SECTION DES DÉCAPODES BRACHYURES
Les Crabes et tous lesautres Décapodes qui rentrent dans la section des Brachyures présentent dans leur organisation extérieure des particularités très-remarquables. La Carapace qui recouvre la portion céphalo-
thoracique de leur corps cache aussi la majeure partie de leur abdomen, et présente en général une forme carrée, ovalaire ou circulaire ; le diamètre transversal de ce bouclier dorsal est presque toujours égal ou supérieur à son diamètre antéro-postérieur , et il s'étend plus ou moins de chaque côté au-dessus des fpates. On y distingue une face supérieure dont les contours sont ordinairement bien marqués et une portion inférieure. La partie antérieure du bord de la face supérieure de la carapace comprise entre les deux yeux, porte le nom de front ou de rostre, suivant qu’elle est tronquée ou prolongée en forme de bec(1); le bord postérieur est celui qui correspond à l’origine de l’abdomen et se trouve placé entre les pates postérieures ; enfin les bords latéraux s'étendent de ce dernier à l’angle externe des orbites, et se composent souvent de deux portions qui ont des directions différentes et que nous désignerons sous lesnoms de bord latéro-antérieur, et de bord latéro-postérieur(2). La face supérieure de la carapace est ordinairement divisée par des sillons qui correspondent pour la plupart à des insertions musculaires, et qui circonscrivent des régions sur lesquelles M. Desmarest a le premier fixé l'attention des zoologistes (3), et dont la considération ne peut être négligé sans inconvénient. Quatre de ces régions occupent la ligne médiane de la carapace (4) ; la plus anté-
(1) PL 14 bis, fig. 1, 2, 3, ete. — r, rostre; —f, front.
(2) PL 14 Lis, fig. 1,2, etc. : —a, bord antérieur de la carapace ; — La, bord latéro-antérieur ; — Z, bord latéral; — L.p, bord latéro-postérieur ; — g, bord postérieur.
(3) Voyez Hist. nat. des Crustacés fossiles, p.53.
F HD Le (4) PE 14 bis, fig. 1,9, 3, ete: : — s, région stomacale; —,
DES GRUSTACGÉS. 249 térieure, qui a reçu le nom de région stomacale, parce qu’elle comprend la portion du test située au-dessus de l'estomac, fait suite au front et présente toujours une étendue assez considérable ; la seconde région médiane est beaucoup plus petite et se prolonge presque toujours en pointe antérieurement , tandis qu’en arrière, et sur les côtés, elle se termine par des bords droits ; une erreur anatomique lui a fait donner le nom de région génitale (1). La région cordiale, qui succède à la génitale , correspond au cœur, et a en général une forme hexagonale assez régulière; la ligne transversale qui la sépare de la région génitale, et les deux lignes longitudinales formées par les bords latéraux de ces deux régions, sont souvent plus marquées que tous les autres sillons analogues , et ont quelque ressemblance avec un H qui serait gravé sur le milieu de la carapace. Enfin, la quatrième et dernière région médiane est située entre la cordiale et le bord postérieur de la carapace ; elle est souvent à peu près quadrilatère, mais souvent aussi eile ne se distingue qu'à peine; M. Desmarest l'appelle région hépatique postérieure ; mais,afin delamieux distinguer des autresrégions hépatiques, nous préférons la désigner sous le nom de région intestinale. Les portions latérales de la face supé-
région génitale; — c, région cordiale ; — À, région intestinale ; — hk, h, régions hépatiques ; — D. b, régions branchiales.
(1) D'après la figure que M. Desmarest à donné de l’intérieur d'un Carcin Ménade, on croirait que les organes intérieurs de la génération sont circonscrits dans l’espace correspondant à la région qui en porte le nom, et c'est probablement d’après cela que ce naturaliste l'a désignée de la sorte ; mais cette figure est très-inexacte, et les testicules, aussi bien que les ovaires, s'étendent bien au delà, comme on peut s'en convaincre par l'inspection de nos planches 5et 12.
