‹ Histoire naturelle des crustacés, comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animaux (volume 4)Chapitre 12 sur 226 · DE LA NUTRITION DES CRUSTACES · texte numérisé non relu

DE LA NUTRITION DES CRUSTACES

§ I. De la Digestion.

Les divers actes qui ont pour but le renouvellement continuel des molécules constituantes du corps des animaux, ou la nutrition,' se rapportent à trois fonctions principales, savoir: la digestion des alimens ou leur transformation en chyle , la respiration et la circulation. Le principe que la nature a adopté dans les modifications successives qu'elle a fait subir aux instrumens affectés à ces diverses fonctions, chez les êtres dont elle a voulu rendre les facultés de plus en plus parfaites, est celui de la division du travail. Les animaux les plus simples se nourrissent et respirent seulement par une espèce d'imbibition qui se fait également par tous les points de la

'i) Latreille, Histoire naturelle des Crustacés, t. V, p. 142.

superficie de leur corps, et on ne voit dans leur intérieur aucun organe destiné spécialement au transport des substances absorbées ; mais bientôt la digestion se localise dans une partie déterminée de l'économie; on voit alors une portion de l'enveloppe tégumentaire se reployer en dedans, de manière à former une cavité en communication avec le dehors , dans l'intérieur de laquelle les alimens subissent certains changemens qui les rendent propres à être absorbés, ou, en d'autres mots, sont digérés. La cavité alimentaire acquiert ensuite une structure plus compliquée, et s'entoure de divers organes destinés à y faire pénétrer les substances nutritives , ou à les modifier de telle ou telle manière. Le même orifice sert d'abord à l'entrée des alimens et à l'expulsion du résidu de la digestion; mais bientôt nous voyons ces deux phénomènes avoir lieu par des orifices distincts : la bourse stomacale se transforme en un tube dont l'ouverture antérieure constitue la bouche, et l'ouverture postérieure l'anus. Les divers liquides qui servent à modifier ou à dissoudre les alimens, au lieu d'être sécrétés seulement parles parois de la poche dans laquelle ils sont appelés à agir, ont leur source principale dans des organes particuliers dont le nombre augmente, et la structure, ainsi que les fonctions, varient de plus en plus. Lorsque la division du travail est portée encore plus loin, chacune des modifications que subissent les alimens avant que d'être absorbés , a lieu dans une portion déterminée du tube digestif. Enfin , les instrumens employés à saisir les corps dont l'animal se nourrit , et à les diviser avant qu'ils ne soient avalés , deviennent aussi de plus en plus spéciaux. Quant aux phénomènes de la respiration

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et aux actes au moyen desquels les sucs nutritifs sont portés de la cavité digestive dans toutes les parties du corps , nous verrons aussi , par la suite, qu'ils se compliquent et se localisent davantage, à mesure que l'on s'élève dans l'échelle des êtres.

Les Crustacés se trouvent placés vers le milieu de la série dont nous venons de parler. Tous sont pourvus d'un appareil spécial de digestion communiquant au dehors par deux ouvertures distinctes, et composé d'un nombre assez considérable d'instrumens divers Une partie de ce système compliqué sert à la préhension des alimens, à la mastication et à divers actes du même ordre ; d'autres organes sont spécialement destinés à la formation de certains liquides nécessaires à la digestion ; enfin, une troisième partie du même appareil reçoit les alimens et leur fait subir les modifications qui les rendent propres à être absorbés et à servir aux besoins de la nutrition. La composition de ce système et la disposition de chacun des instrumens dont il se compose varie beaucoup chez les divers Crustacés ; mais la plupart de ces différences correspondent a une spécialité plus ou moins grande dans le mode d'action de ces organes, et dépendent du degré auquel la nature s'est avancée dans la division du travail dont l'ensemble constitue la digestion.

