FAMILLE DES MONOCLES
Ce groupe est caractérisé principalement par l’existence d’un œil unique situé sur la ligne médiane, à ta partie antérieure et supérieure de la tête. Les Crustacés dont il se compose sont tous d’une petitesse extrême, et sont remarquables par les métamorphoses ff11 ils subissent dans le jeune âge. Pour que l’accoupletftent puisse s’elfectuer, le mâle s’accroche à la queue ^e la femelle à l’aide deses antennes, qui diffèrent presque toujours par leur forme de celles de cette dernière , f't sont souvent pourvues d’un renflement préhensile. La manière dont la fécondation s’opère est des plus remarquables ; M. Siebold a constaté dernièrement ffu’il n’y a pas de véritable coït ; mais que le mâle produit un spermatophore tubulaire qu’il accole à l’ab- 'tamen de sa femelle , tout près de la vulve , et que , !>arun phénomène d’endosnose, la liqueur fécondante ensuite expulsée de ce réservoir pour pénétrer dans appareil femelle, ou pour se porter sur les œufs au Moment de leur passage de l’ovaire dans le sac oviière (1). La femelle . beaucoup plus grande que le ^âle, l’entraîne pendant quelque temps avec elle ; et, HPrès la fécondation, pond un nombre assez considérjble d’œufs qui , pendant toute la durée de l’incubal0n > restent suspendus sous son abdomen dans une 11 deux grosses poches ovoïdes. Les petits qui en éclo-
V°yez les observations de M. Siébold sur l’accouplement du CylÇa^e cast°r, dans les Mêm. des curieux de la nat. de Dantzig, et dans Anales des sciences natur. 2e série, t. i/j.
4'i4 HISTOIRE NATURELLE
sent sont de forme presque circulaire et ne sont poui' vus que d’une paire d’antennes et de deux paires de pâtes natatoires ; ils ressemblent alors si peu à leurs parens, qu’un zoologiste babile, Millier, en a forme un genre distinct , sous le nom d ’Amymone. Mais ils changent plusieurs fois de peau , et à chaque mue leur thorax , puis leur abdomen , se développent plus en plus , et on voit paraître en même temps leS membres , qui d’abord manquaient complètement- Lorsqu’ils n’ont que six pâtes , ils constituent le genre Nauplius de Millier.
Les Monocles présentent , dans la structure de leurs antennes inférieures et de leurs pates-mâchoires , deS différences qui nous semblent suffisantes pour motivel‘ leur division en trois genres, dont les principaux c»' ractères sont indiqués dans le tableau ci-joint :
(Pates-mâchoires pos- f Antennes de la seconde ) çyCLops#
térieures médiocres et l paire simple •
ne constituant pas de<
w ; grosses mains subché- 1 Antennes de la seconde j £yCL0Psifl£* ^ wiformes. \ paire bi-ramées j
^ I Pates-mâchoires postérieures constituant de grosses * ^rpàCte- \ mains subchéliformcs i
Genre CYCLOPS.— Cyclops (1).
Nous réservons le nom de Cyclopes aux Monocles dont1 **3” antennes de la seconde paire sont simples, et dont les pate* mâchoires ne sont pas subchæliformcs. Le corps de ces a”1 maux est pyriforme , et la tête , confondue avec la p°rt‘°^ antérieure du thorax , constitue un grand bouclier semi-0' J
(I) Monoculus, Linnæus, Fabricius, Geoffroy, Degeer , Jurin ’
Cyclops, Muller, Latreille , Lamarck , Ramdohr, Leacb, Dcsroa
Baird, etc.
