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Anatomie de l Kerevis se fluvial île

INTRODUCTION. Io3

ferme les régions stomacales et hépatiques antérieures. La cardiale et la génitale sont situées en arrière de ce sillon, et comprises entre les deux lignes longitudinales enfoncées dd ; les branchiales ee sont tout-à-fait latérales ; l’hépatique postérieure f est peu ou point distincte ; les viscères se retrouvent aussi placés selon cette distribution des compartimens de la carapace (Jig. 4 ) : le cœur est en b> l’estomac en a, les branchies en e e , le foie en f.

L’étendue de chacune de ces régions est très variable dans les différens crustacés; lorsqu’elles sont apparentes, elles fournissent de très bons caractères spécifiques , et même souvent des caractères génériques assez importans ; mais quelquefois le test , à l’extérieur, est tout-à-fait lisse, et alors leurs secours manquent au naturaliste :

toutefois est-il que, quand elles sont distinctes, leur position relative est constamment la même, c’est-à-dire celle que nous venons d’indiquer.

Dans les squilles ou mantes de mer, le corselet ou la partie correspondante est très

réduit, et ne protège guère que les organes de la manducation, qui sont très compliqués ; les viscères sont placés ailleurs, c’est-à-dire dans toute la partie du corps divisée en j segmens , qui précède la queue, et les branchies mêmes sont extérieures.

Dans les cloportes , ligies et cymothoés, le corselet n’est pas distinct, et le corps est partagé en un nombre d’anneaux plus ou j moins considérable ; on le retrouve dans les iimules et dans les apus ; mais il n’existe pas dans la plupart des entomostracés de Muller. On pourrait, jusqu’à un certain point, le regarder comme remplacé par les valves de plusieurs de ceux-ci , tels que les cypris et les cythérées.

Ce que l’on appelle vulgairement la queue dans les crustacés doit être plus justement dénommé par le mot abdomen , ou ventre, surtout dans les crustacés à dix paires de pieds , tels que les crabes et les écrevisses ; car le canal intestinal y est contenu, et, dans les squilles , les organes de la circulation y sont également renfermés. Cet abdomen est toujours divisé en anneaux ou segmens mo-

biles les uns sur les autres; il peut se plier en dessous et se relever au moyen de muscles puissans , et il est souvent un des organes les plus actifs de la locomotion. Il se termine dans beaucoup de crustacés par de petites pièces aplaties, souvent au nombre de cinq , formant l’éventail, qui en augmentent la surface, et qui seules, dans leur ensemble, doivent porter le nom de queue. L’abdomen a tantôt de petites dimensions relativement au volume du corps proprement dit renfermé sous la carapace ; et les crustacés qui , comme les crabes, se présentent tels, sont nommés brachyures ; tantôt il est, au contraire, très volumineux, et forme à lui seul la plus grande partie du volume de l’animal , comme on le voit dans les langoustes, les homards, les écrevisses , les salicoques , et c’est ce qui vaut à ceux-ci la dénomination de macroures. Dans certains de ces animaux, les divers segmens de l’abdomen portent des fausses pâtes ou appendices plus ou moins compliqués ou branchus, qui servent principalement chez les femelles à fixer leurs œufs, qu’elles transportent ainsi rassemblés en

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grappes , comme on peut le remarquer au temps du frai chez les écrevisses et les salicoques; dans d'autres, comme les squilles ou mantes de mer, on remarque , outre les fausses pâtes , les organes respiratoires placés sous cette partie du corps. Enfin, chez quelques uns le dessous de l'abdomen présente des lames ou valves en feuillets , qui contiennent d’abord les œufs , et qui , après leur éclosion , servent de lieu de refuge aux petits qui viennent de naître. Toujours l’anus est placé à l’extrémité de cette partie, et quelquefois on y remarque aussi des dépendances des organes de la génération : tantôt l’abdomen est étendu dans l’état ordinaire de l’animal , ou plus ou moins fléchi en arc et en dessous (les squilles pour le premier cas , les écrevisses pour le second ) ; tantôt f au contraire, il est exactement appliqué sous la partie antérieure du corps, et comme logé dans un sillon longitudinal dont la profondeur et la largeur répondent à ses dimensions.

Les pagures ou bernards -l’ermite sont remarquables parmi les crustacés, en ce que

leur abdomen est constamment mou, et qu’ils sont obligés , pour le soustraire aux attaques de leurs ennemis, de le loger dans la cavité de coquilles vides, dont ils changent à mesure qu’avec l’âge leur volume augmente; dans ces mêmes pagures, l’abdomen est terminé par de petits crochets remplaçant les lames de la queue proprement dite, et qui servent à les fixer dans leur habitation d’emprunt.

Le nombre ordinaire des segmens de l’abdomen est de cinq à six dans les crustacés proprement dits ; mais dans les entomostracés, et surtout dans les apus, il est beaucoup plus considérable : dans les derniers , les segmens servent tous de supports à autant de paires de pâtes branchiales; dans les limules , le second bouclier du corps , en dessus , peut être considéré comme appartenant à l’abdomen.

Quant aux appendices qui sont à l’extrémité de cet abdomen, ils sont variables en quantité, en formes et en usages; chez les écrevisses , il y en a cinq qui , par leur ensemble , servent de nageoires , et ce nombre

se retrouve dans tous les crustacés macroures : le plus ordinairement les latéraux sont formés eux-mêmes de deux pièces mobiles Tune sur l’autre. Les crabes proprement dits en manquent, ainsi que les vrais brachyures ; et on les voit rudimentaires et sans usages bien connus dans certains crustacés (tels que les porcellanes ) , intermédiaires à l’ordre des macroures et à celui des brachyures. Les squilles ont de ces appendices analogues à ceux des écrevisses ; les cymothoés et les cloportes ont de simples pointes coniques dont on compte tantôt deux , tantôt quatre ; dans les apus et les cypris, ce sont deux longs filets; dans le limule, c’est une longue pointe ensiforme et triangulaire, placée dans la ligne médiane du corps.

Mais une région dont nous n’avons pas encore parlé, et sur laquelle il est temps de revenir, c’est la partie inférieure du corps correspondante en dessous à la carapace, et qui, par sa position, peut recevoir le nom de poitrine ou de plastron. Cette partie n’est fort apparente que dans les crabes ou

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crustacés décapodes brachyures ; on y remarque des sutures qui indiquent une division de cette partie du corps en cinq segmens. Chacun des segmens est composé d’une pièce médiane on sternale fort large , qui concourt à former, par l’inflexion qu’elle présente dans son milieu, le grand sillon longitudinal dont nous avons fait mention , et dans lequel la queue vient se placer; sur chacun des côtés est une autre pièce plus petite ou latéro-sternale très variée clans ses formes, et sous laquelle prend attache une des dix pales de l’animal. La dernière des pièces sternales chez les mâles porte les deux organes excitateurs de la génération et le premier segment de l’abdomen : chez les femelles, les deux vulves sont placées sur la troisième. Enfin, la première est, dans les deux sexes, la plus vaste de toutes, et plus ou moins échancrée en avant pour donner place aux organes de la manducation.

Dans les écrevisses et autres crustacés macroures, ainsi que dans les squilles, la bouche occupe une grande place en dessous crustacés, i . i o

2 10 INTRODUCTi ON.

de la carapace , et les pièces qui composent la poitrine et qui donnent attache aux pâtes ne sont point distinctes.

Les membres des crustacés servent à la marche dans quelques uns, à la natation chez quelques autres, et à ces deux modes de mouvement dans plusieurs d’entre eux. Les crustacés proprement dits ont dix pieds , et à cause de cela ils ont été désignés particulièrement sous le nom de décapodes . Dans tes squilles ou stomapodes, les organes les plus extérieurs de la manducation sont tellement semblables aux pieds par leurs formes, qu’on ne saurait dire précisément quel est le vrai nombre des pieds proprement dits qui servent à la marche ; mais au-delà de ceux-ci on observe cinq paires de pâtes branchiales très distinctes des premières. Les crustacés du genre des cloportes et de la plupart des genres qui environnent celui-ci ont quatorze pâtes servant à marcher ou à nager ; mais ici on trouve souvent des anomalies dans le nombre. Parmi les entomostracés , les caliges offrent des va lié tés non moins remarquables relativement

À leurs petites pâtes en crochets; les cypris et les cythérées ont, les unes huit pâtes, les autres quatre; les branchiopodes et les apus ont un nombre immense de pieds branchiaux mous qui font l’office de nageoires» Dans les seuls limuies, on retrouve des pieds au nombre de cinq paires, qui ont de l’analogie avec ceux des crustacés décapodes et stomapodes par leur composition.

Nous rappellerons encore ici que M. Savigny a démontré l’analogie qui existe entre les appendices du corps servant à la manducation et ceux qui sont employés pour le mouvement, et qu’il a fait voir que quand le nombre des uns se trouvait augmenté , c’était toujours aux dépens de celui des autres.

Quant aux formes et aux dimensions des organes de locomotion , elles sont très variables dans cette classe; mais toujours ces membres sont formés de plusieurs pièces articulées entre elles , et dont les parties dures ou passives sont extérieures, et les - parties molles et actives sont intérieures,

ainsi qu’on le remarque dans tous les animaux articulés.

Rarement toutes les pâtes d’un crustacé sont de longueur égale : dans les uns, cette longueur va successivement en croissant depuis les premières jusqu’aux dernières, et dans d’autres c’est l’inverse; chez quelques uns, une ou plusieurs paires de pieds intermédiaires aux antérieures et aux postérieures ont des dimensions beaucoup plus restreintes que celles-ci ; dans certaines espèces, comme les macropodes, les extrémités ont une grandeur démesurée , comparée à celle du corps, et dans d’autres, au contraire, on remarque à cet égard l’excès de la brièveté. La symétrie n’existe pas constamment entre les deux pâtes d’une même paire; ainsi, dans les nikas, il arrive que l’une est courte et terminée en simple pointe , tandis que sa correspondante est très longue , multiarticulée , et finit par une pince.

Dans les crustacés proprement dits, les pâtes sont au nombre de dix , dont la plu-

part sont formées de six pièces, savoir : mie hanche ou pièce baséale qui est très courte ; une pièce encore plus petite , que nous appellerons trochanter ; une troisième , qui est la plus longue de toutes , et qui reçoit le nom de jambe ; une quatrième plus courte , ou jambe ; une cinquième , qui peut être appelée métatarse; et une dernière, tantôt pointue, tantôt en lame aplatie et ovale, que l’on a nommée ongle > mais que nous désignerons par la dénomination de tarse .

Souvent avec les pâtes simples, dont nous venons de faire connaître la composition, existent aussi des pâtes en serres ou en pin™ ces; dans celles-ci, l’avant-dernier article est ordinairement renflé à sa base et terminé en pointe ; et le dernier, qui est aussi pointu , est articulé avec lui d’une manière mobile et latérale, de façon à former une sorte de tenaille qui peut serrer plus ou moins fortement les objets qu’elle embrasse. Cette pièce mobile est appelée doigt ou pouce par la plupart des auteurs.

