au dehors de ikçon à Goûâtituer une verge , et en eerlains appe&<» dices servant d'une manière moins directe à la copulation*
Dafis la plupart des Crustacés les pliu élevés dans la série > l'appareil mâle est trèê^léveioppé.
Dans le Tourteau par exemple > ceé organes reôou«* vrent la plus grande partie de la face supérieure du foie) a'enfotieeni êous le eteuf > et se tiennent dans la cdlule de la dernière pate« On peut y distinguer trois pOrtiims t l'une située sur les masses laténdes du foie et reeduverte par les tégumeas ^ s'étend depuis le niveau du Imrd antérieur de l'avantMlemière br^ncfaie^ jusqu'au âiveau du bord externe des mamlilioles, en décrivent une eourbure dont la eonvexilé est pa* Mdlèle au bord de la earapace, et en augmentant de largeur de son extrémité exteme vers Tittlenie. Celte portion que l'on peut regarder comme étant l'analogue du tesUeole^ présente i'asped d'aine espèee de gfiippii formée ée ^oitm hskm principaux^ tpi à leur tour
9Eê GRUSTACis. 167
sont composés de vaisseaux vermiculaires, d'une grande ténuité, entortillés de manière à former des espèces de pdottes. Ces vaisceaux dont la couleur est Mane de lait , sont renfermés dans une membrane très-fine et diaphane , et ils sont évidemment les organes secretum de la liqueur fécondante. Ils se continuent avec la seconde partie de l'appareil qui est situé sur les câtés de Testomac , et qiti consiste en un gros vaisceau entortillé sur lui-même, et d*un blanc laiteux. Enfin , un peu plus en arrière se trouve la troisième partie de l'organe générateur, que l'on peut appeler le canal eOereat. C'est un gros tube contourné sur lui-même , ayant la même teinte que les parties dont nous venons de parler, fiiisant suite avec elles , et présentant K peu près l'aspect des circonvolutions de l'intestin grêle de l'homme ; ce tube contourne le muscle de la tige des mandibules, et s'enfonce sous le ceeur où il diminue de volume, et, après avoir fisiit plusieurs circonvolutions, se porte en arrière sur les parties latérales de l'espace compris entre les cellides des flancs, puis s'enifonce dans la cellide de la dernière pâte , pour aller traverser la partie postérieure et interne de la base de cette pâte, et s'ouvre à l'extérieur.
Dans d'autres Crustacés il n'y a pas de ligne de démarcation aussi tranchée entre les différentes portions de l'organe mile ; dans le BAalîa , par exemple , il parait formé d'un seid tube dont la longueur est extrême, et dont le calibre , d'abord capiUur« , augmente iipsen* siblement vers son extrémité postérieure. Mai^, d'im autre côté, il existe quelquefois aussi des difierences bien plus considérables que celles signalées ci^dessus ; dans l'Écrevisse de rivière , par exemple, les Taisseaux sécréteurs capillaires qui composent le testicule
l68 HISTOIRE NATURELLE
sont agglomérés de façon à former une masse glandulaire très-Dettement limitée, et présentant trois branches , dont deux , dirigées en avant , se placent sur les côtés de Testomac , et un se porte en arrière sous le coeur; du point de réunion de ces trois portions , il natt de chaque côté un canal excréteur qui est long et étroit , se contourne sur lui-même, et se termine enfin dans l'article basilaire de la dernière pâte (i). Dans le Homard, les testicules sont au cimtraire très-allongées , et s'étendent depuis la tête jusque vers le milieu de l'abdomen. IVIais c'est surtout dans les Edriophthatmes que ces organes présentent des particularités remarquables ; ils consistent en un, deux ou trois vésicules pyriformes et allon;zés qui tiennent par un pédoncule grêle à un canal excréteur commun (a).
Du reste, l'aspect des organes sécréteurs de la semence varie beaucoup suivant les saisons: à l'époque de la reproduction elles sont gonflées et gorgées d'un suc laiteux, tandis qu'après elles tombent presque dans un état d'atrophie passager, qui ne permet pas de bien distinguer les différences qui peuvent réeUement exister entre elles.
L'ouverture extérieure de l'organe mAle est ordinairement pratiquée dans l'article basilaire des pâtes de la dernière paire (3); mais quelquefois elle est placée sur le plastron slemal lui-même, dans la portion formée parle dernier anneau thoracique (4)* Cette disposi-
(I) PI. la, Rfç. 14.
(a) PI. la, fig. i3.
(3) PI. 13, fig. 14, etPl.a3,fig a.
(4) PI. 18, fig. 6. a, b.
DSS CRUSTACÉS. 169
lion se remarque dans plusieurs Décapodes Brachyures de la famille des Gatométopes ; et , dans d'autres Crustacés appartenant au même groupe, bien que les canaux éjaculateurs traversent l'article basilaire des pâtes postérieures pour se porter au dehors , ils ne se terminent encore que sur le plastron stemal , car ils pénètrent dans un petit canal ou gouttière transversale, qui les cache jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à la partie du thorax recouverte par l'abdomen. Dans l'état ordinaire, les canaux efierens se terminent aux bords de l'ouverture externe dont nous venons de parler ; mais lors de la copulation ils se prolongent au delà en se renversant comme un doigt de gant , deviennent turgides, et constituent de véritables verges.
Chez la plupart des Crustacés de l'ordre des Décapodes, les membres abdominaux de la première et de la seconde paires ( i ) on t une forme très-différente de ceux qui suivent (lorsqu'il en existe d autres)^ ou de ceux delà femelle , et paraissent servir comme des organes excitateurs dans l'acte de la reproduction ; mais c'est à tort que beaucoup de naturalistes les ont considérés comme étant des verges. Chez plusieurs de ces animaux (lesGécarcins, par exemple) leur grosseur est telle , qu'ils ne peuvent jamais pénétrer dans les vulres^ et nous avons constaté , par l'observation directe , que chez d'autres c'est l'extrémité inférieure du canal eflérent qui seule s'introduit dans le corps delà femelle. Ces appendices paraissent devoir servir à diriger les verges vers les vulves, et peut-être aussi à exciter ces derniers organes. Ils ont ordinairement la
(I) PI. 3, fig. 6, ^^5 et 16.
lyO HI8TOIft£ NATCABLLE
fiimie de styleU tabulaires , et sont hrmiê par une lame cornée enroulée sur elle-même ; ceux de la première paire sont grands , et renferment dans leur in* teneur les seconds qui sont rudimentaires.
On ne sait que peu de choses sur la structure de l'appareil mâle des Crustacés les plus inférieurs , et il est même plusieurs de ces animaux dont on ne connaît encore que les individus femelles.
