CHAPITRE DERNIER
DE LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES CRUSTACÉS (i).
En examinant avec a lien lion la manière dont les Crustacés sont répartis à la surface du globe , on voit que, suivant toute probabilité , ccs animaux n’ont pas pris leur origine dans un même point et ne sont pas émanes u un foyer de création unique pour se repan dic peu a peu dans les mers lointaines; on voit que 1 aire occupée par chaque espèce a des limites plus ou moins étroites , et on ne tarde pas à se convaincre qu’il existe pour ces animaux marins , comme pour les plantes et les animaux terrestres , un certain nombre de régions distinctes caractérisées par des populations particulières. La faune de chacune de ccs régions se
compose en partie d’espèces qui ne se rencontrent pas ailleurs, en partie d’espèces qui leur sont communes avec d autres parages, et, en général, ces dernières sont, toutes choses égales d’ailleurs, en proportion d’autant moindre que les communications entrela côte où on les observe et les autres mers sont moins directes et moins faciles. Pour se rendre compte de la distribution géographique des Crustacés, on est donc conduit à regarder ces régions comme autant de foyers de création, où, parmi les espèces produi tes, les unes sont restées cantonnées dans leur patrie primitive , tan-
(1) Ce chapitre esl extrait «l'un mémoire que j'ai publié sur oc sujet dans les Annules des Sciences naturelles, 2e série, L. îo, p. i'2Q.
dis que les autres se sont disséminées au loin et ont été
se mêler aux habitants des régions voisines.
En elïet , la présence , dans un point restreint du globe, d’une espèce particulière qui ne se retrouve pas ailleurs, suppose nécessairement qu’elle est originaire de ce point , ou bien qu’après y être arrivée d’une autre région par émigration, elle aura été complètement détruite dans le lieu qui avait été le berceau de sa race, c’est-à-dire précisément là où , suivant toute probabilité , devaient se trouver réunies les conditions les plus favorables à son existence. Cette dernière hypothèse , fondée sur des suppositions que rien n’autorise, ne peut, dans l’état actuel de la science, satisfaire l’esprit, tandis que la première ne présente aucune difficulté sérieuse, et devient un guide utile dans les recherches du naturaliste. On peutdonc 1 adopter et admettre que l’existence , dans une région quelconque , d’espèces qui n’habitent pas ailleurs , indique la patrie originaire de ces mêmes espèces. On conçoit la possibilité d’échanges si multipliés entre des régions voisines, que toutes les espèces originaires de l’une ou de l’autresoient devenues communes aux deux, et alors rien ne décéléra au zoologiste leur séparation primitive; mais si, au milieu d’une faune commune, on trouve, limitées dans des aires distinctes , un certain nombre d’espèces , on sera conduit à penser que ces dernières proviennent de centres de création differents, et à les considérer comme caractéristiques d’autant de régions zoologiques particulières.
Ainsi , en comparant entre eux les Crustacés des diverses mers d’Europe, on voit que certaines espèces s y rencontrent partout , depuis les côtes de la Nor\vége jusqu’au fond de la Méditerranée. Celles-là ne nous
fournissent aucune donnée sur les localités dont elles peuvent être originaires , et leur dissémination s’expliquerait également soit que toutes aient appartenu , dans le principe, à une seule et même région, soit que chacune ait été primitivement limitée à une partie différente de la surface du globe. Mais on voit aussi que plusieurs espèces appartiennent exclusivement au littoral Scandinave; que d’autres habitent les mers Celtiques , et ne se rencontrent pas ailleurs ; enfin que la Méditerranée possède aussi des espèces qui ne se voient ni dans l’une ni’ dans l’autre des deux régions dont nous venons de parler. On peut en conclure que les Crustacés de nos mers tirent leur origine d’au moins trois sources différentes , et caractérisent par conséquent l’existence de trois régions carcinologiques distinctes. Si on ne poussait pas cet examen plus loin , on pourrait croire, il est vrai , que ces différences dépendent de ce qu’un certain nombre des espèces de la région Celtique sont restées stationnaires dans ces parages , pendant que les autres ont émigré au nord ou vers le sud , et ont été se mêler sur les côtes de la N orwége ou dans le bassin de la Méditerranée avec des espèces qui , à leur tour, étrangères dans ces mers , y seraient arrivées de quelque autre point du globe; s’il en était ainsi, la région Celtique devrait seule être considérée comme le siège de l’un des trois foyers de création indiqués par la distribution géographique de ces animaux , et les deux autres pourraient avoir leur centre dans quelque autre point , dans les mers d’Asie ou d’Amérique , par exemple. Mais si l’on compare également la faune carcinologique des côtes de la Norwége et de la Méditerranée , avec celles des autres parties connues du globe ,'on verra que l’une et l’autre se dis—
tinguent de toutes ces dernières par des différences du même ordre que celles qui ne permettent de les confondre, ni entre elles, ni avec la faune de la région Celtique. Il en résulte que , suivant toute apparence, il existait primitivement dans les mers d’Europe trois centres de création distincts, et qu’on peut les considérer comme formant un égal nombre de régions carcinologiques.
