‹ Histoire naturelle des crustacés, comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animaux; (volume 3)Chapitre 8 sur 207 · TÉGUMENT AIRE · texte numérisé non relu

TÉGUMENT AIRE

$ I*'. Considérations générales.

Les animaux que les naturalistes désignent sous le nom de Cbustacés sont tous ceux qui présentent les mêmes caractères généraux d'organisation que les Crabes ouïes Écrevisses, et qui forment un groupe naturel dont ceux-ci constituent le type. L'absence d'un système nerveux cérébro-spinal, et d'un squelette intérieur, les place à une distance considérable des Mammifères , des Oiseaux, et des autres animaux Tertébrés; sous ce rapport, les Crustacés ne diffèrent pas des Mollusques, des Insectes des Zoopbytes, etc.,

GKUSTACÉS , TOME I. 1

mais il suKt fl'on ozqmen luperfidel pour ne pai les confondre avec eux. Leur corps, entouré par une sorte de squelette extérieur, se compose d'un certain nombre de segmens ou d'anneaux placés bout à bout, et présente toujours une double série de membres articulés; une disposition êemblable ne se rencontre que chez les Insectes , les Aracbnidfts ou las Myriapodes , et caractérise , dès le premier abord, la grande division du règne animal qui renferme ces divers animaux, que l'on appelle Gondylopes (i). Enfin les Insectes , les Myriapodes et les Arachnides^ s'éloignent à leur tour des Crustacés par la nature de leur appareil respiratoire; ils sont constitués pour vivre dans l'air, et les organes destinés à agir sur ce fluide ont la forme de canaux rameux qui se distribuent dans toutes les parties du corps, et qui portent Toxîgène jusque dans le tissu des viscères les plus éloignés de la surface du corps, ou bien celle de petites poches pulmonaires. Les Crustacés, au contraire, sont presque tous essentiellement aquatiques , et ils ne présentent jamais ni trachées, ni poumons; leurs organes respiratoires, au lieu d'avoir la forme de cavités internes, sont toujours en relief; et à moins qu'il n'y ait pas d'appareil spécial destiné à agir sur l'oxigène, et que la surface générale du ccârpa n'en remplisse les fonctions, ces organes consistent en branchies plua ou moins nombreuses. Ces animaux ne présentent aussi aucun instrument de locomotion aérienne , ils sont toujours dépourvus d'ailes, et leurs pâtes anibula-< toires sont presque toujours au nombre de cinq ou de

(i) Picdft à jointttie9 i Latreille, FamiUes naturelles ^ paysai)^.

9epi pcirel ; leur tète est ^ à tm petit Aombre d'excep^ tions près , munie d'appendices nommés an ternies ; leur sang circule dans des Taisseaux plus <m moins com« plets , et est mis en moaTtment par un oœw artériel ; les sexes sont séparés , et les organes de la généra'* tion sont doubles ; enfin , la reproduction s'efièctue att moyen d'œufs qui éclosent après la ponte ^ et les jeunes qui en sortent ont, en général, la forme qu'ils doivent, à quelques modifications près , conserver pendant toute la durée de leur existence ) mais quelquefois ils subissent des changemens des plus remarquables.

Les Crustacés, comme on a pu le voir d'oprèi le peu de mots que nous venons d'en dire, resseinUent aux Poissons par leur manière de vivre et par la na« ture de leur appareil respiratoire ; mais, sous tous les autres rapports ^ ils se rapprochent bien davantage des Insectes ; aussi ^ dans les classifications naturelles où la place assignée à ebaque être est destinée à faire QOBcmaitre les caractères les plus importans de son or« gamsation^ et à indiquer les divers degrés d'afinité qui l'unissent à tous les autres animaux ; dans ces das-^ sifications, dis-je, ee n'est pas à cdté des Poissons que l'on range les Crustacés, mais bien auprès des Insectes » des Aracbnides et des Myriapodes, dans le groupe des Akuiatjx AancuLiis.