Le plus souvent il n’y a qu’une paire de

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pinces qui est antérieure aux autres pâtes, et dont les dimensions varient : aussi ces pinces sont-elles tantôt très grêles, comme dans les palémons ou salicoques, tantôt très grosses et fortes , comme dans les homards , les écrevisses et la plupart des crabes ou crustacés brachyures. 11 arrive aussi quelquefois, comme dans les ocypodes, que l’une de ces pinces est beaucoup plus volumineuse que l’autre , et seule utile à l’animal.

Ce n’est que dans les crustacés décapodes macroures qu’on trouve des pinces jusqu’à la troisième paire de pâtes après la première.

Les pâtes postérieures sont celles qui servent avec le plus d’efficacité à la natation dans certains genres, comme celui des portunes ; alors leurs différentes pièces sont aplaties, élargies, et la dernière est en forme de pièce ovale et ciliée sur les bords , de manière à former une sorte de rame qui agit en arrière et de chaque côté.

Dans les pagures , les pieds prennent la direction circulaire de la spire de la coquille qui les contient, et les membres du

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côté extérieur à la columelle de celle-ci sont toujours beaucoup plus forts que ceux qui sont du côté intérieur.

Les petits crustacés, tels que ceux qui avoisinent les cloportes, ont tantôt leurs pâtes très courtes (comme les bopyres et les cymothoés ), tantôt très longues (comme les chevrolles) ; quelques uns ont les premières de ces pâtes en pinces ( les phronimes ) ; d’autres les ont en ventouse ( binocles ou argules). Dans les limules, les pâtes servent à la fois d’organes de mouvement et d’organes de mastication , parce qu’elles entourent la bouche et que les cuisses font l’office de mâchoires ; les caîiges n’ont que de petits pieds en crochets qui servent à les fixer à la peau ou aux branchies des poissons sur lesquels ils vivent en parasites; les cypris et les cythérées ont leurs pâtes terminées par plusieurs soies. Enfin, dans les apus et les branchiopodes, les pieds , très nombreux , sont formés de lames molles diversement conformées, et garnies de cils longs et très abondans , disposées comme les lames branchiales des pois

sons, et qui sont de véritables organes de respiration.

Nous ne redirons rien ici des fausses pâtes , dont il a été fait mention précédemment.

Toutes les parties qu’on vient de passer rapidement en revue seront détaillées et caractérisées d’une manière convenable dans Fhistoire de chaque genre.

L’anatomie des crustacés a été tentée dès le temps du renouvellement des sciences en Europe; cependant elle est encore imparfaitement connue. Roesel et M. Cuvier sont ceux qui ont fourni les meilleurs matériaux à cet égard. Nous allons rapporter les faits de cette anatomie les plus remarquables, et surtout ceux sur lesquels il n’existe aujourd’hui aucune contestation.

Le système solide , ou le squelette des crustacés , est extérieur, et se compose seulement chez eux de la peau plus ou moins endurcie , car on observe encore , à cet égard , de nombreux degrés entre le test épais et bien calcaire des crabes, des langoustes et des homards , le test moins résis-

tant des écrevisses, celui mince et transparent des salicoques, et les enveloppes presque membraneuses des derniers entomostracés. Dans tous ces animaux , le squelette, ou plutôt la peau, est renouvelé au moins une fois l’année par une mue, et la peau qui remplace l’ancienne , d’abord très mince et très molle, prend peu à peu l’épaisseur qu’elle doit avoir en recevant dans sa partie qui est comparable au derme des animaux des classes supérieures, une quantité plus ou moins considérable de dépôt calcaire. Les différentes pièces de cette peau endurcie, qui ne doivent point se mouvoir les unes sur les autres , sont jointes par des sutures droites; toutes celles, au contraire, qui sont douées de mouvement sont articulées entre elles, et le sont par ginglyme : il n’y a guère de mouvemens rotatoires que pour les antennes , les yeux , et les hanches des diverses pâtes.

Les muscles, de couleur blanche, et toujours placés en dessous du système solide, sont formés de fibres presque sans adhérence entre elles, et ne sont pas revêtus

d’une enveloppe aponévrotique ; iis ressemblent à des bandelettes linéaires, sans renflement ou ventre dans leur milieu , et ils sont symétriquement placés à droite et à gauche de la ligne moyenne du corps; leur ! nombre est au moins aussi considérable que celui des muscles des insectes.

De même que nous n’avons pu détailler dans ces généralités toutes les formes exté- j rieures que présentent les diverses espèces de crustacés connues, de même il nous est interdit de décrire toutes les différences que présente le système musculaire de ces animaux : néanmoins nous croyons devoir donner ici, d’après M. Cuvier, un exemple de la distribution des organes actifs du mouvement de ces êtres , en rapportant ce que ce savant a écrit sur ce sujet, relativement à l’écrevisse :

« Dans les écrevisses, l’abdomen est formé de six segmens principaux, et terminé par cinq lames caudales ; les segmens varient un peu pour la forme ; ils sont convexes en dessus, et se recouvrent les uns les autres comme des tuiles : en dessous, ils sont plus

étroits, et réunis par une membrane lâche qui leur permet un grand mouvement ; ils portent là , dans l’angle de réunion de leur portion inférieure avec la dorsale, des espèces de nageoires crustacées , bordées de cils, et formées de plusieurs articulations ( fausses pâtes) : elles se meuvent de devant en arrière, et un peu de dehors en dedans, à l’aicîe de petits muscles contenus dans l’intérieur de chaque articulation, mais qui ne diffèrent pas assez de ceux des vraies pâtes pour les décrire en particulier.

« Les cinq lames qui terminent la queue sont deux paires et une impaire ; celle du milieu est articulée directement avec le dernier segment. C’est sous cette lame que se trouve l’ouverture de l’anus; dans quelques espèces , elle est comme brisée dans son milieu, et susceptible d’un petit mouvement. Les deux lames latérales sont supportées par une pièce commune qui s’articule avec le dernier segment de l’abdomen ; la lame la plus interne est simple et ciliée ^ comme celle du milieu , à son extrémité ; mais l’externe est comme articulée vers son

tiers inférieur, ou plutôt formée de deux pièces, dont la première recouvre par son extrémité, qui est dentée, la petite qui la suit , dont le bord est garni de cils très serrés.

« Les muscles qui meuvent cette queue j ont une conformation très singulière; ils forment deux masses distinguées Tune de l’autre par le canal intestinal. La masse dorsale est plus menue et moins composée; on y remarque trois sortes de fibres : les premières constituent un muscle qui s’attache dans la partie dorsale de la carapace vers son quart postérieur; il se dirige ensuite obliquement de devant en arrière, et de dedans en dehors, vers les parties latérales du premier segment de l’abdomen , où il s’insère. Lorsque le muscle d’un côté agit séparément , il porte la queue à droite ou à gauche ; lorsque tous deux agissent ensemble, ils doivent la redresser quand elle est fléchie , et la maintenir droite.

« La seconde et la troisième série des fibres musculaires s’étendent sur toute la longueur du dos en deux lignes parallèles très con-

ligues; elles viennent des parties latérales et supérieures de la cloison de la carapace, sur laquelle s’appliquent les branchies; elles s’attachent là par diverses digitations. Arrivées sur le premier anneau de l’abdomen, on remarque à la surface une petite intersection, et l’on voit qu’un petit trousseau de fibres se contourne pour s’insérer à ce premier anneau, et ainsi de suite pour chacun de ceux qui suivent : cette disposition donne à la bande interne une apparence de corde tordue.

« La portion externe de la masse dorsale est formée de fibres distinctes et longitudinales.

« La masse ventrale des muscles de l’abdomen est beaucoup plus épaisse et plus compliquée que celle du dos. Pour se faire une idée précise de sa composition, on la décrira comme vue sous trois faces.

« Le muscle ventral de la queue, vu par le dos, prend naissance dans l’intérieur du thorax, au-dessous de la partie osseuse, divisée en petites loges qui renferment les muscles des hanches ; ce muscle est alors

CRUSTACÉS, I. Il

partagé en droit et gauche : chacun d’eux est formé de trois larges digitations. Arrivées sur le premier segment de Fabdomen , les fibres longitudinales plongent sous d’autres qui sont contournées et qui les embrassent. Le reste du muscle, sur toute la longueur de la queue, est aussi formé de deux séries de fibres convexes et couchées parallèlement les unes à côté des autres, séparées de droite à gauche par une gouttière dans laquelle est logé le canal intestinal.

« Le muscle ventral de Fabdomen , vu par-dessous même, présente trois ordres de fibres bien marquées : la première série est produite par la face inférieure des digitations qui s’insèrent sur les cloisons osseuses du thorax; la seconde série est formée de fibres obliques, qui sont la continuation des premières, et qui s’étendent de la ligne moyenne dans laquelle est situé le cordon médullaire des nerfs, jusque sur les parties latérales des anneaux dans l’angle qui résulte de la réunion de la partie dorsale avec la ventrale : il y a deux forts trousseaux de fibres pour chacun des angles des an-

neaux , depuis le premier jusqu’au sixième. Enfin, la troisième série est produite par des trousseaux impairs de fibres transversales qui décrivent des arcs dont la convexité est inférieure. Ces cerceaux musculeux , aplatis, correspondent à l’extrémité de chacun des anneaux , et paraissent former autant de poulies dérivatoires pour les fibres obliques dont on vient de parler.

« Enfin , le muscle ventral , coupé longitudinalement dans sa partie moyenne , ressemble à une corde dont les spires seraient peu obliques; les fibres qui correspondent aux trousseaux transverses sont distinctes et plus étroites.

« De cette singulière complication , il résulte que ce muscle , isolé de toutes ses adhérences , ressemble à une tresse très serrée dont chacun des fils, au lieu d’agir dans la direction longitudinale , se meut obliquement dans le canal formé par les fibres voisines. Chacune des articulations des pâtes a deux muscles, un extenseur et un fléchisseur.

« L’extenseur de la hanche est situé dans

l’intérieur du corselet, sur la pièce cornée qui soutient les branchies , un peu en devant de la branche , qu’il tire en avant.

« Le fléchisseur de la hanche est aussi attaché sur la pièce cornée qui soutient les branchies; mais il est placé en arrière, et produit le mouvement contraire du précédent.

« L’extenseur de la cuisse est plus fort que le fléchisseur ; il est attaché, dans l’intérieur de la hanche, à sa portion antérieure , et s’insère à l’éminence supérieure de l’articulation de la cuisse : il est plutôt abaisseur.

« Le fléchisseur de la cuisse , ou mieux le releveur, est plus court que le précédent; il occupe la partie postérieure interne de la cuisse , et s’insère à l’éminence inférieure de l’articulation.

« L’extenseur de la jambe est situé dans l’intérieur de la cuisse , dont il occupe toute la largeur; il s’insère au bord externe de l’articulation de la jambe.

« Le fléchisseur de la jambe est moins fort que son extenseur; il est couché sous

lui , et s’insère au bord interne de l’articulation.

« L'extenseur de la première pièce du tarse s’attache intérieurement à tout le bord supérieur de la jambe, et s’insère à l’éminence la plus élevée de l’articulation de la quatrième pièce.

