‹ Histoire naturelle des crustacés, comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animaux (volume 4)Chapitre 11 sur 226 · HO/ 7<X · texte numérisé non relu

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chyures ; enfin la tige a la plus grande analogie avec celle qui constitue les mâchoires externes des Mysis, des Squilles, sur laquelle on retrouve jusqu'aux petites lames cornées qui en garnissent le bord interne.

Ainsi, malgré la diversité extrême qui existe dans les formes aussi-bien que dans les fonctions des membres appartenant aux difïerens anneaux du corps d'un même Grustacé , ou au même anneau dans des espèces diverses , il n'en est pas moins vrai que, sous le rapport de leur mode de formation , ces organes présentent en général une tendance remarquable vers l'uniformité de composition ; les mêmes élémens s'y retrouvent toujours en totalité ou en partie, et c'est de la présence ou de l'absence du développement , ou de l'état rudimentaire, de la texture cornée ou membraneuse, ainsi que des autres particularités que peuvent présenter la tige, le palpe et le fouet, que dépendent toutes les différences qu'on rencontre dans la structure de ces organes.

D'après les divers faits que nous avons passé successivement en revue, il nous paraît évident que l'organisation du squelette tégumentaire des Crustacés est bien plus uniforme qu'on ne l'aurait pensé avant que d'en avoir fait une étiule approfondie et comparative. La théorie des analogues , devenue célèbre par les travaux de son auteur, M. Geoffroy Saint-Hilaire, et par la tendance nouvelle qu'elle a imprimée à l'anatomie comparée , aplanit, comme on le voit , la plupart des difficultés qu'avait présentées jusqu'ici l'étude du squelette tégumentaire des Crustacés; et si l'utilité de l'application à l'Entomologie des vues philosophiques formant la base de cette doctrine n'était déjà démontrée par les recherches de MM. Savigny, Au-

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douin , etc., on pourrait en donner comme preuve ]a simplicité des corollaires qui résument les causes des différences innombrables offertes par le squelette tégumentaire des Crustacés.

Une partie des modifications qu'on y observe en parcourant la série (Je ces animaux, dépend évidemment de la soudure et , pour ainsi dire, de la fusion de plusieurs anneaux en un tronçon unique dont la composition binaire, ternaire, quaternaire, etc., ne se décèle plus que par le nombre des paires de membres qui y sont attachés, nombre qui paraît corresoondre toujours à celui des anneaux.

Les différences qu'on rencontre dans la structure des anneaux tégumentaires du corps dépendent en général delà soudure ou de la simple articulation des diverses pièces qui les composent ou bien de l'existence ou de l'absence des apodèmes qui en hérissent l'intérieur.

Enfin, d'autres modifications non moins grandes tiennent au développement, h l'état rudimentaire ou même à la disparition d'un ou de plusieurs des élémens constituans de tel ou tel anneau du corps : tantôt ces pièces en se développant refoulent les pièces voisines , mais d'autrefois elles glissent pour ainsi dire au-dessus d'elles et les cachent plus ou moins complètement.

Les formes diverses qu'affectent les membres dépendent aussi des causes analogues ; c'est-a-dire des difîérens degrés de développement de tel ou tel de leurs élémens constituans, ou de l'absence d'un certain nombre de ces parties.

L'étude du squelette tégumentaire des insectes conduit à des résultats analogues } et la comparaison de la charpente solide de ces animaux avec celle des

Crustacés est un sujet qui aurait mérité d'occuper notre attention , si le cadre resserré de cet ouvrage ne nous interdisait pas toute digression.

La même raison nous empêche de traiter ici d'une des hautes questions soulevées depuis quelques années par Fauteur de l'Anatomie philosophique : l'analogie qu'il peut y avoir entre le squelette tégumentaire des Crustacés et le squelette intérieur des animaux vertébrés. M. Geoffroy Saint-Hilaire considère les anneaux dans lesquels le corps des Crustacés est renfermé comme étant les analogues des vertèbres, et leurs appendices comme représentant les côtes. Peut-être arriverait-on à des rapprochemens plus naturels si on comparait le canal sternal des Décapodes à la colonne vertébrale , les épimères et les appendices aux os inter-épineux et aux rayons des nageoires médianes des poissons (i).

§ VI. De la mue.

