‹ Histoire naturelle des crustacés (volume 4)Chapitre 335 sur 354 · HISTOIRE N A T U REEL E · texte numérisé non relu

HISTOIRE N A T U REEL E

qu’elles sont séparées par des barrières naturelles moins tranchées. Ainsi les trois régions qui se partagent les côtes de l’Europe possèdent en commun la plupart des espèces qui les habitent; et il en est de même, soit pour les diverses régions de l’Asie et de l’Océanie , soit pour les eaux qui baignent les côtes du nouveau monde. Pour se convaincre du fait, il suffira, ce me semble, de jeter les jeux sur la liste des diverses espèces de Décapodes , dont l’existence a été constatée dans ces grandes divisions géographiques (1).

L’immense majorité des faits milite donc en faveur de l’opinion que , pour ces animaux marins comme pour les végétaux terrestres , chaque espèce a dû avoir son origine dans une région déterminée, et que c’est en s’irradiant de ces divers centres de création, qu’ils se sont étendus plus ou moins loin sur la surface de la terre, etqu’ilsse sont mêlés entre eux dans des localités intermédiaires. En tenant compte de la configuration des côtes , il est presque toujours facile de s’expliquer comment ces émigrations ont pu s’effectuer, et on remarque nue ce sont les espèces les mieux conformées pour la nage qui se sont le plus disséminées. Nous avons signalé il y a un instant quelques exceptions à la règle générale que la nature semble avoir tracée pour la délimitation des grandes divisions carcinologiques du globe ; or, ces exceptions viennent précisément à l’appui de la thèse que nous soutenons ici, car ces Crustacés cosmopolites sont au nombre des espèces auxquelles les longs voyages maritimes doivent être le plus faciles. Ainsi les Phyllosomes et les Erichtiens, qu’on trouve dans les deux Océans , sont des animaux

(l) Voyez Annales des Sciences naturelles , V série, t. 10, p. 172'

des crustacés.. 56g

essentiellement pélagiens, qui ne se rencontrent guère qu’en haute mer, et qui , nageant sans fatigue au sein des eaux , doivent pouvoir se répandre avec le temps dans tous les parages dont la température est compatible avec leur existence. Le Gonodactyle goutteux , qui se voit dans les mers de toutes les parties chaudes du globe , est également conformé pour nager avec une grande facilité , et, de même que les autres Squilliens, ne se rapproche que peu des côtes. Le Nautilograpse minime , par la structure de ses organes locomoteurs , semblerait devoir être plus sédentaire et ne pas pouvoir s’éloigner beaucoup de terre ; cependant on le rencontre dans presque toutes les parties du monde , car je n’ai pu découvrir aucune dillérence spécifique entre le petit Crustacé de l’Australasie désigné par Lamarck sous le nom de Grapse uni ; le Grapse cendré des Etats-Unis; le Turtle-Crahe , signalé par Brown sur les côtes de la Jamaïque ; le Grapsus testudinum , décrit par Roux comme une espèce nouvelle, propre à la Méditerranée ; le Grapse minime de nos mers , et des individus du même genre recueillis par les voyageurs du Muséum sur les côtes du Chili et dans les eaux de l’île de France ; mais une particularité de ses mœurs nous explique cette dissémination : en effet, ce petit Crustacé a l’habitude de s’accrocher aux Tortues marines qui le transportent au loin avec elles , et il n’est pas rare de le rencontrer au milieu de l’Océan flottant sur le sargasso ou sur quelque autre plante que les courans entraînent. Suivant toute probabilité , c est ce même Nautilograpse qui fut signalé par Colomb en pleine mer dix-huit jours avant la découverte du nouveau monde , et qui, dans un moment bien critique, fournit à ce grand navigateur un argu-

ment de plus à l’appui de ses prédictions (1). Les Gélasimes et quelques Portuniens ont des habitudes analogues , et par conséquent il est probable que l’aire occupée par une même espèce est également trèsconsidérable pour plusieurs de ces jCrustacés ; mais jusqu’ici on n’en connaît pas qui soient réellement cosmopolites.

Parmi les Crustacés qui , sans être sortis des grandes divisions géographiques indiquées plus haut , se sont cependant répandus à des distances considérables dans des régions limitrophes , on remarque surtout les Lupées , qui sont aussi au nombre des Brachyures les mieux organisés pour la nage. La Lupée dicanthe, par exemple , se trouve aux Etats-Unis , aux Antilles , au Brésil et jusque sur la côte opposée de l’Amérique septentrionale. La Lupée pélagique se rencontre depuis la mer Rouge jusqu’au Japon; et la Lupée sanguinolente, depuis la côte orientale de l’Afrique jusqu’aux îles de la Société , c’est-à-dire dans une étendue de plus de quatre mille lieues.

Il est d’autres Crustacés dont la dissémination s’explique facilement , bien qu’à l’âge adulte ils paraissent condamnés à vivre sédentaires près des côtes ; ce sont les espèces qui, dans le jeune âge, ressemblent à des Macroures , et ont l’abdomen terminé par une large nageoire, mais subissent plus tard des métamorphoses et perdent alors leurs organes natateurs. Les Dromies sont dans ce cas, et, pendant qu’elles sont douées de cette conformation transitoire , elles doivent pouvoir émigrer à des distances considérables,

(i) Voyez Historia de el almirantc D. Cristoval Colon , par son fils » cliap. vm, ( Collent . de Barda , t. 1 , p. 16, colonne 2.)

