SECONDE LÉGION
ÉDRIOPHTHALMES.
Lamarck paraît avoir été le premier à saisir les rapports naturels qui unissent les principaux Crustacés dont ce groupe se compose ; mais c’est à Leach que l’on doit l’établissement de la division des Edriophthalmes. Dans les méthodes carcinologiques généralement adoptées avant lui, ces Crustacés étaient disséminés et rangés dans des groupes avec lesquels ils n’avaient souvent que des affinités très-éloignées; souvent même la plupart de cesani-
maux étaient exclus de la classe à laquelle ils appartiennent, et relégués parmi les insectes. Il suffit cependant d un examen superficiel de leur organisation pour se convaincre que tous sont conformés sui un même plan général, et pour remarquer les différences importantes qui les distinguent des autres Crustacés; aussi le rapprochement proposé par Leach est-il judicieux , et son groupe des Edriophthalmes doit-il être adopté sans aucune modification notable.
En effet, chez tous ces Crustacés, le corps est divisé en trois parties bien distinctes : la tête , le thorax et 1 abdomen (i), et les divers anneaux dont ces deux dernières parties se composent sont presque toujours bien distincts entre eux , et mobiles; il n’existe jamais un bouclier dorsal analogue à la carapace des Podophthalmes, et les jeux ne sont jamais portés sur des pédoncules mobiles comme chez ces derniers Crustacés; mais de même que chez ces animaux , la bouche est armée de mandibules proprement dites et de mâchoires, et les membres thoraciques ont tous, ou presque tous, la forme de pâtes ambulatoires. Il est aussi à noter que les Edriophthalmes ne respirent pas, comme presque tous les Podophthalmes, par des branchies proprement dites, c’est-à-dire par des organes spéciaux créés ad hoc , mais à l’aide d’une portion des membres locomoteurs, dont la structure est, en totalité ou en partie, modifiée pour les adapter
(0 Voyez PJ. i , fig. 2: PI. 29, 3o, 3i, 3a.
a cet usage; tantôt c’est l’appendice flabelliforme des pâtes thoraciques ( i ) qui affecte la forme d’une giande vésicule membraneuse à texture délicate, et qui devient ainsi propre è servir d’instrument à 9 respiration. D’autres fois , ce sont les membres Un certain nombre des anneaux abdominaux (2) clUl se transforment en pâtes branchiales ou en vésicules lamelleuses. La seule exception à cette t'ègle, dont nous ayons connaissance , est celle qu offre l’Ione femelle, dont l’abdomen porte des appendices rameux assez semblables aux branchies des Squilles. Enfin , dans le petit nombre d’espèces dont on connaît la structure intérieure, le foie est remplacé par trois paires de canaux biliaires (3) , le cœur a la forme d’un vaisseau dorsal situé tantôt dans le thorax, tantôt dans l’abdomen, et les organes génitaux se rapprochent, par leur structure , de ce qui se voit chez les Insectes (4).
Les particularités de structure que nous venons d’énumérer ne permettent pas non plus de confondre les Edrioplithalmes avec les Entomostracés, les Brancliiopodes, les Suceurs ou les Xyphosures, comme nous le verrons du reste lorsque nous traiterons de ces divers groupes.
Les Edrioplithalmes forment trois classes naturelles : les Àmphipodes , les Lœmodipodes et les Isopodes , que l’on peut distinguer à l’aide des caractères suivans :
CO PI- 2, üg
(2) PI. io , fig. 6 et 7.
(3) Pt 4 . %. 3. '
(4) PI. 12, fig. i3.
EDRIOPHTIIALMES
ayant
l’abdomen bien développé et pourvu de cinq ou six paires de membres.
/ Des vésicules branchiales sous ' le thorax. Membres abdominaux des cinq premières paires hétoromorphes et servant à la locomotion. é
/ Presque jamais de vésicules' branchiales sous le thorax.