Les Crustacés se nourrissent de deux manières trèsdifférentes ; les uns vivent en parasites sur des animaux dont ils sucent le sans; ; les autres recherchent seulement des alimens solides et n'établissent jamais leur demeure sur lés êtres vivans qui leur servent de proie. Les premiers sont en petit nombre et n'acquièrent qu'une taille assez minime; les derniers constituent la grande majorité des espèces de cette classe et

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acquièrent souvent un volume très-considérable : on assure que quelques-uns de ces animaux se nourrissent, aumoins unepartie, de substancesvégétales ; mais en général ils sont carnivores et d'une voracité remarquable ; ils dévorent avec avidité les cadavres dont ils peuvent s'emparer ; et, quand la faim les presse , ils se mangent entre eux. Lorsque l'on conserve longtemps des Homards dans des casiers ( i ) , par exemple , et qu'on n'a pas le soin d'enfoncer une petite cheville dans l'articulation de leurs pinces afin de les empêcher de se servir de ces organes , on voit les plus gros détruire les faibles et s'en nourrir.

Chez presque tous les Crustacés il existe un certain nombre d'organes extérieurs destinés spécialement à porteries alimensdans ia cavité buccale, et à les diviser mécaniquement avant qu'ils ne pénètrent dans le tube digestif; mais il en est aussi chez lesquels la division du travail n'est pas poussée aussi loin , et où ces fonctions sont remplies uniquement par les membres qui servent aussi à la locomotion. Les Limules sont dans ce cas ; chez ces animaux singuliers , la bouche , qui occupe la face inférieure du corps, est entourée par un certain nombre de pâtes ambulatoires , et c'est l'article basilaire de ces membres qui remplit les fonctions de mandibules.

Chez tous les autres Crustacés , un certain nombre des membres de la portion céphalo-thoracique du corps, au lieu d'agir à la fois à la manière de pâtes et de ma-

(i) On donne ce nom à des espèces de paniers à claire- voies qui servent de pièges dans certaines pêches, et qui sont employés plus fréquemment encore pour emprisonner des Homards sous l'eau.

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choires , sont spécialement aiïectés à l'appareil digestif et présentent des modifications en rapport avec les fonctions qu'ils sont appelés à remplir.

Tous ces animaux , comme nous l'avons déjà dit , ne se nourrissent pas de la même manière ; les uns , en petit nombre, vivent en suçant seulement des liquides, et sont toujours parasites; les autres font usaire d'alimens solides et mènent une vie errante. Les premiers sont ceux dont la bouche présente en général la structure la plus simple; mais, pour en bien comprendre la composition, il importe de connaître d'abord celle du même appareil chez les Crustacés broyeurs.

Chez tous ces animaux l'ouverture buccale occupe la face inférieure de la portion céphalique des corps, et se trouve bondée en avant et en arrière' par une pièce tégumentaire impaire qui occupe la ligne médiane ; l'une de ces pièces, située au devant de la bouche, a en général la forme dune petite lame cornée ou osseuse , et constitue ce que l'on nomme le labre ou lèvre supérieure ; l'autre, également lamelleuse , mais ordinairement bifide, porte le nom de languette ; mais il seraitpeut-être mieux de l'appeler la lèvre inférieure. Enfin, les côtés de la bouche sont toujours occupés par les membres de la première paire située après les antennes , et ces organes sont modifiés de manière à être aptesà couper et à broyer les aiimens; aussi ont-ils reçu le nom àe mandibules (i); leur forme est en général assez semblable à celle de l'article basilaire des membres qui chez les Limules servent en même temps de

(0P1.3, fis. i3.

pâtes et de mâchoires ; enfin , ils portent souvent un appendice articulé qu'on a nommé palpe mandibulaire(i), mais qui paraît être la continuation de la tige du membre, et non l'analogue de la partie que nous avons appelée palpe.