DES CRUSTACÉS. 5yt

et transporter au loin leur race sédentaire. Tous les Crustacés Brachyures ne paraissent pas subir de semblables métamorphoses postérieurement à leur sortie de lœuf, et par conséquent ne doivent pas se disperser avec la même facilité ; mais il est probable que plusieurs sont dans ce cas , les Grapses , par exemple ; et lorsqu’on aura constaté le caractère du mode de conformation propre à chaque espèce , dans le jeune âge aussi bien qu’à l’état adulte , on trouvera , je n’en doute pas , l’explication de plusieurs circonstances qui embarrassent maintenant dans l’étude de la distribution géographique de ces animaux marins.

Nous avons vu que les espèces communes <à plusieurs régions sont ordinairement en proportion d’autant plus forte dans la faune carcinologique de ces diverses localités , que les communications entre ces mêmes régions sont plus faciles (1). Il est aussi à noter que lorsqu’une espèce identique se rencontre à des distances très-considérables , elle se trouve aussi presque toujours dans les mers intermédiaires, de façon que sa dispersion actuelle se comprend en supposant que des émigrations successives ont étendu peu à peu l’aire qu elle occupe sur la surface du globe. Presque tou-

(i) Au nombre des circonstances physiques qui favorisent la dissémination d'une espèce , nous devons citer : iu l'existence d'une longue ligne de côtes continues dans une zone comprise entre des latitudes dont les températures ne different pas excessivement: 2° l’existence d’iles situées dans les mêmes conditions, à des distances peu considérables; 3° l existence de grands courans périodiques qui peuvent entraînera la dérive des animaux dont In pouvoir locomoteur est médiocre, et les transporter à des distances d'autant plus grandes que ces êtres sont capables de rester plus longtemps éloignés de terre.

C'est pcul-êlre à cette dernière circonstance qu'il faut attribuer la présence de quelques Crustacés d’Amérique sur les côtes des îles Canaries. On sait, en effet, que le grand courant, désigné sous le nom de Gulf-stream,

jours on peut s’expliquer, d’après la configuration actuelle des terres , la manière dont cette propagation de proche en proche a pu s’effectuer. Il est cependant quelques exceptions à cette règle qui méritent d’être signalées.

Ainsi le Népbrops qui habite les côtes de la Norwége , et qui ne se voit ni dans la Manche , ni sur les côtes de l’Océan , se retrouve à Nice et au fond de l’Adriatique; il y est assez commun pour être vendu sur les marchés de comestibles à Venise , et l’examen le plus attentif ne m’a fait découvrir entre les individus de ces parages si éloignés aucun caractère constant qui indique une différence spécifique. Il serait bien difficile de s’expliquer commentée Crustacé aurait pu se transporter de Drontheim à Venise par les mers actuelles sans s’arrêter sur nos côtes , et l’on doit se demander si la nature , qui a souvent produit dans les régions éloignées des espèces très-analogues , quoique distinctes , aurait étéjusqu’à créer dans ces deux points si différents deux souches identiques ou bien si l’existence de cet animal remonterait à une époque à laquelle une communication maritime entre les mers Scandinaves et la Méditerranée aurait existé du côté

après avoir longé la côte de la Floride et de la Caroline, et avoir passé sur l’extrémité sud du grand banc de Terre-Neuve , se dirige vers les Açores et se recourbe ensuite vers le sud , pour se confondre au delà des Canaries avec le courant équatorial , et c’est par son influence que des fruits et autres corps légers , provenant de l’Amérique , ont souvent été jetés sur ces côtes. Le contre-courant ou remous , qui se fait sentir du sud vers le nord ,1e long de la côte orientale de l'Afrique, peut aussi avoir contribué à transporter les Crustacés de la région madécasse jusque dans la mer Rouge , tandis que le grand courant équatorial, qui se dirige de l’est vers le Cap , a dû faciliter l’émigration de ces animaux de l’Inde vers l’îie de France. D’après ces considérations, on voit combien il serait intéressant de connaître la faune carcinologique de» /Vçorcsj, du canal Mozambique , etc.

DES CRUSTACÉS. 5j3

de l’orient. La géologie nous donnera peut-être un jour la solution de cette question.