taire, en arrière île laquelle se montrent quatre anneaux thoraciques, dont la largeur diminue progressivement, et l'n abdomen allongé et composé de cinq segmens distincts. d’oeil est situé tout près du bord antérieur de la tête , et il ^existe pas de rostre mobile comme chez les Ponties. Les a>iïennes de la première paire sont longues et sétacées ; chez
femelle elles sont régulièrement multiarticulées dans presque toute leur longueur, et diminuent graduellement de diamètre vers leur extrémité ; mais chez le mâle elles sont élargies et divisées en trois portions, dont la dernière seulement est distinctement multiarticulée. Les antennes de la seconde paire sont de longueur médiocre, aplaties, obtuses au bout, uni-ramées, composées de quatre ou cinq articles. L’rtju- Pareil buccal est composé à peu près comme chez les Pondes; seulement le palpe mandibulaire est rudimentaire, et les pates-mâchoires postérieures sont petites. Les pales des quatre premières paires sont conformées de la manière ordinaire ; mais celles de la première paire naissent au-dessous du bouclier céphalique. Les pâtes de la cinquième paire sont 8tyliformes et rudimentaires. Le premier anneau de l'abdomen donne insertion à deux grandes poches ovifères. Enfin Ie dernier segment est bilobé , et porte deux appendices la- •nelleux et divergens , dont l’extrémité est garnie de longues soies.
Cyclope commun. — C. vulgaris (i).
Corps renflé en avant. Antennes de la première paire , à peu Près de la longueur de la tête et du thorax réunis ; celles du mâle Avisées en trois portions, dont les deux premières sont élargies
(t) Monocle a queue fourchue , Geoffroy , Hist. des 1ns. t. a , P* * 856 , Pl, ai. fig. 6. — Monoculus quadricornis , Linné, Fauna suecica , n. ao49, etc. — Degéer, Mém. pour servir à l'Hisl. des Ins.
1 > p. 483, Pl. 2i), fig. il et i2,etPl. 3o , %. 1-8. — Fabricins , k'U. Syst. t. 2 , p. 5oo. — Cyclops quadricornis , Muller, Entomos,
*raca , p. 109, Pi. 18 , fig. 1-4* Monoculus quadricornis , Manuel. eilCyclop, t. - , p. -18. • — Cyclops quadricornis , Latreille , Généra , *' 1 1 p. 19, — Ramdohr Bietrage zur naturgeschietlile einigen dents-
en avant et la dernière est sctacée. Abdomen élroit et allongé, surtout chez le mâle , et terminé par deux lames divergentes , 1°Q" gués cL garnies à leur extrémité de quatre soies plumeuses dont les deux mitoyennes sont à peu près semblables et plus longues que l’interne et l’externe. Deux poches ovifères chez la femelle-
Ce petit Crustacé habite les eaux douces , et se trouve en grand nombre dans les mares des environs de Paris , de la Suisse, etc. Il est long d’environ deux tiers de ligne et varie beaucoup poUl’ la couleur ; tantôt il est rougeâtre , tantôt vert , d’autres fois brunâtre on blanchâtre. Ses métamorphoses ont été étudiées avec soin par Jurine. Suivant ce naturaliste, ce Cyclope est d’abord presque sphérique ; quelques jours après , la portion postérieur6 de son corps commence à s’allonger, et il se développe à son eXtrémité un petit prolongement. La première mue a lieu du 20e ou 28e jour, et les jeunes Cyclopes prennent alors une forme ellip' tique; leur abdomen devient bifide, et on leur distingue un6 paire de pâtes de plus, mais leurs antennes sont encore trèscourtes. Une douzaine de jours après , ils changent encore de peau et prennent la forme qu’ils doivent conserver; ils deviennent alors aptes à se reproduire, et en général , muent de nouveau avant chaque ponte (C. M.j.
Le Cyclopi longispina de M. Templeton (1) a les antennes antérieures très-courtes et armées d’une dent spiniforme sur le bord antérieur de leur pédoncule ; les antennes de la seconde paire sétacées et l’abdomen terminé par deux appendices allongés , do»t 1 extrémité est armée d’une soie très-longue et de deux plus courtes. Du reste, nous ne pouvons décider s’il appartient réellement a ce genre ou à la division suivante. Il est decouleur rosée, et s6 trouve dans les eaux douces à l’Ile-de-France.