Telles sont les parties qui entourent immédiatement la bouche des Crustacés broyeurs; mais elles ne sont pas les seules qui appartiennent à l'appareil de la mastication , et il existe toujours une ou plusieurs paires de membres qui font suite aux mandibules , et qui ont pour fonction principale de porter les alimens dans le tube digestif, et de les empêcher de s'échapper d'entre les mandibules lorsqu'ils viennent à être comprimés entre ces organes. Le nombre de ces instrumens accessoires de la mastication varie beaucoup ; chez les Phyllasomes , par exemple, il n'y en a qu'une seule paire, tandis que chez les Crabes et les Ecrevisseson en compte cinq de chaque côté (2). Chez tous ces Crusticés , les deux premières paires démembres qui suivent les mandibules paraissent être spécialement destinées à entrer dans Fa composition de l'appareil buccal, et, lorsque Tune d'elles ne sert plus à des usages de ce genre, elle devient rudimentaire ; mais les autres, au nombre d'une, de deux ou de trois paires, suivant les espèces, prennent tantôt la forme de mâchoires , tantôt celle de pâtes ambulatoires , ou préhensiles , et remplissent quelquefois en même temps les fonctions de ces deux organes (3) ; aussi distingue-

(1) PL 3, %. i3, c, d.

(2) PL 3, fig.9-.1J.

(3) Voyez à ce sujet les belles recherches de M. Sayigny, sur

t-on les premiers sous le nom de mâchoires proprement dites , et les derniers sous celui de mâchoires auxiliaires ou pates-mâchoires .

Tous les membres modifiés ainsi, pour servir d'organes de mastication , se meuvent latéralement comme chez les Insectes et les autres animaux articulés , tandis que dans l'embranchement des animaux vertébrés les instrumens destinés aux mêmes usages se meuvent dans la direction de l'axe du corps. Ils sont toujours appliqués sur la bouche, et les anneaux auxquels ils appartiennent sont soudés aux précédens , de manière à entrer dans la composition de la tête. Leur nombre, comme nous l'avons déjà dit, varie beaucoup ; chez les Thysanopodes et plusieurs autres Stomapodes , de même que chez les Nébalies , etc. , les mâchoires seules entrent dans la composition de l'appareil buccal, et tous les membres qui leur succèdent ont la forme et les fonctions de pâtes locomotrices (i ) ; chez les Édriophthalmes le nombre des organes de manducation est augmenté d'une paire de pates-mâchoires (2} ; chez certains Salicoques , que j'ai désignés sous le nom de Sergeste , une seconde paire de pates-mâchoires vient s'ajouter aux derniers membres déjà groupés autour de la bouche (3) ; et enfin, chez tuas les autres Décapoles, on compte trois paires de ces pates-mâchoires ; de sorte qu'alors le nombre total des membres modifiés pour servir à la manducation est de six paires.

l'organisation de la bouche des insectes , des Crustacés , etc. , dans ses mémoires sur les animaux sans vertèbres , icr. Fascicule. (i)Pl. 26, %. 1.

(3) Voyez Annales des sciences naturelles , t. 19, PI. 10.

xà^ t \#*

La forme de ces diverses mâchoires varie encore plus que leur nombre ; celles qui suivent immédiatement les mandibules ressemblent en général à de petites lames cornées , dont le bord est découpé en lobes et Garni d'épines et de soies -, disposition dont le but est évident (i). Les pates-mâchoires , au contraire , sont presque toujours allongées et ont la forme de tiges recourbées sur elles-mêmes (2) ; enfin , celles de la dernière paire sont souvent élargies vers leur base de manière à constituer une espèce d'opercule qui recouvre tout l'appareil buccal (3).

Chez les Crustacés qui vivent en parasytes sur d'autres animaux ^ et se nourrissent en suçant leur sang, la disposition de l'appareil buccal est très-différente de ce que nous venons de voir chez les Crustacés broyeurs , maison y retrouve toujours les mêmes élémens (4)- Les pièces médianes, qui, d'après leur position, sont évidemment les analogues du labre et de la languette, s'allongent excessivement et se réunissent pour former un tube conique destiné à agir à la manière d'une pipette ou suçoir (5); les membres qui , chez les broyeurs, s'élargissent et se raccourcissent pour constituer les mandibules , éprouvent ici des changemens inverses , et se transforment en deux tiges grêles et acérées qui se logent dans Fintérieur du tube dont nous venons de parler, et se montrent à son extrémité comme deux petites lancettes destinées à perforrerle

(1) PI. 3, fig. 12.