Une autre difficulté résulte de la distribution géographique du Grapse messager. Ce Crustacé, qui est commun dans la mer Rouge , et qui habite également diverses parties du littoral indien , se retrouve sur la côte nord de l’Afrique et même aux îles Canaries ; il ne paraît pas avoir passé des mers d’Asie dans l’Atlantique et ses dépendances , en doublant le cap de Bonne- Espérance, caron ne l’a encore rencontré ni dans cette dernière localité , ni dans les eaux de l’île de France , et d un autre cote les Grapses périssent trop promptement lorsqu’on les retire de l’eau pour qu’on puisse supposer qu’il aurait passé de la mer Rouge dans la Méditerranée en traversant l’isthme de Suez , et ici encore on serait porté à soupçonner que la dispersion actuelle de l’espèce s’est effectuée avant que cette partie de la terre n’ait eu sa configuration actuelle , et à une époque où la Méditerranée communiquait librement avec l’océan Indien (1). Dans letat actuel de la science, des spéculations de ce genre n’offrent pas assez d’intérêt pour fixer longtemps notre attention ; mais elles méritent d’être indiquées , et lorsque la distribution géographique des animaux marins et la distribution géologique de leurs débris fossiles seront mieux connues, on pourra peut-être en tirer des déductions utiles.

L’étendue de la puissance locomotive des Crustacés , et la configuration des mers , ne sont pas les seules

(i) Le Thalamite admete , qui est très-répandu dans les mers d'Asie, se retrouve aussi aux îles Canaries , et ce que nous venons de dire du Grapse messager est également applicable à ce Crustacé, qui cependant est bien mieux conformé pour la nage.

circonstances qui limiten t et qui règlent le mode de dispersion de ces animaux sur les diverses parties de la surface du globe ; l’influence de la température sur ce phénomène nous paraît également évidente , et c’est peut-être cette influence seule qui a empêche la plupart des Crustacés de se répandre de proche en proche tout le long du littoral des deux mondes, et qui a maintenu les faunes carcinologiques des diverses régions plus ou moins distinctes. En effet , pour ces etres , de même que pour les animaux supérieurs et pour les végétaux , il est des extrêmes de température qui paraissent être incompatibles avec la vie , et ces extrêmes varient suivant les espèces, les genres et les familles naturelles. Des expériences directes donneraient probablement sur ce sujet des résultats importans , mais elles n’ont pas encore été tentées, et pour y porter quelque lumière , on ne peut , dans 1 état actuel de la science , qu’interroger la géographie zoologique.

Le premier fait dont on est frappé lorsqu’on étudie sous ce point de vue la faune des diverses mers, cest la grande différence numérique des especes a des latitudes différentes. Il ne paraît pas que les Crustacés soient individuellement moins nombreux dans les régions froides du globe que dans les mers équatoriales. La pêche abondante du Homard sur les côtes delaJNorwége , ainsi que les bancs de Mysis , et autres petits animaux de la même classe dont les Baleines et divers poissons font leur pâture dans les mers glaciales, peuvent faire penser qu’il en est autrement ; mais , ce qui n’admet pas de doute, c’est que les formes et les modes d’organisation de ces animaux tendent a devenir de plus en plus variés à mesure que l’on s’éloigne des mers polaires pour se rapprocher de l'équateur.

Ainsi les côtes delà Norwége , que nous venons de citer comme étant si riches en individus , ne sont habitées que par un très-petit nombre d’espèces. A peine y compte-t-on plus d une quinzaine de Décapodes , et dans les autres ordres les formes spécifiques ne varient guère davantage. Dans les eaux de la Manche, les espèces diverses de ces mêmes Décapodes sout environ cinq fois plus nombreuses. Sur le littoral de la Méditerranée, les différences spécifiques se multiplient davantage, et leur nombre, comparé à celui des espèces de la région Scandinave, devient dans le rapport de sept à un. Si l’on passe ensuite de la Méditerranée dans les mers de 1 Inde , on voit cette progression se continuer encore , car, dans l’état actuel de la science , on compte déjà dans ces parages éloignés plus de deux fois autant de Crustacés Décapodes que dans la région Celtique , dont l’exploration a cependant dû avoir été faite d’une manière bien plus complète. Enfin dans l’hémisphère sud , vers l’extrémité méridionale de l’Afrique et sur les côtes de l’Australie, le nombre des espèces décroît de nouveau de la manière la plus évidente (1).

Une tendance analogue se remarque dans le Nouveau-Monde. Dans les mers glacées du Groenland, les

(i) Les nombres des Décapodes et des Stomapodes inscrits dans les tableaux joints à mon Mémoire sur la distribution géographique des

Crustacés sont, pour

La région Scandinave 16 espèces.

La région Celtique. 82

La région Méditerranéenne. . , . . n^,

La région Indienne 202

La région AusLralasienne (ig

La région Madécasse 5(j

Mais il esta noter que ces deux dernières régions n’ont été que trèsincompléteinent explorées , de façon que le nombre des espèces y est

espèces sont très-peu variées ; elles le deviennent beaucoup plus sur les côtes des États-Unis d’Amérique , et sont plus nombreuses encore dans la région équatoriale des Antilles et du Brésil (1).

Une coïncidence aussi constante entre l’élévation de la latitude et la diminution des espèces diü'érentes , ne peut être l'effet du hasard , et tout porte à croire que la température plus ou moins élevée des diverses mers est une des principales circonstances régulatrices de la diversité plus ou moins grande des animaux dont la distribution géographique nous occupe ici.