C'est dans la famille des Décapodes Brachyures que les organes internes de la reproduction sont les plus compliqués chez la femelle (i). Outre les ovaires et les oviductes, on trouve encore chez ces animaux des poches copulatrices très-développées. Lorsqu'on ouvre un de ces animaux vers la fin de l'automne, on ne trouve point d'œufs dans les ovaires, et ces organes ont Taspect de grosses cordes blanchâtres , creusées h l'intérieur par un canal longitudinal, et ayant des parois épaisses et coriaces (2). Ces tubes, au nombre de quatre, sont cylindriques, de la même grosseur dans toute leur longueur, et terminés en cul-de-sac ; ils sont placés longitudinalement^ deux de chaque côté du corpf ; l'un dirigé en avant , l'autre en arrière. Les tubes ovariens antérieurs reposent sur le foie ; leur extrémité est située vers la partie extérieure et antérieure de la région branchiale ; de Ih ils se portent en avant , puis se recourbent en dedans , gagnent les côtés de l'estomac , et se dirigent ensuite en arrière , en passant sous le cœur, pour se terminer chacun dans l'oviducte du côté correspondant , près de la cellule des flancs située au-des-
(0 PI. la, ûg. la.
(a) P1.5, tig. I, c, et PI. la, fig. la.
0£f GAUSTACid. 171
ftUê de la tfOiaième paire de pieds. Entre lestomac et le ccftar^ cet deuic portions de l'o?aire sont unies par un tube transvertial , long; de quelques lignes, qui a la même groiaettr et le même aspect qu'eux (i). Les deux tubes postérieure (ft) sontd'abord intimement unis entre eux, et reposent alors sur Tintestin dans la partie antérieure de Tabdomen ; mats bientôt ils se séparent , et vont souB le coeur se joindre aux oviductes dans le même point où se terminent les deux lubes antérieurs. Les oviductes (3) ont le même aspect que les ovaires, dont ils sont la continuation ; ils se portent directe* ment en bas, et, après quelques lignes de trajet, s'unissent obacun à une grande poche lo^ée entre les muscles des flancs et le foie , et placés verticalement avec son fond dirigé en haut (4) ; enfin, le conduit formé par le col de cette poche et par l'extrémité de Toviducte se fixe à la fede aupMeure du plastron slemal , au pourtour d'une ouverture creusée dans le segment qui porte les pâtes ambulatoires de la troisième paire. Les of ulee paraissant ae fermer dans les parois des ovaires , et lorsque ees organes en etmt remplis ils acquièrent une groeseur conaidérsUe et deviennent eonune bossdés ; iews paroia deviemcient en même temps minoea et presque ti«mpaf«ntea.
La disposition de l^ppàreil femelle de la génération eal esse&tiellmieni la même chee tous les atitres Décapodes Brachyunes ; maie , ekea les Décapodes Ano* et Macrounes I il n'eiiate point de poche co*
(i)Pl. la, fig. ia,rf.
(3) PI. la, fig. 12, e.
(4) PI. 12. fig. la,/.
17a HISTOIRE ffATUEKLLE
pdatrice , et on remarque plus de difierence entre les ovaires et les oviductes , qui , en général , nous ont paru plus longs et plus étroits. Chez ces Crustacés , les Tulres , au lieu d'être creusées dans le plastron stemal, occupent l'artide basilaire des pâtes de la troisième paire (i).
Chez la plupart des Crustacés inférieurs ^ la disposition des parties intérieures de cet appareil est encore plus simple ; les ovaires forment de chaque côté de Tintes tin deux masses d'apparence spongieuse , dont Textrémité postérieure aboutit aux tuIycs; c[ueLquefois cependant ces organes ressemblent presque à des glandes conglomérées , et sont très-distinctes des oviductes. Ejifin, c'est ordinairement sur le dernier anneau thoracique que sont pratiquées les ouvertures extérieures de la génération.
Les parties accessoires de l'appareil femelle varient davantage et sont plus compliquées que celles des mAles ; ce sont tantôt les membres abdominaux qui sont modifiés dans leur structure pour former des points d'attache aux œufs , tantôt des appendices des membres thoraciques qui servent au même usage, ou qui, en se réunissant, constituent une espèce de poche ovifère; enfin, d'autres fois encore il existe, suspendus aux vulves, des tubes semi-cornés ou des espèces de poches membraneuses qui renferment également les œufs et que la femelle tratne avec elle. La première de ces dispositions est propre à tous les Déca« podes, la seconde existe chez les Edriophtbalmes, et la troisième chez la plupart des Crustacés auxquels
(1) PI. 31, fig. 8 et 18.
on donne ordinairement les noms d'Entomoslracés , de Lernées , etc.
Chez un grand nombre de Crusticés, les différences sexuelles ne consistent pas seulement dans le mode de conformation de l'appareil générateur et de ses annexes, et on peut souvent distinguer les mâles des femelles par d'autres particularités d'organisation. Chez les Décapodes Brachyures, par exemple, l'abdomen est toujours étroit chez le mâle , tandis que chez la femelle il est très-large, et recouvre en général presque tout le plastron stemal dont la forme est en rapport avec ces différences. Chez les Gyclopes, les mâles sont beaucoup plus petits que les femelles, et ont leurs antennes et quelquefois leurs pâtes d'une forme particulière. Enfin , chez les Bopyres et les Jones , les différences sexuelles sont si grandes, qu'au premier abord on serait porté à regarder le mâle et la femelle comme appartenant à des genres distincts. II y a lieu de croire que chez la plupart des Crustacés parasites il y a ordinairement moins de ressemblance entre les deux sexes que chez les Crustacés qui mènent une vie errante, et c'est peut-être pour cette raison que les mâles de beaucoup de ces petits animaux sont encore inconnus (i).
A une époque déterminée de l'année qui varie suivant les espèces, les sexes se rapprochent, et les œufs sont fécondés. Le mécanisme, à l'aide duquel lanature assure le contact de la liqueur spermatique du mâle avec leè germes fournis par la femelle , est très-facile h comprendre chez les Décapodes Brachyures. Chez
(I) yoyet Mémoiit sur te Nicothoé, par MM. AndoaÎD et Edwards. C annales des Scicmces naturelles , t. XI. )
174 HlSTOiaS KATqRfiLLK
CCS CrusUcés il y a une véritable copulation ; lai vei^ çies du mâle pénètrent dans les poches copulairicessi* tuées au-dessus des y ulres de la femelle , et y déposent la liqueur spermalique , qui est ainsi tenue en réserve de manière à pouvoir être versée sur les œufs au fur et à mesure de Uur passage au dehors.
Afin de noua assurer si les choses se passaient rédle* ment ainsi, nous avons, conjointement avec M. Audouin , injecté des liquides colorés dans les vulves d'un Maïa femelle , et nous avons vu rinjection pénétrer directement dans la poche copulatrice. J*at observé aussi qu'à l'époque de la ponte, ces poches sont dé<» tendues par un liquide opaque et laitemci tandis que pendant le reste de Tannée elles sont vides et oon-» tractées. Enfin, dansunedemesescursionsaoologiques sur les côtes de la Bretagne, j'ai trouvé un Tourteau feoielie qui venait d'être fécondée, et chez laquelle l'extrémité des verges du mâle s'étaient rompues après la copulation, comme cela a lieu chez beaucoup d'Insectes; ces organes étaient restés enfoncés dans la poche copulatrice.