(2) PI. 3 , fig. 9, io, etc.

(3) PL 3, fig. 2,6; et fig. 8. ^

(4) Yoyez nos recherches sur l'organisation de la bouche des Crustacés suceurs, Annales des sciences naturelles , t. xxvm.

(5) PI. 38, fig. 2, etc.

corps dans lequel il doit s'introduire pour en pomper les humeurs. Les membres des deux paires suivantes qui répondent aux mâchoires, deviennent inutiles et sont par conséquent réduits à l'état rudimen taire ou bien disparaissent complètement. Enfin , les membres qui constituent les pâtes - mâchoires chez les Crabes et les Ecrevisses, sont encore ici des parties accessoires de l'appareil buccal ; mais , au lieu de servir à l'introduction des alimens dans le tube digestif, ils sont transformés en crochets acérés , et ont pour usa<*e de fixer l'animal à la proie sur laquelle il doit vivre.

Le canal digestif s'étend en ligne droite depuis la bouche jusqu'à l'anus , qui occupe toujours le dernier anneau du corps (i). Près de son extrémité antérieure on y remarque en général un renflement très-considérable auquel succède un tube grêle et cylindrique , de façon que cet organe se compose de trois parties distinctes qui constituent l'œsophage, l'estomac et l'intestin. L'œsophage (2) ne présente rien de remarquable; il est très-court, et dirigé verticalement entre la bouche et la face inférieure de l'estomac , dans lacavité duquel il vient s'ouvrir ; sa face intérieure présente plusieurs replis ; enfin, on y distingue deux tuniques, l'une externe, formée par un prolongement de la membrane séreuse générale, l'autre interne, de structure muqueuse, qui se continue avec les couches externes des tégumens, et entre elles se trouvent un assez grand nombre de fibres musculaires qui entourent ce conduit et s'opposent, parleur contraction, à la sortie des substances contenues dans l'estomac.

(0 Pi. 4, %• 1,2,3,4.

(2) PI.4, fig,5, e.

CRUSTACÉS, TOME t.

Ce dernier viscère est en général très-grand et occupe la majeure partie de la tète. Chez la plupart des Crustacés il paraît à peu près globuleux lorsqu'on le regarde en dessus (i); sa face supérieure est aplatie, son Lord antérieur très-large, et son extrémité postérieure fort rétrécie ; enfin, sur les côtés et au-dessous , ses parois sont bombées (%). Dans les Déeapodes , où sa structure est la plus facile à étudier, l'estomac occupe toute l'épaisseur du corps, et correspond à la portion médiane et antérieure de la carapace désignée par M. Desmarests sous le nom de région stomacale. Sa face antérieure correspond au cerveau et à l'origine des yeux et des antennes; enfin , sur ses côtes se voit une partie du foie et des organes de la génération (3). Ses parois , comme celles de l'œsophage, sont formées de deux tuniques membraneuses fines et transparentes , séparées par des fibres musculaires ; mais on y voit aussi un appareil osseux ou cartilagineux, dont la structure est très-remarquable. Chez tous ces Crustacés l'estomac est divisé en deux portions bien distinctes, que l'on pourrait désigner sous les noms de portion cardiaque et de portion pylorique (4). La première est très- vaste et se trouve immédiatement au-dessus de l'œsophage ; la seconde est au contraire très-petite et dirigée directement en arrière, de façon à former un angle droit avec l'axe de l'œsophage et de la portion cardiaque à la partie postérieure et supérieure de laquelle elle est

(OPl.4, fig. 1, C.

(2) PI. 4, fig. I, a.