Cette opinion acquiert une nouvelle force lorsqu’on compare sous le rapport du nombre des espèces certaines régions de l’Ancien et du Nouveau-Monde dont les latitudes sont semblables. Les côtes du Groenland et de la Norwége sont situées à peu près sous les mêmes parallèles , mais , comme on lésait , elles ne jouissent pas de la même température moyenne. Le Groenland est bien plus froid que la Norwége; or, le Groenland est aussi bien plus pauvre en Crustacés.

probablement plus élevé qu'on ne le croirait d'aprcs cette évaluation. (D’après quelques renseignemens que j’ai reçus au moment de mettre sous presse le mémoire dont je donne ici un extrait, il paraîtrait aussi que le nombre des Décapodes de la région Scandinave est beaucoup plus considérable qu'on ne le pensait ; mais ces observations nouvelles ne détruisent en rien les conclusions générales auxquelles je suis arrivé relativement à l’augmentation du nombre des especes avec la température.) Quant auxEdriophlhalmcs et aux petits Crustacés des ordres inférieurs, nous nen tenons pas compte ici, parce qu'on ne connaît guère que les espèces propres à nos mers.

(i) Les nombres des espèces de Décapodes signalées dans ces divers

parages sont , pour

La région Groënlandaise 12

La région des États-Unis 3';

La région Caraïbe 71

La région Chilienne 3ÿ

Ainsi , soit que l’on compare entre elles les diverses régions de l’Ancien ou du Nouveau-Monde , soit que l’on compare , sur les côtes des deux continents , les mers polaires, on remarque une même tendance. Dans l’un et l’autre cas, l’élévation de la température correspond à une augmentation dans le nombre des espèces , c’est-à-dire à une diversité plus grande dans les formes et dans la structure de ces animaux marins , et il est digne de remarque qu’un résultat analogue ressort de l’étude de la distribution , soit des animaux, soit des plantes qui vivent sur la terre.

Je me garderai de hasarder une opinion sur les relations de causes et d’effets qui peuvent exister entre ces deux phénomènes , et de chercher, par exemple , si cette diversité de structure, croissante avec la température, peut dépendre de l’influence même de la chaleur sur le développement de ces êtres, qui d’ordinaire se ressemblent d’autant plus entre eux que ce développement est moins avancé , moins complet; les faits manqueraient bientôt à une pareille investigation , et par conséquent elle sortirait du domaine de la science. Mais je crois, utile de faire remarquer que si l’on attribuait à la chaleur seulement cette diversité organique, on tomberait dans l’erreur ; car le nombre des espèces n’est pas toujours proportionnel à la température , et en Amérique , par exemple , les Crustacés sont moins variés que dans les régions isothermes de l’ancien continent. Ainsi les côtes des États-Unis , comprises entre Charlestown etNew-York, quoique aussi méridionales que les bords de la Méditerranée , et baignées par un immense courant d’eau chaude venant du golfe du Mexique, sont moins riches en animaux de cette classe que la Manche, et la mer tropicale des Antilles est

5y3 HISTOIRE NATURELLE

loin de fournir une liste d’espèces aussi longue que la mer des Indes; elle est même plus pauvre que la Méditerranée , dont la température est cependant bien moins élevée (1). Du reste ces irrégularités ne détruisent en aucune façon la conclusion à laquelle nous étions arrivés, touchant la tendance de la nature à multiplier les différences spécifiques à mesure que la température s’élève ; elles montrent seulement que la distribution géographique de ces animaux, ainsi qu on devait bien s’y attendre , est une question complexe dont les divers éléments ne nous sont pas tous connus.

Du reste , les différences de formes et d’ organisation ne sont pas seulement plus nombreuses et plus caractérisées dans les régions chaudes que dans les régions froides du globe ; elles y sont aussi plus importantes. Le nombre des groupes naturels dans lesquels les espèces se répartissent augmente graduellement avec la température des eaux qu’elles habitent, et c’est parmi les Crustacés des mers équatoriales qu’on rencontre les modes de structure les plus dissemblables. En effet, presque tous les principaux types d’organisation qui se voient dans les mers polaires se retrouvent également dans les régions tropicales , tandis que dans ces derniers parages il existe un grand nombre de types particuliers qui ne se rencontrent pas ailleurs , ou qui sont à peine représentés a des latitudes un peu élevees. Pour que la distribution méthodique des Crustacés retrace fidèlement les différences

(l)On voit, par conséquent, que l’on s'exposerait à de graves erreurs, si l’on cherchait à évaluer d’une manière absolue la température d une région d’après la considération de sa faune carcinologique seulement, et ce que nous disions des régions actuelles doit s’appliquer aussi aux diverses époques géologiques.