Dans l’état actuel de la science , il est impossible de reconnaître tous les centres de création auxquels semblent devoir être rapportés les divers Crustacés répandus à la surface du globe ; mais on peut déjà en distinguer un assez grand nombre. Ainsi, dans les mers de l’Europe , on compte , avons-nous dit, trois régions assez bien caractérisées; les côtes du Sénégal paraissent appartenir à une quatrième région dont il faudrait peutêtre distinguer les îles Canaries ; les eaux de l’î!e de France sont le centre d’une cinquième région ; les mers de l’Inde et l’archipel d’Asie en forment une sixième qu’il ne faut confondre ni avec la région du Japon , ni avec celle occupée par la Nouvelle-Hollande , la Nouvelle-Zélande et les terres voisines; les parages des îles Gallapagos paraissent constituer, sous le rapport des Crustacés qui les habitent, une autre région particulière ; il en est de même pour le Chili et les mers Magellaniques ; enfin , les Antilles, la portion septentrionale des États-Unis d’Amérique et les mers de Groenland, forment à leur tour autant de régions distinctes. Le nombre de ces régions carcinologiques actuellement constatées serait donc de treize , mais il est probable que par la suite on sera obligé de les multiplier davantage. .
La région septentrionale de l’Europe , que nous
DES CRUSTACES.
appellerons la région Scandinave, embrasse les côtes de la Norwége et s’étend probablement vers le nord-est. Elle est caractérisée principalement par la Lithode arctique , par l’Hyas araignée , qui cependant se rencontre aussi dans la portion voisine de la région Celtique, parle Néphrops et par quelques autres espèces moins remarquables , telles que l'Idotée entomon. A en juger par le nombre immense des Homards que l’on y pêche et que l’on expédie journellement pour le marché de Londres , il paraîtrait probable que cette région est aussi la patrie originaire de ce Crustacé, qui cependant est répandu dans les autres mers de l’Europe. Du reste, dans ces parages septentrionaux , les espèces sont trèspeu variées, et parmi les Brachyures, les Oxyrhinques et les Cancériens sont presque les seules familles dont on y trouve des représentans (t).
La région Celtique, qui comprend- les côtes de la Manche ainsi que le li ttoral occidental de la France et de l’Angleterre , et qui me parait devoir s’étendre vers l’Islande au nord , et vers le détroit de Gibraltar au midi, est bien plus riche en espèces, et c’est surtout dans les groupes les plus élevés que cette progression est rapide. Sur les côtes de la Bretagne, qu’on peut considérer comme le centre de cette région , on trouve en plus grand nombre que partout ailleurs le Tourteau et le Carcin ménade , qui se rencontrent aussi dans les deux autres régions de l’Europe ; la plupart des espèces du genre Portune , le Maïa squinado,
(l) Un petit Crustacé de la famille des Catométopes , le Nautilograpse minime , qui est répandu dans presque toutes les mers , se rencontre quelquefois jusque sur les côtes de la Norwége, mais n’y arrive que très-rarement, et ne paraît pas être un habitant ordinaire de cette région.
56o HISTOIRE NATURELLE
le Pise tétraodon , plusieurs Inachus , le Xanthe floride , le Pagure hermite , la Langouste commune , le Palemon squille et plusieurs autres Décapodes y sont également très-communs ; mais toutes les espèces que nous venons de citer, ainsi que plusieurs autres, se rencontrent également dans la Méditerranée , et au premier abord on pourrait croire que toutes les mers tempérées et chaudes de l’Europe devraient être considérées comme appartenant à une seule et même région carcinologique, dont le foyer serait dans la Méditerranée, où se trouvent effectivement un nombre considérable d’espèces qui ne s’étendent que peu ou point vers le nord, mais il parait en être autrement; car les côtes de la Manche et de l’Océan possèdent plusieurs espèces qu’on ne voit pas dans la région de la Méditerranée, et par conséquent ces parages ne peuvent être regardés comme une simple dépendance de cette division géographique. Au nombre de ces espèces caractéristiques de la région Celtique, nous citerons la Polybie de Henslow , l’Hyas resserré , l’Eurynome rugueux, l’Athanase brillant et le Pandale annulicorne. L’abondance extrême de quelques espèces assez rares dans la Méditerranée nous semblerait indiquer aussi que primitivement elles ont appartenu à cette région centrale, et que c’est par dissémination qu’elles se sont répandues sur les côtes septentrionales et méridionales de l’Europe; le Tourteau, le Carcin et l’É— trille sont de ce nombre. Nous ajouterons aussi que la faune carcinologique de la région Celtique se fait remarquer par la prédominance des Oxyrbinques et desPortuniens, et par l’absence presque complète des Catométopes, des Anomoures et des Squilliens.