(3) PI. 4» fig* i> m'

(4) P!- 4» fig- 1 : C, portion cordiaque; P, portion pylorique ; fig. 6, mêmes lettres.

placée. Une partie de l'appareil cartilagineux dont il vient d'être fait mention , occupe la portion cardiaque de l'estomac et paraît servir à soutenir ses parois, et à les empêcher de retomber dans l'œsophage ; le reste de cet appareil entoure la portion pylorique et soutient un certain nombre de pièces qui font saillie dans son intérieure, et font l'office de dents ou de râpes. Sa structure, qui a déjà été décrite par M. Cuvier (i) , est très-compliquée; et, pour la faire bien comprendre, il sera nécessaire d'entrer dans quelques détails , et de 1 étudier d'abord clans une espèce déterminée, le Crabe commun, par exemple.

On remarque d'abord à la face supérieure de la portion cardiaque de l'estomac une arête transversale qui est située immédiatement au-dessus de l'ouverture œsophagienne ; en examinant avec plus d'attention cette bande osseuse, on voit quelle est composée de trois pièces, une médiane et deux latérales ; la première, que nous appellerons cardiaque (2), est petite et a peu près quadrilatère, tandis que les deux autres , que nous désignerons sous le nom de ptérocardiaques (3), sont longues, étroites et terminées en pointe. Du bord postérieur du cartilage cardiaque part une pièce impaire ( cartilage urocardiaque ) qui est assez large et qui se dirige en arrière versle pylore (4) ; sa face supérieure ne présente rien de remarquable, mais à son extrémité postérieure elle porte en dessous une grosse tubérosité osseuse qui fait saillie dans la cavité

(1) Leçons d'anatornie comparée , t. IV, p. 126.

(2) PL 4, fig. îy a, etfig. 7, a.

(3) PL 4, fig. 1, b, et fig. 7, b.

(4) PL 4, %. 1, d, etfig. 7. d.

de l'estomac, et constitue une des dents dont cet orçane est armé. Au-dessus de cette dent s'articule une petite pièce osseuse que nous appellerons la pylorique antérieure ( i ) ; elle se trouve en haut , et présente à son extrémité supérieure deux branches latérales, de manière à représenter assez exactement la lettre T. Chacune de ces branches s'articule à son tour avec une pièce cardiaque latérale supérieure^) qui se dirige en avant en décrivant une ligne courbe, et va s'unir à l'extrémité latérale delà pièce ptérocardiaque correspondante (6) ; sa portion antérieure est grêle et linéaire, mais vers son extrémité postérieure elle s'élargit beaucoup , et porte à sa face intérieure un gros tubercule qui se prolonge dans l'intérieur de l'estomac, et constitue de chaque côté du pylore une dent placée immédiatement au-dessous de celle appartenant à la pièce urocardiaque , et semblable à elle. Il résulte de cette disposition des pièces qui garnissent la face supérieure de l'estomac, que , lorsqu'on les regarde en dessus , elles ressemblent assez à une petite arbalète tendue, dont l'arc serait formé par les pièces ptérocardiaques, [b) le manche par le cartilage urocardiaque (d) et toute la portion pylorique de l'estomac (P), et la corde par les cartilages cardiaques latéraux supérieurs [f)\ A la face postérieure de la portion cardiaque de l'estomac, on voit sur la ligne médiane une plaque cartilagineuse (3) qui se porte obliquement du pylore vers l'œsophage {pièce cardiaque postérieure) , et s'articule de chaque côté avec une arête qui suit la

Ci) PI. 4, fig. i, e.

(2) PI. 4, fig. !,/, et fig. 7,/.