introduites par la nature dans la conformation de ces êtres et indique l’importance relative de ces modifications de structure , il faut , ainsi que nous l’avons déjà vu , diviser la classe entière en trois groupes : les Crustacés Maxillés , les Suceurs et les Xyphosures. Or, de ces trois groupes, deux seulement sont représentés dans les régions froides du globe, tandis que tous les trois se voient rassemblés dans les mers équatoriales. Le groupe tout entier des Décapodes Brachyures , ainsi que la division des Anomoures , paraissent être exclus des latitudes élevées du Spitzberg et de la mer de Baffin ; les navigateurs qui , dans ces dernières années, ont exploré les mers polaires, n’y ont trouvé que des Crustacés appartenant à la division des Édriophthalmes , à celle des Entomostracés , ou à la section des Décapodes Macroures. Il est bien possible que des Bracbiopodes et des Crustacés Suceurs existent aussi dans ces parages lointains, et qu’ils aient échappé à l’observation à raison de leur petite taille ; mais on ne peut supposer qu’il en aurait été de même pour des Décapodes Brachyures , qui , semblables à nos Crabes, doivent , par leur volume et leur forme , attirer bien davantage l’attention des collecteurs. Sur les côtes méridionales du Groenland , on commence à trouver de ces Brachyures , mais on n’en a signalé dans cette région que deux espèces. La section des Décapodes Anomoures ne paraît commencera être représentée que sur les côtes de l’Islande et de la Norwége. La famille principale de l’ordre des Stomapodes , celle des Squilliens , ne dépasse pas la Manche, et ne se rencontre même que rarement au delà du quarante-cinquième degré de latitude nord. Enfin le groupe des Phyllosomes et des Erichthiens est limité à des

parallèles moins élevées, car c’est à peine s’il se montre dans les eaux de la Méditerranée. Or, je le répète, tous ces types existent simultanément dans les mers intertropicales.

L’étude de la distribution géographique des Crustacés fait apercevoir aussi une coïncidence remarquable entre la température de la mer et la perfection organique plus ou moins grande des espèces qui l’habitent. Les types qui disparaissent à mesure qu’on s’avance vers les hautes latitudes, sont ceux dont l’organisation est la plus compliquée , et non-seulement les Crustacés les plus élevés dans l’èclielle manquent dans les régions polaires , mais leur nombre relatif croît rapidement du nord vers l’équateur.

Si effectivement on rangeait ces animaux en série , d’après le degré relatif de perfection et de complication qu’offre leur structure anatomique , les Décapodes Bracliyures se trouveraient en tête et seraient suivis par les Anomoures , tandis que les Macroures ne prendraient place qu’au troisième rang , et les Edriophthalmes se trouveraient relégués plus bas encore (1). Or, dans les parages les plus rapprochés du pôle , au Spitzberg et dans la mer de Baffin , on a rencontré des Édriophthalmes d’espèces assez variées et quelques Macroures , mais point de Bracbyures (2). Sur les côtes

(1) Les Entomostracés et les Crustacés suceurs, qui occupent les degrés inférieurs de la série carcinologique, sont trop imparfaitement connus pour que nous puissions en tenir compte dans cette revue générale de la répartition des espèces; mais les Décapodes et les Édriophthalmes, dont nous connaissons bien mieux la distribution géographique , forment a eux seuls la presque totalité de la classe entière des Crustacés , et par conséquent nous suffisent pour les recherches dont nous nous occupons ici.

(2) Les Crustacés observés par MM. Parry , Sabine ; Ross , etc. , sont

DES CRUSTACÉS. 58l

méridionales du Groenland et de la Norwége , il en existe ; mais leur nombre , comparé à celui des autres animaux de la même classe, est extrêmement faible : au Groenland , par exemple , les Décapodes n’entrent que pour un tiers dans le nombre total des Crustacés portés sur les catalogues des zoologistes , et de ce tiers les trois quarts appartiennent à la division des Macroures. Sur les côtes de la Norwége, où le froid est moins rigoureux, les Décapodes paraissent devenir à peu près aussi nombreux que les Édriophthalmes , et on compte autant de Brachyures que de Macroures. Dans la Manche et dans la Méditerranée , ainsi que sur les côtes des États-Unis de l’Amérique , les Décapodes l’emportent de beaucoup sur les Édriophthalmes ; on y rencontre près de deux fois autant de Brachyures que de Macroures , et le nombre relatif des Décapodes Anomoures s’élève aussi. Dans la région des Antilles, deux Macroures correspondent à peu près à un Anomoure et à cinq ou six Brachyures. Enfin , dans la mer de l’Inde , ces mêmes nombres de Macroures et d’ Anomoures correspondent à environ dix Brachyures, tandis qu’en procédant plus loin vers le sud, sur les côtes de l’Australie, par exemple, le nombre des Brachyures connus n’est guère que quatre fois plus considérable que celui des Macroures (1).

Lorsqu’on connaîtra mieux la zoologie maritime de ces régions éloignées, il est à présumer que ces proportions changeront plus ou moins ; mais il nous paraît

à peu près les mêmes dans la mer de Baffin et au Spitzberg ; ils sont de très-petite taille, et appartiennent presquetous à la division des Édriophthalmes. On a trouve dans ces parages éloignés sept espèces de Macroures (2 Crangons et 5 H ppolytes) , une espèce de Mysis , eL espèces d'Kdriophlh aimes.

(i) Voici le chiffre du relevé des diverses espèces de Brachyures ,

bien peu probable que la tendance générale indiquée par des observations nombreuses déjà recueillies soit infirmée ; car nous ne voyons aucune raison pour supposer que les voyageurs , en visitant les mers du Nord, auraient négligé les Brachyures pour ne s’occuper que des Macroures , tandis qu’en explorant les régions tropicales, ils auraient suivi sans exception une marche inverse.