chen monoculesarten, p. 1 , Fl. I et 2. — Lamnrck, op. cit. t. 5, p. I29‘ — Monoculus quadricornis , Jurine, Hist. des Monocles, p. X , -var. rougeâtre , PI. i , fig. x-n et Fl. 2, fig. i-g. Var. blanchâtre, Pl, 2’ lig. xo, il , var. verdâtre, Pl. 3, fig. i ; -par. brunâtre, Pl. 3, lig. a.-- Cyclopi vulgaris, Leach, Dict. des Sc. nat. t. i/, , p. 53g— Desmarest, Consid.p. 362, Pl. 53, fig. I -j (d après Jurine). — Cyclops quadricornis ' Jiaird. Nat. hist. of British Enloniostraca , Mag. of zool. and bot. vol. 1, p. 321, PL 9, fig. i-^,
(1) Trans. of the entomol, soc. of London, vol. 1 , p. 196, PL 21 ’ fig. 12.
Le Cyclops obesicornis du même auteur (i) a été trouvé avec ' espèce précédente, dont il se distingue par la longueur beaucoup plus considérable des antennes qui sont très-grosses , aussi longues lue le thorax , et pourvues d’une grande soie spiniforme , à la Place de la dent qui se remarque chez le précédent ; il se pourrait hien que cet animal lût la femelle du Cyclops longispina.
Enfin le Cyclops similis de ce voyageur (s) se distingue des autres espèces connues par la conformation de son œil qui est obscurément divisé en deux portions reniformes ; la structure 'les antennes de la seconde paire n’a pas été suffisamment examinée pour que nous puissions savoir si ce Crustacé doit prendre Place ici ou dans le genre suivant.
H a été trouvé parmi les plantes marines sur les côtes de l’île Hurbon,
Genre CYCLOPSINE. — Cyclopsina (3).
Cette division générique établit le passage entre les Cycl°pes proprement dits et les Ponties. Les antennes de la soconde paire sont b i- ramées comme chez ces dernières, et mandibules sont pourvues d’une branche palpiforme L'ès-développée, et bifide au bout. Le corps est aussi moins ' < nl)6 en avant que chez les Cyclopes ; et on y distingue cinq spgttens bien séparés de la tête, qui quelquefois semble aOssi être divisée en deux portions.
i. Cyclopsine castor. — C. castor (/,).
''Urps allongé , antennes de la première paire à peu près aussi ^hgues que le corps; celle du côté droit seulement dilatée tz le mâle ; le dernier anneau thoracique, échancré en dessus,
l1) Loc. rît. Pl. 21 , fig. il.
Py Loc. cit. p. 197, pl. 21 , f,g. i3.
'3) Cyclops autorum.
Cyclops lacinulntus, Muller, Entomost. p. ioü, Pl. iC, tlg. zj-G.julV.‘cr>EnCyclop. t. 7 , p. 720, Pl. 264, lïg. 1 5- 1 7 . — Monoculus Casio ri,1e. Monocles, p. 5o, Pl. Pl. 5, et Pl. 6. — Cyclops Castor, Desr ' C'L p. 363, Pl. 53, tlg. 5, (d'après Juiine).
- 'l'U'ine rapporte aussi à celte espèce le Cyclops cterulens , Midi
et bifide sur les côtés chez la femelle , est notablement plus larSe que la base de l’abdomen. I.es pâtes de la dernière paire sont d’une forme irrégulière , mais se composent de deux branches , comme les précédentes; chez la femelle, la branche externe est crochue, et la branche interne est slyliforme et composée de deux articles ; chez le mâle , celte dernière partie est représentée seulement par un stylet simple , et la branche externe est courte , oblique et crochue du côté droit, tandis que celle du côtéopp050 est allongée et terminée par une espèce d’ongle; l’abdomen est court, surtout chez la femelle, et les deux lames divergentes quilc terminent sont assez larges, courtes et garnies au bout de cinq °u six soiesayant toutesàpeu prèslamême longueur. Enfin, la feincl Ie n’est pourvue que d’une seule poche ovifère qui est ovoïde* aplatie et suspendue sous l’abdomen. Ce petit Crustacé se trouve dans les mares , et même quelquefois dans les eaux vives (dans 1° Rhône , par exemple) ; il nage toujours sur le dos. Le mâle est plus petit que la femelle.