La région Méditerranéenne, qui paraît s’étendre un
peu au delà du détroit de Gibraltar, possède , comme nous venons de le dire, la plupart des Décapodes qui habitent la région Celtique; mais ce qui la caractérise essentiellement , c’est la présence de la Lupée hastée , du Lissa goutteux , du Mithrax dichotome , de l’Herbstie noueuse, de l’Amalhie de Roux, de la Latreillie élégante, de l’Acanthonyx lunulé, de trois espèces particulières de Lambres, du Calappe granuleux, delà Dorippe laineuse, des deux Homoles, de plusieurs grands Pagures, du Scyllare large , de la Squille mante et de quelques autres espèces moins remarquables. Ici les Catomé topes tendent à devenir plus nombreux, et quelques genres qui appartiennent presque exclusivement aux régions équatoriales commencent à se montrer : les Ocypodes , les Gélasimes et les Phyllosomes, par exemple.
La faune carcinologique des îles Canaries diffère considérablement de celle des régions dont nous venons de parler, mais n’oiïre pas encore de caractères assez positifs pour indiquer nettement l’existence d’un centre distinct de création. On rencontre dans ces parages un singulier mélange de Crustacés des mers d’Europe, d’Afrique et même d’Amérique (1) ; mais jusqu’ici on n’y a signalé l’existence que de deux espèces qui n’avaient pas été rencontrées ailleurs ; et de ces deux espèces , une ne me paraît pas suffisamment distincte pour être admise sans examen ultérieur. Il se pourrait donc que les eaux des îles Canaries ne constituassent pas une région carcinologique particulière , mais fus-
(l) Ne pourrait-on pas attribuer à l'intluence du Gulf-stream le (ransport de ces derniers à une distance si considérable de leur habitation ordinaire ?
sent en q uelque sorte un terrain neutre où les aires de plusieurs foyers de création viendraient se terminer, et pour ainsi dire chevaucher les unes sur les autres.
Les Crustacés des côtes du. Sénégal et du Congo ne sont encore que très-imparfaitement connus , mais les espèces qu’on y a trouvées sont si remarquables qu’elles me paraissent indiquer clairement l’existence d’une région particulière, dont cette portion du littoral africain ferait partie. Telles sont certaines espèces du genre Sésarme, groupe naturel qui ne se rencontre pas dans les mers d’Europe , mais qui est représenté par d’autres espèces dans l’Inde et aux Antilles.
La région Madécasse , qui paraît s’étendre depuis le Cap jusque vers la mer Rouge , a été mieux explorée dans la partie qui avoisine l’île de F rance. On y trouve plusieurs espèces qui se rencontrent également dans la mer Rouge , et jusque dans la mer des Indes , telles que la Mœnethie licorne , le Pise styx , le Gélasime tétragone , l’Ocypode cératophthalme , le Calappe tuberculeux , la Dorippe rusée , la Ranine dentée , etc. ; mais elle se distingue de toutes les autres parties connues du globe par l’existence du Sténocinops cervicorne , du Crabe sculpté, des Xanthes livide, imprimé, trèspoilu , rayonné , etc., de la Mélie trélissée, du Cyclograpse de Latreille , du Calappe coq, de 1 Ixa canaliculée , de l’Écrevisse madécasse, et de plusieurs autres espèces faciles à reconnaître.