« Le fléchisseur de la première pièce est attaché aussi dans l’intérieur de la jambe , mais à son bord inférieur, et il s’insère à l’éminence la plus basse de l’articulation.

« L’extenseur de la pince et son fléchisseur occupent et partagent l’intérieur de la quatrième pièce; leur place détermine leurs fonctions.

« L’extenseur du pouce est un très petit muscle qui occupe la partie supérieure de la pince.

« Le fléchisseur du pouce s’attache à tout le reste de la pince ; il a un fort tendon osseux, intermédiaire, plat et oblong : il est très volumineux. »

Ici nous terminerons ce que nous avons à dire du système osseux ou plutôt crustacé, et du système musculaire, et consé-

quemment des organes de la locomotion dans les animaux de cette classe : nous allons passer à la description du système nerveux et des organes des sens.

Le système nerveux dans les crustacés a de l’analogie avec celui des mollusques et des insectes, en ce que la masse encéphalique est très peu volumineuse , et que le cordon médullaire est placé inférieurement au canal intestinal, au lieu de l’être en dessus comme chez les animaux vertébrés.

Dans les écrevisses, le cerveau, ou plutôt le ganglion cérébral , forme une masse plus large que longue, divisée supérieurement en quatre lobes , qui est placée audessus de Fœsophage, et fournit des nerfs qui se rendent aux yeux et aux quatre antennes ; ensuite deux gros filets nerveux entourent symétriquement cet œsophage, et se réunissent en dessous pour former un cordon noueux qui se prolonge d’une extrémité du corps à l’autre et sur la face ventrale. Les nerfs des yeux sortent des lobes moyens du cerveau , et , rendus dans l’organe , ils s’y divisent en une multitude de filets qui for

ment on pinceau, et aboutissent à tous les petits tubercules que présente la cornée transparente. De la face inférieure du cerveau naissent les quatre nerfs qui vont aux antennes, et qui donnent quelques filets aux parties voisines. Les cordons qui forment le collier naissent du bord postérieur du cerveau ; ils donnent chacun , vers le milieu de sa longueur, un gros nerf qui va aux mandibules et à leurs muscles; ils se réunissent sous l’œsophage en un ganglion oblong qui fournit des nerfs aux diverses paires de mâchoires. A partir de cet endroit, les deux cordons restent rapprochés dans toute la longueur du corselet, et y forment cinq ganglions successifs, placés entre les articulations des cinq paires de pâtes; chaque pâte reçoit un nerf du ganglion qui lui correspond, et ce nerf pénètre jusqu’à son extrémité : ce sont ceux de la paire de serres qui ont le plus de grosseur. Les cordons médullaires , arrivés dans l’abdomen , s’y unissent si intimement, qu’il n’est plus possible de les distinguer; ils y forment six ganglions, dont

les cinq premiers fournissent chacun deux paires de nerfs; le dernier en produit quatre , qui se distribuent en rayons aux lames écailleuses qui composent la queue proprement dite.

Les pagures, dont l’abdomen n’est pas recouvert d’écailles articulées , paraissent avoir moins de ganglions que l’écrevisse ; on ne leur en voit que cinq. Dans les squilles, il y a dix ganglions, sans compter le cerveau : celui qui est à la réunion des deux cordons qui ont formé le collier donne des rameaux aux deux serres et aux trois paires de pâtes qui suivent immédiatement, et qui, dans ces animaux, sont presque rangées sur une même ligne transversale , aussi ce ganglion est-il le plus long de tous ; chacune des trois paires suivantes a son ganglion particulier. Il y en a ensuite six dans la longueur de l’abdomen qui distribuent leurs filets aux muscles épais de cette partie ; le cerveau donne immédiatement quatre troncs de chaque côté , savoir : l’optique, ceux des deux antennes, et le

cordon qui forme le collier. Comme les antennes sont placées ici plus en arrière que le cerveau , leurs nerfs se dirigent en arrière pour s’y rendre.

Dans les crabes et autres crustacés décapodes brachyures, le cerveau ressemble à celui de l’écrevisse par sa forme et sa situation. Il fournit aussi des nerfs analogues, mais qui se dirigent plus sur les côtés , à cause de la situation des yeux et des antennes. Les cordons médullaires, qui forment le collier, donnent aussi chacun un nerf aux mâchoires ; mais ces cordons se prolongent beaucoup plus en arrière que dans les écrevisses, sans être réunis; ils ne le sont que dans le milieu du thorax , et là commence une masse médullaire, figurée en anneau ovale , évidée dans son milieu , et huit fois plus grande que le cerveau. C’est du pourtour de cet anneau que naissent les nerfs qui vont aux diverses parties ; il fournit six nerfs de chaque côté pour les mâchoires et les cinq pâtes , et il y en a un onzième ou impair qui vient de la partie postérieure , et se rend à l’abdomen. Il re~

présente, pour ainsi dire , le cordon noueux ordinaire ; mais ses ganglions , s’il en a , ne sont point visibles.

Dans les cloportes, les deux cordons qui composent la partie moyenne du système nerveux ne sont pas entièrement rapprochés. On les distingue bien dans toute leur étendue. Il y a neuf ganglions, sans compter le cerveau ; mais les deux premiers et les deux derniers sont si près l’un de l’autre, qu’on pourrait les réduire à sept.

Dans les entomostracés où il est visible, le cerveau est un petit globe presque transparent, situé sous l’intervalle des yeux; le cordon médullaire est double , et a un renflement à chacune des nombreuses articulations du corps; mais tout le reste est si mince et si transparent , qu’on a peine à s’assurer de sa véritable nature.

Passant maintenant à l’examen des organes des sens dans les crustacés , nous commencerons par ceux de la vue.

La plupart des crustacés ont des yeux , et ces yeux paraissent dans quelques uns cloués d’une organisation très compliquée ;

mais plusieurs en semblent totalement privés. Parmi les premiers, les uns ont les yeux mobiles , au moyen d’un appareil musculaire approprié , et les autres les ont sessiles et résultant, comme ceux des insectes, d’une simple modification de la peau extérieure , ce qui a donné lieu à la division proposée par M. de Lamarck des animaux de cette classe en deux sections, les pédiocles et les sessiliocles ; lesquelles ont été adoptées par M. Leach , sous les noms de poclophthalmes et d3 édriophthalmes . Les yeux sont tantôt simples, et tantôt composés à la manière de ceux des insectes, et soit qu’on les observe à l’un ou l’autre état, ils ne sont le plus ordinairement qu’au nombre de deux , symétriquement disposés; mais dans quelques entomostracés appelés monocles > l’œil est unique.

Les yeux simples sont toujours très petits ; mais les yeux composés forment le plus souvent des masses considérables; Je nerf optique, selon M. Cuvier, traverse le tubercule sur lequel ils sont placés , et arrivé au centre de leur convexité , il forme un petit bouton , d’où partent en tous sens

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des filets très Uns, qui rencontrent à quel-; que distance la membrane choroïde , qui est à peu près concentrique à la cornée , et qui enveloppe cette brosse sphérique de Textrémité du nerf, comme le ferait un capuchon ; toute la distance entre cette cho~ roïde et la cornée est occupée, comme dans les insectes, par des filets blanchâtres serrés , qui se rendent perpendiculairement de l’une à l’autre, et dont l’extrémité qui se rend à la cornée est également enduite d’un vernis noir; les filets sont la continuation de ceux qu’a produits le bouton qui termine le nerf optique , et qui ont percé la choroïde.

Les yeux des crabes , des écrevisses , des langoustes , etc. , sont des yeux composés ; leur surface extérieure ou cornée, formée par une peau solide , mais très transparente , èst divisée en une multitude de petites facettes hexagonales , légèrement bombées , qui sont autant d’yeux particuliers placés dans toutes les directions ; leur masse est d’autant plus mobile, que le pédoncule qui la supporte a plus de longueur. Les pédoncules, médiocrement développés dans la plupart de ces

animaux, le sont à l’excès dans les ocypodes, les rhombilles, et surtout dans le genre podophthalme. Dans les cloportes et les crevettes, les masses oculaires sont comme bosselées, ce qui semble indiquer que ce sont des yeux composés , mais dans lesquels les yeux particuliers sont peu nombreux; l’œil en apparence unique des daphnies adultes est placé en dedans de l’enveloppe générale de la tête, dont la transparence est telle, qu’elle permet de l’apercevoir ; sa formé est celle d’une sphère mobile sur son centre dans toutes les directions ; sa surface est garnie d’une vingtaine de cristallins parfaitement limpides , placés à petite distance les uns des autres, et s’élevant en demisphères sur un fond noir qui forme la masse de l’œil.

Les yeux des lyncées , des polyphénies ou céphaloeles, et desbranchipes, sont organisés comme l’œil des daphnies; mais dans les premiers de ces crustacés, ils sont pédonculés, et non renfermés sous l’enveloppe générale de la tête.

Il est certain que les crustacés jouissent

ï34 INTRODUCTION.

du sens de Fouie f du moins les crabes et les écrevisses , et Fon regarde , chez eux , comme organe de ce sens, une petite cavité percée dans l'épaisseur du test à la J partie inférieure du premier article des antennes extérieures ; c’est une sorte de petit j vestibuje ovale tapissé par une membrane mince , blanche , et rempli d’un fluide aqueux dans lequel pénètre un nerf qu’on a considéré comme le nerf acoustique ; à l’orifice extérieur de cette cavité est appliquée une membrane ronde, épaisse, tendue, et qu’on peut regarder comme une sorte de tympan.

Il est également certain que ces animaux ont la faculté de percevoir les émanations odorantes des corps; car la chair corrompue les attire quelquefois en grand nombre dans les lieux où ils ne peuvent l’apercevoir, et tout le monde sait que cette chair est l’appât dont on se sert pour prendre les écrevisses dans nos rivières; mais l’organe de ce sens n’est pas connu, et l’opinion que quelques naturalistes ont émise, qui ferait résider cet organe dans les antennes

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intermédiaires, n’est appuyée d’aucune expérience démonstrative du fait. Ce n’est que par analogie que L’on a conclu que ces antennes recevant la première paire de nerfs , comme les organes olfactifs des animaux des classes supérieures , elles devaient remplir les mêmes fonctions.

Vraisemblablement les parties molles ou membraneuses qui entrent dans la composition des parties de la bouche servent au sens du goût ; mais on ne saurait affirmer quelles sont celles de ces parties qui jouissent de cette propriété.

Quant au sens général du toucher , il doit être assez obtus chez les crustacés , qui n’ont point d’organes de tact spécial appareils ; la dureté quelquefois extrême, mais toujours évidente, de leurs enveloppes, s’oppose à l’exercice de ce sens , et l’on ne pourrait lui supposer quelque degré de perfection que dans les antennes et les divers filets ou palpes qui dépendent de la bouche.

La peau, qu’on considère comme organe du toucher dans les animaux des premières classes , est ici d’une nature particulière,

puisqu’elle forme, pour ainsi dire, le squelette des crustacés ; elle se compose d’un épiderme, d’une seconde couche pins ou moins épaisse , ou derme, dans les mailles de laquelle se dépose la matière calcaire qui donne de la solidité au test, d’une troisième couche, d’apparence cartilagineuse et de couleur opaline ; enfin , d’une quatrième et tout-àfait interne , de nature fibreuse et évidemment vivante.