Membres abdominaux des ciuql premières paires à peu près de même forme , impropres à lal locomotion, et paraissant remplir les fonctions de branchies.
Amfhipodes.
IsOPODES.
l’abdomen rudimentaire dont la forme est celle \
d’un petit tubercule sans appendices bien distincts. £ L/emodipodcs
Des vésicules branchiales suspendues au thorax. )
ORDRE DES AMPItIPODES.
L’ordre des Âmphipodes renferme un nombre assez considérable d’espèces qui sont toutes d’une très-petite taille; on ne connaît encore aucun Crustacé de cette division dont le corps ait plus de dix-huit lignes de long. Leur tête (i), formée d’un seul segment, porte deux yeux sessiles et immobiles, des antennes, en général au nombre de quatre, placées sur ueux lignes, et un appareil de mastication composé : i° d’un labre; 20 d’une paire de mandibules pourvues, en général, d’une tige palpiforme; 3“ d’une lèvre inférieure; 4° de deux paires de mâchoires, et 5° d’une paire de pates-mâchoires réunies sur une base commune, de façon à constituer une sorte de lèvre sternale médiane (2). Le thorax est toujours divisé en six ou sept segmens mobiles dont l’arceau dorsal est ordinairement composé de trois pièces bien distinctes , savoir : un tergum et deux épinières; les membres thoraciques sont au nombre de sept paires ; leur configuration varie beaucoup, mais la branche interne ou tige est seule très-développée , de façon que les pâtes ne pa-
(1) PI. I , fig. 2, «; PI. 29 et 3o.
(2) PI, 29, fig. 5,6, 7,8,9, 10 ; PI- 3o , fig. 6 , 7 , 8,9, etc
raissent jamais bifurquées ou biramées; celles des quatre premières paires sont toujours dirigées en avant, et les autres se recourbent en arrière. A la base de la plupart de ces organes on trouve, du côté interne, une grande vésicule membraneuse (1) qui semble être le représentant de la branche externe des pates-mâchoires et des pâtes ordinaires chez certains Podoplithalmes , et qui présente ici tous les caractères d’un organe de respiration. Les femelles portent leurs œufs sous le thorax, et ont souvent des appendices flabelliformes fixés à la base des pâtes pour servir à cet usage, mais d’autres fois ce sont les vésicules respiratoires qui en remplissent les fonctions. L’abdomen est toujours très-dé veloppé , surtout dans sa moilié postérieure , t i les appendices qui s’y insèrent ne sont jamais renfermés dans une cavité ; ceux des trois premières paires diffèrent beaucoup des autres, et constituent des fausses pâtes natatoires (2); ils ont chacun un long pédoncule et deux lames terminales longues, cornées et fortement ciliées sur les bords; les autres ont également un pédoncule long et cylindrique, mais les pièces qui les terminent ont tantôt la forme de stylets (3), tantôt celle de petites lames lancéolées (4) ou de grandes feuilles membraneuses (5), et se trouvent refoulées en arrière, de façon
fl) PI. 2 , fig. l5.
(2) PI. I, fig. 2, y; PI. 39, fig. 19.
(3) PI. 1 , fig. 1 , z, z' , z"\
(4) PI. 3o , fig. 3, 12, i5.
(5) PI. 3o , fig. 5.
à former, avec la partie terminale de l’abdomen , une sorte de nageoire en éventail , ou un organe de saut. Il est aussi à noter que le cœur n occupe pas la portion postérieure du corps comme chez les Isopodes , mais s’étend dans presque toute la longueur du thorax.
Ces Crustacés sont tous aquatiques , et présentent en naissant des formes peu différentes de celles qu’ils ont à l'âge adulte.
L’ordre des Àmphipodes se divise naturellement en deux groupes ou familles que 1 on peut distinguer de la manière suivante :
Ordre des /
AMPIUPODES.
Pales-mâchoires très grandes recouvrant toute la bouche et formant une espèce de lèvre sternale impaire terminée par quatre grandes lames cornées et deux tiges palpiformes Ireslongues.