La région carcinologique de l’Inde paraît s’étendre depuis la mer Rouge , où elle se confond avec celle dont il vient d’être question, jusqu’à la Nouvelle-Guinée, ou même plus loin encore. Elle est de toutes les parties connues du monde la plus riche en espèces , et celle surtout où les Cancériens et les Calométopes sont le
plus abondans , tandis que les Macropodiens y sont comparativement rares. Parmi les Décapodes, les plus remarquables qui habitent ces mers tropicales et qui n’ont pas encore été signalés ailleurs , nous citerons les Égéries et les Doclées , le Péricère cornigère , le Lupée de Tranquebar, le Thalamite admète , le Pseudocarcin de Rumph , les Sésarmes indienne et quadrilatère, la Yarune lettrée , le Macrophthalme émarginé, les Matutes , la Leucosie craniolaire , l’Arcanie hérisson , la Dorippe quadridentée , la Dorippe camarde, le Birgus , les Langoustes fasciée , sillonnée , dasyppée et pénicillée; lesPalémons orné, longirostre, etc.; les Pénées monoceros , monodon et brévicorne, ainsi que l’Acète et plusieurs espèces de Pagures. Le Podophthalme vigil , la Lupée sanguinolente , les Grapses messager et strié, la Plagusie écailleuse, le Crabe ocyroé , le Crabe bordé , le Crabe de Savigny , le Carpile maculé , le Garpile convexe , le Zozyme bronzé , un grand nombre de Xanthes , de Lambres , deThalamites , de Calappes , etc. , habitent aussi ces parages , et la plupart de ces Crustacés semblent même en être originaires , quoiqu’on les rencontre aussi dans une ou plusieurs des régions voisines.
Les Crustacés des mers du Japon commencent à être connus des naturalistes par les travaux du célèbre voyageur Siébold et de son habile collaborateur M. de Haan ; mais ces savans n’ont encore publié que les espèces appartenant aux trois familles des Cyclométopes , des Catométopes et des Oxystomes : il serait , par conséquent , prématuré de chercher à caractériser dès aujourd’hui cette région zoologique, et nous nous bornerons à dire que , tout en ayant , sous le rapport des formes prédominantes , une similitude très-grande
arec les mers de l’Inde , elle nous semble être sous l’influence d’un foyer de création particulier ; car, au milieu des espèces qui sont communes à ces parages et à la région de l’Inde , on connaît déjà plusieurs Décapodes qui n’existent pas ailleurs , les Ocidies , les Acanthodes, les Curtonotes , les Ériocheires et les Huénies , par exemple. Peut-être faudra-t-il aussi par la suite considérer les mers du Kamtschatka comme une autre région carcinologique : le peu que Krusenstern nous en a appris semble l’indiquer, et , chose remarquable , dans ces latitudes élevées du Grand Océan , on retrouve des formes analogues à celles qui se voient dans la région Scandinave (1).
Les côtes de la Nouvelle-Zélande et de la portion extratropicale de la Nouvelle-Hollande sont habitées par divers Crustacés qui paraissent être particuliers à ces parages , et par conséquent cette 7'égion Australasienne semble être du domaine d’un foyer de création distinct. Parmi les espèces qui le caractérisent , nous citerons la Naxie serpulifère , le Pseudocarcin géant , le Xanthe à crêtes , la Portune front entier, et la Thalamite à doigts rouges ; et à ces Crustacés , que l’on peut considérer comme aborigènes , se mêlent d’autres espèces qui semblent être venues des régions de l’Inde et du Japon , ou du moins qui existent également dans ces mers éloignées.
Nous ne savons rien sur les Crustacés de la côte occidentale de l’Amérique du Nord, et nos connaissances sont encore très-limitées sur les animaux de
(l) Les Lilliodes des cèles de la Norwége diffèrent à peine de celle* du Kamtschatka. Le Crangon boréal , qui se trouve au Spilzberg et sur les côtes du Groenland , parait être représenté par une espèce peu ou point différente au Kamtschatka et sur la côte opposée de l’Amérique.
DES CRUSTACES.
cette classe qui habitent près des côtes de la Colombie et du Pérou ; mais , d’après les collections faites aux îles Gallapagos par M. Guming, et décrites en grande partie par M. T. Bell , il nous paraît évident que cette partie du Grand Océan doit constituer une région carcinologique particulière. Pour s’en convaincre , il suffit de jeter les yeux sur la longue liste des espèces nouvelles, et même de genres distincts, qui ont été découverts dans ces parages et qui n’ont pas été trouvés ailleurs (1). L’aspect général de cette faune carcinologique est même très-dillérent de celui qu’offre l’ensemble des espèces dont les mers d’Asie et d’Australasie sont peuplees ; car ici ce sont les Oxyrhinques qui dominent.