Ainsi , tout nous porte à croire que l’élévation de la température des eaux est accompagnée non-seulement d’une multiplicité plus grande des espèces et de différences plus considérables dans le mode de structure des Crustacés, mais aussi d’une tendance plus marquée vers la complication et le perfectionnement organique de ces animaux : aucun climat ne paraît être incompatible avec l’existence des Crustacés peu élevés dans la série naturelle (t), mais ceux qui occupent le plus haut rang dans cette série sont exclus des régions les plus froides du globe , et deviennent, relativement aux premiers , de plus en plus nombreux des pôles vers l’équateur.

d’Ànomoures et de Macroures dont j’ai pu jusqu’ici constater suffisamment la présence dans ces diverses régions.

Brachyures.

Anomoures. Macro

Région Scandinave. . .

— Celtique. « . •

— Méditerranéenne. . 59

— Indienne. . .

— Australasienne.

— Madécasse. .

Mer de Baffin

Côtes du Groenland. .

des États-Unis.

Région Caraïbe. . . .

Région Chilienne. . .

(il Le capitaine Parry a

trouvé des Àniphipodes

dans les pa

Spitzberg par $3 degrés de latitude nord.

Si , au lieu de nous en tenir aux grandes divisions de la classe des Crustacés, nous descendons à quelques exemples particuliers, nous verrons encore surgir la même tendance générale.

Toutes choses égales d’ailleurs , les animaux aquatiques sont ordinairement moins élevés en organisation que ceux conformés pour habiter sur la terre ; pour s’en convaincre , il suffit de considérer le règne animal dans son ensemble , ou de passer rapidement en revue chacune des grandes divisions dont il se compose. Or, les Crustacés sont presque tous des animaux aquatiques; mais , parmi les êtres les plus élevés de cette classe , on trouve des Crabes qui ont des habitudes différentes et qui vivent constamment à terre. Par analogie , on peut donc penser que ces Crabes de terre ou Gécarciniens doivent prendre place en tête delà série naturelle formée par tous ces êtres; et si une haute température est réellement une condition d’existence pour les espèces les plus élevées, on ne devra les rencontrer que dans les régions les plus chaudes du globe ; et effectivement , c’est ce qui a lieu : dans les contrées froides et tempérées, ou n’en connaît aucune espèce , mais ils se rencontrent dans la zone torride de l’Ancien et du Nouveau- Monde.

Les tribus qui ont pour types les Qcypodes et les Grapses , et qui établissent le passage entre les Crabes de terre et les Brachyures ordinaires, s’étendent plus loin de l’équateur, mais deviennent extrêmement rares dans les pays tempérés , et ne se montrent plus à des latitudes très-élevées.

Parmi les Crustacés aquatiques, on en connaît, mais en très-petit nombre , qui vivent oin de la mer et qui

habitent les ruisseaux. Or, dans les régions tropicales, ces Décapodes fluviatiles se rapportent au type le plus élevé de cet ordre, à la division des Brachyures, tandis que dans les régions tempérées et froides des deux hémisphères , tous appartiennent au groupe inférieur des Macroures. Effectivement, vers l’extrémité méridionale de l’Europe, en Egypte , en Perse , dans l’Inde et dans les parties les plus chaudes de l’Amérique, on rencontre partout des Crabes de rivière ou Thelphusiens , tandis que dans les autres parties de l’Europe , dans l’Amérique septentrionale , au Chili , au cap de Bonne-Espérance , à Madagascar, et dans la partie sud de la Nouvelle-Hollande , ce sont des Écrevisses d’espèces particulières qui peuplent, les eaux douces , et il n’existe aucune espèce de Brachyures fluviatiles.

Lorsqu’on compare entre eux les Crustacés des différentes parties du monde, on remarque une autre tendance qui paraît avoir aussi un rapport avec, la température. Dans les régions chaudes , la taille de ces animaux semble être , terme moyen , plus élevée que dans les régions froides. Ainsi les plus grandes espèces des mers du nord sont plus petites que les plus grandes espèces des mers équatoriales ; les petites espèces sont proportionnellement plus nombreuses vers les pôles que vers la ligne , et la taille moyenne de tous ces êtres pris en masse paraît y être moins élevée. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer la Langouste commune , le Homard et le Tourteau, c’està-dire les plus gros Crustacés de nos côtes, avec les Langoustes , la Portune de Tranquebar, le Pseudocarcin géant, et quelques autres Crustacés des mers de l’Inde; puis de noter le petit nombre de ces animaux

gui dans nos mers atteignent une taille moyenne , et de se rappeler la longue série d’espèces remarquables par leur grosseur qu’on rencontre dans les mers tropicales. Mais ici encore la progression est loin d’être constante , et pour que les différences deviennent bien sensibles , il ne faut pas comparer les régions froides avec les régions tempérées , mais bien avec les mers les plus chaudes du globe.