Chez les Décapodes Brachyures la fécondation des ceufs doit donc s'opérer de la même manière que dans les Insectes, chez lesquels M. Audouin a fait depuis long-temps des observations analogues , et dans les Mollusques Gastéropodes, chez lesquelles la vésicule à long col remplit , d'après les observations récentes du docteur Prévost , les fonctions d'une poche copulatrice. Mais chez les Décapodes Macroures, et chez les autres Crustacés où il n'existe pas de réservoir semblable pour la liqueur spermatique, lafécondation des œufs est moins facile à comprendre. On admet généralement que chez tous ces animaux il y a une véri-
0£8 CRUSTACÉS. Îj5
taUe copulation , et que par conséquent la liqueur fécondante est inti'oduile dans Tintérieur de 1 appa* reil générateur de la famille. Or, s'il en était ainsi, il serait difficile de comprendre comment les œufs qui remplissent tout l'oraire, et dont les premiers sont pondus long-temps ayant que les derniers ne soient développés , recerraient le contact de cette liqueur, condition qui est nécessaire à leur fécoïKlation; mais il n'y a pas , que je sache, d'observation directe qui prouve l'exiètence d'une copulation semblable , et l'ab^ sence d'une poche copulatrice nous porte a penser que cheK ces animaux les œufs ne sont fécondés par le mUe qu'au fur et à mesure de leur ponte, comme cela a lieu chez les Grenouilles , ou bien après qu'ils sont tous sortis du corps de la mère , et qu'ils sont suspen-* dus aux appendices de son abdomen ou renfermés entre les lames ovifères de son thorax.
Quoi qu'il en soit, c'est, comme nous lavons déjà dit, dans les parois de l'ovaire que les ovules se forment d abord, et , lorsqu'ils sont parvenus a une certaine grosseur, ils se détachent et tombent dans la cavité de cet organe pour être ensuite expulsés au dehors. La manière dont ce phénomène a lieu a été observée avec beaucoup de soin chez l'Écrevisse flu?ia* tile, par un naturaliste habile , M. Rathke , à qui l'on doit aussi des nscheiches pleines d'intérêt sur le déve^ loppement de l'embryon des Crustacés.
L'œuf de TÉcrevisse fluviatile, dit M. Rathke (i) ^ se présente d'abord sous la forme d'une vésicule transparente , à parois membraneuses très-minces, plutôt
(0 Untersuchiingen uher die Bildwig und 9niwickeluttg der Plusskrebsen , în-folio ; Leipzig , 1829.
1^6 HISTOIRE NATDEELLE
lenticulaire que sphérique, et remplie d'un liquide aqueux. Plus tard il se forme autour de cette vésicule une seconde tunique beaucoup plus ténue, qui est la membrane du jaune , et entre ces deux envdoppes il se dépose un liquide transparent , qui bientôt devient blanchâtre , opaque et visqueux ; c'est le premier rudiment du jaune; et, en même temps que sa masse augmente , on aperçoit dans son intérieur une grande quantité de globules très- petits et blancs comme la neige. J^a vésicule intérieure, que lauteur nomme vésicule de Purkinje, reste transparente et s accroît à peine, de sorte quelle est d autant plus petite, relativement à la membrane du jaune , que le développement de lœuf est plus avancé. Elle occupe d'abord le centre de la vésicule externe ; mais plus tard elle s'approche de plus en plus de l'un des côtés de cette dernière, et finit par la toucher presque dans un point de sa circonférence, tandis que du côté opposé elle en est séparée par un espace très-considérable.
Lorsque l'œuf existe depuis six mois, le liquide contenu dans la vésicule extérieure , ou la membrane du jaune, prend une couleur isabellc, s'épaissit, et présente un plus grand nombre de globules. Plus tard, sa couleur devient d'un jaune orangé, et finit par passer au brun foncé. Pendant qu'il éprouve ces changemens , il s'en opère d'autres dans sa consistance, car le nombre de globules qu'il tient en suspension augmente au point de le transformer en une masse visqueuse.
Les derniers changemens qui ont lieu dans l'œuf pendant son séjour dans l'ovaire sont les plus importans, et consistent d'une part dans la disparilion de la yesiculede Purkinje^ et de l'autre dans lopparition
D£S CRUSTACÉS. tJJ
du germe. Ces deux phénomènes paraissent aroir lieu à peu près simultanément , et il serait possible que le germe fût produit par répanchemeut du liquide contenu dans la vésicule interne ; il se présente d'abord sous la forme d'un léger uuage blanchâtre, répandu sur une partie de la surface du jaime. Peu à peu il se transforme en un^e tache blanche, opaque , et s'étend de manière à occuper à peu près la sixième partie de la superficie du jaune : ses limites ne sont pas bien tranchées , et , lorsqu'on détache la membrane qui le recouvre , on voit qu'il a beaucoup d'analogie avec du blanc dœuf coagulé. Enfin, le tégument externe de l'œuf, ou la membrane du jaune, n'a que peu d'épaisseur; mais le jaune lui-même prend un grand développement.
Après être parvenu dans la cavité de Tovaire , l'œuf se dirige peu à peu vers l'orifice externe de l'un des oviductes , dont les parois sécrètent , à l'époque du printemps, un liquide albumineux assez épais qui entoure cet œuf, et qui, en se concrétant après la ponte, constitue une deuxième enveloppe extérieure.
Lorsque les oeufs sont pondus, on y distingue les parties suivantes :
i*". he jaune ou ^itellus , qui forme la majeure partie de la masse de l'œuf (i) ; sa couleur est noirâtre , et il se compose de globules gélatineux de diverses grandeurs, agglutinés entre eux. a"". Le germe lors de la ponte de l'œuf; la tache que nous y avons vue auparavant, et qui constituait le germe, à tout-à-fait disparu ; mais la surface du jaune , au lieu d'être unifor-
(îl)Pl. 14. %. 1, a.
CRUSTACi:S,(TOME I. \%
1^8 HISTOIHE ITATUnCtLE
mémôiit colorée en noir, présenie mftititen&nt un aspect marbré, dépendant de la présence d'une couche blanchâtre qui est répandue sur elle , et qui n'est autre chose qu'une transformation de ce même germe. 3"*. Là membrane dujaune{ï)^ qui enveloppe le jaune ainsi que le germe , et y adhère de toutes parts. Elle est parfaitement transparente ^ très-mince , mais pressente assez de consistance! 4** Le chorion (a) , tunique qui enveloppe la membrane du jaune, et eât transparente comme elle) mais beaucoup plus épaisse. 5°. Le blanc (3) , liquide transparent et aqueux qui remplit l'espace que laissent entre eux la membrane du jaune et le derme» Il est peu abondabt ^ et diminue progressivement , de manière que les deux membranes dont nous venons de parler finissent par se toucher. 6*. La m^nbnme extente (4) ^ qui enveloppe le derme f et qui sert à fixer les œufs aux fausses pales abdominales de la mère. Elle est peu épaisse, et sa Surface est inégale.
