‹ Histoire naturelle des crustacésChapitre 45 sur 46 · XXIX. PAGURE , Pagurus , Fab · texte numérisé non relu

XXIX. PAGURE , Pagurus , Fab

Quatre antennes inégales ; les intérieures courtes , bifides ou trifides an sommet; les extérieures longues et sétacées; yeux pédonculés. Corps oblong, à test légèrement crustacé; abdomen mou ou non testacé , ayant des crochets à son extrémité. Dix pâtes; les deux antérieures inégales , munies de pinces ; les quatre postérieures fort petites.

La nature a refusé aux crustacés de ce genre les moyens de sécurité qu elle a prodigués à la plupart des autres; mais elle les a pourvus d'une industrie qui les en dédommage. En effet, si les pagures ont la partie postérieure du corselet, et tout l'abdomen , à son extrémité près, dépourvus de test , et par conséquent exposés à tout l'effet des armes de leurs ennemis, ils savent garantir ces parties en les enfermant dans une coquille univalve.

Ce fait a été connu des anciens, et Test encore de tous les habitans du bord de la mer ; il a toujours excité la surprise de ceux qui Font remarqué ; aussi le pagure, quoi-

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que trop petit pour servir à la nourriture de l’homme, a-t-il eu des noms chez les Grecs et chez les Romains , et en a-t-il encore , sur nos côtes , où on Fappelle le Bernard-l'ermite y ou le Soldat > parce qu’il a été comparé ? lorsqu’il est dans sa coquille, à un ermite dans sa cellule , ou à un soldat dans sa guérite.

On a beaucoup écrit , depuis Rondelet , sur les pagures ; mais cependant on est fort peu instruit de qui les regarde; les auteurs se sont copiés , et depuis que l’on est dans la route de la vraie manière d’étudier l’histoire naturelle , aucun observateur ne les a observés.

Ce sont toujours des coquilles univalves dont les pagures s’emparent pour se loger ; mais toutes ne leur sont pas également propres; il faut que sa grosseur soit proportionnée à la leur, c’est-à-dire que l’ouverture soit assez évasée pour qu’ils puissent y introduire leur corps sans gêne, mais pas assez pour qu’ils ne puissent pas le fixer ; du reste , il ne paraît pas qu’ils préfèrent une espèce plutôt qu’une autre, et si sur

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une côte on les voit presque tous logés dans la même , c’est que cette espèce est la plus commune, et remplit le mieux les données convenables ; comme les pagures portent , ou mieux traînent leur coquille avec eux , il faut encore que son poids soit proportionné à leur force , et ils doivent en censéquence rejeter celles qui sont d’une contexture trop pesante, ou trop couvertes d’aspérités susceptibles de les arrêter.

Il n’est point vrai, comme l’ont cru les anciens, que les pagures tuent les animaux des coquilles qu’ils veulent habiter; ils changent toutes tes années de coquilles , mais ce n’est jamais que des coquilles vides dont ils s’emparent. Voici ce que l’observation a appris à cet égard.

Lorsqu’au commencement de l’été, après la ponte et la naissance des petits, les pagures sentent arriver le moment où ils vont changer de peau , car ils en changent comme tous les autres crustacés , ils s’occupent de chercher une coquille propre à les recevoir pour subir cette opération, et les contenir ensuite, c’est-à-dire une plus grande que

celle où ils se trouvent. A cette époque , on les voit aller vers toutes les coquilles vides qu'ils aperçoivent , en mesurer la capacité , et , lorsqu’ils ont trouvé ce qui leur convient , sortir de leur coquille , entrer dans la nouvelle avec grande précipitation , et l’essayer.

Il n’est pas essentiellement de la nature des pagures de vivre dans des coquilles; on en connaît plusieurs qui habitent les trous des rochers, d'autres qui s’en font dans le sable ; il en est un qui se loge dans le tube d’une serpule.

Mais il faut venir à la description de l’animal.

La tête des pagures est séparée du corselet par un sillon transverse , et est couverte d’une plaque écailleuse, à peu près circulaire, et légèrement convexe. Au-devant, on voit les yeux, sphériques, portés sur de longs pédicules cylindriques et mobiles , à la base desquels est une petite écaille élevée; les antennes extérieures sont sétacées , plus longues que le corps, avec une épine à leur base ; leurs trois premiers articles sont cylindriques, plus gros que les

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autres ; les antennes intérieures sont filiformes, courtes, composées de trois articles, qui font des angles les uns avec les autres, et dont le dernier est terminé par deux parties coniques , composées d’un grand nombre d’articles très courts ; l’une de ces parties, plus élevée, et beaucoup plus grosse que l’autre, est toujours garnie de poils du côté intérieur.