Les divers actes dont se compose la vie des Crustacés et de fous les autres animaux peuvent être rapportés à trots grandes divisions ; les uns ont pour but la conservation de l'espèce, on la génération } d'autres constituent leis fonctions dénutrition à l'aide desquelles l'individu assimile à sa substance les corpa étrangers néeessaires à ) entretien de sa vie, et

4 HIflTOIEE HATUftBLLE

rejette au dehors les particules que ceux-ci Tiennent remplacer; enfin, ilcst aussi d autres fonctions qui ne se lient d'une manière directe ni à la reproduction , ni à la nutrition , et qui serrent seulement à établir des rapports entre l'animal et tout ce qui l'entoure. Ce dernier ordre de phénomènes, qui appartient exclusivement au règne animal , constitue ce que les physiologistes appellent la vie sensitive ou les fonctions de relation ; les premiers , que l'on retrouve aussi dans le règne végétal , ont été désignés sous le nom collectif de vie végétative. Il n'existe pas toujours une ligne de démarcation bien tranchée entre ces diverses fonctions et tel acte ou telle faculté : ainsi l'organe qui en c^t le siège peut tour à tour servir à chacune d'elles ; mais cette classification des phénomènes vitaux permet d'introduire dans les études physiologiques et anatomiques une méthode qui, lorsqu'on n'y attache pas trop d'importance , est réellement utile ', aussi l'adopterons-nous dans la description que nous allons donner de la structure des Crustacés et du jeu de leurs organes. Seulement, nous croyons utile de présenter d'abord quelques considérations sur la forme extérieure de ces animaux et sur leur squelette tégumentaire, appareil dont les usages se rattachent plus ou moins intimement à presque toutes les fonctions.

$ It. Des tégumens.

Chez les êtres dont la structure est la plus simple, la texture delà surface extérieure du corps ne parait pas différer de celle des autres parties qui le constituent ; leurcomposition est partout homogéÂie, et, l'identitéde l'organisation entraînant un mode d'action semblable,

récoDomie intérieure de ces animaux peut être corn* parée à un atelier où chaque ouvrier serait employé à l'exécution de travaux semblables , et où , par conséquent, leur nombre influerait sur la somme , mais non sur la nature des produits ; chacune des parties de leur corps concourant à l'entretien de la vie ^ à la manière de toutes les autres , la perte de l'une d'elles n'entratne la cessation d'aucun des résultats produits par l'ensemble de toutes ; la vie générale de l'individu ne se compose que d'un nombre plus ou moins grand de séries semblables de phénomènes plus ou moins ▼ariés; aussi l'expérience a-t-elle démontré qu'en di* visant un de ces êtres on ne change point sa manière d'agir, et que chaque fragment de son corps continue de vivre comme auparavant;

Les polypes d'eau douce , devenus célèbres par les expériences de Trembley et de quelques autres physiologistes , nous o0rent des exemples de ce mode de structure homogène ; mais à mesure que l'on s'élève dans l'échelle des êtres, on voit l'organisation se compliquer davantage : le corps de chaque être se compose de parties de plus en plus dissemblables entre elles , tant par leurs formes et leur structure que par leé fonctions dont elles sont le siège , et la vie de l'in* ditidu résulte de l'ensemble d'élémens hétérogènes tous plus ou moins dépendans les uns des autres. C'est d'abord le même organe qui sent , qui se meut^ qui respire , qui absorbe du dehors les substances nutritives , et qui assure la conservation de l'espèce ; mais peu à peu les diverses foncti(ms ont chacune des instrumens qui leur sont propres , et les divers actes dont elles se composent s'exécutent dans des parties distinctes. En un mot , le principe suivi par la nature

6 HISTOIBE ITÂTUaBLLE

«lana !• perfectionnement des êtres est le m^e que celui si bien développé par les économistes modernes, et , dans ses œuvres aussi bien que dans les produits de Tart, on voit les avantages immenses qui résultent de la divisi on du travail ( i ) .

La surface eitérieure du corps , de même que les parties situées plus profondément, présentent une série de modifications dont la clef nous est fournie par le principe dont nous venons de parler. Ainsi que nous 1 ayons déjà dit , elle est d'abord semblable au re^te du parenchyme, mais bientôt elle acquiert des propriétés différentes et constitue une membrane dis* tincte dont la face interne donne attache à tous les organes actifs de la locomotion, et dont ia superficie estlesicge des sens, de la respiration et de plusieurs autres fonctions.

Dans les classes plus élevées , la faculté de peree^ voir la lumière se localise davantage et devient en même temps plus parfaite , la respiration devient aussi Tapanage d'une partie spéciale de l'appareil tégumeiH iiire ; il «n est de même pour les sens de l'ouïe et de Todorat ; maisl'eDv^oppe générale sert encore comme organe du mouvement et du tact, en même temps qu'elle détermine la forme du corps et protège les organes internes de l'influence nuisible des agens extérieurs. Enfixi , vers le somme! de la série des anw maux, cette divisio^ du travail est portée encore plus loin; uu système particulier, destiné spéciale?ment à la défense des parties molles ausai bien qu'aux

(I) Voyez les articles organisation , netfs, \eic., da Dictionnaire dastiqat d'histoire naturaUe, et no6 Ëléineiis deSoolo^, où aow

DES CBUSTACiS; ^

fonctioos locomotrices, se montre dans réconomie, et ]a membrane tégumenlaire , au lieu de servir à des usages si dirers ^ n'est plus appelée qu'à agir comme organe du tact, à s'opposer à Tévaporation des liquides renfermés dans le corps et à remplir un petit nombre d'autres fonctions.