Afin de rendre plus méthodique la description des phénomènes nombreux et variés que l'œuf de l'Écrevisse présente pendant son développement , M. Ratbke y dislingue cinq périodes. La première est celle com* prise entre la ponte de l'œuf et l'apparition des premières traces d'organes spéciaux.
Avant l'apparition de l'embryon, cm observe h la surface de l'œuf plusieurs changemens très-remarquables. Le premier de ces phénomènes consiste dans la
(i)Pi. i4,fig. i,y.
(a) PI. i4, fig. ,, *.
(3) PI. i4,fig. ,,c.
(4) PI. 14. fig. I, e.
DES CRVSTACtà. 1^9
formation d'un grand nombre de lâches de couleur grise blanchâtre et isolées entre elles , qui apparaissent sur la surface du jaune ( i) ; elles sont formées par la substance du germe , qui était d'abord répandue en une couche uniforme ; peu à peu elles deviennent blanches comme la craie, et présentent chacune un point central obscur, ce qui leur donne l'aspect d'autant d'anneaux irrégulièrement dentelés sur les bords.
Après avoir persisté dans cet étal pendant quelque temps, les taches dont nous venons de parier deviennent uniformément blanches, et diminuent en grandeur et en nombre , pms disparaissent complètement. En même temps la membrane du germe se répand presque uniformément sur la surface du jaune, et l'enveloppe comme un nuage léger , qui s'épaissit dans un point de la superficie de l'ceuf , et finit par s'y rassembler en entier, de manière à y former de nouveau une tache blanche , pendant que le reste de la surface du jaune reprend sa couleur noire uniforme.
La tache du germe, ou blastoderme , diminue dabord d'étendue , et se eolore uniformément en blanc; mais bientôt elle commence h s'accroître en largeur par l'addition d'une substance plastique formée par le jaune, elle devient en même temps elliptique, et l'on voit apparaître dans son milieu un petit sillon en forme de fer à cheval. Peu à peu , et quelquefois dans l'espace de peu de jours, ce sillon augmente beaucoup de longueur, et les extrémités se réunissent de manière à former une ellipse. BientÂt après le centre de ce sillon annulaire s'enfonce, devient de plus
(I) PI. i4» fig. a.
l8o HISTOIRE NATURELLE
en plus profond , et. prend la forme d'un petit sac, dont les parois sont assez épaisses , et dont le fond est beaucoup plus large que l'ouverture (i).
Pendant que ce petit sac se forme , la tache du germe s'accrott beaucoup par laddition sur ses bords d une substance plastique , et devient cordiforme. Lorsque Tœuf a subi ces diverses modifications , on commence à y voir paraître les premiers rudimeus d'organes; ils prennent naissance du fond du sac ou de la portion du blastoderme qui l'entoure, et plus particulièrement de celles qui constituent la tache grise cordiforme dont nous venons de parler. Pour éviter les circonlocutions, M. Rathke appelle cette partie du blastoderme, portion centrale; il donne le nom de partie corticale à la portion externe du blastoderme qui en constitue la circonférence , et qui est plus ou moins complètement transparente : enfin , il appelle ligne médiane de Toeuf celle qui correspond au grand diamètre de l'ouverture du sac.
Peu à peu l'ouverture du sac s'agrandit beaucoup , et, dans le point où elle présente le moins de largeur, le fond de sa cavité se rapproche de la surface , de manière à se confondre peu à peu avec les parties voisines du blastoderme , tandis que le reste du pourtour de cette ouverture persiste , et présente l'aspect duu pli semi-lunaire , dont les extrémités s'écartent de plus en plus entre elles. Lorsque le sac a subi ces modifications^ et que le fond de sa cavité s'est avancé vers la superficie de l'œuf, on y voit apparaître une petite éminence en forme de mamelon , dont le sommet pré-
Ci) PI. 14,% 3 et 6.
D£S CRUSTACÉS. l8l
sente une petite dépression. Ce tubercule est en partie recouvert par la portion persistante du rebord du sac, et n'est autre chose que le rudiment de la portion pos* térieuredu corps (i).
Dans la moitié antérieure de la portion médiane du blastoderme , et dans le point où existait la partie du rebord du sac que nous avons vu disparaître plus haut, il se forme en même temps deux petites lanières qui sont situées de chaque côté de la ligne médiane , et laissent entre elles un intervalle assez considérable; elles se dirigent obliquement eu avant et en dehors , et constituent les premiers vestiges des mandibules (a) . Quelque temps avant l'apparition de ces organes, il se forme un peu plus en avant deux autres paires de la*' nières semblables, qui représentent les rudimens des antennes. Enfin , en même temps , on voit se développer un petit point qui représente le labre , et qui occupe le milieu de l'espace qui existe entre les deux antennes antérieures (3).
A cette époque , M. Rathke n'a pu découvrir aucune trace de tissus nerveux ou vasculaire ; mais le blastoderme a pris tant d'accroissement, qu'il entoure le quart de la surface du jaune.
Au commencement de la seconde période , qui s'étend depuis la première apparition d'organes spéciaux jusqu'à la formation du cœur, la portion moyenne du blastoderme s'épaissit et s'étend au point de recouvrir environ la huitième partie de la surface du jaune ; mais la portion corticale s'accrott encore plus rapide-
(I) PI. 14 , fig. 3, 4eti2,a.
(a) PI. 14, fig. 4etia,m.
(3) PI. 14. fis.4ctia,/.
l8d HISTOUB IIÀTU11II.LE
meol. Qudque temps avant la fin de cette période , elle recouvre toute la surface du jaune , et paratt se confondre avec elle dans le point opposé à celui occupé par la portion centrale. Il en résulte que le blastoderme constitue alors autour du jaune nne enveloppe complète , mais elle est si ténue et si transparente , que Ton a de la peine à la découvrir.
Nous avons déjà vu qu'il se forme à la partie externe et antérieure de la portion centrale du blastoderme trois paires de lanières séparées par un espace assez considérable. Celles qui constituent la paire anté** rieure^ et qui représentent les antennes internes, sont d'abord peu distinctes , très-petites , et confondues dans toute leur longueur avec la surface du blastoderme, dont ils paraissent étreunépaississement. Â mesure que ces lanières s'accroissent, leur contour devient plus distinct , et elles prennent peu à peu la forme de deroi^-cylindres ; leur extrémité externe , en se développant , se sépare complètement delà surface du blastoderme, et enfin, vers le commencement de la période suivante , elle se fend et devient bifide (i}.
