DE
Les Crustacés dont ce groupe se compose ont l'appareil buccal disposé pour la mastication à peu près comme dans les divisions précédentes , mais ils se distinguent essentiellement de tous les autres Crustacés par la conformation de leurs membres thoraciques qui, au lieu d’avoir la forme de tiges rigides propres à la locomotion, sont foliacés, membraneux et destinés principalement, sinon exclusivement, à la respiration (PL. 35 , fig.2,7,9).
Le forme de ces pates branchiales varie un peu; mais en général, on peut y distinguer trois portions principales ou branches qui semblent représenter les trois parties qui chez les Décapodes constituent la tige principale des pates ou des pates-mächoires, le palpe et le fouet; mais ici toutes ces parties sont lamelleuses (PI. 35, fig. 3,6, 8, 11). La branche interne est composée de plusieurs articles lamelleux placés bout à bout et porte engénéral sur son bord interne des appendices foliacés ou des prolongemens en forme de lobes; la branche moyenne et la branche externe s’insèrent sur le bord externe de l'article basilaire de la branche interne, et consistent chacune en une vésicule aplatie ou en une foliole membraneuse. Ces organes sont dans un état d’agitation continuelle, même lorsque l'animal ne
CRUSTACÉS, TOME Ill. 23
change pas de place, et c’est, en général , à l'aide de mouvemens de la queue ou des antennes que la natation s’effectue.
Le nombre des anneaux dont le corps des Branchiopodes se compose varie beaucoup ; quelquefois on n’en compte que très-peu, mais d’autres fois on en trouve beaucoup plus que chez les Crustacés ordinaires. La tête est en général distincte et porte, tantôt un seul œil , tantôt deux ou trois, dont deux sont souvent fixés sur des pédoncules mobiles à peu près comme chez les Podophthalmes ( PI 35, fig. 1,9, 10). Les antennes sont, en général, peu développées, à moins qu’elles ne prennent la forme de rames natatoires, comme cela a lieu chez les Daphnidiens. La bouche est armée d’un labre, d’une paire de mandibules , d’une lèvre inférieure et d’une seule paire de pates-mâchoires peu développées. Enfin l’abdomen est, en général, assez grand et terminé par une sorte de queue bifide.
La plupart de ces Crustacés vivent dans les eaux douces , et sont de très-petite taille.
Nous les rangerons, à l'exemple de Latreille, en deux ordres : les Phyllopodes et les Cladocères qui sont faciles à distinguer par le nombre des pates, qui est toujours très-considérable chez les premuers , et qui ne s'élève qu'à quatre ou cinq chez les seconds.
ORDRE DES PHYLLOPODES.
L'ordre des Phyllopodes a été établi par Latreille pour recevoir les Branchiopodes dont le corps tantôt nu , tantôt recouvert par un bouclier ou renfermé dans un test bivalve, est divisé en un grand nombre de segmens , lesquels portent presque tous des pates foliacées. Ces animaux varient, du reste, beaucoup par leur conformation, et sont quelquefois pourvus d’un certain nombre de pates simplement natatoires placées à la suite des pates branchiales , mais toujours celles-ci sont au nombre de huit paires au moins, et quelquefois on en compte une soixantaine de paires.
Nous diviserons ce groupe en deux familles, les Apusiens et les Branchipiens, suivant que le corps est nu ou cuirassé; mais lorsqu'on connaïîtra un plus grand nombre de ces animaux , on sentira prebablement la nécessité de doubler le nombre de ces subdivisions et de prendre pour types d'autant de familles naturelles, les Nébalies, les Apus, les Limnadies et les Branchipes.
Les principaux caractères génériques de ces divers Crustacés se voient dans le tableau suivant :
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FAMILLE DES APUSIENS.
Cette division comprend tous les Phyllopodes dont le dos est recouvert d'une carapace clypéiforme ou le corps renfermé dans un test bivalve. Elle comprend les genres Nébalie, Limnadie et Apus (voyez le tableau ci-contre). :
Genre NÉBALIE. — MWebalia 5:
Les Nébalies sont de petits Crustacés très-curieux qui, à raison de leurs yeux pédonculés et de leur carapace, se rapprochent des Podophthalmes , mais qui ne possèdent pas de branchies proprement dites, et respirent à l’aide des membres thoraciques devenus membraneux et foliacés. Elles semblent, à plusieurs égards, établir le passage entre les Mysiset les Apus.
