‹ Histoire naturelle des crustacés (volume 2)Chapitre 245 sur 487 · LÉGION DES TRILOBITES · texte numérisé non relu

LÉGION DES TRILOBITES

Nous croyons devoir ranger entre les Isopodes et les Branchiopodes le groupe nombreux des Trilobites, qui peuplaient la mer aux époques les plus reculées de l'histoire géologique, mais qui depuis long-temps ont disparu de la surface du globe et ne nous sont connus que par leurs débris, découverts à l’état fossile dans les couches les plus anciennes de la terre. Lorsque l'attention des naturalistes commença à se porter sur ces fossiles, quelques auteurs les considéraient comme étant des coquilles à trois lobes, d’autres pensaient qu'ils provenaient d'animaux voisins des Oscabrions ou du moins s'en rapprochaient beaucoup ; mais aujourd'hui qu'on les connaît mieux l’on saccorde généralement à les rapporter à la classe des Crustacés. Ils en offrent effectivement les caractères , et suivant toute probabilité ils devaient appartenir à la grande division des Branchiopodes; mais, dans l’état actuel de la science, cette question ne peut être entièrement résolue, car jusqu'ici on ne sait rien de positif sur la conformation de leurs pates. Il est aussi à noter que ces Crustacés fossiles semblent établir un passage entre les Isopodes et les Branchiopodes d’une part, et les Xyphosures de l’autre.

Ces animaux ont le corps composé d’une série d’'anneaux, et ressemblent beaucoup par leur forme générale à plusieurs Isopodes, et notamment aux Séroles. Ils présentent, de même que ces Crustacés, trois parties plus ou moins distinctes, savoir : une tête, un thorax et un abdomen (1). La téte est grande, clypéiforme, ordinairement arrondie en avant, tronquée ou concave en arrière, bombée en dessus et le plus souvent divisée par deux dépressions ou sillons longitudinaux eu trois lobes plus ou moins distincts. Ce bouclier a beaucoup d’analosie avec la carapace des Apus, seulement il se prolonge moins loin en arrière. Chez plusieurs Trilobites on remarque sur la face supérieure des tubercules qui ressemblent extrêmement aux yeux r'éniformes de ces Apus(2), et, chez d’autres, il existe à la même place deux yeux réticulés, qui, par leur disposition , rappellent exactement ceux des Séroles et de quelques autres Isopodes (3). De même que chez les Apus, on n’aperçoit aucune trace d'antennes lorsqu'on regarde ces animaux par leur face dorsale , et s’il existe des vestiges de ces appendices, on les trouvera probablement à la face inférieure de la tête de chaque côté de la bouche, comme chez ces derniers Phylopodes; mais jusqu'ici on n’a rencontré aucun échantillon qui en laissät voir la moindre trace, et il n'y aurait rien d'étonnant à

CPL. fie 1,2, 304, 5, Gitete.

PINS fie. 15.

Ce. x, 2, 5,16,19,:8.

ce que les antennes, devenues déjà rudimentaires et réduites au nombre de deux seulement chez les Apus, manquassent ici. Il est aussi à noter qu'en général il existe de chaque côté de la face supérieure de la tête une ligne suturale plus ou moins flexueuse (1), qui naît du bord postérieur, longe les yeux et gagne le bord frontal. La face inférieure de la tête est occupée en avant par une surface plane assez semblable à ce qui existe chez les Apus et les Limules, mais qui est divisée par des prolongemens des sutures jugales, en deux ou trois pièces, suivant que ces lignes se réunissent sur la ligne médiane du front avant que de se recourber en bas et en arrière, ou bien restent séparées par un espace plus ou moins considérable. En arrière de cette région on a découvert aussi des traces de l’appareïl buccal, mais on ne sait que peu de choses de sa conformation. MM. Dekay, Stokes et Sars y ont apercu une lame bifurquée postérieurement en forme de fer à cheval qui paraît constituer un labre ou une pièce épistomienne analogue à celle qui donne insertion au labre chez certains Isopodes. Ces notions, comme on le voit, sont extrêmement incomplètes, mais cependant elles suflisent pour nous convaincre que la bouche des Trilobites devait être organisée à peu près comme celle des Édriophthalmes ou des Phyllopodes, et ne devait être conformée ni comme celle des Crustacés suceurs ni comme celle

des Xyÿphosures.

(1) Cette suture qui fournit dans certains cas de très-bons caractères spécifiques, peut être désignée sous le nom de ligne jugale.

La seconde portion du corps ou thorax (désignée à tort par la plupart des auteurs sous le nom d’abdomen) fait suite au bouclier céphalique, et se compose d’un nombre variable d’anneaux bien distincts. Sa face supérieure offre presque toujours deux sillons longitudinaux qui divisent chaque anneau en trois lobes, dont un médian ou dorsal et deux latéraux désignés sous le nom de flancs (r). Cette division du thorax en trois lobes est si remarquable qu’elle a frappé tous les observateurs et a valu à ces animaux leur nom de Trilobites ; ellemanque quelquefois cependant (comme dans le Vieus armadillo de Dalman (2)), et ne les distingue pasessentiellement de tous les animaux de l'époque actucile, comme le pensent quelques naturalistes ; car une disposition analogue se voit chez un grand nombre d’Isopodes ; seulement chez ceux-ci la pièce médiane ou tergale est très-grande, et les pièces latérales ou épimériennes sont très-petites, tandis que chez les Trilobites, c’est le contraire qui a ordinairement lieu. Il paraît, d’après les observations récentes de M. Pander, que les tégumens solides qui revêtent le dessus du thorax, se reploient aussi sur sa face inférieure et se prolorgent jusqu'au niveau du sillon situé entre les lobes médian et latéraux, sur la face dorsale du corps ; mais jus- . qu'ici on n’a rien découvert relatif à la disposition de la portion sternale du thorax, et il est assez pro-

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PINS ie" "6; 70 "etc:

(2) PI. 34, fig. x.

RES CRUSTAEES. 289

bable qu’elle était membraneuse comme les pates.

Souvent il n'existe aucune limite naturelle entre le thorax et la portion postérieure ou abdominale du corps ( postabdomen Brongniart), et celle-ci se compose d’anneaux semblables à ceux dont nous venons de parler, mais dont les dimensions diminuent progressivement (1); d’autres fois, l'abdomen (ou Pygidium Dalman) est bien distinct du thorax , et alors il se compose tantôt d'anneaux d’une forme différente qui sont quelquefois réunis par une expansion marginale d'apparence membraneuse (2), tantôt d’un seul bouclier semblable à celui formé par la tête et analogue à l'abdomen des Sphéromes(3); on voit quelquefois à la suite de cetabdomen un appendice étroit et allongé ou lamelleux qui constitue une espèce de queue ayant quelque ressemblance avec celle des Limules ou formant une sorte de nageoiïre caudale. Enfin, il paraîtrait que les parties latérales de la face inférieure de labdomen étaient revêtues d’un tégument solide, comme Ja face supérieure.

Jusqu'ici on n’est parvenu à découvrir des traces bien certaines de pates chez aucun Trilobite (4); et tout porte à croire que ces appendices étaient membraneux et lamelleux comme chez les Apus, car sans

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