Les lanières de la deuxième paire , ou les antennes externes^ présentent la même forme que les internes, et se développent d'une manière semblable, mais plus rapidement ; et lorsque ces quatre appendices se sont séparées du blastoderme, au lieu de se diriger trans^ versalemeni , ils se portent obliquement en dehors et en avant.
Les lanières de la troisième paire , ou les mandi^ baies ^ sont d abord courbées, dirigées un peu en
(O PI. i4i fig- 5 et i5.
arrière, et plus patites €[ue les antennes; elles se diirisent bientàt comme oellettci , mais moins profondé<r ment, et leurs deux moitiés se développent inégalement.
Le labre apparaît d'abord sous la forme d'une rerrue extrêmement petite , située dans le milieu de l'espace que laissent entre elles les* deux antennes antérieures , mais bientôt il se dirige en arrière , et vient se placer entre les antennes postérieures. Dans le principe , on voit anlour de sa base un enfoncement annulaire assez profond, dont la moitié «intérieure est promptement remplie par une substance albumineuse. Bientôt après , une substance plastique se dépose aussi dans la moitié postérieure de ce sillon ; mais il y reste tou* jours sur la ligne médiane une petite cavité qui se creuse de plus en plus, et qui est le premier rudiment de rpuverture qui, plus tard, constitue la bouche (i).
Après que les antennes antérieures se sont montrées , on voit apparaître au devant d'elles les rudimens des^euo:; ils se présentent d'abord sous la forme de deux petits renflemens qui s'allongent , s'ar-« rondissent à l'extrémité , et ressemblent , après quelque temps, à de petites massues étroites (a). lU se séparent du blastoderme , comme l'ont fait les antennes, et, à la fin de cette période, leur eictrémité externe devient tout-à^fait libre , et est séparée de la partie basilaire par une légère incision transversale. Cette portion externe représente Tcpil , et l'interne constitue son pédoncule.
(1)P1. l4. fig.O, 12Ctl3.
(3) PI. i4, fig. iSstift^.
l84 HISTOIRE NATURELLE
Nous avons tu ci-dessus qu'il se formait , au fond du sac du blastoderme , un petit tubercule dont la partie postérieure est recouverte par un sillon transversal que forme le bord postérieur de louverture de ce sac(i]. Ce tubercule abdominal se dirige en avant, et prend la forme d'une lamé plus longue que large , dont l'extrémité antérieure est libre et arrondie, tandis que Textréroité postérieure reste unie à la portion moyenne du blastoderme. Elle s'avance jusqu'auprès du labre et grossit beaucoup ; sa face externe , en rapport avec la membrane du jaune , est convexe ; tandis que la face supérieure, qui est en contact avec le blastoderme , est concave. Enfin , le petit enfoncement qui représente Vanus , et qui occupe l'extrémité de cette lame, se creuse rapidement, et finit par s'ouvrir dans la cavité de l'intestin qui occupe l'intérieur de cette portion du corps (2). Il est à remarquer qu'à cette époque l'ouverture anale occupe la face inférieure ou externe de l'abdomen , tandis que plus tard il doit occuper la face opposée.
Lorsque l'appendice caudal dont nous venons de parler est parvenu à ce degré de développement , les mâchoires proprement dites et les pates-mdchoires comimencent à se former. Dans l'Écrevisse adulte , ces organes sont au nombre de cinq paires , mais ici on n'en voit d'abord que trois paires qui se montrent sous la forme de petites lanières placées de chaque côté de la ligne médiane , dirigées transversalement en dehors, et semblables à ce qu'étaient d'abord les
(i)Pl. 14, fig. 3 et 7.
(3) PI. 14, iig. 5, 8, 9, 13, i3, 24, ]5 et 16, a.
DES CRUSTACÉS. l85
mandibules et les antennes. Peu de temps après la formation de ces trois paires d'appendices, les mâchoires de la quatrième paire, ou secondes pates-mâchoires , commencent à se montrer dans le point de courbure qui sépare la partie antérieure du corps de la portion postérieure, qui est formée par le tubercule abdominal. Les mâchoires de la cinquième paire , ou pates-mâchoires externes, apparaissent vers la même époque; mais, au lieu d'être situées, comme les organes précédens , sur la portion de l'embryon qui fait suite au blastoderme, elles occupent la face supérieure du tubercule abdominal ; la forme de ces mâchoires est exactement semblable à celle des autres (i).
Lorsque les mâchoires ont commencé à se développer de la sorte , la base du prolongement abdominal se porte en arrière et se redresse de manière à se placer sur le même plan que le reste du blastoderme , tandis que la portion postérieure de ce prolongement reste couchée au-dessous, dans la position que nous lui avons déjà assignée. Il en résulte que toutes les mâchoires se trouvent alors sur le même plan , et que la courbure du corps est placée en arrière de celles de la cinquième paire (r^).
A mesure que ces divers organes masticateurs se développent , leur forme change considérablement : au lieu d'être semblables entre elles, conmie dans les premiers temps, ils deviennent de plus en plus diSerens entre eux et leur grandeur relative change trèspromptement ; elles deviennent d'autant plus grosses qu'elles sont plus postérieures.
(i)Pl. i4.fig. 17.
(2) PI. 14, fig. 18.
t8G HISTOIRE HATUKSIiLE
Vers l'époque de rapp^rition des mâchoires de la cinquième p<iire ou pieds-mâchoires externes , on voit apparaître les premières traces de paies ambulatoires (i). Les antérieures naissent les premières , et les postérieures les dernières. De même que tous les autres membres dont nous avons déjà parlé , elles se présentent d'abord sous la forme de petites lanières , et naissent dans le point où nous avons vu se former les deux dernières paires de mâchoires, c'est-à-dire à la face supérieure du prolongement caudal, là où il se courbe en avant pour devenir inférieur et faire suite au reste du corps. Aussi, à mesure que les diflérentes paires de pâtes ambulatoires se forment, cette courbure s'avance-t-elle vers la partie postérieure de l'œuf où se trouve le tubercule abdominal ; on voit en même temps la portion réfléchie de ce prolongement s'accroître beaucoup, et présenter à son extrémité les rudimeus de la nageoire caudale ; sa face inférieure, qui deviendra supérieure lorsque Tabdo^ men se redressera , oiTre en même temps les tracée des six anneaux transversaux qui la composent (2).
Quant au repli transversal que nous avons vu recouvrir la base du prolongement caudal , il s'amincit de plus en plus et finit par disparaître *, mais , vers le milieu de cette période , il se montre de nouveau ^ augmente beaucoup de volume, et constitue le rudiment des pièces latérales de la carapace. En même temps la portion périphérique du blastoderme , située entre les yeux^ s'épaissit aussi et forme une lame triangulaire qui constitue la portion antc-
(1) PI. 14, fig. 19.
(2) PI. 14, fig. aoct 21.