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rieurc dela carapace sont composées chacune de deux régions souvent très-difhiciles à distinguer et dont les limites sont en général un peu arbitraires ; l’une, antérieure, est placée sur les côtés de la région stomacale, et recouvre la majeure partie du foie et des organes intérieurs de la génération : c’est la région hépatique ; l’autre, située en arrière de la première et sur les côtés des régions cordiale et intestinale correspond à la voûte de la cavité respiratoire, et est appelée région branchiale.
Le front se prolonge au-dessus de l'anneau qui perte les yeux. Dans le jeune âge, cet anneau reste à découvert antérieurement, et les yeux ne sont pas logés dans des cavités orbitaires complètes ; mais,plus tard , la partie inférieure du front se réunit, sur la ligne médiane, à un prolongement de l’arceau inférieur du second anneau , de façon à entourer complétement le segment oculaire qu'on n’aperçoit plus qu'à lintérieur de la carapace (1) ; il arrive aussi que l’angle externe du front s’unit, soit à l’article basilaire des antennes extérieures, soit à un prolongement de la portion latérale et inférieure de la carapace, et il se forme ainsi une cavité dans laquelle les yeux s’insèrent et peuvent en général se reployer plus ou moins complétement. Mais, nous le répétons, cette disposition n'existe pas encore aux premières époques de la vie, et, en cela, les jéunes Brachyures se rapprochent ;, comme nous le verrons ailleurs , dés Macroures adultes.
Chez tous les Crustacés de cette section, les antennes de la première paire sont placées sur les côtés
Cr) PT 14 bis, fig. 4
DES GRUSTACGÉS. 351 dela ligne médiane (1); elles sont très-courteset peuvent se reployer dans la cavité qui lose leur article basilaire ; ces cavités, que nous appelons fosseites antennaires , sont placées entre les orbites avec lesquelles elles communiquent quelquefois, et sont séparées entre elles par un prolongement inter-antennaire qui naît de l’arceau qui porte ces appendices et se soudent au front comme nous venons dele dire. Le premier article de ces antennes est toujours renflé et plus où moins slobuleux , tandis que les deux suivans sont courts; grèles et cylindriques ; enfin , à l'extrémité de ce petit pédoncule, setrouvent deux tigelles annelées très-courtes et dont l’une est ciliée. Les antennes de la seconde pairc(2) s'insèrent constamment en dehors, etun peu audessous des premières; ellesn’acquièrent également que peu de développement, et présentent, dans les différens groupes de Brachyures, des variations assez grandes : à leur base, on voit toujours un petit tubercule cirealaire qui constitue l'enveloppe de l'organe spécial de l’audition, et qui est situé au devant de la bouche; les trois et quatre premiers articles des antennes constituent un pédoncule qui supporte une tige terminale; enfin il arrive souvent que la première de ces pièces soit plus ou moins entièrement soudée aux parties voisines de la carapace, et alors on pourrait facilement croire que les antennes extérieures s’insérent au devant des internes ; car, en eflet; leur portion mobile naît alors en avant de ces organes.
En arrière des fossettes antennaires, on voit une surface plane, plus ou moins étendue, qui représentele
(1) PT 3, ge 2 er:
CYÉLS, fieMo ds Pl: 15,/he 2, bete:
troisième anneau céphalique et qui porte le nom d’épistome (1). L'espace occupé par l’épistome, les fossettes antennaires et la base des antennes externes constilue ce que nous appelons la région antennaire ; ses proportions varient, et on peut tirer parti de ces dif férences pour la classification de ces animaux . Les parties latérales et inférieures de la carapace, que nous appellerons régions ptérygostomiennes (2), sont toujours dirigées plus ou moins obliquement en dehors et en haut, et sur la ligne médiane elles laissent entre elles un espace vide qui est occupé par l'appareilmasticateur et que nous désignerons sous le nom de cadre buccal(3); tantôt ce cadre buccal à la forme d’un quadrilatère assez régulier, tantôt il est triangulaire, et c’est toujours à sa partie antérieure que viennent se terminer les conduits eflérens des cavités branchiales. Enfin, le bord postérieur et interne de ces régions ptérygostomiennes s'applique exactement contre la voûte des flancs immédiatement au-dessus de l'insertion des pates ; quelquefois ces parties ne laissent entre elles aucun intervalle; mais, en général, on remarque de chaque côté de la bouche et en avant des pates antérieures une lacune qui communique dans la cavité branchiale (4), et il arrive quelquefois qu'un prolongement de la carapace entoure cette ouverture de facon à la transformer en un véritable trou à travers lequel l’eau nécessaire à la respiration pénètre jusqu'aux branchies (5).