Les GausTAcis occupent pour ainsi dire le milieu de cette chaîne. Chez les uns, l'enveloppe générale du corps sert à en déterminer la forme , à en protéger les parties intérieures, et à fournir aux muscles de locomotion des leviers et des points d'appuis, en même temps qu'elle remplit les fonctions d'organe de respi*rationet du tact; chez d'autres, des organes spéciaux •ont chargés de l'absorption de l'oxigène et de l'exhalation de l'acide carbonique, ou, en d'autres mots , des actes respiratoires , et on trouve dans l'intérieur du corps certaines parties solides auxquelles viennent se fixer les muscles de la locomotion ; mais ces organes ne sont que des dépendances de l'appareil tégumenlaire , et c'est lui qui remplit encore toutes les fonctions dont le squatte intérieur devient le siège chez les asiimaux vertébrés.

La nature de l'enveloppe extérieure des Crastacés est, comme on le pense bien, en rapport avec les usages qu'elle est appelée à remplir ; devant déterminer la forme du corps , protéger les organes intérieurs et fournir des points d'attache , ainsi que des leviers, aux muscles de la locomotion , sa consistance est néeessairement toujours assez grande. Mais, d'un autre cAté , lorsque la respiration n'est pas encore localisée ^ et s'exécute par tous les points de la superficie du corps, trop d'épaisseur et de dureté dans les téguraens s'opposeraient à l'exercice de cette fomUoA » aussi ^

dans les Crustacés qui ne sont pas pourvus d'organes respiratoires spéciaux, tels que les Phyllosomes et les Mysis , la peau est-elle seulement semi-cornée, tandis que dans les espèces dont lappareil branchial est trèsdéveloppé , comme les Crabes et les Écrevisses , elle s'encroûte de matière calcaire et constitue un test d'une solidité remarquable qu'on peut comparer aux os des animaux supérieurs.

Pour se former une idée exacte de la composition anatomique de ces tégumens , il faut les étudier d'abord à l'époque de la mue sur des individus qui sont sur le point de se dépouiller de leur enveloppe extérieure. On voit alors que la peau de ces animaux se compose de trois couches membraneuses principales. La plus profonde ressemble aux tuniques séreuses des animaux supérieurs; dans certaines parties du corps ^ dans les membres par exemple, elle est à peine visible ; mais autour des grandes cavités du tronc, elle constitue une membrane bien distincte et se continue sur tous les viscères de manière à former autour de chacun d'eux une gatne particulière, eu même temps qu'elle leur fournit une enveloppe commune. La face interne de cette tunique mince et transparente est libre et lisse, mais sa face externe est au contraire unie à la couche tégumentaire moyenne. Cette dernière membrane est molk, plus ou moins spongieuse, en général assez épaisse et très-vasculaire ; sa surface est ordinairement colorée et on pourrait la comparer au Chorion ou Derme. Enfin, la couche la plus externe est formée par une membrane mince , mais dense et consistante, qui ne présente pas de ramifications vasculaires; elle enveloppe le corps de toute part et forme dans divers endroits des replis qui pénétrent

plus OU uoiiis profondément entre les organes intérieurs.

Cette tunique superficielle se trouve , entre le cbonon et la carapace, prête à tomber, et elle est éyidem* ment sécrétée par la première de ces enveloppes , car à toute autre époque qu'à celle de la mue on n'en voit aucune trace ; et en effet c'est elle qui doit former le nouveau test. Bientôt après la chute de l'ancienne carapace , on la voit acquérir une consistance plus grande : dans certaines espèces elle reste toujours dans un état semi -> corné ; mais dans d'autres elle s'épaissit davantage et s'encroûte de particules calcaires, de fa* çon à devenir très-solide et très-dure. Lorsqu'on l'examine Ih où elle a déjà pris cette consistance osseuse , on voit que son épaisseur est assez grande , et que sa surface interne est revêtue d'une couche mince de tissu cellulaire membraneux ; dans une partie de son épaisseur , et à sa face externe , elle est en général plus ou moins odorée ; enfin , on y remarque souvent des prolongemens piliformes, qu'an premier abord on prendrait pour des poils semblables à ceux des Mammifères, mais qui en diffèrent entièrement par leur structure , et qui ne sont autre chose que des appendices de cette tunique épidermoïde.