OES GKDSTACis. ig^
riflure de la carapace et repréflente le rostre (i).
Pendaiit la durée de cette époque , on voit apparaître les premières traces du canal intestinal. Mais, afin de pouvoir exposer avec plus de clarté la manière dont cet appareil se développe , nous n'en parlerons que lorsque nous pourrons le suivre sous toutes ses phases*
Le cœur commence aussi à se former à la fin de cette époque. Il oatt a la partie dorsale du corps y à peu de distance du point où le thorax et Tabdonien se réunissent, et parait produit par la portion profonde du blastoderme («]. À laide d'un bon microscope, on distingue dans cette partie du blastoderme deux feuillets distincts, mais très^intimement unis entre eux; l'externe, très-ténu, transparent, est semblable àl'épiderme des animaux vertébrés; l'interne, au contraire, pulpeux , épais et granuleux vers la fin de cette épo« que ; et ce dernier présente , sur la ligne médiane dorsale, un épaississement dont le milieu se creuse d'une petite cavité , qui est le premier rudiment du cœur* Cet organe ressemble alors à une petite vessie plus longue que large, obtuse en arrière, pointue en avant , et aplatie de baut en bas.
Les premiers rudimens dfss vaisseaux sanguins se montrent à la même époque, et apparaissent sous la forme de ciinaux creusés dans ce feuillet interne de la portion du blastoderme qui représente la carapace; Tuo d'eux se porte de la partie postérieure du cœur en bas , vers la paroi inférieure du corps ; un autre , de l'extrémité antérieure de cet organe, va se perdre près
(l) PI. l4, fig. ig, ao, 21, etc.
(a) PI. 14, fig. io,c.
l88 HISTOIRE NATURELLE
du sommet de la tète, c'est l'artère ophtalmique. £n6n, à quelque distance de ce vaisseau, et de chaque côté du cœur, on voit une autre artère qui se dirige en avant et se termine en cul-de-sac vers le milieu de la cara* pace; ce sont les artères antennaires. Ces divers vaisseaux naissent si près du cœur, qu^on pourrait croire qu'ils n'en sont que les prolongemens ; mais M. Rathkc professe l'opinion contraire. Quoi qu'il en soit , ils restent pendant long-temps très-simples , et acquièrent un développement considérable avant que de présenter auciwe ramification. Presque ^aussitôt après sa formation le cœur commence a battre avec vivacité ; mais il ne renferme encore qu'un liquide aqueux dans lequel on ne voit aucune trace de globules.
M. Rathke n'a pu se former que des idées assez imparfaites relativement au développement du système nerveux , à cause de la situation profonde de la chaîne ganglionaire. Voici ce qu'il a observé à cet égard : à la face supérieure de la portion du blastoderme qu'il appelle lame centrale , et que nous avons déjà vu donner naissance aux membres, il se forme un renflement longitudinal , de chaque côté duquel se trouve une série de petits tubercules qui représentent les muscles des membres , tandis que dans son milieu il règne une espèce de gouttière longitudinale (i); c'est sur la portion moyenne de ce renflement , qui n'est autre chose que le canal stemal décrit par M. Audouin et moi , que se forme le cordon nerveux thoracique. Cette partie du système ganglionaire se compose d'abord de onze paires de petits points , qui se disLinguent par leur couleur blanchâtre , et qui sont
(0 PI. II, fig. 6.
DES CBUSTACiS. 189
situés en séries les uns au devant des autres. Ces taches paraissent être réunies par paires ; mais elles sont cependant assez éloignées entre elles. La première paire correspond aux mandibules , les cinq suivantes aux mâchoires , et les cinq dernières aux pâtes ambu*laloires. Au devant de cette double chaîne , on distinguâtes cordons œsophagiens et des ganglions céphaliques ; mais, à cette époque, ils son t encore peudistincts. Quant à la portion abdominale du système nerveux , 1 auteur n'a pu rien découvrir relativement h. son mode de développement.
La troisième période que M. Rathke distingue dans le développement de Tœuf s'étend depuis la formation du cœur jusqu'à Tapparition des organes qu'il ap* pelle glandes salivaires* Pendant sa durée , on voit la pièce abdominale du blastoderme s'agrandir beaucoup et prendre peu à peu In forme d'un segment de sphère. Les yeux grossissent beaucoup sans présenter aucun changement remarquable ; les antennes externes s'allongent ; la petite fissure qui existait à leur extrémité devient plus profonde , de façon que ces organes se terminent par deux appendices flabelliformes ; en* fin , dles présentent deux lignes transversales qui les divisent en trois articles placés bout à bout ; les antennes externes croissent plus rapidement et deviennent beaucoup plus longues que les internes. Quant aux changemens que subissent le labre, les mandibules, les mâchoires et les pâtes, il serait trop long de les exposer ici. L'abdomen grossit beaucoup, prend une forme conique , et présente à la face supérieure six bandes transversales semblables à celles que nous avons déjà vues se former à sa face inférieure; enfin , ▼ers le milieu de cette période , il se développe à cba-
]C)0 HISTOIKE ffATURELtE
cim de ces anneaux , excepté an premier et au dernier, deux petits prolongemens Styliformes qui sont les nidimens de/aci55e^ potes abdominales (i).
Un des phénomènes les plus importans dont nous avons a parler maintenant est le développement des branchies qui avaient déjà commencé à paraître avant la formation du cœur. Ces organes consistent d'abord en un certain nombre de prolongemens en forme de plaques triangulaires, fixées par leur bout au-dessus des trois paires de pâtes antérieures; ceux appartenant aux pates-mâchoires paraissent les premiers, et le développement de tous a lieu par le sommet , de manière que bientôt ils s'allcmgent beaucoup. Vers le milieu de cette période , on remarque , sur chacune de ces espèces de lambeaux ^ une fente qui pénètre de leur bord extérieur jusqu'auprès de leur base , et qui les divise en deux moitiés inégales ; la plus petite de ces deux portions est cylindrique et dirigée en dehors ; lautre , au contraire , a la forme d'une feuille triangulaire. Bientôt après il se forme, sur le cylindre dont nous venons de parler, deux rangées de stries simples et arrondies ^ qui constituent plus tard les filamens branchiaux. Peu de temps après la formation de ces branchies , et vers la fin de la période précédente , il se développe au bout externe de chacune des pâtes des quatre premiers pieds deux tubercules qui s'allon-» gent et prennent la forme de stylets lisses et arrondis ; mais , à la fin de cette période , leur surface devient inégale et se couvre d'une multitude de petites verrues qui se transforment plus tard en filamens , car ces organes sont aussi des branches.
(1) PI. 14, fiiç. ai, wet 23.