Le corselet est couvert d’un test peu épais sur sa partie supérieure , et d’une simple membrane sur les côtés.

L’abdomen est à peu près aussi long que la tête et le corselet pris ensemble ; il est presque cylindrique, courbé en dessous, et contourné selon la coquille où il est placé habituellement, couvert seulement d’une peau membraneuse. Vers les côtés, il est garni de trois paires de filets, ou lames aplaties, allongées, couvertes de longs poils mobiles, articulées à leur base, et flottant librement dans l’eau comme de petites nageoires; le bout de cet abdomen est terminé par une partie écailleuse, composée de plu sieurs pièces en forme de lames aplaties ,

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mais de figure différente , et dont les cinq postérieures, placées en quinconce, sont garnies de poils, et courbées en dessous, dans leur position naturelle , pour couvrir l'ouverture de l’anus ; la lame du milieu de cette partie est garnie , de chaque côté , d’une pièce allongée , irrégulière et écaille use ^ divisée en deux articulations mobiles, et qui a en dessous un petit appendice , également écailleux ; mais ce qui est bien remarquable, c’est que la pièce écailleuse d’un des côtés est beaucoup plus grande et, plus longue que celle de l’autre côté : c’est toujours celle opposée à la plus grande pince qui est la plus grande. Ces pièces servent à l’animal pour se fixer au fond de sa coquille, à laquelle il adhère si fort, tant par elles que par la courbure de son abdomen , qu’on ne peut que difficilement l’en arracher sans briser le corps.

La femelle porte , en dessous de l’origine de l’abdomen , tout près du corselet , un très grand nombre d’œufs très petits , ronds et rougeâtres , rassemblés en grande masse, et attachés à des filets à peu près semblables

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à ceux qui se voient sous la queue des écrevisses de rivière.

Les pagures ont dix pâtes , comme presque tous les autres crustacés ; les pinces plus courtes , mais beaucoup plus grosses que les quatre suivantes , sont divisées en cinq parties articulées, dont les deux premières sont courtes et cylindriques, les deux suivantes grosses , triangulaires et tuberculeuses, et la dernière, qui est la main , plus ou moins ovale , ou allongée , suivant les espèces, et en général toujours tuberculeuse ou épineuse.

Les mains sont souvent inégales ; il y a môme quelquefois une très grande disproportion entre elles ; cette disproportion est occasionnée par la gène que présente la coquille. Ce n’est pas toujours la meme pince qui est la plus grosse ; la gauche , comme la droite , peut prendre de Fextension , selon la direction des tours de la spire ; mais comme les coquilles dextres sont plus communes que les gauches, on trouve plus fréquemment de grosses pinces droites que de gauches.

Les deux paires de pâtes suivantes sont un peu aplaties, plus longues que les pinces , et divisées en six articles, dont celui de l'extrémité est long, conique, un peu ; courbé en arc, et terminé par un ongle dur, en forme de crochet ; tous ces articles sont ordinairement velus , et quelquefois épineux.

Mais les pâtes de la quatrième et de la cinquième paire sont d’une figure toute particulière, et très différente de celle des autres ; elles sont courtes et aplaties , divisées en cinq articles, à peu près de grosseur ou de largeur égale, ef très velues; elles sont terminées par une espèce d’ongle en crochet conique , au-dessous duquel on voit une pièce relevée , composée de petits grains velus : il y a apparence que ces quatre pâtes concourent encore avec Fabdomen à fixer l’animal dans sa coquille.

Les pagures marchent et traînent leur coquille par le moyen de leurs deux premières paires de pâtes, qui se cramponnent dans le sable et tirent après elles l’animal.

M. Bosc les a vus faire souvent cette manœuvre. Dès qu’on leur fait craindre quel-

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que danger, ils se retirent autant que possible au fond de leur coquille, et ne laissent plus voir que l’extrémité de leurs pâtes antérieures ; tous les moyens qu’on emploie pour les obliger à sortir, excepté la chaleur du feu, sont inutiles; la rupture d’une partie de la coquille ne les force pas meme.

C’est du fond de cette coquille, où ils sont comme en embuscade , que les pagures saisissent avec leur grosse pince la proie qui passe à leur portée ; ils ne vivent que de chair comme les autres crustacés. Pendant l’été , ils sont fort communs sur les côtes , et sont souvent portés sur la grève par le flot ; mais ils savent fort bien retourner à la mer. Pendant l’hiver, ils s’enfoncent dans les profondeurs de l’Océan ; on n’en voit plus , ou presque plus : il en est de meme sur les côtes de la Caroline , ainsi queM. Bosc s’en est assuré.