La nature chimique de ce squelette tégumentaire varie suivant qu'il présente une consistance semi-cornée ou osseuse. Dans le premier cas, cette tunique est composée presque en entier d'albumine et d'une substance particulière, nommée chitine , qui forme également la base des parties dures des Insectes ; dans le second, on y trouve aussi beaucoup de carbonate et de phosphate de chaux, etc., sels qui entrent aussi

fO UISTOIRE RATURBLLE

daoft la composition deê at formant le squelette intérieur des animaux yertébrés (i).

(i) Pendant lon§-lenipt an oroyaii que Xeawéiofpe tépunentaire des iDsectes était fournie par une sabstance analo^ae à la corne ; et en effet , d*après l'analyse qai en ayait été faite par Hachette , elle parainoit être composée principalement d'albumine modifiée ; mais M A. Odier a fait voir, il y a qaeltpies années , qu'il exbtait dans ces taniqaes ane substance particulière qui parait en former la base, et qui possède des propriétés tontes différentes de celles de la corne. U l'a nommée thitéut, et en a constaté la présence dans le test des Crustacés. ( Mim, de la Soc, dhist. uat, de Paris , t. x.)

Ayant également somnis le test des Crustacés à nn examen chi* BÎqne, je me sois assuré qu'effectivement il y existe une matière particulière que les alcalis ne dissolvent pas, et qui jouit de la plupart des propriétés indiquées par M. Odier , comme étant caractéristiques de la ekttine. EUe eontlitne en quelque sorte la charpente de la membrane tégumentaire externe; car celle-ci conserve sa forme lorsqu'elle a été dépouillée de toute autre substance ; mais cependant sa proportion est souvent assea faible. Dans U carapace du Carein mmmde^ pur eiemplcy j'ai trouvé environ ii pour loo de chitine, i8 d'ean,63 de sels mêlés à nu peu de matière animale soluble à froid dans l'acide hydrochlorique faible, et environ 8 d'albvmine.Dans les segmens dorsaux des anneaux abdominaux du même animal» j'ai trouvé ^ pour 100 de chitine et 54 de matières salines. Dans la carapace du Homard, M. Chevreuil a trouvé : eau et matière organique , 44 > 7^* seb, 55, 14 pour 100 ; et dans celle dn toorlean, seulenient aé , Go de matière animale et d'eau pour 77, 4^ <l® seb.

D'après le même chimiste , ces sels sont principalement du carbonate de chaux ; voici les résnhats de son analyse faite sur 100 parties de test.

Carapace de Homard. Carapace de Tourteau.

Carbonate de chaux 47>^ 63,80

Phosphate de chaux 5,2a 6,00

Phosphate de magnésie et de fer. i,qo 1,00

Chlorure de sodium et sels de soude i,5o 1,60

Parmi les sels de sonde , il a parfaitement bien reconnu une petite quantité d'hydriodate , tandis que VÉcrevisse de rivière n'en a présenté aucune trace; différence remarquable en ce qu'elle tend à montrer l'influence que la nature du Heu habité par ces animaux eaeroe sni la eompositi<m chimique de leur enveloppe tégumentaire. (Yoyes Troisième mémoire sur une colonne vertébrale et ses côtes dans les Insectes apiropodes , par M. Geoffroy-Saint- Hilaire. Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, avril i8ao.)

BE8 GRCSTACés. tl

Les conlenrs qaV>i&eDt ces parties sont souvent très-remarquables et dépendent de l'existence d'un pigment de nature particulière qui parait avoir beau*coup d'analogie avec la matière colorante des pâtes des Pigeons et du bec des Oies ; elle est soluBle dans l'alcool et dans Téther; quelquefois elle est rouge, mais le plus ordinairement elle est brune ou verdàtre , et alors elle passe au rouge à une température d'envinm 70^ , ainsi que par l'action des acides ou même de l'alcool (t). Du reste, sa nature parait varier suivant les espèces , car il est des Crustacés dont la couleur ne change point par la cuisson. Cette matière colorante est sécrétée par le derme , et $'j montre souvent avec ime teinte difierente de celle qu'elle présente dans le test , dans la couche snpei€cielle de laquelle cm la trouve en plus grande abondance que partout ailleurs.