COAPIS Mie. 9e.
(2) P1.3, fie. 2,5.
(Co ElL.so,fie. 2, CHMPITSe. 21e (OM 20; RE.
En arrière, le cadre buccal est borné par le plastron sterpal dont nous parlerons plus en détail par la suite; et, dans l’espace ainsi circonscrit, se trouvent entassés les uns sur les autres les six paires de membres qui sont spécialement affectés à l’appareil digestif. Celle qui s’insère le plus en arrière, et qui est par conséquent la dernière de la série , recouvre toutes les autres; aussi en parlerons-nous d’abord. Ces orgapes, qui sont ordinairement désignés sous le nom de troisièmes pates-mächoires ou pates-mâchoires externes , sont très-larges , et constituent deux espèces d’opercules qui ferment le cadre buccal à peu près comme les battans d’une porte(r). Ils s’insèrent toujours assez loin de la ligne médiane par leur angle postérieur et extérieur ; leur article basilaire envoie ordinairement en dehors un prolongement qui sert de valvule à l'ouverture aflérent de la cavité branchiale, et qui porte un long appendice flabelliforme, ainsi qu'une petite branchie rudimentaire cachée, comme le fouet, dans la cavité respiratoire; enfin il naît encore de cet article basilaire un palpe et une série d’articles que représentent la tige ou pate proprement dite des membres thoraciques. Les deux premiers articles de cette tige sont lamelleux , articulés à la suite l’un de l’autre, et très-développés; ils constituent la majeure partie de la pate-mächoire, et portent à leur extrémité une petite tigelle formée presque toujours par les trois derniers articles de ces organes, qui sont grèles et cylindriques ; quant au palpe , il ne manque presque jamais, et consiste en une longue tige qui se place au côté externe du deuxième et du troisième ar- Lt, A RE UT, LR RS RUE
(1) PL 3, fig, 2, k, et fis. 8, etc,
ticles de la pate-mâchoire, et qui porte à son extrémité un petit appendice annelé, et reployé sous le troisième article dont il vient d’être question.
En écartant les pates-mâchoires externes, on apercoit au-dessous d'elles les deux autres paires de patesmâchoires , les deux paires de mâchoires proprement dites , les mandibules et la bouche.
La structure des pates-mächoires de la seconde paire (1) est à peu près la même que celle des patesmâchoires externes, si ce n’est que leur branche interne est grêle et cylindrique dans toute sa longueur, au lieu d’être large et lamelleuse. On y distingue également une série de six articles dont le premier porte, du côté externe, un fouet et un palpe semi-corné et semblable à celui des pates-mâchoires externes; les deux articles suivans sont vergiformes et dirigés en avant; les trois derniers, aussi larges que les précédens , mais très-courte, se recourbent en dedans et en arrière ; enfin il est à noter que la dernière de ces pièces est toujours très-petile.
Les pates-mächoires antérieures (2), qui sont cachées par celles dont nous venons ‘de parler, ont beaucoup moins de consistance qu’elles, et sont moins distinctement articulées ; elles portent encore un long appendice flabelliforme et un palpe qui ressemble beaucoup à celui des pates-mâchoires de la seconde paire; mais la tige ou portion interne de ces membres est réduite à un gros tubercule supportant une seule pièce avalaire, en dehors de laquelle on voit s'avancer un prolongement lamelleux et semi-membra-
(x) PL. 3, fig. 9.
(@)/P1:3; fig. 10.
DES CREÉSFAGÉS. 255
neux, qui naît entre la pièce ovalaire dont nous venons de parler et le palpe , et qui sert à diriger au dehors l’eau expulsée de la cavité branchiale.
Après avoir enlevé ces derniers organes, on découvre les mächoires externes (1), dont la consistance est toujours semi-cornée; à leur côté externe, il existe, comme nous l'avons déjà dit, une grande lame valyulaire, qui est l’'analogue du fouet, et qui sert au mécanisme de la respiration ; cette lame est irrégulièrement ovalaire et toujours tronquée à sa partie postérieure. La portion de ces organes , que représente la tige, est réduite à deux ou trois petites lames qui recouvrent une portion de la bouche; et, entre elle et le fouet, on distingue un petit appendice qi peut être considérécomme le représentant du palpe.