La mue est une propriété particulière des crustacés, et qu’ils partagent principalement avec les larves d’insectes. Dans cette opération , ce sont les deux premières couches de la peau, c’est-à-dire le derme et l’épiderme , qui sont remplacées , et les deux autres couches paraissent avoir pour fonction de régénérer et de remplacer celles-ci après leur chute. Plus tard nous décrirons la manière dont le changement de test se fait chez les crustacés.

La nutrition dans ces animaux s’exerce au moyen d’organes et de viscères très compliqués. Tous les crustacés ont un canal intestinal à deux issues, et dont l’orifice

antérieur est armé de pièces nombreuses qui servent à la préparation convenable des alimens, caria plupart vivent de substances solides qu’ils triturent au moyen des mouvemens latéraux de leurs mâchoires et de leurs mandibules, dont nous avons donné une description succincte plus haut; néanmoins quelques uns d’entre eux ne vivent que de substances liquides, et ceux-ci sont pourvus d’une petite trompe ou bec d’une forme assez simple.

Chez les crustacés mâcheurs, les formes de la bouche sont extrêmement variables, et, ainsi que nous l’avons dit, le nombre des pièces qui la composent est en raison inverse de celui des pieds, parce que, par des transitions remarquables dans les divers genres, ces pieds, en se rapprochant des organes masticateurs et se réunissant à eux, peuvent changer de fonction et concourir à la nutrition.

Comme les crustacés sont généralement des animaux carnassiers , leur canal intestinal a peu de longueur, et sé rend assez directement de la bouche à l’anus; mais leur

estomac est de diverses formes et grandeurs, et c’est surtout chez les crustacés proprement dits, ou décapodes, qu’il offre des particularités remarquables. En effet, dans les écrevisses et les crabes, il est vaste, mem • braneux, et ses parois sont soutenues par des arceaux cartilagineux qui contribuent à lui donner extérieurement une figure anguleuse ; près du pylore sont aussi comprises dans ces parois deux pièces plus épaisses dont la surface interne est aplatie comme une couronne de dent molaire; il n’y a pas de doute que ces pièces ne soient employées à une nouvelle trituration des alimens.

A l’époque où ces animaux vont muer, on trouve de plus, appliquées sur la face interne de l’estomac, deux masses ovales aplaties, mais assez épaisses, de nature calcaire , et qui n’existent plus lorsque le nouveau test a pris de la solidité. Il semble que ce soit la provision de matière crétacée qui doit être employée pour cette consolidation, et qu’elle est mise en réserve par avance : ces corps, de couleur blanche, sont vulgab-

INTRODUCTION. l3q

renient connus sous le nom de pierres ou cl 9 yeux d'écrevisses , et on leur a attribué de prétendues propriétés médicales dont elles n’ont jamais joui, si ce n’est cju’on peut les considérer comme appartenant à la classe des remèdes absorbans , ainsi que toutes les matières calcaires. Les squilies ont l’estomac petit et triangulaire, et pourvu, dans sa région pylorique, de petites dents pointues; dans les autres crustacés, il est plus ou moins distinct, mais sans formes ni anomalies remarquables. Dans les crustacés décapodes , l’intestin présente souvent dans son milieu un bourrelet dans lequel se trouve une forte valvule, et d’où part un cæcum plus ou moins développé. L’anus n’a rien de remarquable; il est toujours fort éloigné des organes extérieurs de la génération.

Le foie, dont la couleur est jaune ou verdâtre, et dont la substance est grumeleuse, est très volumineux chez les crustacés décapodes, et surtout à certaines époques de l’année; c’est lui que l’on mange comme

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ce qu'il y a de meilleur dans le corps de ces animaux , et qu'on désigne vulgairement sous le nom de farce ; il est placé à la face inférieure de la cavité viscérale, et déborde en avant et de chaque côté de l'estomac, ainsi qu’il le fait en arrière à l’égard du cœur; il se compose d’une multitude de petits cæcums entremêlés 9 de couleur jaunâtre, dont les parois spongieuses renferment une bile brune et un peu amère. Sa communication avec le canal intestinal n’est pas encore connue , mais M y a lieu de croire qu’elle a lieu près de l’estomac, si ce n’est dans cet organe lui-même. Dans les squiîles, le foie est partagé en lobes qui accompagnent le canal intestinal dans toute sa longueur. Chez les cloportes, il paraît remplacé par quatre gros vaisseaux aveugles ou sortes de cæcums ondulés, de couleur jaunâtre, et semblables aux vaisseaux hépatiques des insectes. Dans quelques entomostracés , on voit des organes semblables à ceux-ci, et auxquels on suppose les mêmes fonctions.

On n’a observé ni pancréas ni péritoine

INTRODUCTION. l4l

dans les crustacés; l’estomac est maintenu par des muscles particuliers, et le canal intestinal est libre dans toute sa longueur.

Les crustacés ont pour fluide nourricier un liquide blanc et limpide, qui reçoit, comme chez les insectes et les mollusques , le nom de lymphe; ce fluide circule dans un système complet de vaisseaux qui le portent du cœur au corps, et du corps aux organes respiratoires , en décrivant un cercle simple. Le cœur est toujours situé dans la région dorsale : chez les crabes, il occupe une place qui est un peu en arrière et sur la ligne moyenne du dos ; et dans les écrevisses, on le voit au-delà du sillon transversal du test , entre celui-ci et le premier anneau de l’abdomen. Il est logé dans une cavité qui sépare les cloisons entre lesquelles sont renfermés les muscles des pâtes , d’un côté et de l’autre; sa forme est ovale, déprimée, et sa couleur est blanchâtre.

Quant à la marche de la lymphe, elle a été le sujet de plusieurs explications. M. Cuvier ( Anat . comp. , tome IV, p. 408) dit que « le cœur des décapodes (crabes, ho-

« mards, écrevisses, pagures) est un cœur « aortique comme celui des mollusques; il « reçoit le sang des branchies par un gros « vaisseau qui remonte de la région ventrale,

« où il se porte sur la longueur du thorax,

« pour recevoir lui-même le sang par des «vaisseaux latéraux.» Du moins, c’est ce que M. Cuvier a vu dans le pagure , mais il lui a semblé voir dans le homard, que « les veines des branchies (ou organes de « respiration) se rendent directement par « deux troncs dans les deux côtés du cœur,

« Sitôt qu’on injecte une des grosses veines « des branchies, on voit la liqueur arriver « au cœur par la voie qui vient d’être indi- « quée. Le cœur donne de cette même partie « postérieure un autre vaisseau qui est arté- « rieî , se porte directement en arrière, et « se distribue aux organes de la génération « et aux muscles de la queue (l’abdomen). « La partie antérieure donne un nombre « d’autres artères variables selon les es- « pèces.,... Les artères branchiales ne vien- « nent pas du cœur; on a beau injecter « celui-ci , la liqueur ne passe pas aux bran»

INTRODUCTION. i /fS

chies, quoiqu’il soit aisé de la faire passer

« des branchies au cœur Dans les squilles ,

« le sang qui se rend aux branchies vient « d’une grosse veine cave longitudinale, qui « va d’un bout du corps à l’autre sous l’in- « testin, et par conséquent à la face opposée

a à celle qu’occupe le cœur » M. Cuvier

« n’a point vu cette veine cave dans les ( décapodes, parce qu’il n’a pas eu occasion « de l’y chercher depuis qu’il l’a vue dans « les squilles ; mais l’analogie ne lui permet ( pas de douter qu’elle ne s’y trouve aussi. » Dans le Règne animal , publié douze ans plus tard, le meme anatomiste indique pour la lymphe une marche absolument inverse à celle qu’il avait reconnue d’abord. « La c circulation des crustacés, dit-il (tome III, « page 5 ) , est double ; le sang qui a respiré « se rend dans un grand vaisseau ventral « qui le distribue à tout le corps, d’où il « revient à un vaisseau ou même à un vrai « ventricule situé dans le dos, qui le renvoie

« aux branchies » Et plus loin il dit des

squilles, « que leur cœur s’allonge en un « gros vaisseau fibreux qui règne tout le

« long de la partie dorsale du corps, don- « nant , à droite et à gauche, des branches « aux organes de la respiration et aux autres « parties. » On voit que, selon le Traité d’ Anatomie comparée , le sang passerait des branchies au cœur, du cœur au corps, et du corps aux branchies; tandis que , d'après le Règne animal , ce fluide cheminerait du cœur aux branchies , des branchies au corps, et du corps au cœur, directions tout-à-faii opposées.

Dans ces derniers temps (1827) on a reconnu, au moins dans le maja squinado qui habite les côtes de la Manche , que les premières recherches de M. Cuvier étaient celles qui expliquaient véritablement la marche de la lymphe dans les organes circulatoires des crustacés; mais on n’a pas été à meme de répéter sur la squille vivante les observations de M. Cuvier, ce crustacé n’existant en France que sur les bords de la Méditerranée.

Dans les entomostracés presque microscopiques, comme les lyncées et les daphnies, le cœur est petit, globuleux, placé au-

dessus du canai intestinal , dans la région dorsale, et l’on observe très bien ses mouvemens de contraction et de dilatation.

Enfin, dans les branchiopodes, on remarque un canal longitudinal , divisé par des cloisons en dix-huit ou vingt utricules , communiquant chacune avec celle qui la précède et celle qui la suit ; se dilatant et se contractant successivement d’arrière en avant, et qui a, par conséquent, la plus parfaite analogie avec le canal dorsal des insectes ? qu’on a considéré comme concourant à la circulation.

Les crustacés respirent par des branchies Ces viscères, tantôt intérieurs, tantôt extérieurs, occupent toujours une place assez considérable dans l’organisation de l’animal ; tantôt ils sont placés sur les côtés du corps, tantôt à sa face inférieure. On les voit tantôt dans la région moyenne de ce corps, tantôt à la partie postérieure seulement, et quelquefois dans toute son étendue : toujours ils sont symétriquement distribués, et le plus souvent en rapport ou connexion avec les organes du mouve-

crustaces. 1.

ili6

ment ; leurs formes varient beaucoup dans les différentes familles qui composent cette classe d’animaux.

Dans les crustacés décapodes, les branchies sont latérales à la masse du corps proprement dit, ou thorax, et cachées sous le test; elles communiquent au -dehors par certaines fentes qui sont placées en avant et en dessous de chaque côté de la carapace, et aussi, à ce qu’il paraît, par des ouvertures latérales de la cavité de la bouche : et dans les dorippes, on remarque de plus, de chaque côté de la carapace, et aussi en dessous, une large ouverture ovale dont les bords sont garnis de cils qui se croisent, et qu’on ne voit point dans les autres crustacés brachyures.

