A LA LIBRAIRIE GRECQUE -LATINE- ALLEMANDE
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INTRODUCTION
« La détermination précise des espèces, et de ce leurs caractères distinctifs fait la première ex base sur laquelle toutes les recherches de « l'Histoire Naturelle doivent être fondées; les « observations les plus curieuses , les vues les « plus nouvelles perdent presque tout leur mé- « rite quand elles sont dépourvues de cet apu pui ; et malgré l'aridité de ce genre de trau vail, c'est par là que doivent commencer ce tous ceux qui se proposent d'arriver à des « résultats solides *. »
Pénétré de ces vérités proclamées par le célèbre auteur de YAnatomie comparée , j'ose présenter cet Essai historique sur les crustacés de nos mers; l'avantage que j'ai eu de voir, d'observer, d'étudier ces animaux vivans pendant plusieurs années , me permet d'en tracer les caractères d'une manière suffisamment détaillée.
C'est à la variété de son sol maritime, que Nice doit le grand nombre de crustacés qui pullulent dans ses eaux, et qui s'y multiplient
* Cuvier, recherches sur différentes espèces de crocodiles vivans et sur leurs caractères distinctifs , Annal, du Muséum.
% INTRODUCTION
<Ftme manière si prodigieuse. Fonds unis de sable et de galets, bancs et rochers arides, anses et golfes abrités, température variable, profondeurs souvent très-différentes, tout contribue à réunir dans ces parages d'immenses essaims de mollusques, de vers, de radiai res et de polypes * qui servent ou d'habitations , ou de nourriture à ces animaux.
Les crustacés composent une des classes les plus remarquables des animaux invertébrés. Si leur aspect offre à l'extérieur de la bisarrerie dans la forme, et de l'éclat dans les couleurs l'intérieur ne présente pas moins un arrangement de parties admirable et une singulière organisation. En effet, en voyant un corps enveloppé d'une croûte calcaire, découpée en plusieurs pièces, et façonnée de mille manières, formant en dessus une espèce de couvercle , qui sert à garantir le cœur , le foie les branchies et tous les organes intérieurs , se divisant ensuite sur les côtés en pièces articulées , qui constituent un nombre de pattes plus ou moins considérable ; formant vers sa partie antérieure cette multitude de palpes, de mâchoires, d'antennes , et des pièces latérales, qui agissent toutes d'une manière si variée, on est ravi d'admiration pour ces êtres singuliers.
INTRODUCTION. 5
Toutes les mers nourrissent différentes tribus de ces animaux. Les Naturalistesles plus anciens, comme les plus modernes se sont occupés avec beaucoup de succès de l'étude de leur génération , de la transmutation de leur têt, et de la reproduction de leurs parties perdues ; mais, malgré lés travaux de ces auteurs ? que d'incertitudes, que d'anomalie^, que de problêmes sont encore à résoudre dans l'histoire des crustacés! Toutes les espèces qui vivent dans nos parages , semblent suivre cette belle loi zoologique tracée par le génie de Buffon pour les animaux terrestres , concernant le climat que chacun préfère. Nos grapsés et nos talitres ne se plaisent que sur les rochers , et ils demeurent continuellement exposés à toute l'influence de l'air atmosphérique , ils s'enfoncent rarement sous les ondes, et semblent former la classe amphibie de ces animaux. Les crabes, les pagures, les thalassines et les ligies établissent leur demeure près du rivage. Les porcellanes,les chevrolles, les spheromes , lesidotées , et les mysis se cachent sous lès pierres couvertes de fucus, à deux mètres au plus de profondeur. Les an- Càus , les bopyres , leshippes, les pinnothères, les ergine , s'attachent à d'autres animaux , comme les caliges et les cyames aux poissons
4 IWTKODUCTIOK.
cartilagineux , et les cymothoës aux osseux , qu'ils suivent dans leurs diffërens. voyages. Les phronimes , les pale'mons , les crangons , les mélicertes , et les nikas , flottant tantôt à la surface de l'eau, tantôt sautant avec légèreté au* dehors , ou s enfonçant sous les vagues à de petites profondeurs , semblent préférer la douce température , qui suit les influences de notre atmosphère. Les portunes, les maïas, les maçropes , etc. vivent en société dans la zone des Zostères; et au-delà de cette région se trouvent les squilles, les ljrphis y les euphées , et les égeons. Les calàppes, les dromies, les ocypodes, et les leucosies aiment cette température moyenne où pullulent les zoophites coralligènes; et les palinures, les scyllares, les écrevisses et les galathées préfèrent les antres des rochers de 60 à 800 mètres de profondeur. Les alphées, les penées, et les caljrpso , n'habitent que lesgrands bancs de calcaire compacte , qui, semblables à des oasis au milieu des déserts , se trouvent entourés de limon.et de vase dans les plus bas fonds. Les dorippes enfin ne se plaisent que dans les régions sous-marines où règne constamment une température de dix degrés.
Si la chaleur plus ou moins considérable
• INTRODUCTION. S
des eaux joue un si grand rôle sur l'économie des crustacés, la localité n'influe pas moins sur la consistance de leur têt. Ceux qui se promènent sur le sable du rivage ont une carapace plus fine et plus fragile que ceux qui vivent dans les trous des rochers j ceux-ci diffèrent beaucoup des espèces qui flottent a la surface, des eaux ou nagent à de petites profondeurs. Eo vain l'on chercheroit des rapprochemens, de consistance entre les crustacés qui fondeur résidence dans les endroits fangeux , et ceux qui ne fréquentent que les vallées sousmarines garnies de rochers.
