VJ INTRODUCTION
cise des espèces qu'elles sont destinées à faire connaître ; plusieurs des Crustacés, représentés par Rondelet, l'avaient déjà été, quoique beaucoup moins bien, par Belon; de ce nombre sont la Langouste , le Homard, le Scyllare large, la Squille mante, leMaïa squinade, etc.; mais d'autres, tels qne le Scyllare ours, la Galathée rugueuse , le Penée caramote , le Bernard l'Ermite, le Homole front épineux , le Platyonique dépurateur , l'Inachus, etc., étaient complètement nouveaux pour la science ; le nombre total des espèces qu'il figure est de 26; les noms anciens qu'il y rapporte sont quelquefois mal appliqués , et les descriptions aussi incomplètes que celles de Belon ; mais néanmoins on est encore obligé de consulter son ouvrage, et on y trouve, ainsi que dans celui de son contemporain , des détails qui ont été souvent négligés par les auteurs les plus modernes.
Peu de temps après l'époque où parurent les ouvrages dont nous venons de parler , Conrad Gesner publia une espèce d'encyclopédie, dans laquelle il rassembla tout ce qu'on savait de son temps sur l'histoire naturelle des animaux , et consigna plusieurs observations nouvelles (1). On y trouve un assez grand nombre de figures de Crustacés, mais la plupart d'entre elles sont copiées d'après celles dont Belon et Rondelet venaient
(l) Gesneki , Hisloria animalium , liber IV, de Aquaiilibus , in-fol.
INTRODUCTION. Vlj
d'enrichir la science. L'ouvrage de même nature , que l'on doità Aldrovande (i), est en général moins estimé sous le rapport de l'érudition et de la méthode. Le volume qui renferme l'histoire des Crustacés ne parut qu'en 1606, après la mort de son auteur. La plupart des figures sont grossières et bien plus inexactes que celles de Rondelet; mais deux d'entre elles étaient très-intéressantes, car elles faisaient connaître une espèce géante de Crabe qui habite la Méditerranée , et que M. Risso a décrite dernièrement comme nouvelle sous le nom de Homole de Cuvier.
Pendant le cours du dix - septième siècle, des voyageurs et quelques anatomistes contribuèrent aussi à étendre nos connaissances relatives aux animaux dont nous faisons ici l'histoire. Parmi les premiers on doit d'abord citer Marggraf, naturaliste plein de zèle pour la science , qui accompagna Pison au Brésil, et qui y mourut avant que d'avoir publié le résultat de ses observations; il nous a laissé la description succincte et les figures d'un assez grand nombre de Crustacés du nouveau continent, et entre autres des Crabes terrestres ou Tourlouroux, qui vivent loin de la mer, et font chaque année un long voyage pour venir y déposer leurs œufs (2). L'ouvrage sur les Antilles,
(i) Ulyssis Aldrovandi, de JieUquis anîmalibus exsanguibus , libri quatuor, Bononia , 1606, in-fol.
(a) Les observations que Marggraf a laissées sur l'histoire naturelle ont été publiées par J . de Laet , dans le même volume que celles de
Viij INTRODUCTION.
publié vers la même époque, par Rochefort, fit aussi connaître quelques particularités nouvelles des mœurs de ces Crustacés curieux (i).
Deux ouvrages de pure compilation, dans lesquels on traite de l'histoire naturelle des Crustacés, parurent encore pendant le dix-septième siècle ; l'un est spécialement consacré à ces animaux, sous le triple rapport de la zoologie , de la physiologie et de la pharmacologie (2). L'autre (3) embrasse tout le règne animal , et a eu pour modèle les recueils de Gesner et d'Aldrovande; mais, ainsi que le premier, il n'ajoute rien aux connaissances déjà acquises à ce sujet.
Les premières recherches suivies que les anatomistes modernes aient faites sur l'organisation des Crustacés, sont dues au savant et laborieux Swammerdam ; cet habile observateur disséqua avec soin le Pagure ou Bernard l'Ermite, qui vit en parasite dans les coquilles de diverses mollusques; il reconnut l'existence d'un cœur et de vaisseaux san-
Pison, SOUS ce titre : G. Pisonis de Medicina Brasiliensis, iibri quatuor; G. Maggravii , Hist. rerum naturalium Brasilia?, Iibri octo , in-fol. Amsterd. 1648. Pison fondit ensuite l'ouvrage de Marggraf avec le sien. (Voyez de Indice utriusque , etc. in-fol. i658. )
(1) Rochefort, Histoire naturelle des Antilles, etc. in-4- Rotterdam, i665, liv. l«r. chap. 22.
(2) Sachs a Lewenheimb , Gammarologia sive gammarorum vulgo cancrorum consideratio physico-philologico-historico-medico-chimica. Un vol. petit in-8. Franckf. i665. (Les planches qui l'accompagnent sont très-mauvaises , et copiées pour la plupart d'après Marggraf et Belon.)
(3) Jonston, Historia naturalis de exsanguibus aquaticis , Iibri quatuor^ in-fol. Amsterd. ix65, fig. en bois.
INTRODUCTION. ix
guins chez les animaux que l'on rangeait parmi les Exsangues, parce qu'ils n'ont pas de sang rouge semblable à celui de l'homme ; il fit aussi plusieurs autres remarques importantes ; mais la science n'en profita pas de suite , car lors de sa mort , en 1 680 , ses principaux écrits étaient encore manuscrits, et peut-être auraient-ils été perdus si le célèbre médecin hollandais Boerhave n'eût généreusement consacré une partie de ses richesses à la publication des ouvrages qu'il jugeait devoir être les plus utiles; le vaste recueil d'observations de Swammerdam, sur l'anatomie des Insectes , etc. , fut de ce nombre, et vit le jour en 1737 et 38 (1).