La carapace de ces animaux ressemble beaucoup à celle des Salicoques ; elle est ployée sur la ligne médiane du dos, comprimée latéralement et assez grande pour cacher la base des pates et pour recouvrir toute la tête, tout le thorax et une partie de l’abdomen (PI. 35, fig. 1); mais elle n’adhère qu’à la tête, et les anneaux thoraciques etabdominaux cachés au-dessous d’elle sont parfaitement libres et complets en dessus (fig.2). En avant, la carapace se termine par un prolongement rostriforme qui est pointu et mobile. Les yeux sont assez gros et portés sur des pédoncules mobiles; ils font saillie sous le bord antérieur de la carapace de chaque côté de la base du rostre, et laissent voirau microscope un grandnombre de corps cristalloïdes logés sous une cornée commune et en-
(1) Cancer, Othon Fabricius, Fauna Groenl. — Montagu, Linn. Trans. vol. 11. — ÂVebalia, Leach, Zool. miscel. vol. 1. — Desmarest, Consid, p.243. — Latreille, Règne anim. de Cuvier, 41'e édit. t. 3,
p. 39, et 2e édit. t. 4, p. 153 et 584. — Edwards, Ann. des Sc. nal. t. 13,:p. 207,:et Ann. 2° série,:+. 3, p. 309.
chässés dans une matière colorante brunûâtre. Les antennes, au nombre de deux paires, sont grandes et constituent des rames natatoires. Celles de la première paire se composent d’un gros pédoncule coudé, formé de deux articles et portant à son extrémité une lame ovalaire à bords ciliés, et une tige multi-articulée assez longue. Celles de la seconde paire naissent immédiatement en arrière des précédentes, et sont également coudées, de facon à se diriger d’abord obliquement en avant, puis en bas et en arrière ; leur pédoncule se compose de trois articles , et elles se terminent par un seul appendice qui est sétacé et multi-articulé comme lun de ceux des antennes antérieures, mais un peu plus large. La bouche est armée d’une paire de mandibules et de deux paires de mâchoires. Les mandibules ressemblent beaucoup à celles des Décapodes ; elles sant courtes, courbes, armées en dedans de deux grosses dents et pourvues d’une longue branche palpiforme composée de trois articles dont les deux dernières sont les plus grandes. En arrière de ces organes, on trouve une petite lèvre bilobée et très-mince. Les mâchoires de la première paire se composent d’une pièce basilaire qui se prolonge en dedans sous la forme d’une lame ciliée, et qui donne insertion à une longue tige filiforme ciliée et composée de plusieurs articles, laquellese dirige d’abord en avant, puis se recourbe en haut et en arrière, et se prolonge jusqu’à l'extrémité postérieure du thorax entre la face interne de la carapace et les flancs. Les mâchoires de la seconde paire se composent d’un article basilaire assez grand, quadrilatère dont le bord interne est profondément divisé en plusieurs lobes, et dont le bord inférieur donne attache à deux branches formées l’une de deux articles, l’autre d’une seule pièce. À cet appareil succède une série de huit paires de pates foliacées et branchiales qui, extrêmement minces et fort serrées les unes contre les autres, sont entièrement cachées sous la carapace, et s’insèrent à huit anneaux thoraciques très-étroits, mais bien distincts. Ges pates (PL. 35, fig. 3) se composent chacune 1° d’une pièce la-
melleuse qui en forme la branche interne, qui en occupe toute la longueur et qui, assez large à sa base, se rétrécit beaucoup dans sa moitié inférieure; 2° d’une grande feuille membraneuse presque aussi longue que la branche interne, au côté extérieur de laquelle elle s’insère vers sa partie supérieure ; et 3° d’une seconde feuille également membraneuse placée entre les deux appendices précédens et inséré comme cette dernière au bord externe de la branche interne, La portion postérieure du corps, que l’on peut considérer comme l’abdomen , se compose de huit anneaux plus longs que les précédens, et dont le diamètre diminue progressivement ; les quatre premiers sont cachés sous la carapace , et les autres constituent une sorte de queue terminée par deux appendices allongés, styliformes et ciliés. Une série de pates natatoires (fig.4), composée chacune d’un article basilaire allongé et de deux branches pointues et à bords ciliés, s’insère aux premiers anneaux abdominaux , et font saillie à la partie inférieure et postérieure de la carapace; leur nombre paraît varier de trois à cinq paires. Enfin il existe aussi quelquefois, sinon toujours, en arrière de ces organes, deux paires d’appendices rudimentaires (1).
M. Thompson , à qui l’on doit des observations très-intéressantes sur le développement de divers crustacés, pense que les Nébalies sont de jeunes Cirrhipèdes (2), mais il nous paraît indubitable que cela n’est pas et que cette opinion n’est fondée que sur quelques ressemblances de forme extérieure.
Négauie DE GEorrroy, — V,. Geoffrori (3).
(PI. 35, fig. 1.)