Ces branchies sont au nombre de sept de chaque côté : deux en rapport avec le premier et le second pied- mâchoire , et cinq annexées aux pâtes ; elles ont pour base une lame presque cartilagineuse, qui est articulée à son origine avec la hanche d’une pâte; elles sont couchées de chaque côté, la pointe en dedans, dans une cavité

aplatie, formée d’une part par le test des régions branchiales extérieures, et de l’autre par une grande plaque qui réunit et consolide toutes les cloisons qui contiennent les muscles des pâtes. Chacune de ces branchies a la figure d’une pyramide triangulaire allongée , formée d’abord par la lame cartilagineuse dont il vient d’être fait mention , et de plus, par une infinité de petites lames ou franges molles et membraneuses fixées à celle-ci , et divisées en deux masses dans le sens longitudinal de la branchie; ces parties molles sont empilées les unes sur les autres perpendiculairement à l’axe qui les soutient. Deux vaisseaux , dont l’un porte la lymphe qui doit respirer, et l’autre celle qui a respiré , sont placés dans le sillon de la branehie, et l’un de ces vaisseaux fournit et l’autre reçoit une multitude de petites divisions qui communiquent entre elles, et sont supportées dans leur ramification par les lames ou franges molles , sur la surface desquelles l’acte de la respiration s’opère. A chaque branchie est attachée une petite lame cartilagineuse sans frange ni vaisseau , dont l’usage n’est pas connu.

On conçoit que le vaisseau qui apporte la lymphe va en diminuant de calibre, et en se décomposant depuis la base de la branchie jusqu’à l'extrémité , tandis que l’autre, depuis cette extrémité , va en grossissant à mesure qu’il reçoit un plus grand nombre de petites ramifications. La lymphe suit , dans le premier, une direction opposée à la marche qu’elle a dans le second.

Tous les vaisseaux qui distribuent ce fluide aux branchies ( un pour chaque ) partent d’un tronc commun, souvent renflé et en forme de sinus; tous ceux qui charrient la lymphe qui a respiré finissent par se réunir en un tronc unique de chaque côté, qui se rend au cœur.

Les crustacés pourvus de branchies telles que nous venons de les décrire, respirent l’air qui est mêlé avec l’eau, soit douce, soit salée , selon les espèces ; mais quelques uns (lesocypodesetles tourlourous) peuvent rester dans l’air ordinaire un temps très considérable, plusieurs mois, par exemple, sans que leurs organes respiratoires en souffrent; et chez eux la respiration est aussi active que chez les autres. Il en est, au contraire.

INTRODUCTION. I 4g

comme les branchipes et les apus , qui ne peuvent être retirés un seul instant de l’eau sans périr; mais, chez eux, il faut remarquer que les branchies sont d’une mollesse extrême , et que ce simple déplacement peut suffire pour leur faire éprouver des lésions très graves.

Dans les écrevisses, homards, langoustes et crevettes , il n’y a de différence , sous le rapport de la structure des branchies , qu’en ce que ce ne sont pas des lames molles sur lesquelles s’opère la division des vaisseaux qui contiennent la lymphe qui doit respirer, mais le long de fiîamens cylindriques , séparés et divisés en houppes assez nombreuses, formant de chaque côté du corps cinq paquets principaux, dont un est en rapport avec les pieds-mâchoires extérieurs, et les autres avec les quatre premiers pieds: l’eau arrive à ces branchies à peu près par les mêmes voies que chez les crabes , c’està-dire par des ouvertures latérales et inférieures du test.

Chez les squilles, les branchies sont situées extérieurement à l’extrémité posté-

rieure de l’abdomen, en avant des lames caudales; elles sont annexées à cinq paires de nageoires courtes , qui garnissent les côtés des cinq derniers anneaux de cette queue : chacune est composée de deux lobes garnis de lames membraneuses ciliées , sur lesquelles se distribuent les vaisseaux.

Dans les crevettes , les organes de la respiration sont des appendices vésiculeux placés à la base des pâtes qui suivent la première paire; les chevrolles ont aussi des organes vésiculeux , au nombre de quatre ou de six , situés également vers le milieu du corps et à la base des pieds ; les cymoihoés, les cloportes, les aselles, ont les branchies placées sous la queue, et consistant en lames ou écailles vasculaires , ou en bourses membraneuses tantôt nues, tantôt recouvertes par des écailles solides. Les cloportes, qui présentent ce dernier mode, respirent l’air extérieur, et jamais celui qui est contenu dans l’eau : aussi asphyxie-t-on ces animaux en les plongeant pendant quelque temps dans ce liquide.

Chez les entomostracés, on trouve des différences non moins nombreuses; les limuîes ont pour organes respiratoires de nombreux feuillets placés et; empilés sous la seconde partie du test, et protégés par cinq paires de grandes lames transverses ou pieds-nageoires, qui garnissent cette partie. Certains caliges ont le corps terminé par des lames analogues à celles-ci ; les daphnies ont F extrémité de leurs huit dernières pâtes branchue , et changée en véritable Franchie. Dans les cypris, d’après les observations récentes de M. Straus, les branchies sont des lames pectinées qui sont annexées aux mâchoires; enfin, dans les apus et les branchipes, ces organes, extrêmement nombreux , sont en forme de feuillets membraneux disposés par paires, et garnissant toute la face inférieure du corps.

Les parties de la génération des crustacés sont visibles dans le plus grand nombre de ces animaux , qui sont tous ovipares et ont , pour la plupart , les sexes portés par des individus différens ; ces organes montrent assez cle variétés pour que nous soyons encore ici

obligés de multiplier les exemples des formes qu’ils présentent. Dans les crustacés décapodes (crabes et écrevisses), la semence du mâle est sécrétée par deux longs canaux aveugles qui se terminent chacun an-dehors par une verge cartilagineuse, conique, creusée dans toute son étendue par ce même canal , et qui est située sous l’un des côtés du plastron , en arrière du pied de la cinquième paire ; ce canal est très tortueux , et vers son extrémité aveugle ses circonvolutions sont beaucoup plus serrées encore et liées par une espèce de tissu cellulaire, de manière à figurer comme une sorte de testicule. Les deux testicules, rapprochés l’un de l’autre, occupent le milieu de la région dorsale entre l’estomac et le cœur, et correspondent en dehors à une région de la carapace, souvent bien limitée. Dans les écrevisses, la masse testiculaire diffère de celle des crabes, en ce qu’elle ressemble à un corps glanduleux blanchâtre , à six lobes, et qui ne paraît pas formé d’un seul canal enroulé sur lui-même.

Dans les mêmes décapodes, on voit chez

les femelles deux vulves placées à droite et à gauche , tantôt sur la pièce sternale en arrière de la troisième paire de pâtes ( crabes ) , tantôt sur la base meme des pâtes de cette paire ( écrevisses). A ces vulves aboutissent des oviductes tubuleux , et dont l’extrémité s’élargit pour former deux sortes de sacs ovifères ou ovaires placés dans le même lieu que les testicules chez les mâles, et se dilatant au-dessous du cœur dans le temps de la ponte. Chez les squilles, on regarde comme organe excitateur mâle un petit appendice crustacé, filiforme, arqué, qui est situé derrière chaque pâte de la dernière paire de celles qui servent à la locomotion seulement, et non à la mastication.

Par la disposition des parties sexuelles des animaux dont nous venons de décrire les organes, on conçoit que l’accouplement se fait ventre à ventre. Pendant la durée de cet acte, le mâle et la femelle nagent et marchent avec une étonnante facilité , quoique l’un d’eux soit dans une situation ren» versée.

Les crustacés, voisins des cloportes, et

les cloportes eux-mêmes , ont les parties de la génération doubles , et placées vers l’extrémité du dessous du corps; les femelles de quelques uns semblent vivipares , parce que les œufs éclosent, sous leur ventre, dans une espèce de poche ou de réservoir, où ils sont placés après la ponte. Dans les binocles de Geoffroy, ou argules de Jurine, il y a deux verges placées sur les côtés du corps des mâles, et la femelle n’a qu’une seule vulve située sur la ligne moyenne , à la face inférieure du corps et dans la partie postérieure. Les caliges, qu’on croit hermaphrodites, ont de chaque côté du corps et en arrière un appendice plus ou moins long , cylindrique , et comme divisé par de petites cloisons internes , qu’on a , jusqu’à présent, considéré comme étant un ovaire. Les apus sont également regardés comme hermaphrodites ; mais l’on n’a fait aucune observation sur leurs organes de la génération. Quant aux branchipes, on distingue d’abord très bien les mâles des femelles par la forme de leur tête , pourvue de grandes cornes qui manquent aux

dernières ; l’organe extérieur de la génération est situé après les pâtes branchiales et à l’origine de la queue, et celui du mâle est une petite verge obtuse et bifide. Quant à l’organe femelle , il a deux ouvertures : l’une ou la vulve, qui sert à la copulation , est placée à l’extrémité de la queue, et l’autre , qui sert à la sortie des œufs fécondés, est située à la base de la queue comme l’organe mâle , auquel elle ressemble un peu par sa forme extérieure. Le canal qui sert de vulve communique avec deux sacs en forme d’intestins longs , étroits et sinueux , qui sont les ovaires , et qui aboutissent par un seul oviducte à l’issue supérieure ou pon doir. Les organes préparateurs mâles consistent aussi en deux grands sacs intestiniformes et repliés qui aboutissent à la verge unique, dont il a été fait mention cidessus.

Les daphnies ont des sexes séparés sur des individus différens ; mais les mâles sont beaucoup plus rares que les femelles; cellesci ont deux ovaires qui s’étendent en forme de canaux tout du long du corps à droite

l5 6 INTRODUCTION.

et à gauche de l’intestin , et qui s’ouvrent sur le dos dans un point où la coquille laisse un vide qui sert de réservoir pour les œufs pendant un certain temps : les organes mâles ne sont pas connus. Chez les cypris , les individus semblent tous de même sorte , c’est-à-dire hermaphrodites; les ovaires sont très considérables , en forme de deux gros vaisseaux simples, coniques, terminés en ctil-de-sac à leur extrémité, placés extérieurement sur les cotés de la partie postérieure du corps, et s’ouvrant l’un à côté de l’autre dans la région antérieure de l’abdomen, où ils communiquent avec le canal formé parla queue. Enfin, chez les cyclopes, les mâles sont distincts des femelles : ces dernières ont leurs ovaires extérieurs en forme de deux sacs vésiculeux pendans aux côtés de la queue , et communiquant par un canal avec une vulve unique ; les mâles semblent avoir deux petites verges extérieures composées chacune de trois anneaux, et dont le dernier est le plus pointu.

Dans la plupart des crustacés, les œufs ont assez de solidité; les petits qui en sor-

tent sont, dans le pins grand nombre, semblables ou à peu près aux parens d’où ils sont provenus; mais dans quelques uns il existe une différence telle, qu’on retrouve chez eux des métamorphoses tout -à- fait analogues à celles qui sont propres aux insectes : tels sont les binocles et les branchipes. Le plus ordinairement les œufs ne sont point abandonnés à eux -mêmes par les mères qui les ont pondus ; ordinairement ils sont fixés, au moyen d’une glu qui se consolide et qui n’est point dissoluble dans Peau, aux fausses pâtes qui garnissent le dessous de l’abdomen; d’autres fois ils sont placés, dans des réservoirs particuliers, sous le ventre des femelles, comme chez les cloportes et les idotées, ou sur leur dos et sous les valves du test qui l’environne , comme dans les daphnies. Chez les bopyres, leur masse est si abondante, qu’ils recouvrent en entier l’animal qui les a pondus, et que le ventre de celui-ci est pour ainsi dire transformé, pour les recevoir, en une sorte de corbeille dont les pâtes, très aplaties et crustacés, i. 14

ï58 INTRODUCTION.

en forme de lames perpendiculaires , représentent les bords.

