‹ Histoire naturelle des crustacésChapitre 1 sur 258 · LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET, RUE HAUTEFEUILLE, N°. 10 BIS · texte numérisé non relu

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LIBRARY Division of Crustacea

Lxg INTRODUCTION.

L’'Entomologie, ou l'histoire des animaux articulés, est sans contredit une des sciences dont les naturalistes se sont le plus occupés; mais toutes les branches dont elle se compose n'ont pas été cultivées avec le même soin. Les Insectes ont été le sujet des travaux les plus nombreux et les plus minutieux; les Crustacés, au contraire, n'ont fixé l'attention que d'un petit nombre d'observateurs, et c'est de nos jours seulement que datent la plupart des recherches suivies qui ont été faites sur cette classe d'animaux.

Divers Crustacés, reconnaissables par leur forme, ont été représentés par les anciens sur leurs médailles, sur leurs pierres gravées; ces animaux jouent aussi un rôle dans les Mythes des Grecs. Mais, bien que plusieurs espèces communes dans la Méditerranée fournissent un aliment agréable, et. que d'autres présentent des particularités de structure et d'habitudes également curieuses, on ne trouve dans les écrits des anciens que peu de lumière sur leur histoire. H1PPOCRATE, qui vivait cinq cents ans avant Jésus-Christ, fait mention de certains Crustacés qu'il regardait comme pouvant être employés avec succès dans le traitement de di-

CRUSTACÉS, TOME I. a

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ij INTRODUCTION.

verses maladies; mais c’est tout au plus si on peut se former une opinion arrêtée sur les espèces dont il voulait parler (1). Asrore, au contraire , NOUS a laissé sur ces animaux plusieurs pages remplies de faits importans, et pour la plupart très-exacis; un des chapitres du quatrième livre de son Histoire des animaux leur est consacré , et on y trouve des détails sur leur anatomie, aussi bien que sur leurs formes et sur leurs mœurs.

Ce grand zoologiste distingue les Langoustes, les Homards et quelques autres espèces de Décapodes Macroures, ainsi que les Décapodes à courte queue; mais il ne donne pas, des diverses espèces qu'il mentionne, nne description assez précise pour qu'il ait été toujours possible, même à un des naturalistes et des critiques les plus habiles, M. Cuvier , de les reconnaître avec quelque certitude (2). Dans un autre chapitre du même

(1) Dans son traité de Morbis mulierum , livre 1°*., par exemple, il recommande l'usage des Cancres fluviatiles ( qui sont probablement des T'elpheuses ), comme facilitant l'accouchement dans le cas où le fœtus serait déja mort. (Tex. 128, p. 519, vol. 2 de l'édition de Vander Linder. )

{a) Aristote divise ses Malacostracés ou Crustacés (parz2xocpaixey) en quatre genres principaux, savoir : les Carabos (xap26av), les 4stacos (xsaxav), les Karides (xap:S@v, et les Carcinons (xapuivwv) Les Carabos, qui dans la traduction de Gaza prennent le nom de Locusta, sont évidemment des Langoustes, et ses Astacos (ou Gammarus de Gaza) des Homards. Quant aux Karides, il les divise à leur tour en trois groupes : les Bossues, les Cranges et les Karides de la petite espèce ; leur synonymie est plus difhcile à établir; mais, d'après les recherches critiques de M. Cuvier, il paraît très-probable que les premiers sont des Palémons ou des Pénées, et les

INTRODUCTION. ii) livre, Aristote décrit sous le nom de Karcinion, ou petit Crabe, le Bernard l'Ermite, qu'il regarde comme appartenant en même temps aux Crustacés et aux Testacés , à cause de la coquille dans laquelle ce singulier Crustacé établit sa résidence, mais qui ne lui appartient réellement pas. Enfin, il parle ailleurs d’une espèce de Crabe de la Phénicie, qui marche si vite qu’on l'appelle Æippæ, ce qui paraît indiquer qu’il est question de l'Ocypode.

Pine ne nous apprend rien de plus sur l’histoire de ces animaux, ce qu'il en dit étant copié des écrits d'Aristote. Un passage de la vaste compilation d'Æcren montre que l'espèce de Scyllare, que dans le Languedoc on nomme Cigale de mer, était connue des anciens et appelée de même qu’aujourd'hui Cicada. A] est probable que c'est aussi à cer-

taines Scyllares que doit être appliqué ce qu’Athénée

seconds des Squilles mantes, tandis que les petites Karides sont peut-être d'autres Salicoques communes dans ces mers, mais trop petites pour occuper beaucoup les anciens zoologistes. Enfin, les Carcinons sont les Crabes ou Décapodes à courte queue. Aristote observe que les espèces qui se rapportent à cette division sont trèsnombreuses, et en signale trois qu'il appele Maïa, Pagures et Héracléotiques ; mais il ne les décrit pas avec assez de détail pour qu'on puisse les reconnaître avec quelque certitude. Les Crabes Héracléotiques me paraissent être des Telpheuses , qu'on reconnaît souvent sur les médailles grecques; on s'accorde généralement à penser que les Maïa sont les Crustacés qui aujourd'hui encore portent ce nom, et les Pagures sont probablement les Tourteaux de nos côtes. ( Voyez, pour plus de détails, la Dissertation critique sur les espèces d'Étcrevisses connues des anciens, el sur les noms qu ils leur ont donné, par M. G. Cuvier, publié dans son recueil de Mémoires pour servir à l'Histoire des Mollusques, et le Z'ableau de L'histoire de l'ento. mologie, placé en tête du Cours w'entomologie, par M. Latreille. )

1y INTRODUCTION.

dit des grandes Karides. Enfin, il est aussi question du Pinnotère dans les ouvrages, non seulement des naturalistes, mais aussi dans ceux des littérateurs anciens , car Cicéron en parle aussi bien que Pline et Apien; mais cest en général pour prêter à ce petit Crabe, qui vit entre les valves des Pinnes et des Moules, des ruses et des usages qu'il est loin d'avoir.

En résumé, nous voyons que la branche de la zoologie, qui a pour objet les Crustacés, était trèspeu avancée, chez les anciens, et que ce n’est guères que dans les ouvrages d’Aristote qu'on trouve une ébauche de l’histoire de ces animaux.

Pendant les siècles d’ignorance et de barbarie qui précédèrent immédiatement et qui suivirent la destruction de l'empire romain, l’histoire des Crustacés, comme toutes les branches de la zoologie, resta stationnaire, car Albert le Grand, et les autres écrivains (en très-petit nombre) qui, à cette époque, consacrèrent leur plume aux sciences naturelles, ne firent que copier et commenter les anciens. Mais, vers le milieu du seizième siècle, on commença de nouveau à observer et à acquérir par conséquent des connaissances positives ; trois naturalistes célèbres, Belon, Boudelet et Salviani, publièrent alors sur l'ichtyologie des ouvrages justement estimés , et les deux premiers s’occupèrent en même temps des Crustacés.

Beox, néen 151 7, dans un village près du Mans, employa une partie de sa vie à voyager en Italie, en

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