Quatre paires de grandes pates natatoires bifides , suivies de
deux paires d’appendices styliformes rudimentaires fixées aux La
(1) Voyez pour la composition du système appendiculaire des Nébalies, les figures que j'en ai données dans la grande édition du Règne animal de Cuvier, Crust. Pl. 4, fig, 5,
(2) Zoological Researches and illustrations, p. 83.
(3) Edwards , Ann. des Se. nat. t. 13, p. 297, PI, 15 et Ann. des
six anneaux qui précédent le pénultiéme. Longneur environ quatre lignes. Habite les côtes de la Bretagne (CG. M.)
La Névaue pe Srraus, décrite par M. Risso (1), ne paraît pas différer de l'espèce précédente.
La Névane »E Henssr (2) se distingue par l'existence de cinq paires de pates natatoiresbifides, Elle habite les côtes du Groenland.
La Nésazre pe Mowracu (3) paraîtrait n'avoir que trois paires de ces membres , mais n’est que très-imparfaitement connue.
Enfin je suis porté à croire que le fossile décrit par M. Scou-
ler (4) comme étant une espèce d'Argas, appartient au genre Nébalie.}
Genre APUS. — Apus (5).
Le genre Apus se compose d’un petit nombre de Crustacés de taille médiocre , dont l’organisation très-remarquable à été étudiée avec soin par Schæffer.
Les Apus (PL. 35, fig. 5) ont la presque totalité de leur corps cachée sous une grande carapace clypéiforme , qui est arron die et bombée en avant , légèrement carénée vers son extrémité postérieure et échancrée en arrière. Ce grand bouclier présente à quelque distance de son bord antérieur un petit œil lisse situé sur la ligne médiane, et deux yeux composés réniformes et de couleur noirâtre, placés tout auprès et un peu en avant du premier ; un peu plus en arrière, on y
Sc. nat. 2° série, t. 3, p: 309.—Guérin, Iconogr. Crust. PI, 32 fig. 2.
(1) Nebalia Strausi, Risso, Hist. nat. de l'Eur. mérid. t. 5, p. 84, PL 4, fig. 20-22.
(2) Cancer bipes, Othon , Fabricius, Fauna Groenlandica, p. 246, fig. 2.— Cancer gammarellus bipes, Herbst, t. 2, p. 111, P1.34, fig. 9. — Nebalia, Herbstii, Leach , Zool. miscel. vol. 1, p. 100, PL. 44.—Desmarest, Consid. p. 243.—Thompson, Zool. researches, PL. 11, fig. x (d'après Leach).
(3) Monoculus rostratus , Montagu, Trans. of theg£in. soc. vol. xt, PL. 2, fig. 5. — Nebalia Montagui, Thompson, op. cit.
(4) On fossil argas. Records of general science, vol. 1; p. 136.
(5) Monoculus, Linné, Fabricius. — Linnulus, Müller.—Lamarck. Binoculus , Geoffroy. — Branchipus , Schæœffer. — Apus , Schœffer, Monogr. — Latreille, Leach , Desmarest , Savigny, etc.
remarque deux sillons transversaux qui la divisent en deux portions, l’une céphalique, l’autre thoracique; et vers la partie antérieure latérale de cette dernière portion, on apercoit de chaque côté des stries obliques terminées en forme danses et paraissant correspondre aux vaisseaux biliaires. En dessous, la carapace est confondue avec la tête, mais recouvre simplement les anneaux thoraciques et abdominaux sans y adhérer ; en avant, elle est épaisse et on y remarque une surface plane et semi-lunaire qui peut être considérée comme un épistome et qui est de niveau avec les bords ; mais dans tout le reste de son étendue le test est concave en dessous et foliacé ; une paire de petites antennes styliformes s’insère derrière le bord postérieur de cette surface épistomienne, et entre ces appendices se trouve la bouche qui est garnie 1° d’une lèvre supérieure très-grande et quadrilatère; 2° d’une paire de mandibules , grosses, courtes et fortement dentées, mais dépourvues de palpes ; 3° d’une lèvre inférieure (ou langue Savigny), qui est bilobée et terminée en gouttière longitudinale; 4 de deux paires de mâchoires dont les premières se terminent par une lame dentelée sur le bord, et les secondes sont divisées en deux branches, savoir une interne porte une petite lame ovalaire à bords ciliés, et une autre cylindracée, plus allongée, et surmontée d’un appendice styliforme. Le thorax et labdomen sont presque cylindriques et se composent d’une trentaine d’anneaux dont la longueur diminue successivement vers l’extrémité postérieure du corps qui fait plus ou moins saillie en arrière de la carapace. Les pates de la première paire qui s’insèrent immédiatement en-arrière de la bouche, sont extrêmement longues et en forme de rames; elles se composent d’une portion basilaire cylindrique formée de trois articles, et de trois longs appendices sétacés et multiarticulés, semblables au filet terminal des antennes chez les Décapodes macroures, et portés chacun par lun des articles pédonculaires ; auprès de Ja base du premier de ces filaments, qui est le plus court des trois, on apercoit un appendice