Quelquefois les œufs éclosent dans le lieu de dépôt où iis sont d’abord placés , et alors les animaux qui les portent semblent ovovivipares : tels sont ceux des daphnies , qui présentent encore plusieurs particularités remarquables relatives à la génération. C’est d’abord un seul accouplement d’un mâle avec une femelle qui donne lieu à un grand nombre de générations successives , toutes composées de femelles, absolument comme on l’observe dans les pucerons, jusqu’à ce qu’enfin il naisse de nouveau des mâles, qui donnent lieu , par leur réunion avec les femelles qui éclosent en même temps qu’eux, à une nouvelle lignée de femelles; c’est ainsi que les œufs qui éclosent sur le dos des femelles sont ceux seulement du printemps et de l’été, tandis que ceux de l’automne , qui sont revêtus d’une double enveloppe qui les rend un peu opaques, sont pondus à cet état d’œufs, pour passer l’hiver à l’abri du froid , dans la vase

des marais, et se développer au printemps, en reproduisant l’espèce, qui a été totalement détruite.

La plupart des crustacés décapodes font deux pontes dans l’année , et les entomostracés produisent presque sans interruption pendant toute la durée de la belle saison. Les œufs éclosent plus ou moins rapidement suivant les espèce^, puisqu’on en voit se développer presque dans le corps de la femelle, comme ceux des daphnies, tandis qu’il y en a d’autres , comme ceux des apus, qui, dans certaines circonstances, doivent conserver leurs propriétés vitales pendant des temps très longs, avant que le hasard les ait placés dans des circonstances propres à leur éclosion.

C’est ici le lieu de traiter d’un des faits les plus étonnans que nous fassent voir les crustacés ; c’est que , quand leurs pinces ou leurs pâtes sont rompues par quelque accident, comme cela leur arrive souvent, il leur en pousse de nouvelles au même endroit. Il est même des espèces qui tiennent si peu à leurs membres, qu’il suffit de les

l6o INTRODUCTION.

toucher, de les mettre près du feu, enfin, de leur faire craindre un danger, pour les déterminer à les abandonner en partie ou en totalité. Ce fait est si généralement connu, que personne ne s’est avisé de le révoquer en doute; les anciens, du moins Aristote et Pline, en parlent; mais ce n’est que dans ces derniers temps qu’on en a cherché l’explication.

Réaumur, à qui les sciences naturelles doivent de si nombreuses découvertes, est le premier qui ait tenté des expériences directes, pour s’assurer des moyens que la nature emploie pour la reproduction des pâtes des crustacés.

Ce célèbre physicien coupa donc des jambes à des crabes, à des écrevisses, et les mit dans ces bateaux couverts qui communiquent avec l’eau dans une portion de leur étendue , et qui sont destinés à conserver le poisson en vie. Au bout de quelques mois, il vit de nouvelles jambes qui étaient venues à la place des anciennes, et qui, à la grandeur près, leur étaient parfaitement semblables.

INTRODUCTION. l6l

Le temps nécessaire pour la reproduction des nouvelles jambes na rien de fixe; c’est un des endroits par lesquels cette régénération diffère de la génération ordinaire ; elles croissent d’autant plus vite, que la saison est plus chaude, et que ranimai est mieux nourri. Diverses circonstances rendent encore cette reproduction plus prompte ou plus tardive; une des plus essentielles est l’endroit où la jambe a été cassée. Le point de réunion de la seconde articulation avec la troisième, est le lieu où elles se cassent le plus aisément, et où la reproduction se fait le plus facilement; là, il y a plusieurs sutures qui semblent distinctes des articulations , du moins qui n’ont point de mouvement; c’est dans ces sutures, surtout dans celle du milieu , que la jambe se casse. Il est même plusieurs espèces de crustacés qui , lorsqu’on les blesse à quelques autres parties de leurs pâtes, cassent eux-mêmes le restant à cette suture, pour faciliter la réparation de leur perte.

Il n’y a pas de pareilles sutures auprès des autres articulations : aussi, si on coupe

la jambe ailleurs, elle s’y reproduit moins vite; mais ce qui mérite d’être remarqué, c’est qu’il ne renaît à chaque jambe que précisément ce qu’il fout pour la compléter.

Si c’est pendant l’été que l’on a cassé les pâtes d’un crabe ou d’une écrevisse, et qu’un jour ou deux après on observe les changemens qui sont arrivés, on voit une espèce de membrane un peu rougeâtre qui recouvre les chairs qui sont immédiatement au bout de l’endroit coupé. Sa surface est assez plane, comme le serait celle d’un linge étendu au bout d’un tuyau cylindrique : aussi le bout de la jambe ressemble-t-il alors à celui d’un tuyau d’éeaille. Quatre à cinq jours après, la même membrane prend une surface un peu convexe, semblable à celle d’un segment de sphère , et après quelques autres jours, cette figure sphérique se change en une conique, c’està-dire que la membrane dont il est question s’allonge de façon que son milieu s’étend plus que tout autre endroit de sa surface, et elle forme un petit carré qui n’a pourtant pour base qu’une partie de la circonférence

de l’endroit où la jambe a été cassée. Il semble que le milieu et les contours du milieu ont été seuls poussés en haut; souvent alors ce petit cône a environ deux, millimètres de hauteur; sa base reste toujours la même, mais sa hauteur augmente dans la suite ; après dix jours , elle a environ cinq millimètres; la couleur de la membrane qui forme cette exubérance devient blanche, et ce qu’il y avait de rouge à l’extrémité se détache.

On ne doit pas se représenter ce cône comme creux à l’intérieur. La membrane qui en fait la surface extérieure sert à envelopper des chairs, elle tient lieu de matrice ; à mesure que ce fœtus de jambe croît, la membrane qui l’enveloppe s’étend; comme elle est assez épaisse, ce n’est qu’après l’avoir coupée qu’on observe qu’elle renferme une petite jambe semblable à celle qu’on a enlevée ; car , lorsqu’on la regarde extérieurement, ce que l’on aperçoit ne semble qu’une excroissance de chair, de figure conique. Quelque temps après cette époque, c’est-à-dire au bout de douze à

quinze jours, cette ligure change un peu, ce petit cône se recourbe vers la tête de ^animal; ensuite, le même corps charnu se recourbe davantage ; le coude qu’il formait augmente, il prend une figure assez semblable à celle d’une jambe morte. Cette même partie , toujours incapable d’aucune action, acquiert jusqu’à sept ou huit millimètres dans trente à quarante jours; mais, comme la membrane qui la couvre, en s’étendant devient plus mince, et qu’en même temps toutes les parties de la jambe deviennent plus marquées, en regardant de près, on peut alors distinguer que ce n’est pas une simple carnosité; on démêle quelques jointures , la première surtout est sensible; on aperçoit aussi une ligne qui fait la séparation des deux pièces, dont les bouts forment le sommet du cône ou de la petite carnosité.

La jambe alors est prête à éclore, s’il est permis de se servir de cette expression. A force de s’être étendue, la membrane qui l’enveloppe se déchire ; la jambe dépouillée de ce fourreau, qui, après avoir servi à la

conserver, ne peut plus que rembarrasses*, paraît au jour. Elle est encore molle ; mais , peu de jours après, elle se trouve revêtue d’une écaille aussi dure que celle de l’ancienne jambe. Il ne lui manque que la grandeur et la grosseur , et elle les acquiert avec le temps; elle est, pour ainsi dire, en âge de croître, dans le temps que l’autre jambe semble n’y être plus , c’est-à-dire qu’elle s’augmente plus rapidement à chaque changement de peau , tant qu’elle n’est pas arrivée à la même grosseur; mais quand elle est à ce point, elle suit dans ses accroissemens postérieurs, positivement la même progression que l’autre.

Les petites jambes repoussent comme les grandes , mais plus lentement. Il en est de même des parties saillantes qui se trouvent souvent sur les pâtes ou sur les côtés du corps; il en est encore de même des antennes ou des portions d’antenne , des palpes, des mâchoires, etc.

Réaumur cherche à expliquer les causes de cette reproduction des parties des crus-

tacés. li se demande si, à la base de chaque jambe, il y a une provision de jambes nouvelles, comme dans les enfans il y a une dent sous la dent de lait qui doit tomber un jour? Si un crustacé peut réparer la perte de ses jambes d’une manière indéfinie, ou si, après quelques reproductions, il en est incapable?

Ce même naturaliste a voulu savoir si, en coupant la queue d’une écrevisse, il en renaîtrait une autre; mais ses expériences Font, convaincu que la mort était toujours la suite plus ou moins prompte de cette opération,

Badier, dans un Mémoire sur la reproduction des pâtes de crabes , inséré dans le Journal de Physique , en 1 778 , nous apprend que, lorsqu’un crabe de terre des Antilles a perdu une de ses pinces, et il est du nombre de ceux qui les perdent le plus facilement, il se cache dans son terrier, en ferme Fouverture avec des feuilles, et n’en sort plus que son membre ne soit repoussé. Il assure n’en avoir jamais rencontré de

mutilés ; il n’en est pas de même des espèces aquatiques, qui, quoique sans pinces, vont et viennent comme à l’ordinaire.

Tous les crustacés proprement dits, sont dans le cas de ceux sur lesquels Réaumur a fait ses expériences. Il est probable même que les entomostracés de Muller jouissent aussi d’une semblable prérogative; mais leur petitesse n’a pas permis de les soumettre aux mêmes essais.

Un autre phénomène que présentent les crustacés, est celui de leur changement de peau ou d’écailîe.

Les crustacés qui vivent plusieurs années, et qui grossissent pendant toute leur vie, sont cependant enveloppés, comme on l’a déjà dit, d’une croûte solide, incapable de se distendre sans se rompre, par conséquent dans le cas de mettre un obstacle insurmontable à leur accroissement, si la nature n’y avait pourvu par un moyen qui, s’il est moins surprenant que celui de la reproduction des pâtes, n’en est pas moins digne des méditations du scrutateur de la nature; c’est par le dépouillement

complet et instantané de leur robe de l’année précédente.

Le test des crustacés est toujours composé, ainsi que nous l’avons vu, de plusieurs pièces , qui varient en nombre et en forme, selon les genres. Quelquefois il est uni, mais le plus souvent il est chargé de grains, de tubercules, d’épines, de trous, de stries, de figures et de directions fort variables; de poils de différente nature, etc. Sa couleur varie beaucoup dans les animaux en vie; mais lorsqu’ils sont morts, surtout lorsqu’ils ont été cuits, cette couleur se change en rouge dans la très grande majorité. Ce fait très remarquable ne s’explique pas d’une manière satisfaisante; mais il est presque caractéristique pour les animaux de cette classe.