On mange les pagures en Europe ; mais comme ils sont petits, et qu’il est difficile de les faire sortir de leur coquille , on ne les recherche que lorsqu’on n’a rien de mieux.

Le nombre des espèces de ce genre paraît: considérable ; cependant très peu d’entre elles, même européennes, sont connues des naturalistes; cela vient de ce que, ca- I ehées dans leur coquille , on les a toujours confondues avec une des deux espèces décrites par les anciens, c’est-à-dire celle à pince droite et celle à pince gauche plus grosse , et qu’il est fort difficile de les conserver. Mo Bosc en a observé à Dieppe , et sur les côtes d’Espagne , cinq à six espèces , qu’il croit nouvelles, mais qui se sont détruites dans sa collection, au point de ne pouvoir plus être décrites ; il en a également trouvé plusieurs inédites sur les côtes d’Amérique , dont une sera mentionnée ciaprès.

On rapporte qu’il y en a , dans les îles d’Amérique, une très grande espèce qui vit habituellement sur terre , et qui ne va à la mer que pour y déposer ses œufs , et ensuite chercher une nouvelle coquille, avec laquelle elle revient sur les montagnes et dans les bois. Quand on la prend , elle jette un petit cri, et tache de mordre la main»

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Les habitans la mangent, et tirent de son corps , par sa décomposition au soleil , une huile jaunâtre , regardée comme un remède souverain contre les rhumatismes On trouve dans la coquille d’où l’on vient de tirer, par le moyen du feu , un de ces pagures , une demi - cuillerée d’eau claire, que l’on regarde aussi comme un remède souverain contre les pustules que fait naître sur la peau le suc du manceniîlier : il est très digne de remarque que ce pagure conserve ou produise cette eau, qui, sans doute, sert à lubrifier sa queue, à lui donner la souplesse nécessaire. Des observations sur sa nature seraient sans doute intéressantes.

Le P agîmes iatro est , selon M. Leach , le type d’un genre nouveau qu’il nomme Birgus.

Pagure miliaire, Pagurus miliarius.

Brun; les pinces égales, entièrement couvertes de tubercules peu élevés, composés par de petits grains rapprochés et moins colorés.

Il se trouve dans le buccin pomme , et est de la grosseur du poing. Il paraît composé d’écailles en recouvrement comme la galathée striée , et ses pâtes sont fortement velues.

Pagure Cuirassier, Pagurus clibanarias.

Le corselet rugueux; les pinces presque égales,, hérissées d’épines; les jambes avec des faisceaux de poils.

Herbst , Cane. tab. 23. fig. i.

Se trouve dans la mer des Indes.

Pagure Mousquetaire, Pagurus s clope tarius.

Le corselet uni ; les pinces égales , granuleuses ; les cuisses de la seconde paire de pâtes comprimées.,

Herbst, Cane. tab. 23. fig. 3.

On ignore sa patrie.

Pagure Tambour, Pagurus tympanistus.

Le corselet uni, très entier; les pieds striés; les ongles marbrés.

Herbst , Cane. tab. 23. fig. 5.

On ignore sa patrie.

Pagure larron , Pagurus latro.

La suture du corselet à quatre divisions ; la queue simple , ventrue en dessous.

Rumpli. Mus. tab. 4- fig* H, i. Séba, Mus. 3. tab. 2 , i. fig. i , 2. Herbst , Cane. tab. 24.

Pagurus latro. Lamarck , Anim. sans vert. t. Y, p. 22 t ,

Birgus latro . Leach.

Se trouve dans les Indes orientales, dans les fentes des rochers.

Pagure vieille, Pagurus articula .

Le corselet ovale, latéralement cilié; les pâtes rugueuses et hérissées de poils.

Se trouve dans la mer du Sud,

DES PAGURES.

Pagure Bernard, Pagurus Bernhardus .

Les pinces épineuses ; la droite plus grosse.

Degéer , Ins. 7. tab. 23. fig. 5,6. Pennant , Z00L Brit. 4. tab. 17. fig. 38. Jonst . Exsang. tab. 7. fig. 6,12. S w animer d. Bl. Nat. tab. 11. fig. 1, 2. B aster , Sub. 1. tab. 10. fig. 3, 4. Herbst , Cane, tab. 22. fig. g.

Pagurus Bernhardus. Lamarck, Anim. sans vert, t. "V. p. 220.

Se trouve dans les mers d’Europe.

Pagure hongrois, Pagurus hungarus.

Les pinces hérissées , noires à leur pointe ; la droite plus grande 5 le corps fascié de rouge.