DC8 CBVdTACÉfe. I^t
A I& baie de la paie de la cinquiàme paife il ne se forme qu'un seul de ces organes qui se développe vers la même époque; la pate^-mâchoire externe en présente aussi un seul , et il en natt deux au-nlessus des pat es-mâchoires externes , comme sur les pâtes dont nous Tenons de parler. Dans le principe ils sont tous appliqués contre la face inférieure de l'embryon; mais bientôt ils se redressent et se rendent sous la ca-^ rapace , de façon qu'à la fin de cette période on ne les aperçoit plus à l'extérieur ( i }.
Nous ayons déjà dit que la portion périphérique du blastoderme qui recouvre toute la partie supé* rieute du jaune, et qui est destinée à former la carapace, présente d'abord un épaississement de chaque côté, près de la lame vent-raie; ces deux épaississemens , qui ne sont autre chose que le rudi-' ment des portions latérales de la cafapnce, s'étendent beaucoup pendant celte période ^ de façon que leur extrémité antérieure se montre en avant, près des yeux, tandis que la postérieure se prolonge au^essus de la base des dernières pales , et va se joindre h celui du côté opposé. Dans le point où ces pièces latérales de la carapace passent au-dessus de la lame ventrale, il existe un sillon qui est d*abord très^petit, mais qui acquiert bientôt une largeur considénible. L'un des bords de cette gouttière longitudinale se soude à l'épaississement ou pièce latérale dont nous venons de parler, tandis que l'autre se confond avec la portion de la membrane du blastoderme située vis«'à-*'Vis d'elle, il en résulte de chaque côté de lembryon une cavité
(I) PI. 14, fig. 22. b.
ig2 HISTOIRE VATURELLE
fermée par en haut et ouverte par en bas dans le sens de sa longueur, qui devient de plus eu plus profonde et plus étroite. Sa paroi externe est formée par la portion latérale de la carapace, et c'est dans son intérieur que viennent se placer les branchies. , Suivons maintenant le développement de l'intestin dont les premières traces se montrent à Tépoque où les antennes et les autres appendices ont commencé à se former. On voit alors une membrane extrêmement mince et gélatineuse apparaître sur la face interne de la portion moyenne du blastoderme , entre elle et le jaune ( i ). Bientôt cette production nouvelle s'accrot t beaucoup et prend ime consistance assez considéra-^ ble ; elle s'épaissit surtout dans deux points peu éloi-> gnés l'mi de l'autre, c'est-à-dire vis-à-vis de l'enfoncement situé à la lèvre ( ou la bouche ) , et du tubercule caudal. On voit ensuite se former dans chacun de ces points un renflement qui est dirigé en dehors, se creuse d'une cavité , se rétrécit et se transforme en un petit canal perpendiculaire. L'un de ces petits canaux est l'origine de l'estomac et de l'cesophage; l'autre , le rudiment de l'intestin , et c'est dans leur cavité que s'ouvrent la bouôhe et l'anus (2). Quant au reste de la membrane, dont nous avons parlé ci-dessus , il gran-» dit beaucoup, et constitue une espèce de calotte qui entoure le jaune et qui présente dans son fond deux espèces d'entonnoirs , lesquels s'ouvrent dans l'estomac et l'intestin. Enfin, cette membrane s'étend au point d'envelopper le jaune de toutes parts , et de
CD PI. 14. fig.^,,/.
DES CRUSTACES. Iq3
former une tunique qui l'entoure et qui est recouyerte elle-même par le blastoderme.
Vers la fin de la troisième période , lorsque te sac dont nous venons de parler s'est formé , il se développe sur la ligne médiane de l'embryon une feuille mince et falciforme, qui occupe la face interne de la portion dorsale du blastoderme , et s'étend dans toute sa moitié antérieure. L'extrémité la plus large de cette feuille est fixée à la face antérieure de l'estomac , qui, à cette époque , a déjà acquis un développement plus considérable; son extrémité opposée se perd vers le sommet de la tête de l'embryon. A mesure qu elle s'accrott , son bord concave presse de plus en plus sur le sac , et y détermine la formation d'un repli , dans lequel elle s'enfonce.
Quelque temps avant le commencement de la troisième période , il se forme un repli semblable de chaque côté du sac , de façon que cette membrane vésiculaire présente alors trois replis , un antérieur sur la ligne médiane, et deux latéraux : ses parois s'épaississent aussi beaucoup, et le volume du jaune diminue considérablement.
La petite cavité perpendiculaire qui est située à la partie inférieure et antérieure de ce sac, et qui constitue le rudiment de l'estomac , s'allonge beaucoup vers la fin de la seconde période , et se recourbe ensuite en arriére , de manière à prendre la forme d'un crochet. A mesure que ce viscère grandit, la membrane falciforme dont il vient d'être question , et dont l'extrémité inférieure y est fixée , lentraîne en haut et en arrière, et le fait pénétrer entre les deux lèvres du repli antérieur du sac. La forme de la cavité stcmia- TOME I. i3
ealé éproûtè tt méihé tektit>8 àéê fiuidiflcàtioiid «ueé grandes.
L'autre cylindre que nouô avons yu se former en arrière de restomac pour constituer l'intestin s'accrott en même temp& , et la portion du sac situé entre son extrémité antérieure et rcstomftc se rétrécit beaucoup, c^e façon k rapprocher les deuï moitiés du tube di-* geitif.
Peu SL^ttà la première apparition du cœur, le foie commencé à se former. Dans le point où Tintestin se joint au sac , on voit deux petits épaississemens qui pretinent bientôt là forme d'appendices , dont la sur^ face se couvre de petits renflemens véruqueux. Le nombre et le volume de ces élévations augmentent de plus en plus , et elles constituent les lobules et les vaifrséàux bdrgnes dti foie. Enfin , dans la quatrt^e période, ee$ organes prennent une couleur jaunâtre, et deviennent irrégulièrement triangulaires.
Pendant la troisième période de l'incubation^ le système nerveut éprouve des modifications trè»-reBuirquables ; les dou2e ganglions post-KBsophagiens qui correspondent aux mandibules , aux mâchoires et aux pates^michoires, se rapprochent les mis des autres par paires, jusqu'à ce que ceux des deux côtés se •oient confondus entre eux (i); il en résulte qu'alors la chaîne ganglionaire est unique dans la partie cor«respondante à ces organes , tandis qu'elle est encore double dans la portion qui répond aux pâtes thoraci«ques. On voit en même temps le canal stemal se former et Venir pour ainsi dire engainer le système nerveux.
(I) Bt lO, fig. «.
A la fin dé cette troisième périddè , left itidimené des organes que M. Rathke appelle glandes salivaires, cotumencent à se montrer ; elles naissent siir les côtés Hu sac du jaune , et ont la forme de petites feuilles^ en contact avec la carapace par leur face externe.