Quand on expose des morceaux de test des crustacés au feu , une partie brûle avec flamme, en donnant une odeur animale * semblable à celle de la corne dans les mêmes circonstances, mais elle est modifiée d’une manière particulière ; le reste est une véritable chaux, dont les molécules ont

rarement de la cohérence entre elles, parce que la partie animale brûlée était plus abondante que la partie calcaire.

Lorsqu’à la fin du printemps la chaleur commence à se faire sentir dans le fond des eaux, lorsque la naissance d’une multitude d’animaux a fourni aux crustacés une proie facile à se procurer, qu’ils ont crû, proportionnellement à l’abondance de leur nourriture, ils se trouvent trop à l’étroit dans leur ancienne enveloppe; alors il se forme, entre leur test et leur chair, un intervalle vide qui augmente de manière que, si , à cette époque, on presse leur test, on s’aperçoit qu’il cède sous le doigt ; peu après, on trouve les crustacés avec une peau molle , et souvent dans leurs environs une dépouille, que l’on peut présumer être les restes de leur test. Ces faits ont été connus de tout temps, surtout relativement aux écrevisses; mais c’est à Réaumur que l’on doit de les avoir constatés par des expériences directes.

Ce physicien a mis des écrevisses dans des boîtes, percées de trous, et posées dans crustacés. 1. i5

l*]0 INTRODUCTION.

la rivière , et dans des bocaux placés dans son cabinet , à l’époque de Tannée où elles devaient changer de peau , c’est-à-dire au printemps , et il a vu que quelques heures avant que ce crustacé se dépouillât de sa peau, il se frottait les pâtes les unes contre les autres, et sans changer de place; qu’il les remuait aussi séparément, qu’il se renversait sur le dos, repliait sa queue, l’étendait ensuite, agitait ses antennes, etc. Tous ees mouvemens tendent à donner à chacune de ses parties un peu de jeu dans son fourreau.

Après ces préparatifs, l’écrevisse gonfle son corps plus qu’à l’ordinaire; alors le premier des segmens de sa queue, ou plutôt de son abdomen, paraît plus écarté de son corselet ; la membrane qui les unit se brise ; son nouveau corps paraît : il se distingue de la vieille écaille, parce qu’il est d’un brun foncé, tandis qu’elle est d’un brun verdâtre.

Les écrevisses ne travaillent point à se débarrasser de leur écaille immédiatement après que la rupture précédente a été faite ;

elles restent quelque temps en repos; elles recommencent ensuite à. agiter leurs jambes et toutes leurs autres parties ; enfin , l’instant étant arrivé où elles croient pouvoir se tirer d’un habit incommode, elles gonflent, et elles soulèvent plus qu’à l’ordinaire les parties recouvertes par le corselet , qui s’élève , s’éloigne de l’origine des jambes , et se décolle. La membrane qui le tenait tout le long des bords du ventre se brise ; il ne reste attaché que vers la bouche : on voit déborder tout autour la partie du corps qui en était recouverte auparavant.

Depuis ce moment jusqu’à ce que l’écrevisse soit entièrement nue, il ne s’est passé dans la rivière qu’un demi-quart d’heure; dans la chambre, cette opération a été plus longue.

Le corselet étant soulevé à un certain point , on voit son bord s’éloigner de la première paire de pâtes ; l’écrevisse alors tire sa tête en arrière ; elle sort ses yeux de leurs étuis; elle dégage en même temps un peu toutes les autres parties du devant de la tète. Les jambes elles- mêmes sont un

peu retirées en arrière; elles suivent le corps, car il n’y en a qu’une paire d’articulée par-delà le corselet. Enfin , à diverses autres reprises, elle se gonfle, elle retire son corps en arrière; elle dépouille ou une des grosses jambes, ou toutes les jambes d’un côté, ou une partie de celles d’un côté; quelquefois celles des deux côtés se dégagent en même temps, car ceci ne se passe pas d’une manière uniforme dans toutes les écrevisses : elles ne trouvent pas toutes une égale facilité à retirer les jambes semblablement placées. Il y en a quelquefois de si difficiles à amener, de si serrées dans leur gaine, qu’elles y restent, et se rompent. Tout ce travail est furieusement rude pour les écrevisses; Réaumur en a vu souvent mourir dans l’opération, et surtout des jeunes. Les mouvemens qu’elles se donnent dans cet état sont aussi différens que les individus : il en est qui se contentent de remuer doucement leurs jambes, d’autres qui les frottent très rudement ; il en est qui se mettent sur le côté , et celles-là se tirent plus promptement d’affaire ; d’autres sur le ventre ; enfin ,

d’autres sur le dos, et ce sont ces dernières à qui il arrive le plus souvent de périr.

Enfin, quand les jambes sont dégagées, T écrevisse rel ire de dessous son corselet sa tète et les autres parties qu’il couvrait ; elle se donne aussitôt un mouvement en avant ; elle étend brusquement sa queue , et la retire aussitôt : par ce dernier mouvement, elle abandonne tout son ancien étui. Après cette action de vigueur, elle tombe dans une grande faiblesse; toutes ses jambes sont si molles, que , mises à l’air, elles se plient , surtout aux endroits des articulations, comme un papier mouillé. Si pourtant on prend l’écrevisse immédiatement après qu’elle est sortie, on sent son corps beaucoup plus dur qu’il n’est naturellement ; mais cette dureté ne ressemble pas à celle de l’écaille, c’est la masse entière des chairs qu’on sent dure : l’état convulsif des muscles est peut-être la cause de cette solidité remarquable.

Au reste, quand le corselet est une fois soulevé , et que les écrevisses ont commencé à dégager leurs pâtes, rien n’est capable de les arrêter ; Réaumur en a souvent retiré

ï 7 4 INTRODUCTION.

de l’eau dans cet état, avec Fin tendon de les conserver à moitié dépouillées, et elles achevaient, malgré lui, de muer entre ses mains.

Lorsqu’on jette les yeux sur la dépouille d’une écrevisse, on la prendrait pour une autre écrevisse : il ne lui manque rien à l’extérieur ; lorsqu’on l’examine plus en détail, on est surpris du nombre des pièces de ce squelette. Le cartilage qui se voit dans l’intérieur de la pâte, lorsqu’on la mange, ! s’y trouve ; chaque poil est une gaine qui recouvrait un poil intérieur.

Certainement, il est difficile de concevoir comment toutes ces parties se détachent; comment elles peuvent se décoller et se désemboîter : la nature a des expédiens qu’il n’est pas toujours donné à l’homme d’apercevoir. Ré au mur a remarqué une eau glaireuse qui humecte l’intervalle de l’ancienne à la nouvelle écaille, et qui doit concourir à faciliter leur séparation.

Il reste cependant à voir comment ces parties se sont dégagées. Il n’est pas difficile de se rendre raison de la sortie des antennes ;

mais il n’en est pas de même pour les jambes qui sont plus grosses que le trou par où elles doivent sortir : il faut appeler Inobservation à son aide. Réaumur a remarqué que, dans l’opération de la sortie des pinces, les articulations inférieures se séparent en deux dans leur longueur; que ces parties, qui paraissent d’une seule pièce quand l’écrevisse est vivante, sont réellement composées de deux pièces réunies par une membrane, et exactement jointes l’une contre l’autre.

Mais on a laissé l’écrevisse couverte d’une membrane molle, au lieu d’une écaille dure; elle ne reste pas long-temps dans cet état. Réaumur a vu la nouvelle écaille prendre quelquefois la dureté de l’ancienne en vingtquatre heures; pour l’ordinaire, ce n’est cependant qu’après deux à trois jours. Le peu de temps que cette écaille met à se durcir est encore une des singularités qu’offre l’écrevisse.

Les écrevisses prêtes à muer ont toujours, ainsi que nous l’avons dit , deux masses calcaires , connues sous le nom d 'yeux d’écre-

visse , qui sont placées aux côtés de l'estomac, mais qui ne se voient plus à celles qui ont mué , et dont l'écaille a pris toute la dureté qui lui est naturelle; les deux pierres ont alors disparu. Les opinions des auteurs sur l'usage de ces pierres, dans l'écrevisse, ont été fort variées. Geoffroy, qui les a trouvées enveloppées dans le nouvel estomac, où il dit qu'elles diminuent insensiblement jusqu'à leur entière destruction, a cru que ces pierres, ainsi que la membrane du vieil estomac, servent de nourriture à l’animal pendant la maladie que lui cause sa mue; car dans le temps de cette mue l'écrevisse est très faible, et paraît malade. Mais Réaumur a été d’un tout autre sentiment. Ayant observé que si, un jour après la mue , on ouvre une écrevisse , on trouve les pierres plus petites qu'on ne l’aurait cru; et que, si on ouvre l'écrevisse quand son écaille a pris toute sa dureté, les deux pierres ne se retrouvent plus : il en a conclu que l'une augmente aux dépens des autres, c’est-à-dire que ces pierres sont dissoutes, et que leur suc pierreux est ensuite

porté et déposé dans les interstices que lais™ sent entre elles les fibres dont la peau molle est composée. Il n’y a plus de doute aujourd’hui que l’opinion de Réaumur ne soit vraie : ce moyen, employé par la nature pour consolider promptement l’enveloppe d’un animal nu et exposé à un grand nom™ bre de dangers, est très digne de remarque.

Le même Réaumur a mesuré des écrevisses avant et après la mue, et il a acquis la preuve qu’elles avaient augmenté d’environ un cinquième dans tous les sens; il en conclut cependant que ces animaux croissent avec lenteur, et ses calculs se trouvent concorder avec l’observation des pêcheurs, qui ont remarqué qu’une écrevisse de sept à huit ans est à peine marchande.

La plupart des crustacés, même ceux qui habitent perpétuellement les eaux , peuvent vivre plus ou moins long-temps dans l’air : on peut, pour tous, prolonger ce temps, en les mettant dans un lieu humide ou entre des végétaux frais. Il est toujours nuisible , lorsqu’on veut les conserver en vie dans des baquets, de les couvrir d’eau, parce qu’ils

consomment une si grande quantité d’air, qu’ils ne tardent pas à en épuiser l’eau non renouvelée et à mourir d’asphyxie; il faut, dans ce cas, leur en donner seulement une quantité suffisante pour que leurs pâtes y plongent, car alors ils peuvent respirer immédiatement de Fair, et l’eau ne sert qu’à tenir leurs organes dans l’humidité conve nable.

Les mœurs des crustacés varient , sans doute, autant que les espèces; mais leurs différences ne sont sensibles pour l’homme que dans les masses appelées genres. Gomme on les fera connaître, autant que possible, en décrivant chacun de ces genres, on se contentera de dire ici que la plus grande partie vivent dans les eaux de la mer, et le reste dans les eaux douces ou sur la terre ; que , dans chacune de ces divisions , il en est qui se cachent dans les cavités des rochers, d’autres sous les pierres, d’autres dans des trous qu’ils se creusent dans le sable, d’autres dans la boue, etc. Il en est qui sont obligés de s’emparer des coquilles univalves vides pour y placer la partie postérieure de

leur corps qui n’est point crustacée ; il en est qui, sans des motifs aussi déterminans, sont dans l’habitude de se retirer dans les coquilles des bivalves, et de vivre en bonne intelligence avec les mollusques acéphales qui les habitent.