Plusieurs de ces animaux ont des caractères qui paroissent avoir beaucoup d'analogie avec ceux des divers poissons de notre mer; les uns ont le têt armé d'une pointe menaçante, comme le aciphias ; les autres laissent flotter du milieu de leur têt une huppe charnue, comme divers blertnies; quelques-uns ont leur front coupé transversalement, et garni de pointes sur les côtés , ce qui leur donne l'aspect des céphaloptères ; les autres ont cette partie terminée par un long rostre , comme Vésox bellone; ceux-ci sont hérissés d'épines et d'aiguillons, comme les lépidolèpres ; ceux-là sont lisses et unis comme les torpilles.
6 INTHODUCTION.
Divers noms vulgaires sont en usage parmi nous pour distinguer les crustacés. On appelle sarratari)favouio , mfgrano> les cancërides; Gritùo, masqua 9 les oxyrinques; ermito , les paguriens j macotto , lingousto , les langoustines; lîgoubarty les homardiçns ; prégodieu y les squillares , sautdrello , les crevettinés ; et babarotto , les aselottes et les cloportides. La plupart de ces animaux offrent aux habitans des côtes de la Méditerranée une nourriture saine et savoureuse , mais un peu pesante pour les estomacs délicats ; les autres servent de pâture aux difierens animaux marins.
Parmi le nombre très - considérable des, crustacés qui se trouvent sur nos plages , j e n'ai , jusqu'à présent , observé que cent trente-deux espèces , et trente-cinq variétés , dont les deux tiers environ n'ont jamais été décrites par aucun Naturaliste. Continuant mes observations zoologiques , j'espère en pouvoir faire connoître de nouvelles , et je me propose de publier un jour l'histoire générale et particulière de toutes les espèces indigènes de cette partie de la mer Méditerranée qui baigne les pieds des Alpes maritimes.
TABLEAU générique des Crustacés des environs de Nice. CLASSE. ORDRES. SECTIONS. FAMILLES. GENRES.
CaTPTOBmiRCIES.
Tégumens dura; branchies ; cachées tous le cor- j celet; ycnx pédicules sans palpes ouantennulles; dix pattes foliacées ou mutiques.
Crustacés.
Animal sans vertèbres , ayant un cœur , des branchies et des pattes.
Corps aptère, crustacé ; des \ branchies pour la respiration , soit extérieures , soit cachées sous les cotés du corcelet; pattes articulées ; animaux ovipares.
BftACIIUIES.
Queue nue et courte.
Mac*ouhes.
Queue allongée, garnie de i cils , de cro-
chets ,
lames
res.
ou
de
natatoi-
1 Cancérides.
Corps plus large que< 'long, arrondi ou tronqué antérieurement?
2 OXYRINQUES.
Corps presque triangulaire , rétréci en pointe antérieurement.
3 Pagtjriens.
Queue presque nue k terminée par des cils , des lames , ou des crochetf .
4 Langoustines.
Queue garnie de la Imes natatoires l'ouvrant [en éventail.
5 HoMARDlEHS.
Squiluhes.
Tête distincte {du corcelet.
Gtkhobxakciks.
Tégumens co~ riaces; branchies cachées ou inconnues ; yeux, le plus souvenA sessiles ; mandibules palpigeres ; dix pattes ou plus ; terminées par des crochets.
Tét&acÈees.
Lames folia-, cées natatoires, sous la queue dans la plupart..
ÊirroMOSTiAcis. '
Tête nue ou sondée au corps, yeux sestilci.
î Crabe.
2 Dromie.
3 Calappe.
4' Ocypode.
5 Grapse.
6 Pinnothèr*
7 Fortune.
8 Dorippe.
9 Leucosie.
io Macrope.
n Maïa.
12 Hippe.
i5 Anceus.
i4 Pagure.
i5 Scyllare.
16 Palinure.
17 Porcellanç.
18 Galathée.
19 Calypso.
20 Thalassine.
21 Ecrevisse.
2a Crangoii.
23 Nika.
Queue à lames nata- 1 to? res disposées sur une même ligne, pattes 1 24 Alphée.
monodactylesjou didao 125 Penée.
tyles.
6 Squillares.
Queue munie de ! mes ou de iilets , yeux | pédicules.
26 Egeon.
27 Palémon, Mélicerte.
7 Crevettiites.
Queue avec ou sans< appendices foliacés , yeux »e$*ileg.
Squille.
Mysis.
Phronime.
32 Typhis.
33 Euphée.
34 Talitre.
35 Crevette.
36 Chevrolle.
37 Cyame.
38 Aselle.
8 Ajsellotes.
Corps allongé formé de I 3g Idotée.
pièces transversales, an- 1 4 Q Cymothoe,
tenue, très-lo.gue. dan. \ ^ Spherome .
la plupart, pattes cro-17 „ r
1 ^L. v Y 1 42 Bopyre.
>43 Ergine.
9 Cloportides.
Corps oblong , antennes intermédiaires trèspetites , pattes onguiculées'.
44 Ligîe.
45 Philoscie.
46 Cloporte.
47 Porcelion.
4o Armadile.
10 Clypéacrs.
'un/ for-1
49 Clomeris.
Corps recouvert d' .
têt horiiontal , en for-|5o Callge.
me de bouclier.
il Ostracodes. (5i Daphnie.
Corps renfermé dansW2 CypriS.
un tét bivalve. (