(3) PI. 4, fig. 7, o.

même direction ; par leur extrémité supérieure 3 ces pièces cardiaques latérales inférieures (i) s articulent aussi avec un petit osselet {pièce cardiaque latèropostérieure) qui l'unit au bord inférieur et postérieur de la pièce cardiaque latéro-superieure (p) ; au devant de cette articulation se trouve un petit tubercule dentiforme (pièce cardiaque latérale ) qui occupe le côté de l'ouverture pylorique, et se voit immédiatement audessous des dents appartenant aux pièces cardiaques latéro-supérieures (2). De chaque côté de l'estomac il existe encore une grande plaque cartilagineuse^) qui se soude au bord inférieur des pièces cardiaques latérales, et porte à sa face interne un grand nombre de poils courts et raides qui font saillie dans la cavité de ce viscère , et constituent deux espèces de brosses ou de râpes situées au devant et au-dessous du pylore. Enfin, une arête osseuse (pièce cardiaque latérale accessoire) , recourbée sur elle-même, se porte de la partie antérieure de ces petites dents vers le point de réunion des tiges cardiaques latéro-supérieures avec les ptérygo-cardiaques (g).

Les parois de la portion pylorique de l'estomac sont également garnies d'un nombre assez considérable de pièces cartilagineuses ou calcaires : on y distingue d'abord deux petites plaques qui font suite à la pièce pylorique antérieure, et s'articulent aussi avec le bord postérieur des pièces cardiaques latéro-supérieures; nous les appellerons pièces pyloriques (3). En arrière

4>fis-

JQ HISTOIRE NATURELLE

d'elles, la cavité stomacale se rétrécit assez brusquement, et présente à sa face supérieure quatre ou cinq petits osselets méso-pyloriques (i),puis une arête transversale qui semble donner attache à l'intestin, et que l'on peut nommer uro-pylorique (2). De chaque côté des osselets méso-pyloriques , on remarque l'insertion des conduits biliaires (3) , et , au-dessous de cette ouverture , une petite arête {pièce pylorique Latérale ) qui va se joindre à une plaque cartilagineuse qui occupe la portion antérieure et inférieure du pylore ; le bord supérieur et antérieur de cette pièce pylorique inférieure s'élève dans l'intérieur de la portion correspondante de la cavité stomacale, et y constitue une espèce de cloison garnie de poils, au-dessus de laquelle se voient deux prolongemens membraneux qui paraissent remplir l'office de valvules , et qui naissent de la face interne des pièces pyloriques latérales. Enfin , en arrière de la plaque pylorique inférieure, il existe encore deux ampoules cartilagineuses assez grosses qui occupent la partie inférieure et postérieure du pylore (4).

Divers faisceaux musculaires se fixent à cet appareil compliquent en font mouvoir les pièces les unes sur les autres de manière à broyer entre les dents qui garnissent Tentrée du pylore les alimens qui s'y présentent. Uncertain nombre de muscles s'étendent d'une pièce à l'autre entre les deux tuniques membraneuses de l'estomac, et concourent ainsi à fortifier les parois de ce viscère; mais d'autres ne s'y fixent que par une de leurs extrémités, et prennent leur point d'appui sur la partie

(DPI. 4,%. 1, *.

C2?Pl:4,%- i,y.

(4) PI 4, fig. 8, c.

DES CRUSTACÉS. Jl

voisine de la carapace. Ces derniers muscles sont les plus puissans , et servent à mouvoir la totalité de l'estomac aussi bien qu'à le fixer au squelette tégumentaire. Deux d'entre eux , qu'on peut appeler les muscles antérieurs de l'estomac, s'insèrent d'une part à la partie antérieure des pièces ptérocardiaques ou à la pièce cardiaque elle-même , et de l'autre à la partie antérieure de la carapace immédiatement au-dessus des yeux (i). Deux autres muscles , qui sont les antagonistes des premiers, s'étendent delà partie supérieure de la carapace à la portion postérieure des pièces cardiaques îatéro-supérieures et aux parties voisines de l'estomac (2). Enfin, une troisième paire de muscles trèsgrêles se porte de la pièce pylorique inférieure au Lord postérieur de la bouche, ens'appuyant sur la face extérieure de la pièce cardiaque postérieure.