Il semblerait aussi que là où les espèces sont le plus variées , et où le corps atteint ses plus grandes dimensions , c’est-à-dire la où la température est le plus élevée , les particularités de structure qui caractérisent les groupes naturels sont aussi portées au plus haut degré. Ainsi le développement transversal de la portion céphalo-thoracique du corps, qui donne à tout le groupe des Brachyures un aspect si particulier, est plus grand chez certains Crustacés des mers équatoriales que chez aucun de ceux qui habitent nos côtes, ou qui se rencontrent plus au nord, et la moyenne de ce développement, prise dans toutes les espèces , est indubitablement plus grande dans les mers des régions chaudes. La longueur extrême des pâtes et du rostre, qui caractérise la famille des Ôxyrhinques et surtout la tribu des Macropodiens , n’est nulle part aussi excessive que chez certaines espèces propres aux mers de l’Inde et des Antilles. Les formes ovoïde des Cancériens , et hexagonale des Portuniens, sont bien plus marquées dans les espèces équatoriales que dans celles des pays froids ou tempérés; et les anomalies que présente le squelette tégumentaire et l’appareil générateur du Catométopes, semblents’ effacer peu à peu dans les espèces propres aux mers des régions froides ou même tempérées. Enfin, c’est aussi

dans les régions tropicales qu’on rencontre la plupart de ces formes anomales qui donnent à certains animaux de cette classe un aspect bizarre, les Ranines , les Hippes, les Rémipèdes , les Albunées , les Leucilères et les Phyllosomes, par exemple.

Ce résultat me paraît remarquable , et offrira peutêtre un nouvel intérêt lorsqu’on se rappellera des observations sur le développement des jeunes Crustacés , dont il a été question dans le premier volume de cet ouvrage. En effet , nous avons vu une tendance analogue déterminée par une autre cause , car nous avons constaté qu’en général la ressemblance entre les espèces et les genres voisins est d’autant plus grande que le développement du jeune animal est moins complet , et que les cbangemens amenés par les progrès de l’évolution organique tendent essentiellement à éloigner ces êtres du type moyen propre au groupe dont ils font partie , ou , en d’autres mots , à les spécialiser de plus en plus.

Enfin , l’étude de la distribution géographique des Crustacés fait apercevoir aussi une coïncidence remarquable entre la température des diverses régions carcinologiques et L’existence ou la prédominance de certaines formes organiques. Ainsi , quoique les Crustacés des Antilles et des mers de l’Inde soient tous ou presque tous d’espèces différentes , ils ont entre eux une analogie si grande , que les deux faunes offrent le même aspect général et se distinguent facilement de celles appartenant aux régions froides de l’un et de l’autre continent. Ces deux régions tropicales sont habitées par le genre Ocypode , qui se rencontre aussi dans les mers du Sénégal , mais qui ne se trouve ni

sur les côtes de l’Europe , ni dans les parties un peu froides de l’Asie et de l’Amérique ; par les Gelasimes, qui se voient également dans tous les pays chauds , mais qui ne dépassent que peu ou point le trentecinquième degré de latitude; par les Grapses et les Sésarmes , qui s’étendent un peu plus loin vers le nord , mais qui ne sont nombreux que dans la zone torride ; par les Lupées , qui vers le nord se montrent pour la dernière fois dans la Méditerranée; par des Cyclograpses , des Plagusies, des Péricères, des Carpiles , des Zozymes, des Cblorodies, des Calappes , desHippes, des Cénobites, des Scyllares, des Ibacus , des Penées , des Squilles , des Limules , et plusieurs autres Crustacés qui habitent exclusivement les régions les plus chaudes du globe, ou ne se montrent qu’en petit nombre et d’une manière pour ainsi dire accidentelle dans les régions froides et tempérées. Cette analogie entre les Crustacés des diverses mers tropicales se retrouve meme parmi les espèces de certains genres dont les limites géographiques sont moins restreintes. Ainsi les Langoustes, de la division des Longicornes, habitent les mers de l’Inde et des Antilles; mais les espèces qui les représentent, tant dans les mers d’Europe que sur les côtes du Chili , appartiennent toutes à la division des Langoustes ordinaires; les Palémons les plus remarquables de l’Inde ressemblent bien plus à ceux des Antilles qu’aux espèces des mers des zones tempérées; enfin , dans ces deux régions tropicales , le nombre relatif des Macropodiens est également petit.

Les régions tempérées ont aussi entre elles des points de ressemblance multipliés. Nous avons déjà vu que le genre Ecrevisse leur appartient en propre