semblable, mais très-court. Les pates suivantes sont au contraire très-élargies et lamelleuses (fig. 6); on y distingue trois branches, dont les deux externes affectent toujours la forme de feuilles membraneuses et dont l’interne, plus développée que les autres, varie un peu dans sa conformation. Aux pates de la seconde paire, cette branche interne ou tige, se compose de trois articles placés bout à bout, et portant chacune sur leur bord interne un ou deux appendices lamelleux semi-cornés , de forme lancéolée et à bords dentelés ; les deux premiers articles sont à peu près quadrilatères et assez larges , et le premier est garni de deux appendices lancéolés, tandis que le second n’en porte qu’un seul ; le troisième article porte aussi un seul de ces appendices, fixé près de sa base, mais est lui-même lancéolé et se termine par une pointe cornée. La branche moyenne, membraneuse et d’une délicatesse extrême, est triangulaire, trèsallongée verticalement et fixée par son angle interne à l’extrémité du bord extrême de l’article basilaire de la branche interne, Enfin la branche externe , qu’on peut considérer comme le représentant de l’appendice flabelliforme des Décapodes, est de même texture que la branche moyenne, et a la forme d’une feuille ovalaire fixée, par son extrémité inférieure , au bout de l’article basilaire de la brarche interne ; il paraîtrait, d’après Schæffer, que pendant la vie cette feuille est de couleur rougeâtre et légèrement gonflée en forme de vésicule ; mais dans les individus conservés dans l’alcoo!l nous lavons toujours trouvée aplatie et jaunâtre comme les autres appendices. Les pates des huit paires suivantes sont conformées de la même manière; mais aux pates de la dixième paire et des paires suivantes , la branche interne se raccourcit beaucoup, les appendices de son bord interne prennent peu à peu la forme de petites lanières ovalaires et son article terminal , au lieu d’être lancéolé et corné, prend la forme d’une feuille membraneuse ovalaire semblable à celles qui constituent les branches externe et moyenne; enfin cette dernière devient aussi ovalaire, Les pates de la on-
Ps
DES CHUSTACÈS. 359
Ce
ième paire différent des autres, chez la femelle, en ce qu’elles manquent de branches externes, et ont à la place des trois articles de leur branche interne une grande lame circulaire qui s'applique sur la feuille circulaire formée par la branche moyenne , et constitue de la sorte une grande capsule, dans l'intérieur de laquelle les œufs se logent; on désigne quelquefois ces organes sous le nom de pates à matrice. Enfin, vers la partie postérieure du corps, les pates deviennent de plus en plus petites, et les dernières sont tout à fait rudimentaires ; on en compte en tout soixante paires. Les cinq anneaux abdominaux qui précèdent le dernier sont tout à fait cylindriques et dépourvus d’appendices. Le dernier porte de chaque côté un long appendice sétacé multi-articulé, et se termine par une lame caudale plus ou moins développée, au dessous de l'origine de laquelle se trouve l'anus.
Les Apus habitent les eaux stagnantes et se trouvent quelquefois dans des fossés dont l’eau est tout à fait croupie. Quand cette eau s’évapore, ils ne tardent pas à périr ; mais dès que la pluie à renouvelé ce liquide, on les voit souvent reparaître , et on a quelquefois observé ce phénomène dans des mares desséchées depuis plusieurs années ; cela paraît dépendre de la faculté que possèdent les œufs de se conserver long-temps lorsqu'ils sont privés d'humidité , et de se développer dès qu’ils trouvent l’eau et la chaleur qui leursont nécessaires, Ces Crustacés changent de peau environ vingt fois dans l’espace de deux ou trois mois, On n’a trouvé jusqu'ici que des femelles, et on a constaté que celles-ci, de même que les Puceronset les Daphnies peuvent se multiplier sans le secours du mâle; mais rien ne prouve encore qu'il n'existe pas de ces derniers. Les œufs , de couleur rouge, tombent des capsules ovifères au fond de l’eau que ces Crustacés habitent, et les petits qui en naissent diflèrent beaucoup de ce qi’ils deviéndront, car leur corps est ovoïde, les antennes saillantes et les pates antérieures constituent des rames trèsgrosses et simples,
Leach a divisé ce groupe, mais sans nécessité, en deux genres sous les noms d’Apus et de Lepidure.