Herbst , Cane. tab. 23. fig. 7.

Se trouve dans les Indes orientales.

Pagure Diogène, Pagurus Diogenes.

Les pinces épineuses , pubescentes ; la gauche plus grande.

Rumph. Mus. tab. 5. fig. K, 4* Catesby , Caroh tab. 22. fig. 3. Kacmf. Jap. tab. i3. fig. 7. Herbst, Cane. tab. 22. fig. 5.

Se trouve dans les mers d’Asie et d’Amérique.

Pagure strié, Pagurus strigosus .

Les pinces et les pâtes striées transversalement ; les stries irrégulières, garnies de poils courts et dentés, toujours dirigés en avant; la pince gauche plus grande , à doigts très courts , et obtusément dentés en dedans.

Voyez pl. n, fig. 3, où il est représenté, dans sa coquille, presque de grandeur naturelle.

Se trouve dans la Méditerranée.

Pagure Soldat, Pagurus Miles .

La pince gauche plus grande , épineuse; les ongles des pâtes très longs et dentés.

Herbst , Cane. tab. 22. fig. 7,

Se trouve dans la mer des Indes.

Pagure Geôlier, Pagurus Custos.

La pince gauche plus grande, unie; les ongles des pâtes très longs et unis.

Se trouve dans la mer des Indes.

Pagure diaphane , Pagurus diaphanus.

Aplati; la pince gauche plus grande, unie; le dos du poignet très large.

Se trouve dans la mer des Indes.

Pagure à chaperon , Pagurus cfypeatus .

Le corselet uni, entier, comprimé; la pince gauche plus grande , et les pieds ponctués.

Herbst , Cane. tah. 28. fig. 2 , A. B.

Se trouve dans la mer des Indes.

Pagure Ermite , Pagurus Eremita .

Les pinces hérissées d’aspérités, presque égales; les six pâtes antérieures armées de pinces.

Se trouve dans la Méditerranée, dans les trous d^ rochers.

Pagure tubulaire, Pagurus tubularis.

Presque cylindrique, avec des points enfoncés sur toutes ses parties.

Se trouve dans la Méditerranée , caché dans les serpulaires.

DES PAGURES.

Pagure Fluteur, Pagurus Tibicen.

Le corselet uni , très entier ; la pince droite plus grosse ; tontes deux , ainsi que les pâtes , marbrées de rouge, avec l’extrémité blanche.

Herbst, Cane. tab. 23. fig. 6.

On ignore sa patrie.

Pagure excavé, Pcigurus excavatus.

La pince droite plus grosse, avec deux excavations ; le doigt mobile * et la pince gauche également excavée.

Herbst y Cane. tab. 23. fig. 8.

On ignore sa patrie.

Pagure à bandes , Pagurus vittatus.

Les pinces presque égales, hérissées de tubercules ; les deux premières paires de pâtes , avec des lignes longitudinales blanches.

Voyez pl. 12, fig. i , où il est représenté un peu réduit.

Corselet aplati, légèrement dentelé sur le devant, parsemé de quelques longs poils.

Queue aussi longue que le corps.

Pinces presque égales, variées de brun et de blanc , parsemées de tubercules blancs et de poils gris 5 les doigts égaux, voûtés, sans dents extérieures; le bord noir; les quatre pâtes antérieures onguiculées, velues, brunes , avec des lignes longitudinales blanches.

Cette espèce a été trouvée très abondamment, par M. Bosc, sur les cotes de la Caroline. Elle se loge dans plusieurs espèces de buccins.

Pagure oeulé, Pagurus oculatus.

Les pinces égales, hérissées d’épines; les pédoncules des yeux aussi longs que le corselet.

3a8 HISTOIRE NAT. DES PAGURES.

Herbst, Cane. tab. 23. fig. 4- Se trouve dans l’Océan.

Pagure ailé, Pagurus alatus.

Les pinces unies, à trois ailes; la droite plus grande.

Se trouve dans la mer du Nord.

Pagure ophthalmique , Pagurus ophthal micus.

Les pinces égales, hérissées; les pâtes avec des faisceaux de poils; les yeux en massue.

Se trouve dans la mer des Indes.

Pagure aranéiforme, Pagurus araneiformis .

Les pinces hérissées de pointes ; la queue calleuse et onguiculée à sa pointe.

Se trouve dans les fentes de rochers , dans la mer du Nord.

Pagure rongeur, Pagurus arrosor .

Le corselet aplati; les pinces presque égales» ornées, ainsi que les pâtes , de sillons nombreux. Herbst , Cane. tab. 48. fig. 2.

On ignore sa patrie.

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