et se trouve représenté par notre Ecrevisse commune clans le nord de l’Europe, par une espèce nouvelle , r Astacus leptodactylus , dans la Grimée et les régions voisines , par 1 ’ Astacus Bartonii dans le nord de l’Amérique, par l’Ecrevisse madécasse dans l’île de Madagascar, par une cinquième espèce distincte des précédentes au Chili , et par une sixième à la Nouvelle-Hollande , mais paraît être presque entièrement exclu de l’espace intermédiaire occupé par la zone torride. Deux espèces distinctes de Homards habitent les deux versans de l’Océan Atlantique boréal , mais n’y descendent pas au delà de la ligne tropicale , tandis qu’au Cap de Bonne -Espérance on retrouve le même type 'générique représenté par une troisième espèce (1 ’ Astacus ccipensis ). Le genre Ptalycarcin de Latreille, qui a pour type le Tourteau, si commun sur nos côtes, ne se voit pas dans les régions de l’Inde et des Antilles , mais se retrouve dans les deux hémisphères là où le climat se rapproche davantage du notre , savoir , sur les côtes des Etats-Unis et au Chili. En Europe, aux États-Unis et au Chili, on voit aussi des espèces diverses du genre si remarquable des Callianasses , type dont l’existence n’a encore été signalée dans aucun pays chaud. Les genres Atélécycle et Hyas n’ont encore été trouvés qu’en Europe et au Chili , et le genre Portune , qui peuple nos côtes d’espèces si variées , n’a point de représentant ailleurs, si ce n’est dans un point également extratropical de l’hémisphère austral , à la Nouvelle-Hollande. C’est aussi dans les régions froides ou tempérées des deux hémisphères que se trouve presque entièrement confiné le genre si nombreux des Hippolytes , et c’est à des latitudes élevées seulement que

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les voyageurs ont signalé les légions de Mysis et de Ponties, dont la surface de la mer est quelquefois couverte dans une étendue de plusieurs lieues. Enfin , nous rappellerons encore la ressemblance extrême qui se remarque entre les Lithodes et les Crangons de la Norwége et du Kamtchatka.

D’après les faits que nous venons de passer en revue , on voit que les lois qui semblent présider à la distribution géographique des Crustacés , ont une analogie frappante avec les résultats fournis déjà par l’étude du mode de répartition des végétaux sur la surface du globe , et si l’on comparait maintenant sous le même point de vue les Crustacés et les plantes aux Zoophytes , aux Mollusques , aux Poissons et aux animaux plus élevés qui habitent sur la terre , on apercevrait dans toute la nature vivante les mêmes tendances. Partout on ne peut se rendre compte du mode de distribution des êtres organisés , qu’en supposant l’existence primitive d’un certain nombre de foyers de création épars sur la surface du globe, et la formation dans chacun de ces points, d’un certain nombre d’espèces particulières dont la lignée s’est peu a peu étendue au loin. Partout oïl aperçoit des indices de l’influence de la chaleur, tant sur la première formation de ces êtres , que sur leur dispersion subséquente; on voit qu’une température élevée est une des conditions les plus favorables pour la multiplicité des espèces , ainsi que pour la perfection de leur organisation , et on reconnaît l’existence d’un certain rapport entre le climat des diverses régions, et les formes des êtres qui en sont les habitans.

Les règles qui découlent de cette étude n’ont pas , il est vrai, toute la netteté et la constance que l’on se CRUSTACÉS, TOME UI. 38

ôgo HISTOIRE NATURELLE

plaît à rencontrer dans les sciences exactes ; mais il ne faut pas en conclure que les tendances qu elles indiquent ne sont pas réelles. Des phénomènes de cet ordre sont sous l’empire d’une multitude de circonstances diverses (1) , dont les influences se combinent entre elles , mais , pour me servir d’un langage algébrique , tantôt avec le même signe, tantôt avec des signes contraires et sans que leurs valeurs relatives nous soient jamais complètement connues. L’observateur ne sait pas les dégager à son gré pour les étudier isolément ; il ne voit que la résultante commune de toutes ces forces variables dans leur nombre , dans leur grandeur , dans leurs modifications , et parmi lesquelles il en est même , sans nul doute , plusieurs dont il ignore jusqu’à l’existence. Mais en général un rapport ne se manifeste entre un eilet et l une quelconque des causes qui se combinent pour le produire, qu’autant que cette force se trouve plus ou moins dégagée de l’action des autres , ou quelle les domine ,

(i) Ainsi une autre circonstance qui parait avoir une grande influence sur la dissémination des Crustacés dans certaines localités, est le degré de salure des eaux : c’est probablement la cause qui empêche la plupart de ces animaux de remonter les fleuves , et qui rend leur nombre si faible dans certaines mers , telles que la Baltique et la mer Noire , où la proportion des matières salines ne paraît s’élever guère au delà du tiers de ce qu elle est dans les eaux de 1 océan Atlantique. On ne possède pas encore assez de données sur le degre de salure de la mer à des parallèles et à des longitudes différentes, pour qu’il soit possible de chercher en ce moment quelle in fluence cette circonstance peut avoir sur la distribution générale des Crustacés à la surface du globe , mais peut-être contribue-t-elle à déterminer quelques-unes des inégalités qu’on remarque , sous ce rapport , dans des mers à peu près isothermes : il serait, par exemple , intéressant de savoir si les eaux qui baignent les cotes de 1 Inde et l'Archipel d’Asie, ainsi que celles de la mer Rouge , sont plus denses que celles des Antilles cl des côtes du Brésil , par cxeinpb'*

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et puisque , dans la question si compliquée de la distribution géographique des êtres vivans , on voit si fréquemment le résultat général se modifier avec la température , on ne peut se refuser à croire , ce me semble , que la température ne soit en effet uue des principales forces régulatrices du phénomène.

fin;

TABLE MÉTHODIQUE

DES MATIÈRES

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