Les pates-mächoires antérieures , ou de la première paire (2), sont très-petites et en majeure partie cachées par les externes; comme elles, ces organes sont lamelleux et appliqués sur les mandibules, mais on ne leur voit pas d'appendice valvulaire. Leur bord interne est garni de poils et d’épines, et ils paraissent devoir servir principalement à retenir les alimens pendant qu'ils sont broyés par les mandibules.
L'ouverture buccale elle-même occupe en général le milieu de l’espace entouré par le cadre buccal ; à son bord antérieur on aperçoit le labre, qui a la forme d’un tubercule semi-membraneux; son bord postérieur est garni d’un repli lamelleux et bilohé que l’on appelle languette, et sur ses côtés sont placés les man-
dibules.
Ces derniers organes se composent de deux parties distinctes, un corps et une tige palpiforme (1). Le corps de la mandibule paraît formé par l'union intimedes trois premiers articles du membre, et présente des traces assez visibles de ces soudures transversales; il s'articule avecle tronc par sa face supérieure, et ressemble un peu par sa forme à une pyramide à trois faces, très-irrégulière, qui serait placée transversalement avec sons ommet en dehors et sa base en dedans; cette dernière partie de la mandibule est très-grosse et d’une texture extrêmement compacte ; elle s'applique contre la mandibule du côté opposé, et sert à la mastication; aussi son bord intérieur est-il en général tranchant. L'appendice palpiforme des mandibules s’insère à la partie antérieure et interne de leur corps; il a la forme d’une petite tige composée de trois articles mobiles, dont le premier est extrêmement petit ; il se dirige en dedans, puis en arrière, en suivant le contour du corps de la mandibule.
En arrière de l'appareil buccal on aperçoit à la face inférieure du corps des Brachyures un grand plastron sternal(2) qui est formé par la soudure de l’arceau inférieur des divers anneaux thoraciques du tronc. Ge plastron, sur les côtés duquel s’insèrent les pates, s'étend jusqu’à l’origine de l'abdomen , et présente en général la forme d’un ovale tronqué et même échancré postérieurement. Sa largeur est toujoursassez considérable, et il ne devient nulle part linéaire. On y distingue toujours quatre sutures transversales qui indiquent le point d'union des cinq derniers anneaux du
CAP 1: fige 3 (2) PI. 3, fig, j, et fig. 4
thorax, et sur la ligne médiane il règne presque toujours aussi une soudure longitudinale qui occupe les deux ou trois derniers anneaux, et correspond à l'origine de l’apodème médian du sternum dont il sera question plus tard. La partie médiane du plastron sternal est plus ou moins concave, et forme souvent une espèce de gouttière longitudinale très-large qui loge l’abdomen. Entre les pates de la troisième paire, on y distingue toujours, chez la femelle, deux petits trous qui sont situés à quelque distance de la ligne médiane et qui sont les ouvertures de l'appareil de la génération. Enfin, chez quelques Brachyures, les ouvertures qui donnent passage aux organes mâles sont également creusées sur le plastron lui-même, près de la base des pates de la cinquième paire, et chez quelques autres où les verges sortent comme d’ordinaire à travers l’article basilaire de ces pates, il existe de chaque côté du plastron un petit canal transversal destiné à loger ces organes.
Les membres qui font suite à l'appareil buccal , et qui constituent les pates proprement dites, sont toujours au nombre de cinq paires, et ne présentent jamais ni palpe ni fouet. Ils sont dirigés transversalement en dehors; ceux de la première paire sont toujours préhensiles et terminés par une main didactyle bien formée; en général les pates des quatre paires suivantes sont toutes simplement ambulatoires ou natatoires ; elles ne sont jamais didactyles ; celles de la dernière paire sont toujours assez développées.
L’abdomen est très- peu développé; sa largeur est tout au plus égale à environ les trois quarts de celle de la carapace (le rostre excepté) ; son épaisseur n'est égale qu'au cinquième ou même au dixième de