En général la face donala du corps des Crustacés est la seule colorée ; en dessous , leur test est ordinairement blanchâtre ; mais quelquefois cependant on ne remarque à cet égard aucune différence*

La lumière et le climat paraissent exeveer mie inlloœce sur la vivacité des couleurs que présente l'enr Teloppe tégumentaire de oes animaux , et même sur la nature de leurs teintes. Ce sont les espèces propres aux pays chauds qui c^Brent les nuances les plus variées et les plus brillantes, et nous avons cru remarquer qu'il y a des différences analogues entre les individus d'une même espèce , suivant la latitude ou les localités qaiU habitent (2}.

(0 Yaycx à ce sajiet Us recherckes de M. Lasicigne , Journal de Pkmuu-U^ t G, p. 174.

(a) Ga aiii oïdab^d a^P^ ^^^^ «^li^tim ^ ^ ^^^ ^ ^

la HISTOIRE IVATURELLE

Enfin lorsqu'on fait bouillir dans une dissolution alcaline une carapace de Crabe préalablement dépouillée des sels dont sa substance était encroûtée , on voit qu elle se compose de trois coucbes bien distinctes, dont la moyenne est de beaucoup la plus épaisse, et dont Texteriie parait contenir la majeure partie de la matière colorante.

Le système tégumentoire des Crustacés constitue la charpente du corpA de ces animaux et peut, ainsi que nous l'avons déjà dit , être regardé comme une espèce de squelette extérieur; mais il n'est pas également dur et épais dans tous ses points et présente toujours une série de parties alternativement solides et flexibles. Il en est de même pour les Insectes, les Arachnides , etc. , et Ton comprend facilement la nécessité de cette disposition au défaut de laquelle tout mouvement aurait été impossible. La différence entre ces parties molles et dures de la peau est en général trè^grande, et les demières forment toujours des pièces assez bien circonscrites qui sont unies entre elles soit par soudure , soit par l'intermédiaire d'une portion de peau qui a conservé sa souplesse primitive. Leur étude semUe au premier abord extrêmement difficile à cause de leur nombre et de leur diver* site ; mais en la rendant comparative et en y appliquant les principes suivis par M. Audouin, dans l'examen

différence de couleurs qae nous avons remarquée dans les Ériphies front épineux que nous avions observées sur les côtes de b Bretagne, et celles que nous avions recueiUies dans la baie de Naples ; les premières étaient toutes d*une teinte olivâtre , tandis qae les dernières étaient d'une couleur tirant sur le rouge. En général, il y a aussi beaucoup de différence pour la vivacité des couleurs entre les Clo' portes qui vivent sut les toits et ceux qui habitent les caves.

DBS CRUSTACÉS* |3

da thorax des Insectes et des antres animaux articu* léfif, nous espérons en aplanir considérablement les difficultés.

S m. De la composition atiatomique du squelette tégumentaire des Crustacés.

Le corps des Crustacés , de même que celui de tous les autres animaux articulés , se compose d'une série de segmens homologues qui sont tous la répétition plus ou moins exacte les uns des autres, mais qui peuvent être plus ou moins modifiés dans leur structure , suivant que la division du travail physiologique a été portée plus loin, et que les diverses fonctions se sont localisées davantage. Chez les Annélid es et les larves de beaucoup d'Insectes , un mode de conformation analogue se reconnaît dans la plupart des appareils de l'économie ; mais chez les Crustacés il n'est bien évident que pour les divers systèmes appartenant à la vie animale , tels • que les systèmes nerveux , musculaire , appendiculaire , etc.

Chaque segment du corps de ces animaux ne se compose quelquefois que d'une portion centrale ou tronc, qui est renfermée dans un anneau solide, mais en général il présente aussi des parties appendicuiaires ou membres. Un certain nombre de ces anneaux sont toujours mobiles les uns sur les autres et parfaitement distincts entre eux , mais il n'en est pas de même pour tous, et, si l'on se contentait d'une étude superficielle du squelette tégumentaire, on pourrait croire que rien n'est plus variable que le nombre de ces anneaux , et le nombre des membres appartenant à chacun d'eux.