Un médecin anglais , Willis , fit vers la même époque des recherches semblables sur l'Ecrevisse commune, et, comme elles parurent long-temps avant celles de Swammerdam, il a également le mérite de la découverte pour plusieurs points qu'il a signalés , aussi bien que son devancier, à l'attention des anatomistes (2). Enfin, un autre médecin , Porzio ou Portius, de Naples, étudia avec plus de soin qu'on ne l'avait fait encore l'appareil de la génération chez le Homard (3).
Pendant la première moitié du dix -huitième
(1) Biblia naturœ. i vol. in-fol. latin et hollandais, 1737 et 1788 ; traduit en français daus la Collection académique , partie étrangère , t. V.
(2) De 4nima hrutorum. Oxford, 1672.
(3) Observations sur les parties de la génération des Ecrevisses d'eau douce. — Collection académique , t. IV»
X INTRODICTIOiN.
siècle , on ajouta beaucoup à nos connaissances sur les Crustacés des pays lointains ; mais les zoologistes ne suivirent pas , clans l'étude de ces animaux , une marche meilleure que celle adoptée par leurs devanciers; ils publièrent des espèces nouvelles et en donnèrent des figures plus ou moins exactes; mais ils continuèrent à les décrire d'une manière trop superficielle pour les faire reconnaître , et ils n'indiquèrent jamais les particularités d'organisation ou caractères zoologiques propres à les distinguer des autres espèces. Il en résulta que ces travaux ne contribuèrent pas autant aux progrès de la science qu'on aurait pu s'y attendre, et qu'aujourd'hui la plupart d'entre eux ne sont de presque aucune utilité pour l'entomologiste. Nous ne pouvons cependant les passer sous silence.
Rumph, qui habita Java pendant une longue suite d'années , et qui y perdit la vue en se livrant sans ménagement à l'étude de l'histoire naturelle , publia en 1705 un ouvrage assez étendu sur la zoologie et la minéralogie de cette partie des grandes Indes. Il y figura une trentaine de Crustacés que l'on peut en général très-bien reconnaître , et qui, pour la plupart, étaient tout-à-fait nouveaux pour les naturalistes ; de ce nombre était le Birgus latro des zoologistes modernes et plusieurs autres espèces curieuses (1).
(1) D'Amboinsche Rariteitkamer , etc. (Cabinet de curiosités d'Amboine), parG.-E. Rumphius, i vol. in-fol. Amster. 1705.
INTRODUCTION. xj
Petiver reproduisit bientôt après les figures publiées par Rumph, et fit connaître aussi plusieurs Crustacés des Antilles (i). Sloane , dans son voyage à Madère , a donné la figure de quelques autres espèces du même pays , et notamment de la petite Grapse qu'on voit si fréquemment en mer flottant sur des fucus, et dont la rencontre a été pour Colomb un indice utile du voisinage des terres lorsque son équipage était sur le point de le forcer de retourner en Espagne et de renoncer à la découverte du nouveau monde (2).
On voit aussi des figures assez bonnes de plusieurs animaux de cette classe dans le grand ouvrage de Catesby sur l'histoire naturelle de la Caroline du sud (3).
Un recueil de figures d'animaux divers, bien plus riche que ceux dont il vient d'être question, fut publié, vers le milieu du dix-septième siècle, par Seba , pharmacien hollandais , qui employa de grandes richesses à former des collections immenses et à en donner la description. Cet ouvrage forme quatre gros volumes in-folio et renferme un très-
Après la mort de l'auteur, on publia les mêmes planches avec un texte plus abrégé , en latin , sous le titre de Thésaurus imaginurn, etc.
1 vol. in-fol. Leyde, 171 1, et La Haye, 1739.
(1) Gazophylacii naturœ et artis. — Musei Petiveriani ; de animalibus Crustaceis , etc-
(2) A voyage to Madera Barbadoes Jamaica , etc. by Hans Sloane ,
2 vol. in-fol. Londres 1707-1727.
(3) The natural histoiy o/Carolina^ Florida and the Bahama Islands, a vol. in-fol. Londres, 1731-1743.
xij INTRODUCTION.
grand nombre de belles planches , mais le texte qui les accompagne ne peut être consulté avec fruit, car non-seulement il est écrit sans jugement et sans critique, mais aussi il donne quelquefois sur la patrie des espèces figurées les renseignemens les plus erronés. Dans le troisième volume on trouve un assez grand nombre de Crustacés, dont quelquesuns n'ont encore été représentés que là ; aussi ne peut- on se dispenser d'y avoir quelquefois recours.
Tel était l'état de nos connaissances relativement aux animaux dont nous faisons l'histoire, lorsque le célèbre Linné (i) imprima une nouvelle impulsion aux études zoologiques, et changea, sous certains rapports, la marche qu'on avait suivie jusqu'alors. Comprenant toute l'utilité des classifications , il fixa l'attention sur les caractères propres à faire distinguer les différens groupes formés par les animaux, et à faire reconnaître chacune des espèces qui s'y rapportent. Le service qu'il rendit ainsi à la science fut immense, car, lorsqu'on ne possède pas de moyens pour arriver facilement à la détermination des êtres que l'on veut étudier, l'histoire naturelle devient presque inabordable, et une foule d'observations curieuses se trouvent perdues, parce qu'il
(l) Seba Locupletissimi rerum naturalium Thesauri accurata descriptio, 4 vol. grand in-fol. Amsterd. 1734- 1765. C'est le troisième volume qui renferme les Crustacés. Une nouvelle édition de cet ouvrage se publie actuellement à Paris par les soins de M. Guérin.