Les côtes du Chili et de la Patagonie paraissent appartenir à une autre région qui , toutefois, se lie assez étroitement à la précédente. Outre plusieurs espèces qui se trouvent également dans les mers de la Colombie , on y rencontre l’Épialte denté, l’Eurypode de Latreille , deux espèces du genre Leucippe , une Atélécycle particulière, une Hépate nouvelle, plusieurs espèces très-remarquables de Platycarcins , de Porcellanes , de Pagures et de Palémons , qu’on n’a pas encore vues ailleurs , ainsi qu’une Grapse et une Plagusie des mers de l’Australasie , et l’Ériphie gonagre , qui habite également les côtes du Brésil et des Antilles.
(l) Parmi les espèces les plus remarquables de celte région , nous citerons le Tyche lamelliiorme, le Pericera villosa, le P. ovata , l’Acanthonyx emarginata , lOthonia sexdentata, le Mithrax pygmeus, le M. nodosus , le M. ursus, le M. denticulatus , le Pisa spinipes , le P. aculeala , le Rhodia pyriformis, le Tliocea erosa, l'Herbstia Edwardsii, le Menorhyncus depressus , le M. gibbosus, le Libinia rostrata , et l'Eurypodius Cuvierii. Ces divers Crustacés ont été décrits récemment par M. T. Bell, et seront mentionnés dans le supplément que nous nous proposons de donner à cet ouvrage.
Cette région paraîtrait comprendre les mers qui baignent les deux versans delà portion froide et tempérée de l’Amérique méridionale ; mais elle ne doit pas être confondue avec une autre division géographique, dont le centre est aux Antilles et dont les limi tes s étendent jusqu’au Brésil, d’une part, et jusqu a la Caroline , de l’autre.
Celte dernière région, qu’on pourrait appeler la région Caraibe , est caractérisée par plusieurs espèces particulière# des genres Mithrax , Graspe et Lupée , par le Carpille corallin , le Pagure granulé , divers Langoustes , le Palémon de la Jamaïque , l’Atye scabre, etc. Enfin c’est aussi la patrie de la Leptopodie sagittaire et de plusieurs autres Crustacés remarquables qui se rencontrent quelquefois dans des parages plus ou moins éloignés.
La portion septentrionale des côtes des Etats-Unis d’Amérique, ou région Pensj Iranienne , constitue une division carcinologique distincte de la précédente , mais dans laquelle on trouve plusieurs espèces originaires de la mer des Antilles , la Lupée dicanthe , le Sésarme cendré et le Gélusime appelant , par exemple. Du reste, on y rencontre un Homard gigantesque, un Platyonique, un Piatycarcin , des Panopées et quelques autres espèces qui ne paraissent pas exister entre les tropiques.
Enfin la faune carcinologique des mers qui s’étendent depuis Terre-Neuve jusqu’au S pitzberg , au Groenland et à la baie de Baffin , est encore en grande partie unecréalion distincte de toutes celles dont nous nous sommes déjà occupés. Dans cette région polaire , les Décapodes bracliyures cessent presque entièrement de se montrer, et ne sont représentés que par quelques
Macroures nouveaux , tels que le Crangon boréal , l’Hippolyte marbré et les espèces les plus caractéristiques appartenant à l’ordre des Amphipodes ; on y retrouve en même temps un petit nombre d’espèces communes aux parties moins boréales du littoral américain , ou bien à la région Scandinave de l’ancien continent.
Si l’on compare entre eux les Crustacés de ces différentes régions , on voit que les individus d’une même espèce sont presque toujours rassemblés dans des mers voisines , et, pour ainsi dire, cantonnés dans des régions limitrophes. La plupart de ces animaux n émigrent pas à des distances considérables des eaux où ils semblent avoir été primitivement placés , et en général une grande étendue de haute mer est un obstacle qui arrête leur dissémination. En effet, rien n’est plus rare que de trouver la même espèce sur des points de la surface du globe très-distans entre eux , et séparés par une barrière semblable, et , à l’exception du Nautilograpse et d’un très-petit nombre de Crustacés essentiellement pélagiens , je ne connais aucune espèce qui soit commune aux mers d’Europe et aux côtes des États-Unis ou des Antilles , ou qui habite en même temps ces derniers parages et l’océan Indien. Les Crustacés non pélagiens des mers d’Asie sont également tous différens de ceux du littoral européen ; enfin les côtes occidentales de l’Amérique du Sud sont aussi séparées de celles de l’Inde et de l’Australasie par des limites qui semblent être presque infranchissables à ces animaux. D’un autre côté, les diverses régions carcinologiques ont entre elles des espèces communes , en proportion d’autant plus grande qu’elles sont plus rapprochées géographiquement, et