Pour terminer ce que nous avions à dire du système tégumentaire des Crustacés, il nous reste à parler des mues. Lorsqu'on considère la solidité de l'enveloppe

(i) Ponr plus de détails à ce sujet , voyez Trois mémoires sur l'organisation des Insectes, par M. Geoffroy Saint-Hilaire (Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, 1820; et Considérations philosophiques sur la détermination du système solide et du système nerveux des animaux articulés , par M. Ampère (Annales des sciences naturelles, t. 2, p. 2g5).

M. Robineau Desvoisy a présenté aussi de nouvelles vues sur les analogues des différentes parties du système tégumentaire des Crustacés , mais ses spéculations ne nous paraissent appuyées sur aucune base solide , ou même plausible , et elles ne ressemblent en rien à de l'anatomie réellement philosophique.

d'un Crabe ou d'un Ecrevisse, par exemple , on est étonné qu'ils puissent s'en débarrasser , et cet étonnement augmente encore lorsqu'on sait que toutes les parties les plus délicates, telles que les antennes , les yeux et les branchies , se dépouillent ainsi sans que le squelette tégumen taire dont ils sortent soit brisé , ramolli ou déformé ; mais, d'un autre côté , on conçoit facilement la nécessité de ce phénomène singulier, car si l'animal ne changeait souvent de peau l'enveloppe solide qui le renferme opposerait bientôt des obstacles invincibles à son accroissement.

Les petits Crustacés , dont la croissance est trèsrapide , changent ainsi de peau à des époques trèsrapprochées. Jurinea observé, chez dejeunesDaphnies, huit mues dans l'espace de dix-sept jours , mais chez les grosses espèces, tels que les écrevisses etles autres Décapodes , on n'en compte qu'une par an.

RéaumuT, qui a enrichi l'entomologie d'un si grand nombre d'observations intéressantes , a étudié avec soin ce phénomène curieux sur les écrevisses de rivière, qu'il tenait prisonnières dans des vases percés de trous, et placés dans de l'eau courante (i). C'est rendant l'été, ou au commencement de l'automne , que ces Crustacés changent de peau , ou , pour mieux dire , de squelette épidermique. On assure qu'avant de commencer cette opération , l'Ecrevisse s'abstient pendant quelques jours de toute nourriture solide , et

(i) Voyez les deux mémoires deRéaumur intitulés : Sur les diverses reproductions qui se font dans les Ecrevisses , etc. {Mémoires de l'Académie des sciences , 17 12, p. 223.); et additions aux Observations sur la mue des Ecrevisses , etc. (même recueil, 17 18, p. 263.) On trouve un extrait presque textuel de ces écrits dans Y Histoire naturelle des Crustacés , par Bosc . t. I, p. i36.

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qu'on peut alors reconnaître facilement rapproche de la mue ; car, si l'on presse avec le doigt sur la carapace de l'animal ou sur un des segmens de son abdomen, on s'aperçoit que la croûte calcaire cède un peu et n'offre pas la résistance qui lui est habituelle. Bientôt après, TEcrevisse paraît inquiète , et commence à se frotter les jambes les unes contre les autres j elle se renverse ensuite sur le dos , agite tout son corps , se gonfle tout à coup , brise la membrane qui unit la carapace à l'abdomen , et soulève ce grand bouclier dorsal. Un repos plus ou moins long succède à ces premières tentatives: l'Ecrevisse recommence ensuite à agiter ses pâtes et à mouvoir toutes les parties de son corps ; alors on ne tarde pas à voir la carapace se soulever de plus en plus en s'éloignant de la base des pâtes, et dans moins d'une demi-heure TEcrevisse se débarrasse complètement de sa dépouille. Elle relève d'aboid sa tête en arrière, délace ses yeux et ses antennes , puis sort ses jambes de l'espèce d'étui formé par les anciens tégumens. Cette dernière opération ne se fait qu'avec bien de la peine , et quelquefois, en essayant de se dépouiller de la sorte, l'animal brise une ou plusieurs de ses pâtes ; on en voit même qui y succombent , et si les espèces de tubes qui renferment les membres ne se fendaient longitudinalement, on ne comprend pas comment ils pourraient s'en retirer (i) ; mais lorsque TEcrevisse est