Leurs allures ne varient pas moins; les uns vont devant eux, comme la plupart des animaux ; mais le plus grand nombre marchent de côté ou à reculons. ïl y en a beaucoup qui nagent; et, parmi ceux-ci, les uns nagent sur le ventre, les autres sur le côté, les autres sur le dos : ils suivent, dans cette opération , des directions aussi variées que ceux qui marchent.

La nourriture des crustacés est généralement animale ; on en cite qui mangent aussi des herbes et des fruits, mais cela a besoin d’être constaté d’une manière positive. Les animaux morts et les animaux vivans deviennent également et indifféremment leur proie; ils s’entre-mangent même entre eux , comme il a déjà été remarqué.

Les crustacés aquatiques se trouvent sous toutes les latitudes; mais ce n’est qu’entre

T Ko

les tropiques qu’on en voit de vivans habituellement sur la terre.

On en trouve assez souvent de fossiles en Europe , ainsi que dans quelques îles de l’Archipel indien; et leur étude a été l’objet d’un travail très étendu , qui a été publié récemment , par MM. Desmarest et Brongniart , sous le titre à* Histoire naturelle des Crustacés fossiles ; in-4°« Paris , Levrault. Dans ce travail , M. Brongniart s’est particulièrement occupé des animaux fossiles dont les analogues vivans sont inconnus, et qu’on a désignés sous le nom de Trilobites, et M. Desmarest a traité des crustacés proprement dits.

On rapporte que, sur les côtes des îles de l’Amérique, où les crabes sont très multipliés , ils se livrent , pendant le temps de leurs amours, de cruels combats dont le résultat est souvent la mort de beaucoup d’individus , et toujours la perte d’une grande quantité de leurs membres. Il ne paraît pas que les crustacés d’Europe se mettent dans ce cas; mais aussi leur petit nombre, et la chasse continuelle qu’on leur

INTRODUCTION. l8l

fait , ne permet pas d’observer aussi facilement leurs mœurs que dans les pays chauds, où ils sont souvent d’une grandeur si considérable, qu’ils attaquent les hommes, et en ont mangé plusieurs, entre autres le fameux navigateur François Drack,qui, quoique armé , ne put éviter ce sort.

On pense bien qu’il est difficile de fixer d’une manière positive la durée de la vie des crustacés ; mais l’opinion générale est qu’elle est fort longue. Pline rapporte que , de son temps, on croyait que les crabes pouvaient vivre plus long- temps que les hommes. Si on applique aux écrevisses les calculs de Buffon, sur le rapport du temps de la vie au temps de la croissance, on peut aussi leur donner un siècle d’existence, car on en cite qui croissaient même à plus de vingt ans d’âge constaté ; au reste , il est très rare que les crustacés puissent acquérir le privilège de mourir de vieillesse, car leurs ennemis sont si nombreux, ils sont exposés à tant d’accidens, le changement de peau est pour eux une crise si dangereuse, qu’il n’est pas probable qu’ils échappent crustacés, i. 16

constamment à ces causes de destruction»

L’observation prouve qu’il y a toujours, dans les animaux, un rapport entre la longueur de leur vie et leurs moyens de reproduction; or, les crabes vivant long-temps, et faisant beaucoup de petits , l’équilibre serait rompu, si des causes étrangères n’en détruisaient la plus grande partie.

C’est principalement dans les premiers jours , dans les premiers mois , dans les premières armées de leur existence, que les grandes espèces de crustacés sont exposées à tous les effets de ces causes; alors la plupart des poissons et autres habitans de la mer, les oiseaux d’eau, etc., en font une énorme consommation : jusqu’aux animaux les plus mous, les actinies, par exemple, vivent à leurs dépens, lorsqu’elles les saisissent dans ce premier âge. Il est vrai qu’elles sont aussi elles-mêmes la proie de crustacés, ainsi que bien d’autres vers marins ; mais leur multiplication est encore plus facile que la leur, et souvent le déchirement d’une actinie par un crustacé donne ’ lieu à la naissance d’une douzaine d’autres,

ainsi qu’on l’a vu dans l’histoire de ce ver radiaire. A ce s causes de destruction on ne doit pas ajouter celle qu’occasionne la voracité de l’homme ; ce qu’il prend de crustacés dans la mer est trop peu de chose pour être compté; il n’y a que ce qu’il prend dans les petites rivières qui puisse donner lieu à une diminution sensible.

Tous les peuples du monde mangent des crustacés ; mais les hahitans des bords de la mer principalement en font une grande consommation. Dans certains pays, comme à la Nouvelle-Hollande, ils font la base de la nourriture des indigènes. Toutes les espèces ne sont pas également bonnes ; quelques unes même sont dangereuses , soit parce que leurs oeufs purgent , soit parce qu’ils sont imprégnés de particules empoisonnées. On croit communément, dans les Antilles , que les crabes qui y sont vénéneux ont mangé du fruit du manceniliier, Hippo ma ne Mancinella , Linn.; mais Jacquin a remarqué que ces animaux n’attaquent jamais ce fruit, et on a déjà vu qu’ils ne mangent que des substances animales. Quel-

qu’un a prétendu que les crabes, autour de Saint-Domingue, devaient leur qualité délétère quelquefois aux filons de cuivre sonsmarins sur lesquels ils vivaient : ce fait a besoin d’être mieux constaté. La chair des crustacés passe pour être, en général, d’une difficile digestion ; mais elle n’en est pas moins recherchée par beaucoup de monde 5 les écrevisses, surtout, paraissent sur les tables les plus délicates. La manière la plus commune d’apprêter les grandes espèces marines, telles que celles qu’on appelle crabes , homards , etc. , consiste à les faire cuire simplement dans l’eau de mer ; on les mange en les trempant, à mesure qu’on les épluche, dans une sauce d’huile et de vinaigre. Les crevettes et autres petits crustacés ont leur assaisonnement encore plus simple, puisqu’il ne s’agit que de les faire cuire dans la même eau, où on a introduit quelques pincées de poivre ou autres épiceries. La petitesse de ces espèces, et le peu d’épaisseur de leur test, permettent de les manger en entier : elles sont fort recherchées de plusieurs personnes.

INTRODUCTION. l85

Mais c’est sur les écrevisses de rivière que l’art du cuisinier s’est le plus exercé. Comme ces animaux ont une saveur particulière et fort agréable, non seulement on les mange entiers, mais on les emploie encore pilés pour donner du goût à d’autres mets ; le mode le plus commun de les apprêter est de les faire cuire dans du vin blanc, que l’on a fortement assaisonné avec du sel, du poivre, du thym et du laurier.

Comme la chair des crustacés se corrompt très rapidement, et que dans cet état elle a une odeur et une saveur qui lui sont propres, et qui sont extrêmement désagréables, tous les peuples, et surtout les Européens, s’accordent à ne pas manger ceux qui sont trouvés morts. Presque partout on les fait cuire lorsqu’ils sont encore vivans, et, de plus, on les fait cuire lentement, ce qui prolonge long-temps leur affreux supplice ; on est obligé à cette barbarie, parce qu’on a remarqué que lorsqu’on met les crustacés, du moins les grandes espèces, dans l’eau déjà bouillante , la première impression de chaleur qu’ils éprouvent les engage à aban-

donner leurs pâtes, et qu’on veut ordinairement qu’elles ne soient pas séparées de leur corps lorsqu’on les sert sur la table.

La médecine faisait autrefois un grand usage des crustacés ; mais depuis que les lumières de la chimie ont éclairé cette science, on a reconnu que toutes leurs propriétés se réduisaient à celles de la terre calcaire. Les écrevisses passent cependant encore pour dépurantes, diurétiques et pectorales, et sont quelquefois employées dans les maladies de la peau, les embarras des reins, l’asthme, la phthisie, etc.

On conserve assez bien la chair des pâtes et de la queue des grands crustacés , en usage dans les alimens, de la même manière qu’on conserve le thon, c’est-à-dire en la marinant et la mettant dans de l’huile ou de la graisse de bonne qualité.

Les crustacés se prennent de différentes manières , selon les espèces et les pays ; les grands , en général , se prennent à la main , à la retraite de la marée , dans les parcs à poisson, que l’on établit sur les côtes, dans les trous où il reste peu d’eau, etc. On les

prend aussi , surtout à l’embouchure des petites rivières, en mettant à la marée montante, au fond de l’eau, un filet plat attaché à un cercle, au milieu duquel est fortement fixé un morceau de viande. Les crabes , et en général tous les crustacés , qui aperçoivent ou sentent cette viande, accourent pour la manger; et lorsqu’il y en a quelques uns occupés de cette opération , on retire le cercle, qui doit être attaché par trois cordes à un long bâton , et on enlève tout ce qui est dessus. On emploie le même moyen pour les écrevisses de rivière, ainsi qu’il sera dit à leur article.

La préparation des grands crustacés pour les collections d’histoire naturelle paraît extrêmement facile, puisqu’il semble qu’il ne s’agit que de les laisser dessécher à l’air; mais elle demande cependant des précautions sans lesquelles on ne peut pas espérer un succès complet.

Les crustacés se dessèchent, en effet, suffisamment bien par leur simple exposition à l’air; mais d’abord, lorsque le temps est chaud et humide, ils se corrompent ra

pidement , ils noircissent , toutes les articulations se désunissent, et il ne reste plus qu'un amas informe de pièces séparées, dont on peut difficilement tirer parti. Lorsque cet inconvénient n’a pas lieu, il s’introduit dans le corps de l’animal des larves de dermestes, d’anthrènes, de boucliers, et de beaucoup d’autres insectes , qui percent souvent les membranes des articulations, et produisent des effets sinon aussi nuisibles que ceux produits par la corruption, au moins bons à éviter.

D’un autre côté, les crustacés desséchés deviennent très friables ; leurs antennes , leurs pâtes, se brisent au plus petit attouchement; ils ne peuvent donc être transportés, dans cet état, sans risquer de perdre les parties les plus importantes à conserver.

Le moyen que l’auteur de cet ouvrage a employé avantageusement pour prévenir ces inconvéniens consiste à envelopper les crabes, lorsqu’ils sont encore en vie, chacun dans un morceau de toile, et à les mettre dans l’esprit devin faible, dans lequel on a fait dissoudre beaucoup de savon , où ils restent jusqu’à

leur arrivée à leur destination ; là , on les tire du baril, on les lave, on étend leurs pâtes, leurs antennes, etc.; on les laisse sécher à l’ombre, et on les place à demeure, soit dans des tiroirs semblables à ceux où l’on conserve les insectes , soit dans des tableaux fermés de verre.

Il est d’observation que ces crustacés, ainsi envoyés dans l’esprit de vin , ne sont plus attaqués par les insectes destructeurs, et que leur chair, en se desséchant contre les articulations , les consolide au point désirable; ajoutez à cela que leurs couleurs sont généralement moins altérées.

A l’égard des petits crustacés, il n’y a d’autre moyen de les conserver que de les laisser dans l’esprit de vin ; la mollesse de leur corps ou la flexibilité de leur test est telle , qu’on ne peut plus les reconnaître après leur dessiccation.

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