Pâtes-mâchoires ne recouvrant que la base des appendices précédents, et formant une espèce de lèvre sternale impaire terminée par trois lames cornées , et dépourvue de liges palpiformes ou n’en ayant que des vestiges.
Famille
des
CreyettinÈs.
Famille
des
Hypekiwes.
FAMILLE DES CREVETTINES.
Les Amphipodes , de la famille des Crevettines , ont tous une forme svelte , et la tête petite et arrondie (1). Leurs antennes , au nombre de quatre , sont toujours bien développées , insérées sur deux rangs à la face antérieure de la tête , et dirigées en avant ; on y distingue un pédoncule allongé , composé de trois ou quatre articles, et une tige terminale presque toujours longue, multi-articulée et plus ou moins sétacée. La conformation de l’appareil buccal est caractéristique ; les patesmâclioires (2) , très-grandes et réunies à leur base, de façon à former une sorte de lèvre inférieure médiane , recouvrent toute la bouche , et se terminent chacune antérieurement par deux grandes lames cornées, sur les côté externe desquelles s’avance une longue tige palpiforme , composée de plusieurs articles. Les mâchoires de la seconde paire se composent d’un article basilaire portant deux grandes lames ovalaires (3) ; celles de la première paire sont très-développées , et se composent d’une série de quatre ou cinq articles , dont les premiers sont élargis en forme de lame du côté interne , et dont le dernier est également lamelleux et recourbé en dedans (4) ; enfin , les mandibules sont courtes et fortement dentées (5).
(1) PI. I, fig. 2, a; PI. 29, fig. 1,4, il, 12 et iG.
(2) PI. 29, fig. 2 et 6.
(3) PI. 29 , fig. io.
(4) PI. 29, fig. 9.
(5) PI. 29, fig. 3, 7, i3, 18.
Leur thorax est presque toujours divisé en sept segmens(l)i et présente en général des pièces épimériennes ien distinctes. Les pâtes des deux premières paires sont Presque toujours très-développées, et constituent les organes principaux de préhension (2), à moins quelles ne soient modifiées pour servir à creuser le sol (3) ; celles des C1nq paires suivantes sont toutes essentiellement ambulatoires ; le premier article des six dernières est souvent elypéiforme , mais les articles suivans sont presque toujours grêles, cylindriques et allongés ; et lorsqu elles sont préhensiles, ce qui est très- rare, cela dépend seulement de l’inflexion de la griffe terminale sur l’article précédent (4). Enfin lesmouvemens de ces organes s exécutent suivant le sens longitudinal , c’est-à-dire d arriéré en avant , et vice versâ. Les membres abdominaux des trois dernières paires se terminent par de petits appendices plus ou moins styliformes , et ne portent jamais de grandes feuilles semi-membraneuses (5).
Il est aussi à noter que la disposition du canal alimentaire rappelle ce qui existe chez les Décapodes et les Stomapodes ; car on distingue un estomac petit et globuleux qui est logé dans la tête , et dont les parois sont soutenues par une espèce de charpente cornée , mode d organisation dont nous n’avons pas rencontré d’exemple parmi les Hypérines. Le cœur a la forme d’un vaisseau dorsal logé dans le thorax. Enfin ces Crustacés ne sont jamais parasites, ils mènent une vie errante, et sont en général remarquables par leur agilité.
Nous avons divisé cette famille en deux tribus , savoir :
1° Les Crevettines sauteuses , dont le corps est trèscomprimé , les pièces épimériennes très-grandes , et les trois derniers segmens de l’abdomen portent des appendices styliformes qui constituent un organe de saut (1) ;
2° Les Crevettines marcheuses, dont le corps n’est pas notablement comprimé , dont les pièces épimériennes sont petites, et les fausses pâtes des trois dernières paires se terminent par de petites lames natatoires , et ne constituent pas un organe de saut (2).