La disposition de l'appareil osseux de l'estomac est essentiellement la même chez tous les autres Crustacés décapodes que nous avons examinés ; mais souvent son aspect change beaucoup à cause des différences que les pièces présentent dans leur grandeur relative. Ainsi , chezl'Ëcrevisse (3), l'arête transversale, formée par les pièces cardiaques etptérocardiaques, qui occupe la face supérieure de l'estomac, au lieu d'être située à une distance assez considérable de la pièce pylorique antérieure, n'en est éloignée que de quelques lignes, par conséquent la pièce urocardiaque , au lieu d'être trèslongue comme chez le Crabe, est réduite presque à rien; il en est de même des pièces ptérocardiaques,

(1) PI. 4> fig. 2, a; PL 5, fig. 1 , «; et PL n, fig. 3,/'.

(2) PL 4, fig. 3, b ; et PL II, fig. 3,/".

(3) PL 4, fig. 2, et fig. 6.

ni HISTOIRE NATURELLE

tandis que les pièces cardiaques et pyloriques prennent un accroissement considérable. Ces différences sont quelquefois assez grandes pour faire méconnaître au premier abord l'identité de certaines parties de cet appareil chez les Brachyures et les Macroures; mais , par une étude attentive de ces pièces , nous sommes toujours parvenus à reconnaître leurs analogies. La forme des dents qui entourent l'ouverture pylorique varie aussi ; tantôt elles sont arrondies, tantôt bosselées ou striées ; d'autres fois garnies de côtes saillantes (i). Dans l'ordre des Edrioplithalmes , on rencontre encore dans l'estomac des parties analogues à celles que nous venons de décrire , mais elles sont peu développées, et au lieu d'être osseuses elles n'ont qu'une consistance cartilagineuse ; leur structure ne nous a paru offrir rien de remarquable, si ce n'est que la face intérieure de plusieurs de ces lames mobiles est recouverte de poils. Chez l'Orchestie, par exemple, il existe à la partie antérieure de l'estomac, près de son ouverture œsophagienne, deux petites dents ciliées, et chez la Lygie océanique on trouve à la partie postérieure de ce viscère des pièces analogues, mais beaucoup plus minces et moins saillantes.

Enfin, dans les Squilles on voit aussi, à la partie postérieure de la portion cardiaque de l'estomac , deux petites pièces semi-cornées très-minces, dont la face interne est armée d'une série verticale de petits mamelons coniques. Il n'existe point ici de grosses dents stomacales capables de broyer les alimens; mais le même résultat est obtenu au moyen d'une branche de

CD PL 4, fig. 9.

la mandibule qui pénètre dans l'intérieur de cette cavité, et s'y voit à peu de distance du pylore; car, chez ces Crustacés, l'œsophage, au lieu d'occuper le milieu de la portion cardiaque de l'estomac , est placé près de son extrémité postérieure, et immédiatement au-dessous de l'entrée du pylore.

L'intestin qui fait suite à l'estomac, et qui s'étend en ligne droite jusqu'à l'anus , est grêle et très-allongé (i). Ses parois sont très-minces et composées comme dans les autres parties du tube digestif de deux tuniques ; de chaque côté il est en rapport avec le foie (2) et les organes de la génération ; sa face supérieure est recouverte, en majeure partie, par le cœur et l'artère abdominal supérieur , et sa face inférieure repose sur une portion du foie et sur les muscles fléchisseurs profonds des anneaux correspondans (3). Chez les Crustacés des ordres inférieurs, il présente dans toute son étendue la même largeur, et son aspect ne change pas ; mais chez la plupart des Décapodes on peut y distinguer deux parties. La longueur relative de ces deux portions du tube intestinal varie beaucoup suivant les espèces ; la première, que Ion pourrait appeler le duodénum, est très-court chez le Maja (4), tandis que chez le Homard elle constitue les sept huitièmes de l'intestin ; elle est, en général, beaucoup moins musculaire que la seconde, que nous distinguerons sous le nom de rectum (5) , et sa limite postérieure nous a toujours paru facile à reconnaître , d'après la position

(1) PL 4, fig. i, I.

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