(i) Dans l'état ordinaire, les articles des pâtes ne paraissent formés chacun que d'une seule pièce tubulaire ; mais Réaumur a constaté qu'ils sont composés de deux moitiés longitudinales à peu près égales, qui s'entrouvrent pour laisser passer la jambe et se rapprochent ensuite de manière à devenir de nouveau difficiles à distinguer. {Mémoires de l'Académie , 1718, p. 270.)

parvenue à terminer ce travail pénible, elle se débarrasse bien vite de tout le reste de son enveloppe ; elle retire sa tête de dessous la carapace, se porte en avant, étend brusquement sa queue et la retire aussitôt de son étui. La carapace retombe alors dans sa position naturelle ; elle vient de nouveau rejoindre l'abdomen, et la dépouille ainsi abandonnée présente exactement le même aspect que lorsqu'elle recouvrait l'animal à qui elle appartenait. Rien ne manque à ce squelette té<rumentaire, tant extérieurement qu'intérieurement, et on le prendrait facilement pour une Écrevisse entière.

La nouvelle peau de TEcrevisse qui vient de muer est molle et membraneuse ; mais dans l'espace de deux ou trois jours, ou même de vingt-quatre beures, elle s'encroûte de matière calcaire , et devient aussi dure que l'ancienne enveloppe.

Les autres Crustacés des ordres supérieurs changent de peau à peu près de la même manière. Si l'on ouvre un Maja quelque temps avant qu'il ne commence cette opération, on trouve entre le test et le chorion une couche membraneuse qui ressemble d'abord à du tissu cellulaire à peine condensé , et qui devient de plus en plus solide et épaisse à mesure que l'on se rapproche de l'époque de la mue ; elle est évidemment sécrétée par le chorion, et semoule sur le test qui la recouvre. On y retrouve jusqu'aux poils qu elle doit présenter plus tard ; mais ces appendices ne sont pas renfermés dans les poils du test, comme Réaumur croyait l'avoir observé chez l'Écrevisse : en général , ils ne font même aucune saillie à la surface de la nouvelle carapace , et sont rentrés à Fintérieur, comme le doigt d'un gant qui serait retourné sur luimême.

D'après les observations de Collinson (i), il paraîtrait que le moyen par lequel le Tourteau se débarrasse de son test , n'est pas exactement le même que celui que Réaumur a vu employé par l'Ecrevisse. La carapace, au lieu de se soulever en entier, se divise dans le point où les pièces latérales (ou épimères ) viennent se souder à la pièce dorsale , en décrivant de chaque côté du corps une ligne courbe qui s'étend latéralement de la bouche à l'origine de l'abdomen ; ce phénomène paraît commandé par la forme de la carapace, et se présente probablement chez tous les Brachyures voisins du genre Cancer; car, chez ces animaux , il est souvent difficile de séparer cette partie du thorax sans opérer une division semblable. Mais pour les Brachyures dont la carapace ne présente pas de dilatation latérale semblable , nous sommes porté à croire que tout se passe comme chez l'Ecrevisse ; car les pièces dont il vient d'être question paraissent être trop solidement unies pour se disjoindre à la manière cle celles qui composent la carapace des Tourteaux (2).

Le nouveau squelette tégumentaire des Crabes reste dans un état de mollesse bien plus long-temps que celui des Écrevisses , et la mue est pour ces animaux une époque de malaise , pendant laquelle ils se tiennent cachés dans quelque réduit qui les protège de

(1) Observations on thc Cancer major. Transactions of the Philosophical Society , 17^ e^ 1 7^1 .

(2) Si l'on examine le thorax d'un Crabe qui vient de se revêtir ainsi d'une peau nouvelle, on voit que les divers segmens, qui dans l'état ordinaire se trouvent soudés entre eux de manière à former une seule pièce , sont alors parfaitement distincts ; fait qui est de nature à confirmer les vues que l'analogie porte à avoir sur la théorie du squelette tégumentaire des Crustacés.

leurs ennemis , dont ils deviendraient sans cela une proie facile. Les uns se tapissent dans les anfractuosités des rochers ou sous des pierres ; d'autres se retirent dans des terriers. Quelques voyageurs assurent que c'est lorsque les Crabes de terre muent , que leur chair est la plus estimée (i) ; mais il n'en est pas de même pour les espèces de nos côtes , leurs muscles sont alors flasques et aqueux ; aussi les pêcheurs n'en font-ils aucun cas.

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