La quatrième période du déyeloppement de Tœuf date de l'apparition de ces organes, et continue jusqu'à ce que la jeune Écrevisse soit sortie de ses mem-> branes. Pendant ce laps de temps, Testomac s'accroît beaucoup plus qUe tous les autres organes , et il finit par occuper la majeure partie de la cavité viscérale. C'est surtout dans sa moitié antérieure que ce dételoppement a lieu ; et , en même temps que la parOi au- {lérieilre se rapproche de la carapace , le jaune est en partie absorbé. La membrane qui unit Textrémitë pjlorique de Testomac k Vintestin se raccourcit beaucoup , s'épaissit , et acquiert la même conformation cf ue l'intestin lui-^méme. Enfin , à cette époque , le sac dU jaune ne communique plus <ivec le comniencement de l'intestin que par un petit trou > qui persiste jusqu'à la fin de la vie fœtale ; mais ce sac est encore si gros qu'il environne l'estomac , et le cache pour ainsi dire dans un de ses replis.
Pendant la durée de la période dont nous parlons^ la forme des diverses parties extérieures de TÉcrevisse se rapproche de plus en plus de celle qu'on leur voit lorsqu'elles sont arrivées h l'état parfait.
Si l'on compare les phénomènes dont nous venons de présenter l'esquisse avec ce qui se passe pendant le dévdoppement de l'œuf des Arachnides , on y verra la plus grande analogie ; les lois générales qui président à la formation de tods ces animaux paraissent même ne pas différer essentiellement de celles qui ré-
ig6 HISTOIRE NATURELLE
gissent le développement de l'embryon dans les ovipares vertébrés ; mais , cbez les animaux articulés, le vitell us occupe la partie supérieure ou dorsale du corps, tandis que cbez les animaux vertébrés cette poche communique avec l'intestin par la face inférieure ou ventrale du corps. Du reste , cette différence serait seulement apparente si les Ciiistacés , les Arachnides et les autres animaux analogues avaient réellement une position renversée , ainsi que le pense M. Ampère (i), car alors ce que Ton* nomme ordinairement la face dorsale de leur corps correspondrait à la face ventrale de celui des animaux supérieurs.
Les jeunes Crustacés, au moment de leur sortie de l'oeuf, ressemblent souvent presque entièrement, sauf le volume , à ce qu'ils deviendront par les progrès de l'âge; mais d'autres fois ils difièrent alors tellement des adultes, qu'on pourrait les croire appartenir à une autre race , et que pour arriver à l'état parfait ils doivent subir de véritables métamorphoses. Tantôt ces différences portent sur une partie du corps , tantôt sur une autre ; par les progrès de l'âge on voit les mêmes organes prendre chez les uns un développement extraordinaire, tandis que chez d'autres ces mêmes parties, tout en grandissant, deviennent plus petites proportionnellement aux organes voisins j et, ce qu'il y a de plus singulier, c'est que la nature deceschangemens varie non-seulement d'une famille à une autre, mais quelquefois aussi entre les genres les plus voisins.
(i) Voyez à ce sujet un mémoire de ce savant, intitalé : CoMidéraliotit philosophiques sur la détermination du système solide et du système nerveux des animaux art iai lés. Annales des sciences natarelles, t. II, p. 295.
DES CRUSTACÉS. \gn
Au premier abord , ces diverses modifications ne paraissent dépendre d'aucune tendance constante de l'organisme, et l'on pourrait croire que le déreloppe* ment de chacun de ces animaux se fait d'après des lois difierentes; mais il n'en est pas ainsi, car, en étudiant avec attention ces changemens , on voit qu'ils peuvent se classer tous de manière à satisfaire lesprit , et se rapporter, malgré leur diversité , à un petit nombre de principes régulateurs , principes qui , du reste, se révèlent aussi dans les espèces de métamorphoses dont nous venons d'être témoin chez l'embryon de ces animaux.
Les changemens que les jeunes Crustacés éprouvent après leur sortie de l'œuf peuvent être considérés comme étant le complément des métamorphoses de l'embryon ; tantôt ces métamorphoses ont lieu presque entièrement avant que le jaune ait quitté les membranes de l'œuf; mais d'autres fois il natt en quelque sorte avant terme , et continue encore après sa naissance à présenter des changemens de structure analogues à ceux que les premiers éprouvent pendant leur vie embryonnaire.
Ces modifications sont de deux ordres (i) : les unes consistent dans l'apparition d'un ou de plusieurs anneaux du corps et des membres qui en dépendent ; les autres dans des changemens qui s'opèrent dans la forme et les proportions de parties qui existent déjà Il l'époque de la naissance , et qui persistent pendant toute la durée de la vie , ou disparaissent plus ou moins complètement.
(i) Voyez mon Mémoire «ur les changemens de forme que les Crustacés éprouvent dans leur jeune âge. {AtuioUsdH sciatas naturelles, t. XXX).
ig8 Hi5Toia9 ii4TU|i£i'i'£
Le^ Pécapodes paraissent ioui oattre avec la série cQmplàte de leurs anneaux et de leurs membres. Il en est de même pour certains Édriop}ithalmes : les Ampbitoés et les Phronimes, par exemple ; mais d autres animaux du même grqupe ne présentent à la sortie de Vœuf que six paires de pâtes ambulatoires , au lieu de sept ; c'est le cas pour les Gymothés, les Anilocres» etc. Dans le groupe des Entomastracés , les jeunes sont bien moins avancés d<vn$ leur développement ; en gé« néral , on n'y distingue encore que les membres ce* pbaliques , et, sous ce rapport , ils ressembleiit à Tem** bryon de TÉcrevisse vers le commencement de la seconde période d'incubation ;les anneaux tboraciques et abdominaux, ainsi que les membres qui en dér pendent, n'apparaissent que successivement, et ce n'est qu'après avoir changé de peau une pu plusieurs fois que ces animaux parviennent à l'état parfait.
Les cbangemens de forme que les jeunes Crustacés éprouvent dan9 les parties déjà existantes lors de la naissance, varient suivant les espèces, mais opt cela de commun qu'elles tendent presque toujours à éloigner de plus en plus l'animal du type normal du groupe auquel il appartient , et à l'individualiser davantage: aussi, au moment de la naissance, ces animau,S( se retsemblent-ils bien plus entre eux qua Tàge adulte , et en général plus ils présentent d'anomalies étant à l'état parfait , plus ijs éprouvent de modifications pendant les premiers temps dç leur vie.
Dans le groupe des Décapodes Macroures ces cbangemens de forme ne paraissent être que très-légers ; ils ne consistent guères que dans un dévdoppement proportionnel plus rapide de l'abdomen ^ et dans Faugmentation des diliérences qui existent déjà dans
DS0 CRUSTiCSft. igg
la forme des diverses pâtes. Chez les Brachyuri^s , rabdpmea est au contraire plus développé ^ propor? tionnellement, au moment de la naissance que chez laduUe , et ne diffère pas sensiblement dans les deux s€Yes ; Tarticle basilaire des antennes externes est encore libre, comme chez les autres Crustacés , et le front ne se soude à Tanneau antennulaire de façon à recouvrir l'anneau ophtbalmique que par les progrès de