En eHet , si l'on examinait ainsi un Crabe ordinaire

|4 RISTOUl HATC^iK^Li:

OU une Langoiute (i), on reconDaltrait bien qtie la portion postérieure de leur corps se compose de cinq ou six anneaux portant chacun une paire de membres ^ mais on croiraitcertainement que toute la partie antérieure, qui est reeouTerte par une carapace épaisse , n'est formée que d'un seul segment dont les membres seraient en nombre extrêmement considérable. Observée d'uhe manière également superficielle, une Crevette (a) ne paraîtra composée que de quatoze segmens, dont Tanlérieur aurait encore un grand noipbre de membres, tandis que dans la Squille (3) on en distinguerait aisément quinze, dont les deux premiers n'ont chacun qu'une seule paire de membres ou appendices t tandis que le troisième en perte neuf paires.

n en est cependant tout autrement : car ces différences apparentes ne dépendent que de la réunion d'un nombre plus ou moins considérable de segm^ns en un seul tronçon, et il nous parait facile de démontrer que y chez les Crustacés , le niéme segment ne porte jamais plus d'une paire de membres. Sous ce rapport , ils s'éloignent extrêmement des insectes qui , pour la plupart , ont un ou deux segmens de leur corps pourvus chacun de deux paires de membres , les ailes et les pâtes.

On peut poser en principe que le nombre normal de segmens , dont le corps des Crustacés se compose , est de vingt et un ^ on connaît , il est vrai , deux ou trois de ces animaux où il en existe un plus grand nombre, et souvent il n'a pas, à beaucoup pfès.

(1) V&ytM Pi. S, %. 1 et 5 ; PI. aa, ^f^. i.

(2) PI. I, fig. a.

(3) PI. I, fig. I.

autant d'anneaiu distincts » mais dans rimmente majorité des cas, à moins qu'une portion du corps ne soit réduit à Tétat rudimentaire , comme cela a lieu chea les Loemipodes, on retrouve toujours des signes de nature à révéler Texistence de vingt et un segmeos. L'étude que nous allons faire du squelette tégumentaire, dam les différens groupes de Crustacés, nous en fournira la preuve. Du reste, la soudure des aimeaux entre eux est souvent facile à constater de la manière la plus irrécusable ; lorsque cette union n'est pas très-intime , elle est indiquée par des lignes , et lorsqu'on traite le squelette tégumentaire par de IV cide hydrocUorique faible pour en retirer les sels calcaires , on désunit de ces diverses pièces longwtemps avant que de les avoir rendues à leur état membranei^x primitif.

La Squilleest, de tous les Crustacés, celui oùles vingt et un segmens du corps sont les plus distincts (i). Le premier anneau , que nous appellerons Yophtalmi^ que y parce qu'il porte les pédoncules oculaires, est parfaitement séparé du second, et celui-ci eét simplement articulé avec le troisième. Le troisième et le quatrième segmens sont confondus, et les anneaux sui* vans sont très-incomplets ; mais on peut néanmoins les séparer par la dissection. Les onae derniers sont au contraire complets et parfaitement séparés les uns des autres. Enfin tous ces anneaux , à l'exception du dernier qui est toujours privé d'appendices , portent une paire de membres dont les formes varient suivant les usages auxquels ils sont destinés.

(1) PI. i, fig. 1 , et PI. a, Ûç. 1-8.

|6 HISTOIRE HATUHELLE

Dans les autres Crustacés y la soudure des premiers anneaux du corps augmente de plus en plus, et quelquefois on voit une fusion analogue s'effectuer égale*ment vers l'extrémité opposée du corps. Ainsi, dans la plupart des amphipodes, les sept premiers segmens sont confondus en un seul tronçon , et chez quelquesuns de ces petits Crustacés le huitième anneau ne se distingue plus des suivans. Chez quelques Isopodes , plusieurs des anneaux de l'abdomen sont également unis entre eux ( i) ; et enfin , dans la plupart des Décapodes, les quatorze premiers segmens ne forment plus qu'un seul tronçon, et, dans quelques Brachynres, trois des anneaux de la portion postérieure du corps , présentent une union non moins intime.

Chacun des anneaux de ce squelette parait se composer de deux moitiés latérales, semblables entre elles ; on peut aussi y distinguer deux arceaux , l'un supérieur et l'autre inférieur (a). Le premier résulte de l'assemblage plus ou moins intime de quatre pièces , disposées par paires de chaque côté de la ligne médiane; les pièces mitoyennes portent le nom de ter" gum , et les latérales celui de flancs ou à'épùnères. L'arceau inférieur se compose du même nombre de pièces ; les deux médianes se réunissent pour former le sternum, et les latérales peuvent porter le nom A'Épistemum, à raison de leur analogie avec celles que M. Audouin a désignées sous le même nom chez les In-

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